Mars 15, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Image par SplitShire de Pixabay

Désormais je parle à la montagne ensoleillée en face de mon immeuble. Elle radote la vieille ! Ah les petits oiseaux dans le ciel, mes chers poètes, comme ils me manquent ! Finie ma douce et chère insouciance !

Vous n’imaginez pas le plaisir de sentir sur son visage un léger souffle d’air ! Depuis l’obligation de porter le masque, c’est devenu un privilège de déshabiller son visage.

Je souffre toujours en croisant, même dans la campagne, quelques passants masqués. Je souffre parce que sans raisonner je les imagine anxieux, suspicieux et sur leurs gardes. L’autre jour à la bibliothèque une dame saisie de panique en parlant de moi disait à la bibliothécaire « Elle n’arrête pas de s’approcher de moi ». J’étais pourtant à un mètre d’elle.

La peur voilà un autre virus qui engourdit nos gestes, nos regards, nous enserre dans nos coquilles. L’autre devient un ennemi potentiel. L’autre va nous contaminer.

Moi qui aimais tant observer des visages inconnus doit me résoudre à ne scruter que les pâquerettes, les barres de tramway et je me questionne :
comment puis-je exister au milieu des autres, de la foule humaine quand plus personne ne me regarde, quand je ne suis plus qu’une silhouette. Faire abstraction de sa frustration sûrement !

Comment peut-on exister si peu ! C’est bien joli d’écrire, de lire Camus ou Barthes, de rêver toute seule dans son coin mais je n’ai pas besoin de ça pour communiquer avec Pierre, Paul ou Jacques, Marguerite, Françoise ou Pauline. Fort heureusement, lorsqu’un ouvrier ou un chauffeur de bus me disent « Bonjour » c’est tellement inespéré que mon cœur rebondit.

Je garde espoir. Je me dis que je ne suis pas toute seule à déprimer. Que tous les déprimés du monde se rejoignent, qu’ils retrouvent le bonheur des petites choses simples, qu’ils se disent seulement « Bonjour » en se croisant ils se reconnaitront.

Eze, le 8 Mars 2021

Evelyne Trân




Source: Monde-libertaire.fr