Novembre 15, 2021
Par Lundi matin
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« Il y a des folies qui se prennent comme les maladies contagieuses. Â»

Maximes, La Rochefoucauld.

Furies de sang sur les Ă©paules des agneaux

des marchés nationaux remplis de fruits légumes et autres aliments pourrissant

non pas tant sur les étals que dans les encéphales

la viande qui pense y est couverte de mouches

des larves dans les pores explorent les sillons

une odeur de dĂ©composition s’installe dans les narines

la bile remonte Ă  la bouche

l’envie de dĂ©glutir

l’orgue de barbarie a laissĂ© place aux aboiements

de ceux désireux de sirÚnes incendies

de ceux dĂ©sireux comme autrefois qu’on leur porte la missive

leurs yeux comme des miradors de chasseurs qui n’attendent que l’autorisation pour sortir les cutters

des enfants boucs émissaires cachés la nuit dans des cartons et poubelles à la vue de tous

devant des bijouteries de luxe protégées par des vitres en verres caméras hommes armés et anti-vols high-tech

si le jour les rues semblent propres

une boue invisible fait dĂ©raper dans l’immondice

la fange n’est pas une fiction

elle est là omniprésente

dans l’eau qu’on boit

sur les feuilles d’herbes piĂ©tinĂ©es jetĂ©es aux crĂ©matoriums

dans les feuilles des journaux

dans l’écorce du vide

et elle ne vient pas de l’extĂ©rieur

et on n’est pas les seuls à la produire

*

Vous avez remarqué que pris en photo

certains politiques sentent mauvais

qu’un Vol-de-mort se dĂ©gage de leurs images

comme de leurs paroles

« on n’est plus dans le monde des Bisounours

on est dans un monde horrible

donc de temps en temps il faut prendre aussi des mesures d’autorité

quitte à choquer Â»

leur credo :

non pas résoudre les difficultés mais les dissoudre

Pol Pot ne disait pas autre chose

*

Les bûchers de philosophes éclaireront la ville

de leurs lumiĂšres

lorsque la nuit barbare

aura pris possession des foyers

les enfants iront Ă  l’école pour apprendre Ă  tuer

l’autre

celui avec qui un temps on chantait la victoire des bleus

du spectre des couleurs

il ne restera que le blanc et le rouge

ainsi qu’un noir infini

qui n’est pas une couleur

au-dessus des toits

la ville chantera l’eugĂ©nisme dans une symphonie pastorale

oĂč les bergers et les bergĂšres seront jouĂ©s par des loups

avec des fleurs dans les cheveux

et des cocardes revisitées

la lyre mondaine trouvera son chĂąteau

les Ă©glises fleuriront Ă  nouveau

alors on apprendra

à ceux qui ont oublié

que le plaisir n’a de sens que s’il sert à enfanter

des fƓtus dans des abattoirs

qui finiront en steak

il ne faut pas gĂącher

voyons

oĂč est la hache oubliĂ©e ?

*

On observe la pendule

pondre des Ɠufs

sans poussins Ă  l’intĂ©rieur

des éléphants sur la falaise

oreilles déployées

se demandent s’ils peuvent voler

le soleil de fin de temps darde de ses rayons les libellules

aux ailes trouées

les rives des riviĂšres deviennent impraticables

privatisĂ©s par des cadres rĂȘvant de dĂ©guster leurs cafĂ©s du matin en face de nĂ©nuphars

hier l’accĂšs Ă  l’eau Ă©tait un bien commun

hier

sans nostalgie malvenue

ce temps est d’une obscuritĂ© confondant en meilleurs les plus mauvais d’entre nous

nous aimerions nous lier

nous lier dans des liesses populaires

mais quelque chose Ă  nos cous nous retient

serions-nous devenus chiens ?

nous aimerions chanter et célébrer la terre

mais nous avons oublié

oubliĂ© qu’il Ă©tait possible de chanter avec les arbres et les fougĂšres

les pensées encombrées de glaires publicitaires

nous pourrions inspirer Ă  pleins poumons

se libérer du stress

mais nous craignons les particules fines

les bouches protégées derriÚre des masques

nous nous rendons dans des musĂ©es d’art

regarder des bric-à-brac d’Ɠuvres diverses avec l’espoir qu’elles nous rappellent ce qu’est vivre

d’Ɠuvres d’artistes qui pensent parfois moins Ă  lutter contre le flĂ©au des temps

qu’à se payer les brevets d’exclusivitĂ© de couleurs

quel est donc ce monde que nous avons crĂ©Ă© ?

