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DOUBLE MONDE

Confinement en confusion, démence sous air conditionné

AgrippĂ©s Ă  nos croyances normalisantes, nous nous retrouvons confinĂ©s dans nos certitudes. Le monde qu’on nous prĂ©sente dans ses reprĂ©sentations spectaculaires, est une escroquerie, celui qu’on se reprĂ©sente soi-mĂȘme une illusion. Cette rĂ©alitĂ© mise en scĂšne sous air conditionnĂ©, rĂ©flĂ©chit l’image de soi selon l’air qu’on lui donne dans les apparences trompeuses de la sociĂ©tĂ© du spectacle. Un deuxiĂšme monde apparaĂźt qui se substitue au temps vĂ©cu qui nous Ă©chappe.

Ne pas se leurrer sur nos interprétations des situations peut nous permettre de mieux nous approprier nos perceptions et notre compréhension de ce double monde confus, mensonger et hypocrite, afin de pouvoir le transformer collectivement par nos actes de rébellions émancipatrices, partagés dans une convivance insurrectionnelle.

UN SYSTÈME DE CROYANCES RÉGI PAR LA PEUR

Sous la dictature Ă©conomique et son conditionnement publicitaire, la libertĂ© se crĂ©e dans un combat quotidien. Ce n’est pas un concept abstrait Ă  l’usage de philosophes, de politiciens ou de publicitaires, mais bien une pratique individuelle et collective Ă©galitaire. C’est la possibilitĂ© de pouvoir choisir l’usage de son temps, de la disposition de son corps et de son mental, de l’expression de ses Ă©motions sans contraintes ni entraves.

Le pouvoir de choisir un pouvoir dominateur autoritaire n’est pas une libertĂ©. Celle-ci nĂ©cessite que les conditions d’existence soient consenties par chacun et auto-organisĂ©es Ă©galitairement par tous. Personne ne peut imposer sa conception de la libertĂ© sans nier celle des autres. La libertĂ© s’accomplit par la fin de toute domination, l’abolition de l’esclavage du travail et de la mesure des inĂ©galitĂ©s par l’argent. Elle se rĂ©alise par la dissolution de la normalitĂ© imposĂ©e dans une diversitĂ© partagĂ©e. Elle ne peut ĂȘtre que gĂ©nĂ©rale, pour tous ou pour personne.

La privation de libertĂ© est l’abus de pouvoir de l’État policier pour maintenir et renforcer l’ordre de sa domination. Elle peut ĂȘtre subie ou acceptĂ©e dans une prison, un hĂŽpital psychiatrique ou Ă  domicile. Le confinement consenti est une astreinte collective Ă  rester enfermĂ©, un effort nĂ©cessaire, une incarcĂ©ration volontaire Ă  domicile. Si l’épidĂ©mie est grave, elle n’est pas dramatique. La moitiĂ© du monde a Ă©tĂ© confinĂ© pour le Covid-19, incarcĂ©rĂ© Ă  domicile, internĂ© la peur au ventre. C’est l’hystĂ©rie sĂ©curitaire d’un pouvoir despotique qui est contagieuse et dangereuse. Le conseil scientifique du pouvoir fascisant est corrompu et pas crĂ©dible. Sous de faux prĂ©textes, par les mesures coercitives d’un Ă©tat d’urgence, on nous prive de nos libertĂ©s, pendant que la pensĂ©e unique mĂ©diatisĂ©e produit des crĂ©dules bien soumis. Le conditionnement mental est entretenu par une psychose permanente, et la soumission par l’instauration d’un climat de peur et de panique.

Le confinement isole, sĂ©pare et dĂ©shumanise dans l’aliĂ©nation d’une survie de misĂšre. Le rapport aux autres est devenu virtuel. Les prothĂšses technologiques ont remplacĂ© les relations humaines. À ce qui Ă©tait directement vĂ©cu s’est substituĂ©e une reprĂ©sentation numĂ©rique dans une mise en scĂšne spectaculaire des rapports marchands. Et les manifs virtuelles au balcon n’expriment qu’un simulacre de rĂ©volte, des faux semblants qui affirment une rĂ©signation aux mensonges officiels de l’État policier. Dans les rĂ©seaux sociaux, il n’y a de communautaire que l’illusion d’ĂȘtre ensemble. La fausse communication fait de chacun le flic des relations aux autres dans un isolement bien rĂ©el. Les personnes-objets ne sont plus que des marchandises connectĂ©s virtuellement.

Les mĂ©dias et les politiques ont piquĂ© leurs crises de nerfs hypochondriaques. La peur irraisonnĂ©e de la maladie et de l’autre prĂ©sumĂ© contagieux fait accepter les contraintes et la privation de libertĂ©, la psychose fait endurer un peu prĂšs n’importe quoi, se rĂ©signer Ă  subir la dictature et se soumettre Ă  l’ordre sĂ©curitaire. L’autre n’est plus qu’un ennemi contaminant qu’on maintient Ă  distance, par des gestes barriĂšre, nous plaçant ainsi dans un isolement sĂ©curitaire autogĂ©rĂ©. Et si l’autorĂ©gulation ne suffit pas, une discipline sĂ©curitaire infantilisante nous rappelle violemment Ă  l’ordre par la rĂ©pression et l’obligation de payer une amende. Le confinement gĂ©nĂ©ral, accompagnĂ© de l’absence de dĂ©pistage Ă  grande Ă©chelle au plus tĂŽt, et de l’absence de traitement par mĂ©dicament, a prouvĂ© son inefficacitĂ©, sa dangerositĂ© par la psychose malsaine qu’il entretient. Toutes les lourdes menaces Ă©pidĂ©miques rĂ©pandues par les mĂ©dias et les politiques se sont toujours avĂ©rĂ©es aprĂšs coup, exagĂ©rĂ©es, fausses et mensongĂšres.

Mettre en perspective les chiffres morbides relatifs au dĂ©veloppement de l’épidĂ©mie, dont nous bombardent quotidiennement les mĂ©dias, en les replaçant dans un contexte Ă©largi dans le temps et l’espace, peut permettre, par comparaison, de les relativiser et de dĂ©dramatiser les prĂ©visions dĂ©sastreuses et anxiogĂšnes diffusĂ©es de partout. L’analyse critique et la rĂ©flexion situationnelle sont les seules Ă©chappatoires Ă  cette propagande catastrophique qui rĂ©pand dangereusement la crainte, la frayeur, l’angoisse et l’affolement.

