Au dĂ©but de l’étĂ© 2021, Higueras (les figuiers), un squat dans le quartier madrilĂšne de TetuĂĄn, a subi le siĂšge d’une entreprise spĂ©cialisĂ©e dans l’expulsion de squats. Dans l’état espagnol de nombreuses boĂźtes de sĂ©cu vendent leurs services d’expulsions de façon pas trĂšs lĂ©gale mais avec la connivence de l’État. Higueras a rĂ©ussi Ă  se tirer de ce premier siĂšge, mais un procĂ©dure judiciaire est en cours. Dans le territoire espagnol, les expulsions de logement, qu’elles soient faites par des condĂ©s ou des vigiles, rencontrent souvent une certaine rĂ©sistance, qui passe par un rassemblement devant la maison avec plus ou moins de tensions, ce qui attire les mĂ©dias. En effet, le squat est lĂ -bas un sujet de prĂ©dilection des mĂ©dias et des politiciens, beaucoup plus qu’en fRance. D’autres formes de rĂ©sistance existent : des manifs en riposte, des sabotages ou des occupations symboliques. Quelques personnes ont Ă©crit un texte en donnant leur vision et quelques pistes sur les formes que pourrait prendre la solidaritĂ©. MalgrĂ© la diffĂ©rence de contexte, ce texte pourrait enrichir la rĂ©flexion et l’action alors que les condĂ©s, les gros bras, les proprios et les mĂ©dias attaquent avec hargne nos maisons et nos espaces.

Toulouse, octobre 2021

La rĂ©sistance aux expulsions de squat et de locations a tendance Ă  ĂȘtre une lutte oĂč les personnes qui rĂ©sistent et les personnes solidaires n’ont pas l’initiative. D’abord, pour beaucoup d’expulsions on ne sait mĂȘme pas quel jour prĂ©cis les forces de rĂ©pressions apparaĂźtront. Si on fait face Ă  des gros bras, le flou peut ĂȘtre encore plus grand. Dans tous les cas, l’usure peut affaiblir la rĂ©sistance, et ça, l’État aussi bien que les propriĂ©taires le savent. Les premiers jours, quand l’alerte d’une expulsions est lancĂ©e, la riposte solidaire est puissante en nombre, mais aprĂšs quelques jours il n’est pas Ă©tonnant que les forces diminuent. En plus, la plupart des expulsions ont lieu le matin, quand beaucoup de monde est au taff ou en cours. C’est aussi pourquoi il y a moins de compas disponibles.

Le rapport de force est assez inégal. Les forces répressives, et souvent les gros bras aussi, ont une machine légale et une technique qui les soutiennent,

qui fait que ces mercenaires soient prĂ©parĂ©s physique et mentalement pour mettre les gens Ă  la rue ou finir avec des projets politiques dans des espaces squattĂ©s. Établir une confrontation directe, mĂȘme si c’est souhaitable lors qu’on en a les forces, est compliquĂ©. Aussi, il faut prendre en compte que la dĂ©fense de l’espace attire souvent des charognards et des journalistes, qui filmeront tout ce qui se passe, ce qui est un risque pour les personnes qui rĂ©sistent. Le sabotage des vĂ©hicules et des engins, les attaques aux entreprises d’expulsion ainsi que plein d’autres idĂ©es sont souhaitables et applicables, mais on ne pourra pas toujours les exĂ©cuter. Souvent nous prenons le risque de « ritualiser Â» les expulsions, dĂ©pendant du scĂ©nario des flics, rendant la lutte spectaculaire pour des Ă©missions de tĂ©lĂ©, et devenir un simple cirque pour les journalistes. Nous ne croyons pas que la lutte ait pour but « sa reprĂ©sentation thĂ©Ăątrale Â» pour obtenir un rapport de force dans la nĂ©gociation avec les proprios : nous croyons que les luttes contre les expulsions sont un point oĂč ouvrir une brĂšche face Ă  l’État et le capitalisme Ă  partir de la rĂ©sistance quotidienne Ă  leur fonctionnement. La lutte contre la PropriĂ©tĂ© et le capitalisme n’est pas la « gestion des expulsions Â».

Au vu de cela, il nous semble pertinent de suggĂ©rer d’autres mĂ©thodes d’action directe et de pression sur ceux qui expulsent. L’action directe est celle qui vient des impliqué·es et solidaires, sans dĂ©lĂ©gation, ni sans rien attendre des juges et politiciens. Nous sommes trĂšs habitué·es Ă  livrer des batailles quand l’État et les proprios en ont envie. Eux, les spĂ©culateurs du capital et leurs larbins, sont peinards dans leurs bureaux, et ils mettent tout le soin du monde Ă  protĂ©ger leurs propriĂ©tĂ©s. Il faut que ça change. Il faut leur amener la guerre Ă  la maison, qu’ils ne soient pas tranquilles dans leurs bureaux, logements et propriĂ©tĂ©s. Il suffit de chercher sur internet pour trouver des infos croustillantes sur les promoteurs, constructeurs et boĂźtes qui virent des squats. Leur squatter d’autres biens, mettre plein de peinture sur leurs devantures, les rĂ©duire Ă  des cendres, squatter symboliquement leurs bureaux
 toute forme d’attaque est bienvenue et met la pression sur les spĂ©culateurs. Usons de crĂ©ativitĂ© afin que l’attaque prenne des formes diverses. Nous n’avons pas besoin de connaĂźtre les occupant·es pour rĂ©pondre en solidaritĂ©. Faire perdre de l’argent aux spĂ©culateurs, qu’ils aient peur, est une forme de pression pour rĂ©ussir Ă  bien s’en tirer dans les processus d’expulsions. Nos exploiteurs ont des noms, des prĂ©noms et des adresses. Identifions-les.

Des anonymes solidaires avec la maison Higueras, juillet 2021




Source: Iaata.info