Mai 17, 2021
Par Lundi matin
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Construite Ă  partir de 1953 par l’architecte Paul Bellemain, massive, un poil austĂšre, mais pas sans majestĂ© avec ses trois rangĂ©es de fenĂȘtres et sa partie centrale vitrĂ©e, l’ancienne Ecole, rue Neyret, dans le 1er arrondissement de Lyon, domine l’amphithĂ©Ăątre des Trois Gaules.

AprĂšs le dĂ©mĂ©nagement de l’ENSBA (École Nationale SupĂ©rieure des Beaux-Arts) aux Subsistances en 2007, le bĂątiment n’est occupĂ© que partiellement par le Service ArchĂ©ologique de la Ville de Lyon et par les rĂ©serves de l’OpĂ©ra National de Lyon.

Un projet de dĂ©molition, puis un projet de vente au CrĂ©dit Agricole, avaient mobilisĂ© les habitantes et les habitants souhaitant conserver le lieu. C’est grĂące Ă  cette mobilisation que le site n’a pas Ă©tĂ© vendu au privĂ©.

PremiĂšre assemblĂ©e de la commune libre de la Croix-Rousse dimanche 20 septembre 2015, rĂ©unissant entre 300 et 400 personnes.

« Autonomie politique dĂ©clarĂ©e, libertĂ© d’afficher sur les murs, transformation de l’église du bon pasteur en maison du peuple, une Ă©cole alternative dans le collĂšge Truffaut, une coopĂ©rative culturelle dans les anciens locaux de l’école des Beaux-Arts… Â» Autant d’idĂ©es et de projets plĂ©biscitĂ©s par l’assemblĂ©e. Le progrĂšs 22 septembre 2015

L’UniversitĂ© dĂ©sintĂ©grĂ©e… [2] , [3]… !?.

En septembre 2020, l’annonce par voie de presse de l’installation d’une universitĂ© de la mutation Ă©cologique dans le bĂątiment avait mis le feu au poudre. La mĂ©thode rappelait les pratiques peu dĂ©mocratiques de la prĂ©cĂ©dente mandature. Il n’est pas inutile de prĂ©ciser que EELV, Ă  la tĂȘte de la ville depuis juin 2020, faisait dĂ©jĂ  partie dĂšs 2001 de la coalition de gauche, qui Ă©tait reprĂ©sentĂ©e jusqu’ici par GĂ©rard Collomb [4].

En rĂ©ponse Ă  ce qu’ils considĂšrent dĂ©jĂ  comme un nouveau dĂ©part pour 6 annĂ©es de « mauvaises bouffonneries politiques Â» [5], quelques artistes installĂ©s depuis de nombreuses annĂ©es sur les pentes de la Croix-Rousse Ă©crivent une longue lettre ouverte, gentiment irrĂ©vĂ©rencieuse, un peu cynique, avec quelques envolĂ©es lyriques qui m’a interpelĂ©.

« Nous n’étions pas anxieux en découvrant l’article annonçant la vente du bâtiment au Crédit Agricole nous savions qu’il s’agissait d’un FAKE. Une technique de ”manageur lobbyiste” réalisée probablement avec la duplicité de la ville de Lyon. En 2016, par mesure de précaution, les habitants du quartier déposent une pétition regroupant plus de 5700 signatures pour rappeler que nous avons plébiscité l’idée de la création d’un lieu coopératif à vocation culturelle, social et écologique dans les bâtiments de l’ancienne école des beaux arts, celle-ci est toujours en ligne [6].

Nous ne sommes pas plus inquiets aujourd’hui à la lecture de l’article de l’Arrière-Cour, annonçant le parachutage d’une « Université de la Mutation. (…) Un projet ambitieux, qui mêle des universitaires qui veulent réinventer l’université, des entrepreneurs et lever 1 milliard pour sauver la planète (avec le soutien de Jean Jouzel [7] et Jean-Michel Aulas [8]…), des artistes… Le tout dans les bâtiments de l’ancienne école des beaux-arts...(…) Â» L’article nous à gentiment fait sourire, nous avons décidé d’en faire parler, mais peut-être pas dans le sens ou l’entendait Raphaël Ruffier. [9] Â»

(
) Nous comprenons que le site de l’ancienne École des Beaux-Arts attise aujourd’hui toutes les convoitises, mais nous sommes au regret d’annoncer par la présente, que ce projet « d’universitaire de la mutation Â» ne nous semble pas avoir sa place dans les bâtiments de l’Ex-ENSBA.

