Lettre ouverte Ă  propos de l’état de l’hopital public.

“Bonjour madame,

je me permets cet e-mail car j’ai 14 ans de contacts rĂ©guliers avec la fonction hospitaliĂšre publique,que cela soit du cotĂ© soignant ou soignĂ©.

Alors oui il y a de beaux projets innovants, de super robots chirurgicaux et du progrĂšs mais qu’en est-il de l’humain ? OĂč est passĂ©e cette Ăąme de l’hĂŽpital qui faisait que malgrĂ© une lourde charge de travail nous trouvions le temps de rire avec des patients,des collĂšgues ?

Cette certitude rĂ©confortante que mĂȘme sans abris nous pourrions, dans le pire des cas, trouver accueil sur un siĂšge de salle d’attente des urgences ?

Pourquoi le service des urgences de Pontchaillou qui vous a posĂ© un “ultimatum” par voie syndicale en mai/juin 2016 a dĂ» se rĂ©signer Ă  rejoindre la grĂšve gĂ©nĂ©rale et ne s’en sort plus ? Cela jusqu’à devoir Ă©mettre l’hypothese que ce statut de grĂšve illimitĂ©e permanente arrange bien niveau management.

Avant il était coutume que les équipes au sein des urgences se connaissent bien (malgré un turn-over) cela allait de pair avec une bonne ambiance et efficacité .

Maintenant j’ai vu (et cela au sein de vos urgences,mais pas uniquement ) des espaces pouvant accueillir des lits Ă©teints, des rĂ©animateurs en salle de dĂ©choquage en pĂ©nurie de sondes ou avec des appareils de surveillances scopiques dĂ©faillants ou alors avec trop de patients pour y respecter la moindre pudeur minimale (une des premiĂšre notions enseignĂ©e pendant la formation d’aide soignante). Depuis les annĂ©es 2006 j’ai vu le temps d’attente s’allonger d’un coup et cela de pire en pire, d’annĂ©e en annĂ©e. Alors pourquoi tout cela ?

Je pense que vous n’ĂȘtes pas dupe au vu de votre statut socio-professionnel… Vous ĂȘtes Ă  une place qui permet une analyse surement plus aiguisĂ©e,plus instruite, que la mienne. Je pose des questions qui relĂšvent surement plus du constat pour vous mais je veux savoir !

Je cherche Ă  comprendre comment ce beau pays des droits de l’homme et de la libertĂ© en est arrivĂ© lĂ .

La loi HSPT que monsieur Sarkozy, via mme Bachelot, nous a laissĂ© (en favorisant la tarification Ă  l’acte au final) ainsi que toutes celles passĂ©es ensuite visant Ă  “remanier” (cqfd : rendre rentable un service qui n’a pas vocation Ă  l’ĂȘtre) ont signĂ© la mort de l’hĂŽpital. Mutualisation des lits, nommez cela comme il vous sera grĂ©.

Aujourd’hui je ne compte plus les sonnettes d’alarme tirĂ©es par les services de psychiatries qui effectivement ne rapportent pas comme la chirurgie. Au CHGR j’ai vu dans des chambres de patients “suicidant” des lumiĂšres (au dessus du lit) avec cablages Ă©lectriques dĂ©nudĂ©s… J’ai vu le personnel en piquet de grĂšve de nombreuses fois depuis le 7 novembre 2017, un personnel Ă  bout qui n’arrive plus Ă  ĂȘtre dans le soin de par son manque de moyens humains. Un personnel qui maltraite Ă  cause d’une charge mentale trop grande pour finir en burn-out eux-mĂȘme. Cela n’est pas encore reconnu par la sĂ©curitĂ© sociale et pourtant les soignants dansent avec chaque jour oĂč leur vocation est mise Ă  mal et ne leur permet plus de travailler correctement.

J’abuse, je ne devrais pas laisser transparaĂźtre mes opinions politiques car c’est ajouter 50% de chance que vous n’effaciez ce mail avant d’en lire la fin (hors il est important pour moi que vous le fassiez). Êtes-vous “une patron” qui se rit de toute cette prĂ©carisation ? Non ce serait un jugement bien sĂ©vĂšre ne vous connaissant pas personnellement.

Pourquoi j’entends, dans les couloirs, un personnel Ă©puisĂ©e dire que dĂ©missionner pour se faire rĂ©-embaucher par intĂ©rim est plus valable ?

Alors certes, vous n’ĂȘtes pas la responsable de tout ces maux ! Tout ces enjeux lĂ  nous dĂ©passent car ils sont la suite logique de lois succinctement instaurĂ©es par un systĂšme capitaliste irresponsable. Avez vous connaissance du dĂ©cret du 23 mai 2018 qui prĂ©voit, pour une durĂ©e de 3 an, un fichage informatique systĂ©matique auprĂšs des agences rĂ©gionales de santĂ© mais aussi de diverses autoritĂ©s – policiĂšres, judiciaires et municipales – des personnes en soins psychiatriques sans consentement toutes mesures confondues ? Certainement …Ne trouvez-vous pas que celui-ci ne viole totalement les principes du serment d’Hippocrate ???