Les modĂ©lisations prĂ©dictives des biostatisticiens font office de dogme, justifiant la terreur et son Ă©tat de guerre, permettant d’instaurer rapidement un rĂ©gime totalitaire. L’acceptation de la contrainte exprime l’espĂ©rance d’une libĂ©ration future, la pĂ©nitence devient rĂ©demption, et la croyance en ce devenir une Ă©vidence avĂ©rĂ©e, une religion scientiste. C’est une conviction proche de la foi, construite sur une prĂ©diction probabiliste qui s’impose comme une dĂ©votion fanatique indispensable Ă  une rĂ©surrection salvatrice.

Une fois que la dramatisation a Ă©tĂ© crue, et le prĂ©texte acceptĂ©, tous les gens de pouvoir se sont prĂ©cipitĂ©s pour utiliser cette aubaine et en profiter au maximum, que ce soit des États, des trusts ou des spĂ©culateurs.

La dette des États, gonflĂ©e par la Banque Centrale EuropĂ©enne, sert Ă  payer les entreprises et les financiers, et sert aussi de justification aux politiques d’austĂ©ritĂ©, qui ont dĂ©jĂ  broyĂ© nos services publics, nos systĂšmes de santĂ©, nos droits, nos conditions de travail, nos congĂ©s… La crĂ©ation monĂ©taire de milliers de milliards pour combler les dettes des entreprises, des actionnaires et des financiers, dĂ©value l’argent par une augmentation des prix et la rĂ©surgence d’une inflation tenace. En payant plus cher les marchandises, on paie une sorte de taxe au pouvoir pour rembourser cette dette, et ce racket gĂ©nĂ©ral peut prolifĂ©rer grace aux politiques antisociales. Sous prĂ©texte de l’état d’urgence sanitaire, des mesures sont mises en place pour la surveillance gĂ©nĂ©ralisĂ©e, le tout sĂ©curitaire faisant infuser dans les esprits la peur, le repli sur soi, la culpabilitĂ© et la stigmatisation. La rĂ©cession Ă©conomique produit une rĂ©gression sociale avec une augmentation considĂ©rable du chĂŽmage et de la misĂšre. Cette insĂ©curitĂ© sociale justifie le durcissement de la dictature Ă©conomique et de la tyrannie technologique.

Le spectacle mĂ©diatique gĂ©nĂšre en permanence un vent de panique pour faire accepter l’escroquerie de la crise financiĂšre qui a surfĂ© sur l’épidĂ©mie. La crise est la norme. La panique des uns fait le bonheur des autres. Le capitalisme n’est pas affaibli par la crise, passer d’une crise Ă  l’autre est son fonctionnement normal. Le krach est un outil financier. La crise est dĂ©clenchĂ©e par les spĂ©culateurs les plus avisĂ©s pour accĂ©lĂ©rer et accroĂźtre Ă©normĂ©ment et rapidement leurs profits sur le dos des plus petits qui ne l’ont pas vu venir.

Cette crise Ă©tait annoncĂ©e de longue date, les spĂ©culateurs milliardaires ont utilisĂ© le coronavirus pour mieux la dĂ©clencher et en tirer les meilleurs profits, quitte Ă  Ă©branler l’équilibre gĂ©nĂ©ral. L’économie et la production reprĂ©sentent moins de 10 % des richesses, les 90 % restant traficotent dans les sphĂšres de la haute finance, dans des bulles financiĂšres spĂ©culatives, qui rapportent bien plus que l’économie rĂ©elle pour ceux qui en ont les moyens et savent y faire. Si l’économie s’en retrouve affaiblie, c’est pour mieux faire payer les populations. Quand certains perdent, d’autres gagnent, rien ne se perd, la circulation de l’argent s’accĂ©lĂšre considĂ©rablement pour un moment seulement.

La dĂ©mocratie est suspendue, la dictature Ă©tablie, la loi martiale imposĂ©e. Le couvre-feu permanent est accompagnĂ© d’autorisations spĂ©ciales de sortie, instaurant le contrĂŽle gĂ©nĂ©ralisĂ© de la vie quotidienne. Il fallait Ă©craser la rĂ©bellion qui se rĂ©pandait et s’installait dans la durĂ©e. Ils devaient utiliser les grands moyens pour faire taire cette contestation mondiale, dans une pĂ©riode d’instabilitĂ© pour Ă©viter l’effondrement des pouvoirs dominants et prĂ©server les privilĂšges des hyperriches. L’autoritĂ© de l’État policier est renforcĂ©e afin d’achever le grand pillage des biens publics, et de parfaire l’arnaque de la crise financiĂšre que les populations encore plus appauvries devront payer, en se soumettant Ă  leur misĂšre soudainement accrue.

Au cours de cette survie anxiogĂšne sans devenir, les situations stressantes habituelles activent dans le cerveau des comportements rĂ©flexes de protection, d’adaptation et de soumission qui empĂȘchent de rĂ©flĂ©chir et de comprendre les situations subies. L’intoxication mentale des mĂ©dias de masse se rĂ©pand sans ĂȘtre vue, elle contamine l’air de rien. Notre exposition permanente Ă  des produits ou des informations toxiques produit une accumulation de toxines persistantes dans notre organisme jusqu’à saturation. Nous sommes sous perfusion directe, dans notre corps et notre mental, empoisonnĂ©s de toute part en quantitĂ© infinitĂ©simale et constante sur le trĂšs long terme. L’habituelle accoutumance nous est imperceptible, mais la dĂ©pendance bien rĂ©elle qu’elle entraĂźne produit une addiction durable maladive.

La libre exploitation de la vie est inhĂ©rente au fonctionnement du capitalisme, la pollution dĂ©vastatrice qui en dĂ©coule dĂ©truit l’humanitĂ©. Le pouvoir destructeur de la production marchande n’a plus d’entrave dĂšs lors qu’il est Ă©conomiquement nĂ©cessaire aux affaires juteuses de quelques multimilliardaires. La marchandisation s’est Ă©tendue Ă  la globalitĂ© du monde, ses nuisances n’ont comme limites que l’écroulement gĂ©nĂ©ral.

