DĂ©cembre 15, 2020
Par Basse Chaine
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Plusieurs personnes ont Ă©tĂ© mises en examen dans une nouvelle affaire d’antiterrorisme. Nous lisons que ces personnes sont d’ultra-gauche. Certes, il a Ă©tĂ© maintes fois rĂ©pĂ©tĂ© que la « mouvance ultra-gauche Â» est une catĂ©gorie inventĂ©e par la police. Tout comme la « mouvance anarcho-autonome Â». Cela n’est toutefois pas tout Ă  fait exact, voici pourquoi. Un article Ă  lire sur Rouen dans la rue.

Commençons par la juxtaposition « anarcho-autonome Â». Elle est bien une pure invention de quelqu’un. Nous ne doutons pas que ce quelqu’un soit un policier d’exercice, ou bien un quelconque employĂ© de ministĂšre, qui, vaguement familier de l’autonomie ouvriĂšre et de l’histoire de l’anarchisme, aura dĂ©cidĂ© que, comme les deux courants ont en commun de haĂŻr l’État, on peut bien dire que c’est la mĂȘme chose. Et pour maquiller l’incohĂ©rence de pareille notion, il suffit d’y accoler le terme obscur et confusionniste de « mouvance Â». Personne ne se revendiquera anarcho-autonome, personne ne s’y reconnaĂźtra, mais cela permettra bien d’en interpeller comme tels – dans les deux sens du terme.

L’ultra-gauche, cette inconnue

Mais il n’en va pas de mĂȘme de l’ultra-gauche. VoilĂ  l’objet de notre rĂ©vĂ©lation : l’ultra-gauche existe. Oui, il y eut des gens d’ultra-gauche. Oui, l’ultra-gauche est un courant politique. L’ultra-gauche n’est pas une pure fabrication policiĂšre, elle est un bricolage policier. Nous verrons ce que cela signifie dans un instant. Ouvrons d’abord un livre rĂ©cemment paru en librairie. Il s’appelle L’hypothĂšse autonome, est Ă©crit par Julien Allavena, et l’on y trouve Ă  la seiziĂšme page la phrase suivante :

« Il convient de rĂ©gler une bonne fois pour toutes le malentendu : l’« ultra-gauche Â» historique est morte et enterrĂ©e depuis maintenant plus de trente ans. L’expression fut initialement utilisĂ©e pour dĂ©signer les groupes marxistes non lĂ©ninistes, d’obĂ©dience conseilliste dans l’espace germano-hollandais, bordiguiste en Italie, et leurs ramifications, par exemple en France et Italie. Â»

Disons-le trĂšs vite : l’ultra-gauche dĂ©signe les gens qui sont obsĂ©dĂ©s par Marx mais qui dĂ©testent LĂ©nine. Disons-le un peu mieux : l’ultra-gauche a pour point de dĂ©part l’échec de la rĂ©volution soviĂ©tique et le rejet d’une conception de la rĂ©volution comme prise du pouvoir d’État par un parti. Pour les thĂ©oriciens d’ultra-gauche, la rĂ©volution est l’affaire des masses travailleuses, celles-ci doivent libĂ©rer les espaces de production de la tyrannie de l’extraction de la valeur. La question de la vie quotidienne, pour eux, est une question bourgeoise. Que fit l’ultra-gauche ? Elle produisit des textes arides – et qui n’ont, pour ceux qui ont la niaque aujourd’hui, qu’un intĂ©rĂȘt Ă©sotĂ©rique. L’ultra-gauche fait partie du cabinet de curiositĂ© de l’histoire rĂ©volutionnaire du dernier siĂšcle et demi. Et pour ceux qui voudraient en savoir plus, il existe une page wikipĂ©dia – elle n’est pas encore distinguĂ©e comme « article de qualitĂ© Â», mais donne une idĂ©e correcte de la question.

Pourquoi cela nous importe-t-il ? Eh bien, par respect pour l’une des fonctions Ă©lĂ©mentaires du langage. Les mots servent Ă  dĂ©signer les choses. La « mouvance anarcho-autonome Â» n’est rien, c’est pourquoi elle mĂ©rite toujours des guillemets. L’ultra-gauche est quelque chose, sachons donc ce qu’est cette chose.

Lire la suite sur le site de Rouen dans la rue.




Source: Basse-chaine.info