Saviez-vous que l’article 2-6° de ce dĂ©cret prĂ©voit un fichage y compris des avocats (avec leurs coordonnĂ©es professionnelles et leur numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone) des personnes ayant assurĂ© la dĂ©fense des personnes en hospitalisation sans consentement ?

Depuis quelques annĂ©es le prĂ©fet se substitue Ă  un rĂŽle de shĂ©riff pouvant se passer des juges. Il peut se permettre n’importe quoi au mĂ©pris des libertĂ©s individuelles, cela Ă  coup d’exceptions qui deviennent la norme. Pour tout cela je puis affirmer que l’état de votre personnel ne peut vous ĂȘtre reprochĂ©.

La hiĂ©rarchisation dans notre sociĂ©tĂ© fermant bien cette lourde muraille en cours d’effondrement. La fonction publique se meurt (impossibilitĂ© de choisir de cotiser pour la Cpam au profit des assureurs privĂ© avec L’ Ass (ex ACS) ; des enfants placĂ©s Ă  l’aide sociale Ă  l’enfance qui ne peuvent plus faire de pic nic car dĂ©sormais les cuisines ne sont plus et les repas commandĂ©s par plateaux 15 jours Ă  l’avance etc… Mais je m’éloigne, j’ai tant d’exemples vĂ©cus Ă  donner que je me perds. Veuillez m’en excuser).

Ne soyez pas une pierre de plus qui a laissĂ© cette solidaritĂ© qui est nĂŽtre ( Ă  voir : la sociale) car les Français ne sont pas des mauvais payeurs, ni des fainĂ©ants au contraire ! Aujourd’hui si vous ne m’apportez pas de rĂ©ponse Ă  tout cela je peux comprendre mais j’ai deux requĂȘtes primordiales auprĂšs de vous qui sont les suivantes : Renouez le dialogue avec vos urgentistes. Pour de vrai, donnez des moyens financiers quitte Ă  vous faire taper sur les doigts. Ils sont un peu les poumons de votre chu, manquant de lit en aval ils s’encombrent jusqu’à passer de la bronchite idiopathique Ă  une sĂ©vĂšre pneumonie dont les causes ne peuvent plus ĂȘtre ignorĂ©es.

La seconde (et non des moindres) : vous avez laisser tant de medecins dĂ©missionner ces derniers mois que je ne les comptes plus. Le service de nutrition-endocrinologie-diabĂ©tologie a besoin que vous ne permettiez pas une troisiĂšme dĂ©mission en si peu de temps. Pour cela, vous pouvez faire quelque chose. N’importe quoi (au moins une proposition) Ă  votre Ă©chelle. Sinon ce sera l’espoir pour le monde que l’on laisse Ă  nos enfants qui partira en Ă©clats.

Sinon je vous penserais alors définitivement comme une des responsables majeurs de la casse du CHU de Rennes.

Sinon il ne faudra pas s’étonner que vous ne restiez pas 10 Ăšme au classement si c’est vraiment cela qui importe (et je ne crois pas).

Sinon je renoncerais, moi aussi, au profit de soins en clinique privé comme beaucoup trop de patients écoeurés.

On aime l’hîpital public et pas seulement pour les mois de crise covid (qui ont bons dos), je pense que vous aussi.

De mon cotĂ©, je vais taire toutes les erreurs mĂ©dicales dont j’ai Ă©tais tĂ©moin auprĂšs de L’ARS qui, elle aussi, se veut bien muette face aux requĂȘtes syndicales. NE LAISSEZ PAS PARTIR LE DOCTEUR LACAZE !!! Ne la laissez pas partir comme tout(es) les autres. C’est une mĂ©decin en or : d’une grande disponibilitĂ© qui se bat vraiment d’arrache-pied pour le bien etre de CHACUN de ses patients ne comptant pas les heures. Vous me direz comme tant d’autres …Alors justement ! Cette fois ne laissez pas les mĂȘmes erreurs se rĂ©pĂ©ter. Juste une fois faites autrement s’il vous plait ! Sauvez le poste d’un de vos mĂ©decin… rien qu’une fois pour, vous-mĂȘme, faire diffĂ©remment que jouer les rĂšgles de cette politique de la peur oĂč qu’importe tout le monde est remplaçable. Car cela n’est pas vrai (voir taux d’occupation des medecins et charge laissĂ©e aux internes etc.).

Merci pour votre attention. MalgrĂ© l’amertume et les reproches (pardon) je vous adresse,madame la directrice, mes respectueuses salutations.

La garantie des droits et libertĂ©s fondamentaux place l’individu et le respect de sa personne au cƓur d’un projet politique que l’article 2 de la DĂ©claration de 1789 rĂ©sume de maniĂšre Ă©clatante : « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la libertĂ©, la propriĂ©tĂ©, la sĂ»retĂ© et la rĂ©sistance Ă  l’oppression Â». “


Article publié le 03 Sep 2020 sur Expansive.info