Pour ne pas sombrer avec un monde en perdition, il est important maintenant de comprendre que notre intelligence cognitive est polluĂ©e par toutes sortes de toxines, et se retrouve, sans qu’on s’en aperçoive, conditionnĂ©e et diminuĂ©e. Notre apprĂ©hension du monde devient confuse et obscure, et notre aptitude Ă  nous l’approprier rĂ©ellement aliĂ©nĂ©e.

Nous sommes sĂ©parĂ©s du monde sur lequel nous n’avons plus de prise. Cette rĂ©alitĂ© sĂ©parĂ©e nous Ă©chappe. On nous fait croire que chaque chose a sa place, qu’il ne faut pas tout mĂ©langer et que cette dissociation favorise l’étude scientifique qui permet de diffĂ©rencier le vrai du faux. L’ignorance volontaire de la comprĂ©hension de l’ensemble, compartimente la pensĂ©e et limite la rĂ©flexion Ă  des oppositions contradictoires bien cloisonnĂ©es, rĂ©duit l’intelligence Ă  une soumission maladive, Ă  une accumulation de vĂ©ritĂ©s prĂ©fabriquĂ©es sĂ©parĂ©es, intransigeantes et autoritaires. La comprĂ©hension globale pertinente est diminuĂ©e et aliĂ©nĂ©e par les omissions, la focalisation, le cadrage, les sĂ©parations, la dissection, la dĂ©composition. Tout est bien rangĂ© dans des cases et n’est qu’affaire de spĂ©cialistes experts. La bonne convenance en vigueur impose une totale soumission Ă  la conformitĂ© admise.

Tout ce qui Ă©tait structurellement reliĂ© est tranchĂ© dans le vif, dissĂ©quĂ©, isolĂ© puis bien sĂ©parĂ©. Cette conception qui dĂ©truit la cohĂ©rence de la vie est pathologique. Nous sommes coupĂ©s mentalement de notre nature vivante par cette doctrine rĂ©ductrice dominante. Étrangers Ă  nous-mĂȘmes, nous sommes Ă©trangers aux autres et Ă  notre monde qui devient un environnement extĂ©rieur, un objet Ă  maĂźtriser, une marchandise Ă  optimiser pour les affaires. Cette rĂ©alitĂ© objective prĂ©dĂ©finie, composĂ©e d’objets de commerce, se prĂ©sente comme une Ă©vidence Ă  laquelle on doit impĂ©rativement se soumettre, une fatalitĂ©.

L’expĂ©rience de l’existence se limite Ă  la consommation de ses reprĂ©sentations. L’absence d’expĂ©rimentation vĂ©cue fabrique un monde abstrait d’objets dĂ©sincarnĂ©s. Dans une rĂ©alitĂ© dominĂ©e par les objets, se confondent dans la confusion, la perception d’un fait et son interprĂ©tation, l’observation et l’idĂ©e qu’on s’en fait, la description et son commentaire, l’expĂ©rience directement vĂ©cue et des jeux d’apparences prĂ©fabriquĂ©s. Notre vision du monde est troublĂ©e, dĂ©tĂ©riorĂ©e, dĂ©naturĂ©e et falsifiĂ©e par cette maniĂšre de voir, rĂ©elle toxine mentale qui nous empoisonne la vie.

Pour nous Ă©manciper de ce conditionnement uniformisĂ©, nous devons expĂ©rimenter des pratiques personnelles situationnelles, d’oĂč Ă©merge une comprĂ©hension dont le sens dĂ©pend du contexte et du cours des Ă©vĂ©nements. On peut ainsi commencer Ă  comprendre les transformations des processus de la vie, dans le cours de leur histoire propre. Pour Ă©viter de se faire enfermer et figer dans des vĂ©ritĂ©s obtuses et autoritaires Ă  prĂ©tention universelle, il nous faut partir de points de vue plus larges qui facilitent le partage de communications sur nos propres communications dans l’émergence d’une coopĂ©ration collective Ă©galitaire, indispensable au renversement de l’ordre des choses marchandes.

L’information rĂ©pandue par la presse, soumise aux directives de ses actionnaires a Ă©tĂ© mise sous la tutelle de quelques trusts mĂ©diatiques. L’opinion uniformisĂ©e est aujourd’hui manipulĂ©e et programmĂ©e dans la mise en scĂšne de sa reprĂ©sentation. Le pouvoir illimitĂ© des agences de presse internationale permet la centralisation, le contrĂŽle et la censure des infos mondialisĂ©es. La focalisation simultanĂ©e des mass-mĂ©dias rĂ©vĂšle et dissimule cette censure Ă  la base de la construction de toute information dĂ©formante. Les faits sont rĂ©cupĂ©rĂ©s, dĂ©tournĂ©s dans un point de vue conforme aux intĂ©rĂȘts des affairistes milliardaires, puis transformĂ©s en actualitĂ©s Ă©vĂ©nementielles, vision contemplative du dĂ©sastre prĂ©sentĂ©es en drames obsessionnels, qui servent prĂ©texte au dĂ©veloppement de politiques liberticides et antisociales. Ces grands organes de presse mettent la pression sur notre mental en organisant et conditionnant la vision et l’entendement de la rĂ©alitĂ© d’un monde en perpĂ©tuelle reprĂ©sentation.

Le rĂ©el est ce qui est visible, ce qui n’apparaĂźt pas n’existe pas. Tout ce qui sort du cadre, ce qui est hors champ n’a pas de rĂ©alitĂ©. Ce qui est derriĂšre l’objectif n’a pas d’apparence, et est effacĂ©. Cette omission forme l’angle mort du contexte dans l’observation restreinte d’une vision bornĂ©e, obtuse et Ă©triquĂ©e. En changeant de point de vue, en recadrant plus large avec un contexte plus Ă©tendu, on change le sens accordĂ© Ă  la situation, ce qui en modifie la comprĂ©hension en l’enrichissant dans une dimension plus globale.

Mais dans le monde des apparences, les convictions sont prises pour des vĂ©ritĂ©s, des principes dogmatiques que l’on croit naturels. La vĂ©ritĂ© n’est qu’une croyance arrogante qui mĂ©prise les autres considĂ©rĂ© comme Ă©tant fatalement dans l’ignorance et l’erreur. Ce qui est pris pour la vĂ©ritĂ© n’est qu’une approximation partielle prĂ©tentieuse. Ce n’est que l’illusion mĂ©galomane de la perfection qui ne peut que s’imposer autoritairement comme le seul point de vue possible, la seule rĂ©alitĂ©. Ce n’est qu’une conception de l’esprit de l’observateur, Ă  un moment de son histoire, qui ignore les autres, en les niant comme individus libres et Ă©gaux.