ne serait-il pas temps de le dĂ©faire ?

les Experts de l’Expertise parlent de RĂ©ussite

en dĂ©finissant l’humain

ĂȘtre de compĂ©titivitĂ© prĂȘt Ă  dĂ©fendre la Marche du ProgrĂšs

ils multiplient cocktails et autres congrĂšs

mais dans les bouches

un arriÚre-goût persiste

*

Entendez-vous financiers de l’amiante

le ras-le-bol général circule de lampadaire en lampadaire

de veine en veine

d’arbre en arbre

partout la jeunesse et les peuples se réveillent

Ă©lectrochoc collectif

prĂȘt Ă  faire tomber les barriĂšres

les murs des empires

et surtout

ce discours ambiant qui donnerait envie d’abandonner

de tout quitter

de s’en aller au pays des ours blancs

lĂ  oĂč il n’y a pas de camĂ©ra pour surveiller nos faits et gestes

oĂč on peut se dĂ©faire de nos soucis de carriĂšre en regardant les aurores borĂ©ales

sans se faire contrÎler déshabiller matraquer

regarder l’horizon

ouvrir les possibles

redonne confiance en soi et en les autres

permet d’échapper aux miroirs du culte moderne qui nous confondent dans le vide

n’est-ce pas une blague des oligarques qui se soucient de ton bien-ĂȘtre ?

eux qui rigolaient que les peuples d’hier aient Ă©tĂ© soumis aux propagandes

ils ont Ă©lu Trump-Macron

et la mascarade continue

alors combien la nuit

alors combien le jour

rĂȘvent de casser les vitres des banques lycĂ©es tribunaux

et de jouer des cocktails Molotov sur les gardiens de la paix-faiseurs de guerre

mais qu’il est bon d’écouter les chiens de garde

histoire de se détendre

de ne pas se stresser davantage

pendant qu’ils montrent des images de grùves de cheminots avec des micro-trottoirs de DRH de BHL et de travailleurs qui disent en avoir plein les bottes de perdre du temps à cause de preneurs d’otages

les ronds-points incarneraient-ils le 21e siĂšcle du genre humain ?

tourner en rond

tourner

et sur les plateaux télés

se rĂ©voltant avec audace contre « la pensĂ©e unique Â»

les polémistes se remémorent le bon temps des rails de Treblinka

se dĂ©solant de la dĂ©cadence de ce beau pays qu’est la France

avant de s’interroger sur les bienfaits de la potence pour celles et ceux qui osent dĂ©fier la toute-puissance de l’État de droit

te rappelles-tu

quand nous découvrions les caricatures fascistes des rouges aux couteaux entre les dents

en se disant qu’il fallait ĂȘtre bien naĂŻf pour se soumettre Ă  de telles propagandes

pourtant

n’y en a-t-il pas encore pour dire que les valeurs importent peu quand il y a la croissance ?

ces mĂȘmes qui s’« indignent Â» qu’il n’y ait pas plus de fusils pour faire rĂ©gner la justice

quand ils ne se gĂȘnent pas de faire du darwinisme social en dĂ©gageant des entreprises les plus lents des candidats, ceux qui se trimballent un fauteuil, les vieux en fin de carriĂšre, les idiots du village

marche ou crĂšve

si tu ne le savais pas

te voilà prévenu

mais l’aurore se lùve

*

Loin des conneries tĂ©lĂ©visuelles qui atrophient le cerveau en l’engraissant

voguer

loin des politiques managers qui te demandent de faire le beau

de tendre la papatte

sans sortir les dents

sans colĂšre

quand ils dynamitent tes quelques droits restants

voguer

voguer

avec la lucidité du combattant

ACAB tatoué sur la cuisse

il s’agira de rĂ©veiller

les pavés

la hache de guerre étant déterrée depuis longtemps

eux qui aiment quand une classe se tient sage

eux qui parquent des streets-medics en garde-av’ pour « menaces terroristes Â»

eux qui visent une vieille dame Ă  son balcon

mais continuez messieurs les bĂątards !

les rĂ©volté·es qui s’ignoraient

grĂące Ă  vous

se découvrent

sous le masque de l’anonymat




Source: Lundi.am