AprĂšs enquĂȘte, il s’avĂšre que les auteurs de cette tribune avaient tapĂ© juste.

Ce projet d’universitĂ© Ă©cologique semble n’avoir jamais Ă©tĂ© rien d’autre qu’une opĂ©ration d’esbrouffe, montĂ©e entre copains adeptes de l’écoblanchiment [10]. Un appel pour la crĂ©ation Ă  Lyon d’une UniversitĂ© de la Mutation Écologique, publiĂ© en mars 2020, et signĂ© par une centaines d’universitaires, dont Jean Ruffier le pĂšre de l’auteur de l’article et Yasmine Bouagga, la nouvelle mairesse du 1er arrondissement [11].

Le 7 Juillet 2020 Gregory Doucet

confirmais en direct sur BFM Lyon [12] son intention de crĂ©er ’une maison de la mutation Ă©cologique’. Un an aprĂšs l’appel, l’UniversitĂ© de la Mutation Écologique semble ĂȘtre passĂ©e aux oubliettes.

Aujourd’hui, les Ă©lus Ă©voquent timidement vouloir faire un lieu de la transition Ă©cologique sans donner plus de prĂ©cision sur le contenu, ni Ă©voquer les acteurs Ă©ventuels de ce projet dont les contours semble toujours aussi flous.

La seule certitude que l’on puisse se faire, c’est qu’on est Ă  des annĂ©es lumiĂšres de l’écologie sans transition proposĂ©e par dĂ©sobĂ©issance Ă©colo Paris [13]. Visiblement EELV qui « s’évertue Ă  maintenir ou Ă  rĂ©animer un modĂšle Ă©conomique marchand qui est la cause de tous les maux Â» n’a toujours pas intĂ©grĂ© le fait que « pour le climat les petits pas ça ne suffit pas [14] Â».

Maintenir le service archĂ©ologique dans l’ancienne Ă©cole des Beaux-Arts, Cela relĂšve-t-il de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©rale ?

Ce lundi 10 mai 2021, La Mairie du 1er organisait, une rĂ©union publique en ligne Ă  laquelle je me suis connectĂ©e, sur invitation de Sylvain Godinot, 2e Adjoint au maire (transition Ă©cologique et le patrimoine), que j’avais interrogĂ© par mail. Il s’agissait d’un temps d’information qui Ă  laissĂ© tout le monde perplexe.

N’ayant manifestement aucun projet solide, les nouveaux Ă©lus Ă  la ville de Lyon semblent pourtant vouloir tout mettre en Ɠuvre afin d’éviter autant que possible de rendre les clefs de l’école des Beaux-Arts aux artistes et aux habitants de la citĂ©.

Ainsi, la visio-confĂ©rence du 10 mai annonce d’emblĂ©e la couleur, la concertation annoncĂ©e dans le programme Ă©lectoral d’EELV sur l’ensemble du bĂątiment avant sa rĂ©affectation dĂ©finitive n’aura pas lieu. Comme le rappel innocemment une intervenante : – Sur votre petit dĂ©pliant prĂ©Ă©lectoral intitulĂ© : imaginez Lyon 1er dans une MĂ©tropole Ă©cologiste on pouvait lire : « HĂ©bergement d’urgence, locaux associatifs et culturels, cantine solidaire et potager dans l’ancienne Ă©cole des Beaux-Arts / Ă©glise du bon pasteur par une convention d’occupation temporaire. Concertation citoyenne pour rĂ©affectation dĂ©finitive Â» [15]

Aujourd’hui, on est loin de ce doux rĂȘve des habitants Ă  disposer d’un lieu social et culturel imaginĂ© comme une maison commune de 6000m2 sur 3 niveau administrĂ©e par les habitants eux mĂȘmes.

