Novembre 27, 2022
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Invisibilisé·es et accusé·es de ne pas faire partie de la communauté quand leur existence même n’est pas remise en question, les bi·es subissent pourtant plus de violences que les lesbiennes et les gays. Lutter contre l’invisibilité des bi·es, c’est aussi lutter contre le patriarcat.

Le 23 septembre a eu lieu la Journée internationale de la visibilité bisexuelle, ce fut l’occasion pour nous de rappeler que toutes les luttes sont encore à gagner pour les personnes bies qui pourtant représenterait plus de la moitié de la communauté LGBTI.

Tout d’abord, commençons par un fait souvent remis en cause : oui, la bisexualité existe. Le fait que des personnes se définissent comme bi·es et revendiquent des droits ne suffisant pas. Aussi, le terme « bisexuel·le », en opposition à celui de monosexuel, peut désigner le fait d’être hétéro et homosexuel·le, ou le fait d’être attiré·e par des personnes du même genre et de genre(s) différent(s). La bisexualité peut désigner aussi les orientations pans et ambisexuelles.

La biphobie est le terme utilisé pour désigner l’oppression systémique envers les personnes attirées par plusieurs genres. Elle se cumule à la bi-invisibilité qui est le manque de reconnaissance et l’ignorance des preuves évidentes que les bisexuel·les existent. La biphobie commence ainsi par le fait de considérer comme invalide, immoral ou non pertinent, l’existence de la bisexualité et de constamment la remettre en question. Les bi·es étant depuis les années 1980 accusé·es de répandre le Sida parmi les hétéros mais aussi parmi les gays et lesbiennes.

Invisibilité matérielle

Quand la bisexualité n’est pas jugée comme une curiosité malsaine d’hétéro, nommé « bicuriosité » par les uns, elle est perçue comme un effet de mode passager avant de rentrer dans le rang de l’hétérosexualité. Accepter de « prouver » sa bisexualité revient ainsi souvent à renforcer les clichés biphobes d’inconstance, qui se conjuguent à des clichés sexistes. S’il n’est pas rare sur des sites de rencontres de croiser des annonces qui indiquent : « pas de bie » (comme peuvent le faire certaines associations gays et lesbiennes), d’autres annonces indiquent clairement rechercher des « licornes », c’est-à-dire des femmes bies qui, fétichisées pour leur sexualité, sont très recherchées pour les plans à trois. La misogynie est donc motrice dans les agressions et propos biphobes.

Les tenants de la biphobie reprocheront souvent aux personnes bies l’absence de données matérielles pour prouver que la biphobie existe et qu’elle fait système. Pourtant, plusieurs études existent et démontrent l’inverse. Tout d’abord, comme pour les communautés trans, l’invisibilisation des bisexuel·les que nous pointions tout à l’heure a faussé les chiffres pendant des décennies. En effet, la majorité des études porte sur des statistiques de population ou sur les violences LGBTI et n’ont pas considéré l’existence de la bisexualité, les données ayant été englobées dans des statistiques qui ne concernaient que les gays et lesbiennes.

Les différentes études démontrent que les personnes bisexuelles connaissent de plus grandes disparités en matière de santé que la population en général. Comparativement aux hétéros, lesbiennes et gays, il apparait que les bi·es souffrent plus de troubles psy, de stress, de dépression, de troubles de l’humeur ou d’anxiété. Encore plus sérieux est le taux de suicides et de tentatives de suicides, eux aussi plus haut pour les bisexuel·les. Pourtant, peu de programmes de santé publique s’adressent spécifiquement aux bisexuel·les.


Bisexualité et transphobie

Par ailleurs, les préjugés biphobe font qu’une majorité de personnes bies ne dit pas aux professionnels de santé qu’elles et ils sont bi·es. Mais ce n’est pas la seule source du manque d’information et de prise en charge. En effet, le manque d’études et de formation fait que les personnels de santé comme les associations ne peuvent correctement renseigner, accompagner et soigner les personnes bies. L’un des exemples frappant étant que la plupart des programmes de prévention du VIH et des IST ne répondent pas aux besoins de santé des bisexuel·les. Ces données étant encore plus prégnantes dès lors que les bisexuel·les ne sont pas des personnes cis.

Les chiffres démontrent que les femmes bisexuelles en relation avec des partenaires monosexuel·les ont un taux accru de violence domestique par rapport aux femmes lesbiennes et hétéros. Si elles sont aussi celles qui statistiquement sont le plus souvent contraintes de quitter le domicile familial, ce qui pousse dans la précarité des femmes dont on sait qu’elles sont statistiquement la population qui a les revenus les plus faibles.

La communauté bie est souvent accusée d’être transphobe, nous tenons à rappeler qu’être bi·e ne signifie pas être cis. Pourtant, l’histoire des bi·es et des trans est très liée. En effet, l’histoire des luttes LGBTI est aussi celle de la lutte des bies et des trans qui se sont alliées contre l’invisibilité et pour leur inclusion commune dans les communautés et leurs combats. Malgré cela, comme les grandes figures trans, les figures bisexuelles ont été rayées de l’histoire. Ainsi Brenda Howard, comme Silvia Rivera, fut effacée alors même qu’elle fut l’une des leadeuses du mouvement et, notamment, l’organisatrice de la première pride de New York. Cela n’empêche pas, encore aujourd’hui, que bi·es et trans soient toujours contraints de lutter pour être inclus au sein même des prides.

Aujourd’hui si le mot bisexuelle ou biphobie apparait dans quelques programmes politiques, c’est uniquement pour lister des LGBTIphobies sans pour autant y associer de réelles luttes ou formation. Le besoin est criant lorsque l’on compare les réalités chiffrées à l’absence de réaction des organisations d’extrême gauche et des associations face aux diverses attaques biphobes et à leur décomplexion sur les réseaux sociaux. Lutter contre le patriarcat, c’est aussi lutter contre la biphobie.

UCL Bordeaux




Source: Unioncommunistelibertaire.org