Pour nous enrichir et nous accomplir nous pouvons affiner nos diffĂ©rences ensemble par une coopĂ©ration Ă©galitaire, en partageant, comparant et confrontant nos observations, nos rĂ©flexions et nos comprĂ©hensions du moment. Le rĂ©el se concrĂ©tise dans le monde que nous habitons en le vivant, en prenant les dimensions de notre cohabition avec les autres. L’accomplissement personnel se vit dans cette mise en commun qui construit nos existences. Nos dĂ©rives spontanĂ©es engendrent notre devenir dans le cours des hasards partagĂ©s.

Dans le monde des apparences, l’utilisation de certains mots, la critique de certaines idĂ©es reçues intouchables dĂ©clenchent un processus d’identification arbitraire, la rĂ©duction d’une personne Ă  une simple Ă©tiquette, catĂ©gorisĂ©e et stigmatisĂ©e. La science des marchands en est un exemple garanti, comme vĂ©ritĂ© incontestable d’une unique rĂ©alitĂ© qui s’impose comme une Ă©vidence. C’est la dictature des experts du pouvoir dominant.

MĂ©fions-nous de ce scientisme mercantile, et ne prenons pas la propagande conformiste de nos ennemis oppresseurs pour des rĂ©alitĂ©s irrĂ©futables. Remettons en cause leur pensĂ©e unique, discutons des faits, des dĂ©monstrations, des interprĂ©tations et des dĂ©ductions, critiquons leurs Ă©vidences autoritaires, comparons les chiffres dans un contexte historique Ă©largi, sans utiliser d’étiquettes exclusives et dĂ©nigrantes, qui jugent arbitrairement sans rĂ©flexion ni dĂ©bat possible. Le bannissement ne rend pas intelligent. Tous ceux qui condamnent une personne, la stigmatisant comme hĂ©rĂ©tique, parce qu’elle n’est pas dans la norme admise, en lui collant une Ă©tiquette mĂ©prisante et colomnieuses, sans exprimer leurs analyses critiques sur les arguments et les dĂ©marches explicatives, n’expriment que leur arrogance prĂ©tentieuse, leur manque de rĂ©flexion, leur nuisance et leur confusion, qui entretiennent une soumission volontaire Ă  la conformitĂ© dont ils se rendent complices.

Ceux qui traitent de “complotistes” les personnes qui comprennent les situations avec une perspective diffĂ©rente des idĂ©es admises, sans se rĂ©fĂ©rer explicitement Ă  l’analyse du spectacle rĂ©pandue par les mĂ©dias comme idĂ©ologie de la caste dominante, s’économisent tout discernement et toute argumentation critique, et restent ainsi les esclaves du systĂšme de reprĂ©sentation de ce vieux monde marchand en perdition.

Notre diversitĂ© vivante est bien plus riche et crĂ©ative que leur normalitĂ© intolĂ©rante. Nous n’avons personne Ă  convaincre, nous souhaitons seulement rĂ©flĂ©chir ensemble avec nos points de vue divergents. Nous n’avons pas de ligne directrice Ă  laquelle tout le monde doit se plier. MĂ©fions-nous des dĂ©tenteurs de vĂ©ritĂ©s qui censurent et qui mĂ©prisent les ignorants pour les convaincre et mieux les vaincre. C’est une attitude guerriĂšre, militaire, sectaire, voire stalinienne. Le partage et le dĂ©bat sont la base des pratiques antiautoritaires et Ă©galitaires.

La croyance aveugle en sa propre vĂ©ritĂ© n’est pas dans l’observation de la rĂ©alitĂ©, mais dans la relation qu’on a avec les gens qui ne croient pas Ă  la mĂȘme rĂ©alitĂ©. L’explication des phĂ©nomĂšnes dĂ©pend des rapports qu’a l’observateur avec des gens qui partagent plus ou moins le point de vue dont il parle. Le mot n’est que l’étiquette de l’opĂ©ration qu’il reprĂ©sente, mais pas une chose abstraite, extraite de sa propre expression. Cette opĂ©ration, partagĂ©e avec d’autres, fait distinguer dans son contexte, les phĂ©nomĂšnes en les faisant exister. On n’observe pas des objets Ă©trangers et dĂ©sincarnĂ©s, on contextualise nos observations dans nos relations avec d’autres qui sont diffĂ©rents.

Le show de la sociĂ©tĂ© a inventĂ© la rĂ©alitĂ© imuable. L’objectivitĂ© rĂ©aliste invente un monde figĂ© chosifiĂ©, Ă©tranger Ă  toute expĂ©rimentation humaine, Ă  tout partage. L’omission volontaire du sujet vivant observateur, marchandise sa pensĂ©e en idĂ©ologie, sĂ©parĂ©e de son vĂ©cu incarnĂ© dans l’expĂ©rience de la situation vĂ©cue au cours de son Ă©volution incertaine. Cette idĂ©ologie s’invente un autre monde, dans l’abstraction de sa reprĂ©sentation.

Dans le monde du vĂ©cu, la rĂ©el n’est pas sĂ©parĂ©e de nous, il ne nous est pas extĂ©rieur, il fait partie intĂ©grante de notre existence. En l’expĂ©rimentant avec d’autres, nous l’incarnons en le vivant. Comprendre notre expĂ©rimentation du monde nous fait prendre corps au cours de sa rĂ©alisation. Il ne nous Ă©chappe plus. On peut ainsi reprendre le pouvoir sur nos conditions d’existence et se rĂ©approprier nos vies librement.

Notre expérience personnelle ouverte aux autres et construite avec eux engendre une intelligence situationnelle incarnée dans le moment vécu, avec ses doutes, ses incertitudes, ses hasards, ses intuitions, ses inventions, son humour et sa spontanéité.