C’est l’adjoint au patrimoine qui prend la parole Ă  l’écran pendant les trente premiĂšres minutes pour annoncer le programme. Le service archĂ©ologique sera maintenu dans l’ancienne Ă©cole des Beaux-Arts sur plus des deux tiers du bĂątiment. Au final, il resterait seulement 1400 m2 pour les habitants, des locaux associatifs et culturels, Ă©ventuellement une cantine solidaire. Cette surface qui serait livrĂ©e en l’état devrait faire l’objet d’un Appel Ă  Manifestation d’IntĂ©rĂȘt (AMI) [16] mais pas avant 2024, une fois rĂ©alisĂ© les travaux de maintient du service archĂ©ologique.

InstallĂ© de façon provisoire dans ce bĂątiment sous la mandature GĂ©rard Collomb, probablement pour empĂȘcher toute occupation illĂ©gale du bĂątiment (le squat fait aussi partie des pratiques culturelles des pentes) [17], le Service ArchĂ©ologique est lĂ  depuis maintenant 12 ans. Les habitants de la Croix-rousse hĂ©ritent, sans le vouloir, d’une situation campĂ©e par les Ă©lus sortants dans l’attente de la vente du bĂątiment au CrĂ©dit agricole.

Le service archĂ©ologique de la ville devait initialement dĂ©mĂ©nager avec les ateliers de la Maison de la Danse au MusĂ©e Guimet, un autre site emblĂ©matique de la Ville, vide lui aussi depuis 12 ans, situĂ© prĂšs du parc de la tĂȘte d’or dans le trĂšs chic 6e arrondissement. C’était l’un des projets phares lancĂ©s par la prĂ©cĂ©dente mandature, sous GĂ©rard Collomb. RetoquĂ© par la nouvelle municipalitĂ© ce chantier ne verra pas le jour [18]. Une dĂ©cision qui impacte l’avenir du MusĂ©e Guimet mais aussi de l’ancienne ENSBA. Maintenir le service archĂ©ologique dans l’ancienne Ă©cole des Beaux-Arts, cela relĂšve-t-il de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©rale ? La question Ă  le mĂ©rite d’ĂȘtre posĂ©e.

Il semble difficile de rĂ©pondre seule Ă  cette question. Pourtant Nathalie Perrin-Gilbert, la nouvelle adjointe Ă  la culture, n’hĂ©site pas une seconde pour prendre cette dĂ©cision et affirmer en accord avec elle-mĂȘme que, bien entendu, le maintient du service archĂ©ologique de la ville dans l’ancienne Ă©cole des Beaux-Arts, cela relĂšve de l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©rale. DĂ©cidĂ©ment l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral Ă  Lyon ne se discute pas.


« Le terme « Commons Â» dĂ©signe non pas une co-appartenance, ou une co-propriĂ©tĂ© ou une co-possession, mais un USAGE, une co-activitĂ©. Â» [19]

« La dĂ©mocratie rĂ©elle, cela sous-entend une critique de la dĂ©mocratie dite reprĂ©sentative. On en revient Ă  l’idĂ©e du commun comme principe politique, c’est une maniĂšre de dire qu’il n’est pas permis Ă  un petit nombre de dĂ©cider pour tous. Il n’est pas permis Ă  quelques-uns, sous prĂ©texte que ce sont des reprĂ©sentants, de dĂ©cider pour tous. Dans la mesure ou tous sont intĂ©ressĂ©s aux dĂ©cisions ils doivent dans une certaine mesure y participer. La dĂ©mocratie participative, la dĂ©mocratie rĂ©elle, c’est quelque chose d’absolument dĂ©cisif aujourd’hui et de trĂšs actuel. Â»

« Le commun s’expĂ©rimente d’abord localement. Il y a une revendication qui est assez fondamental qui rejoint l’expĂ©rience de la commune de Paris. L’expĂ©rience d’un contrĂŽle des citoyens, sur les personnes qu’ils investissent du soin de gouverner. Ce qui est une exigence fondamentale de la dĂ©mocratie. Â» [20]

Les habitants, qui ont sauvĂ© l’école de la vente, espĂ©raient ouvrir une grande rĂ©flexion sur le devenir du bĂątiment dans sa globalitĂ© (6000m2). Ceux-ci avaient pris les devants en contactant des architectes [21] et un expert des droits culturels. Ils avaient lancĂ© des sĂ©minaires/ateliers d’intelligence collective ouverts [22] pour tenter d’aider la ville Ă  formuler ce que serait l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral du bĂątiment Ă©cole d’art avant sĂ©lection des candidats.

