À Caudan, 385 emplois sont menacés, mais les signaux contradictoires s’accumulent. Fermeture ou non ? Maël Le Goff, délégué CGT, a répondu à nos questions.

Alternative libertaire a beaucoup parlé il y a dix ans, de ce site installé à Caudan, dans le Morbihan. En 2009, à force de luttes, les ouvrières et ouvriers de la Société bretonne de fonderie mécanique (SBFM), sous-traitante de Renault, avaient obtenu leur réintégration au sein du groupe, sous le nom Fonderie de Bretagne (FDB)  [1]. En mai 2019, le site a subi un incendie. Se sont ensuivi dix mois d’activité au ralenti, et la réinstallation à neuf de l’outil de production. Puis, le 15 mai, stupeur. Avant même le redémarrage post-Covid, Renault annonce une restructuration : 15.000 licenciements en vue, dont 4 600 en France. À Caudan, 385 emplois sont menacés, mais les signaux contradictoires s’accumulent. Fermeture ou non ? Maël Le Goff, délégué CGT, a répondu à nos questions.

Alternative libertaire : Vous avez fait une semaine de grève fin mai sur le site. Où en êtes-vous ?

Maël Le Goff : Quand nous avons appris dans Challenge, le vendredi 15 mai, que plusieurs sites allaient fermer, dont le nôtre, nous avons essayé d’ob­tenir un démenti de la direction de la fonderie, qui n’est jamais venu. Le lundi suivant, lors d’un AG sur le parking de la fonderie on prend la décision d’arrêter le travail tant qu’on n’aurait pas de réponse. Mais c’était un peu un « blocage sans blocage », vu que l’activité redémarrait, et qu’il n’y avait déjà plus de direction. Ils avaient profité du pont de l’ascension pour faire leurs cartons !

À partir de là, nous avons médiatisé le mouvement et interpellé les élus locaux. En effet, pour aider Renault, les collectivités territoriales avaient mis la main à la poche à hauteur de 8 millions d’euros !

On a ensuite tenu un CSE le mercredi à la sous-préfecture, qui ne nous a absolument rien révélé de plus. Discuter des taux de rebus alors qu’on te dit que tu vas faire ton sac, ça ce n’était pas possible !

La réunion du jeudi matin avec les élus locaux a tout changé. On avait bossé toute la nuit pour montrer que le projet était viable, que l’usine était neuve. On a même fait venir les élus sur le site. Je leur ai dit : « Venez voir où vous avez placé notre argent. » C’est ça qui les a convaincus, et c’est ça qui est remonté jusqu’aux oreilles de Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, qui s’est entremis. Résultat, le ven­dredi 22 mai au matin, en plein CSE extraordinaire à la sous-préfecture, le directeur du site, Galmard, annonce : « Pas de fermeture, pas de repreneur. »

Sur le site de Caudan, menacé de fermeture, tout l’équipement a été refait à neuf l’an dernier !

Ça ressemble fort à une directive tombée du gouvernement sous la pression de Le Drian, qui est un baron local. Et depuis ?

Maël Le Goff : Eh bien c’est une décision politique qui vient par-dessus une décision industrielle, donc c’est quand même le bordel. Quand les élus locaux causent, le PDG de Renault, Sénard répond « oui… mais non ». Pour les salariés c’est l’incertitude totale. D’un côté on t’assure que l’usine ne va être ni fermée ni vendue, et d’un autre côté tu as Sénard qui remet 10 balles dans le juke-box !

Quelle est la situation sur les autres sites Renault menacés ?

Maël Le Goff : Hormis Caudan, il y a Flins, Choisy et Dieppe, mais aussi Maubeuge. Les cinq ne fabriquent pas la même chose, mais sont tous liés. Il y a comme un effet domino. La question finale c’est : est-ce que Renault veut se retirer de la France ou pas. On ne fait déjà plus de voitures pour les particuliers. Il y avait la Clio, mais elle est partie en Turquie. Le haut de gamme, qui était fait à Douai, ils vont l’arrêter. Ils parlent de faire des véhicules électriques à Douai : un modèle à 40.000 euros et un à 60.000. On est loin de ce que proposait Renault dans les années 1960, c’est-à-dire de la voiture pas chère pour le prolo. Délocaliser, c’est pour faire des marges à deux chiffres au lieu de marges à un chiffre. Ça a toujours été la politique de Carlos Ghosn de tirer le maximum de cash pour les actionnaires. Les 5 milliards d’emprunt, c’est ce qui correspond aux dividendes distribués pendant dix ans !

Tu évoquais un effet domino. Du coup y aura-t-il une réponse coordonnée entre les sites ?

Maël Le Goff : Il faut voir. Déjà, la CGT n’est pas le premier syndicat partout. Il n’y a qu’à Caudan et à Cléon que nous le sommes. Il y aura donc des réponses différentes. Au niveau de la CGT, on essaie de coordonner à chaque fois. Quand il y a eu les annonces de fermeture, on a proposé une riposte rapide. Mais sur les au­tres sites, les syndicats majoritaires voulaient attendre la réponse officielle. Nous ici, si on avait attendu, on serait déjà morts.

Comment êtes-vous organisés au sein de la fédération de la Métallurgie ?

Maël Le Goff : Il y a une coordination CGT Renault qui est animé par Fabien Gâche, le délégué central. Sauf que c’est difficile car il y a des courants politiques qui, au lieu de prendre leurs consignes au syndicat, les prennent de leurs partis. Il y a ceux qui disent systématiquement qu’il faut réquisitionner l’entreprise et la donner aux travailleurs. Moi je veux bien l’entendre, mais j’ai du mal à y croire. Et il y a ceux qui ont d’autres façons de faire, qui veulent écouter les salarié·es, c’est ce que j’essaie de faire. Par ailleurs, il faut bien sûr dénoncer la logique patronale qui nous amène droit dans le mur. Mais une fois que tu as dit ça, il faut proposer une alternative. Tu es plus fort quand tu montres qu’il y a d’autres solutions. Ça a été aussi cela, pour nous, la semaine de grève : démontrer la viabilité du site. On avait tout pour cela. L’usine est neuve, le discours ambiant pendant le confinement était à la relocalisation et aux enjeux environnementaux. On était dans le cœur du sujet et on a démontré que l’usine ne devait pas fermer. Donc la lutte continue.

Propos recueillis par Robin (UCL Lorient)


Article publié le 08 Oct 2020 sur Unioncommunistelibertaire.org