L’intelligence ne se possĂšde pas, ce n’est pas un stock de marchandises informatives que l’on peut se payer, mais bien un processus instable et irrĂ©gulier que l’on construit, qui nous dĂ©fait et nous refait en permanence. C’est une suite d’expĂ©riences qui permettent le dĂ©veloppement spontanĂ© de notre comprĂ©hension, une recherche d’équilibre qui convient, qui rend viable la situation vĂ©cue et qui enrichit nos capacitĂ©s Ă  avancer en s’assumant, avec nos doutes et nos incroyances, sur ce chemin que nous choisissons et inventons au fur et Ă  mesure, dans la dĂ©rive naturelle de notre propre histoire. L’intelligence se rĂ©alise par une volontĂ© de comprendre et par le dĂ©veloppement des capacitĂ©s Ă  avancer par soi-mĂȘme sur le chemin de cette comprĂ©hension.

Plus l’organisation de la sociĂ©tĂ© est autoritaire, procurant Ă  un petit nombre tous les pouvoirs de dĂ©cision, plus la stabilitĂ© sociale est fragile. Plus le nombre de dĂ©cisionnaires est important plus les excĂšs sont rĂ©gulĂ©s par le nombre et la diversitĂ©. Plus la sociĂ©tĂ© est dictatoriale plus elle dĂ©truit son Ă©quilibre, sa cohĂ©rence sociale et plus elle est fragilisĂ©e dans une insĂ©curitĂ© croissante. De mĂȘme, le nombre de points de vue diffĂ©rents crĂ©e la richesse et la justesse de l’observation d’un phĂ©nomĂšne. Comme l’explique la relativitĂ© restreinte d’Einstein, plus le nombre de coordonnĂ©es est important, plus l’observation se rapproche de l’exactitude. L’intelligence collective Ă©merge des interrelations et de la coopĂ©ration entre individus particuliers diffĂ©rents.

Comprendre le fonctionnement d’un systĂšme c’est apprĂ©hender ses parties dans l’ensemble de ses interactions, dans l’entendement des relations qui composent les rĂ©seaux de sa structure particuliĂšre. La comprĂ©hension des relations, en tant que facteurs constitutifs d’une structure, gĂ©nĂšre une connaissance humaine Ă©volutive.

La collectivitĂ© crĂ©e une intelligence qui devance, et de loin, la simple addition de ses Ă©lĂ©ments. De la totalitĂ© se manifeste une pertinence irrĂ©ductible qui dĂ©passe ce qui la compose. Les concessions opportunistes des critiques partielles, amĂ©nagements de dĂ©tails, amĂ©liorations de la forme, emprisonnent l’entendement dans un rĂ©formisme collaborateur et conformiste. Il importe de rattacher chaque critique Ă  la totalitĂ© pour l’apprĂ©hender dans la complexitĂ© situationnelle de son vĂ©cu, et l’émanciper dans un renversement de perspective rĂ©volutionnaire.

EXHIBITIONS EN ÉTALAGE

La pub met en scĂšne des images de marque dans ses vitrines. Elle affiche les signes de dĂ©pendance Ă  la propriĂ©tĂ© privĂ©e, comme du bĂ©tail marquĂ© au fer rouge par son propriĂ©taire. Les marchandises se donnent en spectacle pour se faire remarquer et le systĂšme fait son show. Mais l’apparence du bonheur consumĂ©riste cache l’horreur de l’esclavage productiviste. Le plaisir d’achat du consommateur est toujours fugace et dĂ©cevant. La pub n’est qu’une illusion, une opĂ©ration marketing de l’existence, son euphorie est Ă©phĂ©mĂšre, ses rĂ©jouissances momentanĂ©es, son enthousiasme putrescible. Le rĂȘve d’un instant masque le cauchemar d’une Ă©poque. MĂȘme si ses gratifications sont temporaires, le mythe de la publicitĂ© construit un sentiment d’identitĂ© unificateur dans une sociĂ©tĂ© merveilleuse, pourtant composĂ©e d’individus isolĂ©s en miettes, dĂ©structurĂ©s par une compĂ©tition sans fin dans la permanence des apparences trompeuses. La sĂ©duction et la persuasion permanente de publicitĂ©s tapageuses permettent Ă  la dictature Ă©conomique d’imposer ses restrictions antisociales sans trop se faire voir, planquĂ©es derriĂšre les Ă©crans de ses mises en scĂšne numĂ©riques.

Tout le monde croit Ă©chapper Ă  l’emprise publicitaire, personne ne se sent manipulĂ© Ă  son insu. C’est justement parce qu’on ne s’en rend pas compte que la pub est efficace. Elle agit insidieusement dans l’inconscient par son omniprĂ©sence et ses rĂ©pĂ©titions outranciĂšres. ImbibĂ© durablement dans la soumission aux marchandises, le bon consommateur-accro de pub devient un toxico du paraĂźtre dans un monde de spectacle. Une forte dĂ©pendance toxicomaniaque est produite par la recherche obsessionnelle de plaisirs de compensation dans une consommation addictive et compulsive de drogues marchandes, dealĂ©es par des publicitaires illuminĂ©s.

Les marchandises ne sont plus de simples objets de commerce, mais les images allĂ©chantes de leurs marques. Leur valorisation dĂ©valorise l’humain. La valeur ajoutĂ©e des affaires n’est plus dans la fabrication, mais dans le marketing. En consommant l’image remarquable, on devient soi-mĂȘme l’image de marque que l’on a cru acheter. C’est son identitĂ© que l’on paie Ă  la caisse, celle que l’on vend aux regards des autres comme production de sa propre consommation.

Il suffit de catĂ©goriser un individu Ă  partir de la sĂ©lection de quelques mots clĂ©s pour faire un profil qui sera sa marque Ă  faire remarquer. Il suffit alors d’avoir l’air pour se donner une apparence et faire bonne impression. L’image qui se remarque n’est pas une marchandise, mais un style de vie, une attitude Ă  la mode, un ensemble de nouvelles valeurs toujours pĂ©rissables. La pub impose sa culture, celle de la petite bourgeoisie, des marchands et des affaires. C’est la propagande d’un certain style de vie qui dissĂ©mine de partout la fiĂšvre acheteuse.

La pub comble de ses illusions le vide d’une vie vampirisĂ©e par un travail Ă©puisant. Les faux besoins maquillent les vrais dĂ©sirs pour mieux les travestir, les dissimuler pour mieux les occulter. DĂ©penser le salaire de misĂšre, fruit de son esclavage et de la souffrance, donne accĂšs Ă  une partie des apparences difformes d’un bonheur factice, Ă  un peu de paradis artificiels, en vendant son identitĂ© au rabais pour tenter de combler un manque tenace. Pour paraĂźtre quelqu’un, il faut donner l’illusion d’ĂȘtre, marquer son public, impressionner son assistance. Il suffit d’avoir l’air pour faire son effet sur des spectateurs admiratifs, se dĂ©marquant des autres par sa conformitĂ© assumĂ©e, achetĂ© dans les Ă©talages des rĂŽles provisoires normalisĂ©s, puis consommĂ© dans le show de son existence factice.

