Juillet 26, 2021
Par Rebellyon
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Partir en détention provisoire ou être condamné à de la prison ferme avec mandat de dépôt, c’est dur et potentiellement traumatisant. Du jour au lendemain, ta vie bascule. Et pour celles et ceux qui y font face pour la première fois, c’est un plongeon dans l’inconnu. Souvent, on est mal préparé à l’incarcération d’un proche ou à la sienne. On connaît mal l’univers carcéral, son mode de fonctionnement. Recueillis par la Caisse de Solidarité, les extraits d’entretien proposés ici visent à combler un tant soit peu cette lacune.

Kevin a été arrêté lors d’une charge policière en manifestation. Il est resté une dizaine de jours en détention provisoire puis il a été libéré. A son procès, il a été acquitté de la plupart des faits qui lui étaient reprochés. Il nous raconte son arrivée à la maison d’arrêt, les relations avec les matons, comment communiquer avec l’extérieur ou encore l’importance du shit à l’intérieur de la prison. Il nous parle aussi solidarité entre détenus et nous livre des trucs et astuces pour créer des brèches malgré tout.

Les informations réunies ici sont parcellaires et situées : elles sont liées à la prison de Lyon-Corbas (toutes les prisons ont des règlements intérieurs spécifiques) et son expérience de détention plutôt courte ne concerne que le quartier des arrivants.

Chaque lundi pendant six semaines, nous publierons un extrait d’entretien. Aujourd’hui, on aborde la question la question de l’alimentation en détention et du « cantinage » pour agrémenter le quotidien.

En prison, la plupart des services de base sont gratuits. Tout le reste s’achète. On appelle ça « cantiner ». Quand tu regardes le catalogue de cantine, il y a des trucs qui restent au prix classique comme le tabac, les timbres mais souvent l’alimentation est un peu moins chère que dans le commerce, à l’extérieur. C’est la société Eurest qui a décroché le marché pour la cantine et il va sans dire qu’ils en tirent un profit.

Le catalogue, tu l’as dès que tu arrives. Il y a un jour dans la semaine pour transmettre le bon de commande : c’est le lundi. Le premier cantinage tu le fais le jour où tu arrives. En gros, ils te font le bon,pour le tabac notamment, et tu reçois la commande le lendemain. Ça, ils le font super express. Par contre après, pour les autres commandes, il faut attendre le lundi. Là, tu donnes ton bon de commande au maton qui vient te réveiller le matin. Si tu l’as pas donné à ce moment-là, c’est mort. Tu dois attendre la semaine d’après pour repasser commande. C’est censé arrivé le jeudi ou le vendredi mais ça arrive tout le temps le lundi de la semaine d’après. Du coup, il y a une semaine de délai. C’est long. Quand tu es à l’extérieur et que tu commandes un truc en Chine, ça arrive plus vite chez toi des fois !

En prison, tu as un compte et les liquidités que tu as sur toi, à ton arrivée, sont automatiquement mises sur ton pécule. Tu peux directement l’utiliser sauf si tu es attrapé pour trafic de stups et que tu avais une forte somme d’argent sur toi. S’ils l’ont saisi, pas de chance pour toi. Et si tu avais retiré tout ton RSA le même jour, pas de chance pour toi. Parce que c’est de l’argent qui part pour l’enquête et qui ne va pas sur ton compte. Tu peux demander très régulièrement au maton s’il peut vérifier ton pécule et venir t’informer du solde. Alors il ne faut pas hésiter à les relancer parce qu’ils ont de la bonne volonté mais… mais ils oublient souvent, on va dire ça comme ça.

Ce que je conseille, si tu fais un truc risqué dans la rue : aie au minimum entre quarante et cinquante euros sur toi. Pour les deux premières semaines. Parce que le tabac c’est le même prix qu’à l’extérieur. Ça part vite. Surtout qu’en prison il n’y a pas grand-chose d’autre à faire qu’à fumer. Les cigarettes partent vite et c’est un des principaux moyens de solidarité et d’entraide, la clope. Donc au maximum tu en as, au mieux tu peux mettre bien tes codétenus. Au mieux ça se passera pour tout le monde. Avec cinquante euros pour une semaine et demi/deux semaines, j’aurais pu m’en sortir. C’est vrai que cent cinquante à deux cent euros par mois, c’est pas mal.

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La bouffe qu’ils préparaient là-bas, ils font au moins l’effort que ça soit équilibré. Après même si les détenus font tout leur possible avec tout l’amour et la fraternité qu’ils ont, ils ne peuvent pas faire de miracles, ça reste de la bouffe de cantine moins bonne que celle de l’école. C’est plutôt varié, on a des légumes et des fruits frais régulièrement. Il y a un plat végétarien, mais ils te mettent du poisson dedans. Si tu ne manges pas de viande, tu peux survivre. Je ne dis pas sans carences. En fait, ils préparent des plats végétariens au cas où et ils te le donnent s’ils ont distribué toute la viande et que tout est parti. Le sans-porc était énormément pris en compte et ça c’est pas rien. Tu peux cantiner halal. Souvent, ils font l’effort que les plats soient halal. Peut-être parce qu’ils en avaient marre de jeter.

Quand j’y étais c’était ramadan. Les repas étaient servis entre onze heures trente et midi et celui du soir entre dix-sept et dix-sept heures trente. Mais quand tu peux pas manger à cause du ramadan, ça fait que ton repas est froid. Ça, c’était pas cool.

La plaque chauffante, il faut que tu la cantines, si tu veux pouvoir manger autre chose que ce qu’on te sert en repas. Nous on avait pas de réchaud. Il coûte cinquante balles, c’est une plaque électrique à induction, ce qui fait que quand tu mets la main dessus ça te brûle pas. C’est pour pas que tu mettes la face de ton codétenu dessus.

Dans les cellules, il y a systématiquement la télé. La radio non. Tu peux cantiner un radio-réveil pour vingt euros et une chaîne hi-fi pour soixante-douze euros. Par contre, tu peux pas cantiner les CD, c’est forcément des gens qui te les ramènent.

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Les précédents témoignages de la série « Ma détention provisoire » peuvent être (re)lus ici :




Source: Rebellyon.info