Leur rĂ©flexion portait bien au-delĂ  de l’école avec un pont pour relier l’église du Bon pasteur, une vielle bĂątisse dĂ©saffectĂ©e situĂ©e juste en face de l’école. Elle se distingue par son inaccessibilitĂ© : sans parvis, la porte dĂ©bouche sur la rue Neyret Ă  plus de trois mĂštres du sol [23]. L’escalier prĂ©vu ne fut jamais construit, car il aurait fallu dĂ©molir la caserne situĂ©e de l’autre cĂŽtĂ© de la rue, ce que les dĂ©fenseurs de la laĂŻcitĂ© sous la IIIe RĂ©publique ne pouvait tolĂ©rer.

Les habitants imaginent Ă©galement une remise en service de l’amphithĂ©Ăątre des trois Gaules dont les modestes vestiges qui subsistent sont intĂ©grĂ©s au jardin des Plantes au sud de l’école [24]. Afin de soulager le complexe international de la ville de Lyon qui Ă  perdu son statut de capital des Gaules depuis longtemps, ils ont pris contact avec les reprĂ©sentants autoproclamĂ©s de la rĂ©publique utopique d’UĆŸupis [25] Ă  Vilnius en Lituanie, et son centre d’art l’« l’UĆŸupis Art Incubator Â». L’idĂ©e Ă©tant de rĂ©aliser un jumelage entre la rĂ©publique UĆŸupis et leur rĂȘve de maison commune des arts excentriques afin d’ouvrir une ambassade d’UĆŸupis dans les bĂątiments de l’ancienne Ă©cole des Beaux-Arts.

Les dĂ©sirs ne manquent pas, pour imaginer une rĂ©utilisation Ă©cologique et intelligente des lieux et redonner Ă  l’ancienne Ă©cole sa vocation initiale. Une occupation en l’état des lieux libres (plateaux bruts Ă  amĂ©nager) presque sans frais permettrait de donner libre court aux initiatives des personnes vivant dans la citĂ©. Dans ce cadre lĂ , une partie du bĂątiment, pourrait facilement ĂȘtre ouverte et rendue accessible immĂ©diatement aux habitants du quartier. Certains ont dĂ©jĂ  une expertise en ce qui concerne la rĂ©utilisation d’édifices abandonnĂ©s. L’écologique sans transition, le changement pour rĂ©pondre Ă  l’urgence, ne se trouverait-il pas dans ces modes d’occupations inventives recyclant l’existant dans une sorte d’économie minimaliste [26] permettant ainsi d’inventer des lieux nouveaux [27] afin de pouvoir chanter et danser encore [28].


La mairie EELV va-t-elle rendre l’ancienne Ă©cole des Beaux-arts aux artistes ou l’offrir aux startuppeu-r-e-s ?

« Depuis un demi-siĂšcle, la grande ville Ă©crit un rĂ©cit commun qui nous a dĂ©liĂ© du vivant, raison pour laquelle le ralentissement ou la relocalisation apparaissent de plus en plus rĂ©clamĂ©s, et pas seulement depuis la pandĂ©mie. D’un point de vue Ă©cologique et anthropologique, il faut maintenant dĂ©manteler les grandes concentrations urbaines.

Et, d’un point de vue politique, avec quelques centaines de milliers d’habitants, l’individu se retrouve dĂ©possĂ©dĂ© d’un pouvoir direct d’action. Le politique devient alors gestionnaire de l’existant, ou mĂšne des actions cosmĂ©tiques.

La grandeur urbaine est donc aussi pour ne pas dire d’abord un problĂšme dĂ©mocratique, celui d’une dĂ©possession, ce qui explique en retour ses impasses Ă©cologiques et sociales. Â» [29]

Plus on avance dans la rĂ©union, plus l’opĂ©ration de communication tourne au fiasco, les remarques dans le tchat fusent en tout sens. Si les avis sont parfois trĂšs divergents concernant le devenir de l’école une chose semble faire l’unanimitĂ© entre toutes les personnes intervenantes, leur dĂ©saccord profond avec le projet soumis par la ville.