En achetant une satisfaction hypothĂ©tique, c’est l’appĂ©tence qu’on paie, en se goinfrant de ses propres dĂ©sirs, cannibalisant sa convoitise. DopĂ©s de pub on s’autoconsomme sans rĂ©elle satisfaction, en consumant ses rĂȘves.

Un amour imaginaire est mis en scĂšne par l’érotisme investi dans l’objet dĂ©sirĂ©. Ce transfert d’amour projetĂ© dans l’objet dĂ©sirĂ© divinise la marchandise. Le dĂ©sir est fantasmĂ©. Le dĂ©sir de l’objet remplace l’objet du dĂ©sir. Cette passion pour les bienfaits illusoires de la consommation est une marque de l’absence, bourrĂ©e de tristesse et de ressentiment, ne produisant que convoitise et frustration.

Le consommateur de sa propre vie effectue un transfert Ă©motionnel sur l’image d’un style d’existence. C’est ainsi que la pub trafique les personnalitĂ©s en travestissant les identitĂ©s, commotionne les sens en faisant son cinĂ©ma, par la projection d’un soulagement chimĂ©rique. S’assimiler Ă  une reprĂ©sentation idĂ©alisĂ©e simule un sentiment d’existence dans le vide de l’ennui. Quand la marchandise irrĂ©sistible se divinise, elle produit l’apparence flatteuse d’une vie accomplie. Ce n’est qu’une escroquerie normalisĂ©e, une monstrueuse opĂ©ration de formatage dĂ©formant.

Une survie intenable, dans la peur et la mĂ©fiance des autres, restreint l’individu Ă  son animalitĂ© barbare jouĂ©e au thĂ©Ăątre des illusions dĂ©cevantes. Ce comportement de prĂ©dateur ruine et dĂ©truit toute expression vivante de solidaritĂ©, dans une hystĂ©rie consumĂ©riste suicidaire.

La publicitĂ© ne cherche pas Ă  convaincre, elle change inconsciemment le comportement de sa cible pour modifier sa maniĂšre de penser dans une soumission normalisĂ©e. L’individu Ă  la norme marchande formalise le comportement modĂšle dans un asservissement librement consenti, inconscient et efficace. L’obligation de consommer est masquĂ©e par le choix tĂ©lĂ©guidĂ© de sa marchandise miraculeuse. Les promesses salvatrices ne sont jamais tenues, et le consommateur déçu dĂ©chante trĂšs vite, insastisfait dans une frustration chronique.

La surconsommation de marchandises fortement prĂ©sente dans les pubs en cours donne l’impression de s’intĂ©grer Ă  l’élite heureuse, celle qui est positivement dans le coup, sans jamais se faire dĂ©passer par les Ă©vĂ©nements factices du spectacle. Ce bonheur chimĂ©rique dĂ©pend d’une consommation toujours plus intense d’images marchandes, dans la peur permanente de se faire exclure et bannir du groupe des vedettes populaires du monde des apparences, la peur de finir dans une grisaille misĂ©rable et sinistre en dehors des projecteurs, passĂ© de mode. La standardisation des comportements est renforcĂ©e par cette peur de paraĂźtre anormal. C’est une course compĂ©titive pour ĂȘtre le plus adaptĂ© Ă  la norme.

Les super-branchĂ©s du conformisme publicitaire se prennent tous pour les vedettes du magazine, et sur la scĂšne de leur quotidien, leur seul objectif est de bien se faire voir pour se faire remarquer et se faire reconnaĂźtre coĂ»te que coĂ»te. Il s’agit de jeter de la poudre aux yeux sans se faire dĂ©masquer, faire classe, frimer dans l’esbroufe et l’euphorie de la suffisance. L’éloquence exubĂ©rante nĂ©cessaire aux apparences de la bonne convenance n’est qu’un baratinage, une succession de mots Ă  la mode du moment. Les mots sont pris pour les images qu’ils reprĂ©sentent, les phases produisent une accumulation d’images-objets entassĂ©es sur l’étalage du verbiage au marchĂ© des apparences, une succession de mots marchandisĂ©s alignĂ©s sur le prĂ©sentoir de la reprĂ©sentation mise en scĂšne. La stupiditĂ© de cette consommation de mots en reprĂ©sentation se fait passer pour de l’intelligence contemporaine, une marque de supĂ©rioritĂ©. Ces possĂ©dĂ©s de leurs possessions se glorifient de leur bassesse servile.

La pub rĂ©cupĂšre et dĂ©forme, elle n’éduque pas et n’instruit pas, mais dĂ©truit la culture d’une Ă©poque en changeant le sens des mots, maquillant la signification des situations pour les intĂ©grer de force au systĂšme marchand. La culture pub est un mythe destructeur qui nivelle la diversitĂ© dans une programmation des comportements. L’homme intoxiquĂ© de pub n’est plus que l’ombre de lui-mĂȘme sous les projecteurs de sa mise en scĂšne qui lui Ă©chappe.

Pour ne pas se faire rejeter par les autres ni exclure de la sociĂ©tĂ©, il faut prendre un rĂŽle, adopter un style de vie Ă  choisir parmi les diffusions des spots publicitaires, ou dans les Ă©talages du spectacle. Le bonheur a Ă©tĂ© standardisĂ© dans les artifices euphoriques des normes publicitaires, le seul modĂšle de libertĂ© admis dans les jeux d’apparences en reprĂ©sentation. C’est une toxine qui dĂ©truit la spontanĂ©itĂ© crĂ©ative de la vie, une aliĂ©nation gĂ©nĂ©rale nĂ©cessaire au dĂ©ploiement sans limites d’un mercantilisme totalitaire.

