Main dans la main… l’État et les néofascistes

Le col de l’Echelle (Hautes-Alpes), à 1762 mètres d’altitude, est actuellement couvert de neige, il sépare la France de l’Italie. Les routes sont coupées. Un groupe grimpe, raquettes aux pieds, soutenu par 2 hélicoptères (!), avion et drones… Pour sauver des alpinistes en danger ? Vous n’y êtes pas du tout. Il s’agit d’une centaine de néofascistes de« Génération identitaire », des français, des hongrois, des italiens… qui sont partis à la chasse aux migrants (comme déjà en août dernier avec le navire CSTAR en chasse sur la mer méditerranée voir RE 165).
Avec leur banderole déployée « Defend Europe » et des grillages en plastique, leur but est de repousser des migrants à bout de forces, gelés, vers l’Italie. Cette expédition spectaculaire était surveillée par les gendarmes, mais ils ont laissé faire. Mis à part un communiqué bidon, la justice classe l’affaire et les néofascistes jubilent.
Alors que des militants qui ont secouru des migrants sur un col voisin en réaction à la marche de la Génération identitaire, eux sont poursuivis et risquent 5 ans de prison comme les « trois de Briançon » qui passent au tribunal de Gap le 31 mai.
Deux poids, deux mesures ? Non c’est plus que ça. La nouvelle loi « asile et immigration » maintient le « délit de solidarité »pour toute aide portée aux migrants voulant franchir une frontière . Les néofascistes n’ont fait que mettre en pratique l’esprit de cette loi en rejetant dans la neige, éventuellement vers la mort des migrants exténués. Ils partagent le sale boulot avec les forces de répression « légales » dont les harcèlements peuvent mener a la mort, comme celle de Blessing, 20 ans, morte noyée à la frontière côté français. C’est pourquoi l’État ne les poursuit pas et laisse sévir les milices fascistes en tant que « garde-frontières ».
Le silence du mouvement social autour de ce nouveau développement est assourdissant. Dénoncer cette complicité de fait du gouvernement avec les néofascistes, la répression contre les migrants, et exiger la liberté pour tous militants solidaires est urgent et vital. Rappelons-nous la bête immonde, une fois lâchée, nous bouffera tous.

Déborder mais vers où ?

Cette année à Paris pour la manif du 1er mai, ce que l’on a maintenant coutume d’appeler depuis le mouvement contre la loi El Khomry de 2016 (voir édito de RE 154) le « cortège de tête » a été rejoint par près de 14000 personnes : une première ! Il n’est plus très loin de constituer le plus gros du cortège reléguant « en queue » un cortège syndical réduit à sa portion congrue. La réponse de l’État a consisté à saisir le premier prétexte tendu (le saccage d’un Mac Do) pour nasser les manifestants sur le pont d’Austerlitz et les asperger copieusement de gaz durant plus d’une heure, en interpeler 200, en mettre en GAV des dizaines dont certains ont été inculpés, jugés ou sont en voie de l’être et à organiser une très forte médiatisation de l’évènement. Alors qu’est-ce qui fait peur à l’État dans ce « cortège de tête » au point où il use de toutes les manœuvres pour obtenir sa dissolution ? Est-ce bien comme veulent nous le faire croire les médias, une peur du pouvoir de destruction et de déstabilisation de ces « méchants casseurs », de ces « hordes de black blocs venus de toute l’Europe », de ces « violents anarchistes » ? Pas sûr du tout. Depuis le début, le cortège de tête se distingue par une volonté de débordement qui certes se concrétise par des pratiques hors du cadre imposé par les syndicats traditionnels (affrontements avec la police, départ en manifs sauvages, tags et casse…), mais plus essentiellement par une volonté de rompre avec leurs mots d’ordre en remettant en cause radicalement l’ordre capitaliste (telle loi « et son monde »), condamnant sans appel la violence policière et judiciaire (« tout le monde déteste la police »), mais aussi une volonté de rejoindre les luttes invisibles menées par les plus précaires , les plus discriminés (manifestation à Bobigny suite au viol de Théo, rapprochement avec le collectif de soutien à Adama Traoré, interventions contre les expulsions de camps de migrants à la Chapelle…). C’est ce débordement-là qui fait peur au pouvoir , celui qui, par exemple, déplacerait des foules d’étudiants ou de cheminots en lutte vers une manifestation de soutien au peuple palestinien ou encore auprès des sans-papiers réclamant vérité et justice pour Ismaël Deh mort tué par la police ce même premier mai. Les étudiants de Paris 8 ne l’oublient pas en appelant à défendre l’occupation du bâtiment A de leur fac par 146 exilés qui tient depuis presque 4 mois (voir RE 170 ) mais est aujourd’hui sérieusement menacée par le pouvoir qui ne veut rien céder : répondons à leur appel en les rejoignant sur leur fac le 15 juin prochain .

La suite sur le site de Résistons Ensemble : http://resistons.lautre.net/IMG/pdf/re173-mai-juin-2018.pdf