Un personne intervient en suggĂ©rant de raser l’école pour agrandir le jardin des Plantes [30] logique puisque les verts sont aux commandes, rappelant toutefois que la coalition de gauche Ă©lue dans l’arrondissement manque de lĂ©gitimitĂ© avec 60% d’abstention, 15 % de votes blancs et 5% de votes nuls [31].

On atteint l’apothĂ©ose lorsque, ChloĂ© Vidal, la 3e adjointe Ă  la dĂ©mocratie locale et Ă  la participation citoyenne ne comprend pas la question d’une intervenante qui lui demande simplement : « A partir de quand pensez-vous faire commun ouvrir un concertation commune… Â». Grand blanc… Elle butte sur le mot et cherche Ă  comprendre ce que cela peut bien ĂȘtre le « commun Â». Elle fait un effort, secoue la tĂȘte, mais rien ne vient.

L’« urbanisme transitoire Â»Â« Un nouvel outil de gentrification enveloppĂ© dans un commode emballage de valeurs culturelles, Ă©cologiques et solidaires Ă  la mode. Â» [32]

Sur la question du fonctionnement d’un Ă©ventuel « tiers-lieu Â» rĂ©duit Ă  peau de chagrin, dans le canevas proposĂ© par la ville, c’est Sylvain Godinot, qui prend la parole en affirmant lui mĂȘme faire des rĂ©ponses de normand. Dans un vocabulaire apparentĂ© le sentiment qu’a laissĂ© cette soirĂ©e irrĂ©elle est bien celui de la langue de bois.

Plaider la rĂ©glementation sur le marchĂ© concurrentiel pour faire une politique de coopĂ©ration inclusive, c’est trop drĂŽle !

Nathalie Perrin-Gilbert ancienne mairesse de l’arrondissement avait fait de l’école des Beaux-Arts la prioritĂ© de son mandat prĂ©cĂ©dent, un projet autour de la culture, pour disait-elle « revivifier les pentes [33] Â». QuestionnĂ©e par mail le 11 mars 2021 afin de savoir comment « la politique culturelle Â» de la ville va-t-elle « irriguer l’ensemble du projet municipal [34] Â» ? Je n’ai pas eu de rĂ©ponse !

InterrogĂ©e ce lundi sur la question des droits culturels, l’adjointe Ă  la culture, droite dans ses bottes, ne se laisse pas dĂ©monter. L’exercice est facile, on est sur zoom les intervenants sont nombreux, chacun ne peut intervenir qu’une seule fois en levant la main comme Ă  l’école. Les questions doivent ĂȘtre courtes, impossible donc de recadrer l’élue qui semble ne rien comprendre au fond sur le droit culturel des personnes.

Le droit de chacun de prendre part Ă  la vie culturelle, article 27 de la DĂ©claration universelle des droits de l’homme, est un droit humain qui est indissociable des autres, comme le droit au logement ou le droit de choisir sa religion. Dans une dĂ©mocratie comme la nĂŽtre, passer Ă  cĂŽtĂ© des droits culturels, c’est passer Ă  cĂŽtĂ© des droits humains fondamentaux de 1948. [35] Â»

Pour tenter de saisir le vide sidĂ©ral qui s’est installĂ© dans cette rencontre virtuelle surrĂ©aliste, il faut rĂ©Ă©couter l’émission de france culture du 1er avril [36]. L’édile local, de la culture Ă  la sauce lyonnaise se retrouve alors face Ă  Jean-Michel lucas alias doc Kasimir bisous [37].

« On part de la personne, on part de sa capacitĂ© Ă  ĂȘtre en humanitĂ©, et on nĂ©gocie avec elle ce qui va ĂȘtre important pour elle de faire comme chemin. On est pas institutions contre va nu pied du quartier, on est sur des personnes qui nĂ©gocient des parcours. L’enjeu c’est de nĂ©gocier avec d’autres dans la sociĂ©tĂ© ce qui est le mieux pour les uns et les autres. Temps de nĂ©gociation de la relation d’humanitĂ©. Â»