Ce que les idĂ©ologies de la domination imposent collectivement comme normalisation sociale et politique, les stĂ©rĂ©otypes publicitaires le transmettent inconsciemment, le gravent dans l’intimitĂ©, l’ancrent au plus profond en chaque individu. Pris dans l’image qu’il se reprĂ©sente, le bourgeois, comme exemple Ă  suivre, est obsĂ©dĂ© en permanence par son apparence. Sa contre nature sophistiquĂ©e se dĂ©compose en Ă©tiquettes, selon un code de bonne conduite, dans l’éloge du mĂ©rite… sa maison est la sociĂ©tĂ© du spectacle. Cet acteur de sa propre existence s’isole dans la solitude de son rĂŽle Ă  exĂ©cuter, obsĂ©dĂ© par l’air qu’il peut avoir, l’impression qu’il donne, l’image projetĂ©e Ă  son public. En sĂ©parant tout, un peu partout, du tout, le cadrage de ce cinĂ©ma de la non-existence dĂ©sagrĂšge une unitĂ© en miettes dans une discontinuitĂ© permanente qui tranche dans le vif. Ce monde en mille morceaux, juxtapose des pauses, des instantanĂ©s sans aucun lien, une accumulation sans fin d’images sans contexte, une sĂ©rie d’anecdotes sans suite, le show d’un quotidien fait de faits divers sans cohĂ©rence et sans histoire.

La reprĂ©sentation du monde rĂ©pandue par les mĂ©dias prescrit les comportements modĂšles qu’il faut jouer dans le spectacle du quotidien. Cette reproduction d’attitudes et d’agissements prĂ©fabriquĂ©s dĂ©truit l’aptitude Ă  participer Ă  des situations imprĂ©vues en atrophiant les rĂ©actions spontanĂ©es et occultant les comportements inhabituels, vivifiĂ©s d’humour et de crĂ©ation. LimitĂ©s Ă  la reproduction de modĂšles Ă©go centrĂ©, ces individus entravent toute interaction avec les autres considĂ©rĂ©s comme spectateurs passifs. Ils perdent ainsi le sens de la relation, des discussions, du partage, de l’humour, du sarcasme, de l’enthousiasme, de la passion… Quand les possibilitĂ©s des relations sociales se retrouvent diminuĂ©es, c’est la cohĂ©rence et la cohĂ©sion de la sociĂ©tĂ© qui sont dĂ©truites.

L’acteur de sa vie est convaincu de son authenticitĂ©, ce qui permet Ă  son entourage de croire en son personnage. Il va interprĂ©ter son rĂŽle avec une telle sincĂ©ritĂ© que le public va se laisser tromper, et oublier qu’il s’agit lĂ  d’une mise en scĂšne. C’est cet oubli qui crĂ©e le faux-semblant, cette omission donne sens au simulacre d’apparence. Pour que la magie opĂšre, le jeu de l’acteur ne doit pas se voir, si le stratagĂšme est perçu et dĂ©voilĂ©, il ne fonctionne pas. L’omission crĂ©e l’illusion.

C’est alors que tout le monde surjoue son rĂŽle dans un show continu perverti par une hypocrisie gĂ©nĂ©ralisĂ©e. On ne peut plus savoir si l’autoritĂ© est respectĂ©e et la soumission acceptĂ©e quand tout le monde joue Ă  faire semblant. On sauve les apparences sans savoir si la servitude est consentie ou pas. Tout peut ĂȘtre possible et imprĂ©visible.

Pour ĂȘtre de son temps, il faut choisir son rĂŽle au bon moment, avant qu’il ne soit dĂ©passĂ©. L’obsolescence des rĂŽles transparaĂźt dans la dĂ©tĂ©rioration de la fascination publicitaire. La rĂ©pĂ©tition des enrĂŽlements successifs use les travestissements du moment. Les successions de tendances, l’accumulation sans fin des changements de dĂ©tails exacerbent le dĂ©sir de changement dans une insatisfaction chronique.

La peur panique d’ĂȘtre catĂ©gorisĂ© comme dĂ©viant, malade, fou, et de se retrouver exclu et banni, engendre une normalitĂ© conforme aux comportements dominants de la sociĂ©tĂ©. Toute dĂ©viance affole et Ă©pouvante les gens bien conformes qui ne comprennent pas ce qui est extĂ©riorisĂ© en dehors de leurs rĂšgles de convenance. Toute dissemblance est catĂ©gorisĂ©e, Ă©tiquetĂ©e et stigmatisĂ©e comme illogique, contre nature, et exclue comme dĂ©rĂšglement mental, folie inadmissible, dĂ©sordre intolĂ©rable.

La particularitĂ© complexe qui nous habite se protĂšge des agressions externes par une cuirasse caractĂ©rielle, un masque de thĂ©Ăątre qui nous enferme, nous empĂȘchant l’accĂšs direct Ă  la vie. C’est de la poudre aux yeux qui nous Ă©touffe dans une survie surfaite, une façon de se dĂ©rober aux regards soupçonneux des autres, dans une absence magnifiĂ©e. L’identitĂ© qui s’affiche par la cuirasse est une mise en reprĂ©sentation de l’existence chosifiĂ©e comme marchandise humaine. L’acteur de sa vie se rĂ©duit Ă  sa reprĂ©sentation, son intelligence s’atrophie et rĂ©gresse, car son processus vital modĂ©lisĂ© n’est plus autonome. Quand la mise en spectacle s’intensifie, la vie personnelle s’appauvrit dans la dĂ©ception et l’ennui, Ă©trangĂšre Ă  ses pulsions vitales. Ce monde en reprĂ©sentation est une mystification qui dĂ©sintĂšgre la vie, une imposture, une escroquerie librement consentie, dans la soumission totale Ă  un systĂšme d’exploitation sans limites.

POSSÉDÉ PAR SON IMAGE

Éternellement insatisfait dans une sociĂ©tĂ© de frustrations sous emprise publicitaire, l’individu contemporain travaille comme une bĂȘte pour pouvoir consommer comme un malade, tout en se prenant pour le roi. Il est complĂštement absorbĂ© par une surabondance d’infos dĂ©contextualisĂ©es, ensorcelĂ© d’images sans rĂ©el, captivĂ© et recadrĂ© par les Ă©crans. Ses connexions tĂ©lĂ©commandent sa reprĂ©sentation du monde. Cette passivitĂ© instaure un suivisme qui autorise Ă  survivre, bien isolĂ©, chacun chez soi, dans l’illusion d’avoir le monde rien que pour soi.

