Jeudi le 21 février 2019 plus d’une vingtaine de personnes se sont réunies dans les locaux de L’éco-kartier pour le lancement du journal Cause Commune Express portant sur les projets destructeurs au Saguenay. Les participants et participantes étaient invité.es à réagir à cet assaut sur notre milieu de vie. Plusieurs idées en sont ressorties et devraient voir le jour dans les prochaines semaines. À suivre…
Plus de 200 copies de cette édition de 4 pages seront distribuées dans la région au cours des prochains mois. N’hésitez pas à nous en demander si vous souhaitez participer à la diffusion de nos idées. Nous pouvons transmettre le document PDF pour les individus, groupes et associations qui voudraient en faire des photocopies.

Sommaire

⦁ Détruire le capitalisme ou la vie ?
⦁ D’une lutte en cours: être à la hauteur de la tâche a accomplir
⦁ Extractivisme, kessé ça?

Et le texte Les femmes et les enfants d’abord que nous reproduisons ici.

La lutte à la destruction de nos milieux de vie, si elle doit être l’affaire de tout le monde, doit mobiliser tout particulièrement les femmes et les enfants. Au cours des quarante dernières années, plusieurs vagues d’écoféministes ont mis en lumière l’intersection où se croisent les luttes écologistes et les revendications féministes. Comme c’est souvent le cas dans les discours féministes, voulant parler des femmes, certaines écoféministes ont également théorisé le rapport qu’entretiennent d’autres groupes opprimés face aux injustices écologiques. La question des enfants et de la reproduction de la vie au sens plus large est centrale dans plusieurs réflexions écoféministes. 
Dans le cadre des mobilisations contre les projets qui menacent notre région, nous avons vu se concrétiser cette sensibilité annoncée par les écoféministes de la part des femmes et des enfants. Samedi le 10 novembre 2018 environ 400 personnes se sont rassemblées à Chicoutimi pour dénoncer la série de grands projets industriels qui promettent d’envahir et détruire le Fjord du Saguenay au cours des prochaines années. Parmi les gens qui sont sortis de chez eux par cette après-midi pluvieuse, on comptait un bon nombre d’enfants. Lors de la deuxième vague de manifestations le 8 décembre dernier à Chicoutimi et à Alma, une élève d’Alma a invité les camarades de son école à se joindre à la manifestation pour le climat. À la vue des photos des manifestations sur les réseaux sociaux, certains internautes ont réagi en constatant la présence de tant d’enfants. «100 adultes 200 enfants on connaît ça des manifestations de ce genre apporte le plus de monde possible même s’ils ne sont pas au courant de la cause !!!!! » commentait un internaute. Peut-on réellement attribuer cette forte présence d’enfants à une simple manipulation de la part de leurs parents?  
Il est assez simple de comprendre l’importance et la pertinence de la participation des enfants dans la lutte à de tels projets destructeurs. Ce sont eux qui devront tenter de vivre sur une planète souillée et éventrée, sur un territoire avec lequel on aura laissé se torcher Rio-Tinto, Ariane-Phosphate, GNL Saguenay et Métaux BlackRock. Les enfants font partie de la société et du monde; ils sont capables de comprendre et de s’organiser. Greta Thunberg, une jeune activiste suédoise de 15 ans, a réussi à mobiliser des milliers d’élèves à travers le monde à faire la grève de l’école tous les vendredis pour protester contre l’inaction des gouvernements face aux changements climatiques. Lors d’une allocution à la COP24, elle déclarait devant les centaines de représentant.e.s des pays présents :  «Vous n’êtes pas assez mature pour dire les choses comme elles sont. Même ce fardeau, vous le laissez à nous, les enfants. […] Vous dites que vous aimez vos enfants par-dessus tout, et pourtant, vous volez leur avenir sous leurs yeux. » Souhaitons que le mouvement initié par Thunberg s’étende aux écoles de la région aussi rapidement que possible. Les enfants ne constituent pas une banque de futurs travailleurs ou un investissement à faire fructifier; ce sont des êtres sensibles et parfois inquiets. La lutte contre la destruction de l’environnement est et sera pour eux une question très concrète de survie. 
La lutte contre ces projets destructeurs nous concerne plus particulièrement en tant que femmes. Dans un monde où domine largement une logique de production/consommation, les femmes sont encore associées à la sphère dévalorisée de la reproduction. Assurer la reproduction de la vie, c’est entre autres prêter son corps à la mise au monde des enfants, mais c’est également et surtout, tous les soins qui doivent être apporté à la vie pour la maintenir. 
Ce deuxième sens du travail de reproduction est encore disproportionnellement rempli par des femmes. Il peut prendre la forme de travail rémunéré (santé, soins aux personnes âgées, enseignement primaire et secondaire, etc.), ou de travail non rémunéré (préparation des repas, lessive, ménage, etc.). 
Nombreux sont ceux qui applaudissent ces projets sous prétexte qu’ils apporteront en région beaucoup de « bons » emplois. Selon quels critères considèrent-on qu’il s’agisse de « bons » emplois? Des emplois axés sur la production, voire sur la surproduction sans lendemain? Nous valorisons systématiquement les emplois traditionnellement et encore largement masculin comme si les projets destructeurs des entreprises privées étaient l’incarnation de Dieu venus nous bénir de leur sacro-saint emplois alors que les infirmières, les enseignantes, les travailleuses du milieu communautaire s’épuisent dans des emplois précaires à tenir à bout de bras notre société malade. Un emploi du temps qui soit réellement bon devrait nous permettre d’assurer le soin nécessaire à la reproduction de la vie; et non seulement de mettre du pain sur la table aujourd’hui tout en saccageant le futur.   
Il a fort à parier que les emplois qu’apporteront en région ces projets seront largement occupés par des hommes. En 2012, les femmes représentaient à peine 1,3% de la main d’œuvre dans le domaine de la construction. Et que ces femmes, défiant le stéréotype de genre, devaient s’attendre à vivre du harcèlement et de la discrimination sur leur lieu de travail. On peut espérer le contraire, mais c’est sans doute également ce qui attend les femmes de la région qui s’essayeront à ces nouveaux emplois.  
Peu importe, cette logique d’appropriation, d’exploitation et de destruction de la nature dans laquelle s’inscrivent ces promesses n’a que trop durée. Il est plus que temps que nous mettions la vie au centre de nos priorités. C’est nous qui devrons vivre sur le territoire éventré qu’Arianne Phosphate laissera derrière elle dans 26 ans. C’est parce que nous devons prendre au sérieux les responsabilités que les générations ont les unes envers les autres, que nous ne pouvons pas consentir silencieusement au saccage de notre territoire. Nous devrons nous battre, les femmes et les enfants d’abord.