Ironie du sort, il se trouve que ce mĂȘme jeudi 1er avril Ă  Lyon un petit groupe d’habitants, organisaient une rencontre publique, regroupant 45 Ă  50 personnes, en haut du jardin des plantes face Ă  l’école. Une partie d’entre eux rĂ©flĂ©chissaient autour du texte d’un appel Ă  projet « idĂ©al Â» pour l’ancienne Ă©cole des Beaux-Arts proposĂ© par Jean-Michel Lucas. Extrait : « Le projet devra faire Ă©cho Ă  l’histoire du quartier dans sa dimension de conquĂȘtes d’autonomie et de libertĂ©s nouvelles. C’est lĂ  que naissent les premiĂšres initiatives mutualistes, les boutiques coopĂ©ratives, le premier conseil des prud’hommes
 Â» [38]

Il s’agissait d’une rĂ©flexion sur ce qui aurait du sens pour la vie collective au sein d’une politique Ă©cologique ! Envisager ensemble comment la ville souhaite poser le problĂšme de la rĂ©utilisation de l’école des Beaux-Arts. Cette rĂ©flexion collective en ateliers voilĂ  qu’elle est refusĂ©e au collectif d’habitants, comme si la dite concertation signifiait que les habitants ne pouvaient Ă©noncer que leur intĂ©rĂȘt particulier dans un cadre public dĂ©fini sans eux par la seule administration municipale.

« [
] Le confinement a prĂ©cipitĂ© les Ă©lĂ©ments d’une confrontation fondamentale qu’il faut parvenir Ă  nommer. La politique actuelle ne la comprend pas puisqu’elle sert des intĂ©rĂȘts trĂšs immĂ©diats qui masquent, voire nient, ce changement, qui se traduit pourtant dans la vie de tous.[
]

la diversitĂ© culturelle (faire s’entrechoquer les arts de toutes natures et de tous horizons en multipliant les occasions de dĂ©couverte et de rencontre), qui a besoin de la prĂ©sence, est de plus en plus difficile Ă  dĂ©fendre. LĂ  est, je crois, la confrontation Ă  laquelle nous assistons, entre des propositions mainstream, dominantes et simplificatrices, et la diversitĂ© des propositions, pour laquelle nous nous battons et que les politiques ne dĂ©fendent pas, alors qu’elle fonde la sociĂ©tĂ©.

[
] Si on ne se pense pas la culture hors de la marchandisation et de la mesure sordide de sa contribution au PIB, on est foutu ! Â» [39]

Un appel Ă  imaginer les geste barriĂšres  [40] pour que le monde d’aprĂšs ne soit plus jamais comme avant.

Historiquement, les Pentes ont toujours Ă©tĂ© un vĂ©ritable « laboratoire social Â» : squats, restaurants autogĂ©rĂ©s, crĂšches parentales, imprimeries parallĂšles, collectifs militants, associations en tous genres. Ce quartier est profondĂ©ment marquĂ© par son passĂ© de haut-lieu de l’industrie de la soie, par la rĂ©volte des Canuts et la grĂšve des Ovalistes [41], rĂ©putĂ©e premiĂšre grande grĂšve de femmes ouvriĂšres en France. Insurrections ouvriĂšres tout Ă  fait insolites pour l’époque qui inspireront les grands mouvements de pensĂ©e sociale du XIXe siĂšcle (Proudhon, Charles Fourier, Karl Marx, MikhaĂŻl Bakounine, Pierre Kropotkine) [42].

Il reste Ă  savoir si l’appel lancĂ© par quelques habitants, marginaux, un peu rebelle, va trouver aujourd’hui encore un Ă©cho suffisant pour arriver Ă  contrarier les plans des nouveaux Ă©lus Ă  la ville ou si la chose est dĂ©jĂ  entendue.

Il s’agissait d’« Un appel au retour Ă  la folle histoire du quartier et de ses luttes, un appel Ă  son esprit dissident et insurrectionnel contre toute nouvelles opĂ©rations de polissage (’ poliçage [43] ’). « un appel non au retour massif de la discipline, mais de l’attention. Non Ă  la fin de toute insouciance, mais de toute nĂ©gligence. Â» [44] Un appel Ă  imaginer les geste barriĂšres pour que le monde d’aprĂšs ne soit plus jamais comme avant. Â»

Anne Bonny,

Journaliste autodidacte, indépendante et impertinente.





Source: Lundi.am