Illustratrice fidèle de CQFD, Caroline Sury se penche, dans Yellow Cake – une exposition présentée à Marseille [1] jusqu’au 22 décembre – sur l’extraction d’uranium au Niger. Une catastrophe écologique et humaine déclenchée par la France.

Avec Yellow Cake, Caroline Sury et Ludovic Ameline font moins référence à la pâtisserie fine qu’à une tambouille extractiviste à laquelle on goûte peu. Le terme désigne en fait la pâte jaune vif qui constitue l’une des étapes de la transformation de l’uranium en combustible nucléaire. Utilisant des supports et matériaux divers (plaques métalliques, tissu, peinture phosphorescent…), Yellow Cake renvoie aussi à « la part du gâteau telle que les économistes la schématisent pour matérialiser des statistiques ». Pour Caroline Sury, cette exposition « s’appréhende comme une irradiation au cœur d’un fait sociétal de confrontation des populations […] à la mondialisation, liée aux intérêts des puissances économiques ». Une interpellation des consciences, en somme, qui ne doit pas pour autant faire oublier l’aspect artistique de la démarche : « Au-delà de l’orientation politique, nous sommes en présence de formes et matières nourrissant des propositions plastiques multiples. »

Photo David Giancatarina {JPEG}

Les deux artistes ont choisi d’articuler leur travail autour de la cité minière d’Arlit, située dans la région d’Agadez, au nord-est du Niger. Sortie de terre en 1969, la ville a été construite de toutes pièces après la découverte d’un profond gisement d’uranium. Dès le début, c’est la Cogema (Compagnie générale des matières atomiques) qui s’octroie les droits d’exploitation. La multinationale, plus connue sous le nom d’Areva, s’appelle aujourd’hui Orano. L’État français en est le principal actionnaire. Au Niger comme ailleurs, la course à l’uranium provoque des désastres écologiques et sanitaires. Extrêmement gourmande en eau, l’extraction de ce minerai ne se contente pas de pomper les nappes fossiles : elle pollue ces réserves de façon quasi définitive. Un scandale environnemental qui se double ici d’une catastrophe humanitaire. Les Touaregs qui vivaient là endossent aujourd’hui le costume des réfugiés. Dépossédés de leur terre, ils n’ont reçu aucune compensation. Et se trouvent donc, dénonce Caroline Sury, confrontés à « un choix permanent : prendre les armes ou devenir mineurs pour Areva ».

Tiphaine Guéret

[1] À la Galerie Porte Avion, au 96, boulevard de la Libération (Marseille 4e).