Le prĂ©sent continu, l’ici et maintenant, disparaĂźt dans la dĂ©coupe d’un temps fragmentĂ©, dans l’accumulation d’instantanĂ©s dĂ©passĂ©s. Les dĂ©robades mĂ©caniques d’une succession d’instants pris dans un futur inaccessible, et dĂ©jĂ  disparu dans l’éphĂ©mĂšre des apparences trompeuses. C’est le temps mort des marchandises dĂ©sirĂ©es, vĂ©nĂ©rĂ©es et dĂ©jĂ  obsolĂštes. Il ne nous reste plus qu’à imaginer le prĂ©sent Ă  partir d’un avenir sans aucun devenir.

Le passage obligatoire pour une reconnaissance sociale dĂ©pend d’une identification totale aux apparences de l’image de soi que l’on s’est construite. Le monde-image impose sa pseudo-rĂ©alitĂ© spectaculaire.

Par les promesses d’un consumĂ©risme dĂ©bridĂ©, les rĂ©compenses dĂ©sirĂ©es gĂ©nĂšrent des modifications de comportements. L’impulsion de passage Ă  l’acte devient irrĂ©pressible. La tension monte, puis une perte de contrĂŽle dĂ©clenche le dĂ©but du comportement de consommation compulsive. Un bref soulagement prĂ©cĂšde de peu la dĂ©ception. C’est un moment de crise oĂč le pressant dĂ©sir du mĂȘme effet nĂ©cessite l’augmentation de son intensitĂ© et de sa frĂ©quence. Cet attachement maladif est une rĂ©elle dĂ©pendance toxicomaniaque. L’addiction part toujours d’un plaisir illusoire ressenti comme rĂ©el, aboutissant Ă  une souffrance certaine, un renforcement des contraintes de l’accoutumance et du manque, et toujours un recul considĂ©rable des libertĂ©s.

Ces dĂ©pendances aux images toxiques intrinsĂšques aux marchandises aliĂšnent le plaisir de satisfaction consĂ©quent Ă  l’achat du bien dit magique, subordonnant l’existence Ă  la consommation des produits tant attendus. Toute consommation de marchandises fĂ©tichisĂ©es dĂ©clenche une addiction, une dĂ©pendance Ă  la toxique comme si c’était une rĂ©elle drogue. AprĂšs une courte euphorie persiste un manque douloureux et obsessionnel. L’absence de came crĂ©e un vide envahissant qui doit ĂȘtre rapidement comblĂ©. Les cycles s’enchaĂźnent et s’accĂ©lĂšrent dans des attitudes hyperactives, saccadĂ©es et superficielles, une fuite aveugle devant une dĂ©pression pressante. Ce zapping hypnotique s’accomplit dans l’ivresse exaltante d’une communion factice avec la mise en scĂšne de marchandises fĂ©tichisĂ©es, fascinantes et omniprĂ©sentes.

Les annonces publicitaires, les reality shows, les sĂ©ries TV, les sĂ©quences cinĂ©matographiques fascinent les spectateurs. Certains acteurs sont adorĂ©s, leurs attitudes idolĂątrĂ©es, leurs comportements envoĂ»tants influent le dĂ©sir d’une nouvelle identitĂ©, dans le prochain scĂ©nario Ă  ne pas manquer. Jouer ce rĂŽle qui hante et obsĂšde, faire son cinĂ©ma et se jouer des autres, dĂ©clenche une pratique pathologique Ă  forte addiction compulsive.

L’autre est dominĂ©, dĂ©sirĂ© comme une marchandise idolĂątrĂ©e dont la consommation doit combler le manque et procurer une sensation de satisfaction promise par la publicitĂ©. L’autre est dĂ©truit en tant que personne, chosifiĂ© comme produit stupĂ©fiant. Ces consommations addictives de marchandises humaines font des rapports humains une toxicomanie identitaire.

Les acteurs de leurs existences exĂ©cutent les rĂŽles dont ils ont achetĂ© les images qui les composent, sans jamais se laisser vivre dans le cours des situations imprĂ©vues. C’est une non-existence en reprĂ©sentation qui est en contradiction avec l’expĂ©rimentation de notre monde rĂ©el. Cette incompatibilitĂ© produit une confusion mentale, un dĂ©sarroi, un trouble, un dĂ©sespoir, une dissonance cognitive.

La reprĂ©sentation photographique est prĂ©fĂ©rĂ©e Ă  la situation vĂ©cue, se faire voir plutĂŽt que vivre. L’obsession permanente de son apparence est une idĂ©e fixe, une manie compulsive oĂč les bons moments ne sont plus que des prĂ©textes Ă  selfies. ObnubilĂ© par le regard des autres, envoĂ»tĂ© par la rumeur et les commĂ©rages, ce joueur de rĂŽles plonge dans un narcissisme obsessionnel qui le conduit Ă  une dĂ©pendance toxicomaniaque Ă  l’image numĂ©rique de soi, Ă  sa propre mise en scĂšne sur internet. S’afficher aux autres dans les rĂ©seaux antisociaux participe d’une compĂ©tition maladive Ă  la meilleure des normalitĂ©s, pour ĂȘtre encore plus dans le coup qu’eux.

Perdant tout espoir de comprendre et de changer sa situation, cet individu fragmentĂ© est diminuĂ© par ses troubles mentaux. Il se contente d’un soulagement de l’instant trop pesant, en adoptant une ligne de conduite de survie immĂ©diate. Croyant se rĂ©conforter dans la consommation Ă  la mode, il se soumet Ă  tout ce qu’on lui impose dans une certitude d’impuissance. Au cƓur de la tempĂȘte intĂ©rieure des dĂ©sirs qui le dĂ©vorent, il croit trouver un soulagement par des attitudes d’indiffĂ©rence, de cynisme et de dĂ©tachement de tout. En Ă©tant lĂ  tout en Ă©tant ailleurs, il se distancie de son existence insupportable en dissociant sa pensĂ©e de sa vie. C’est une mentalitĂ© de survie immĂ©diate qui se dĂ©sintĂ©resse complĂštement de l’avenir et du passĂ©, avec une Ă©trange et paisible habitude de la catastrophe.

La passivitĂ© automatique de la consommation tĂ©lĂ©guidĂ©e normalise des individus dĂ©personnalisĂ©s, uniformisĂ©s dans une servitude machinale. Ce conditionnement multiforme dissĂ©minĂ© par les mĂ©dias et la publicitĂ© formate un individu soumis Ă  l’emprise des maĂźtres chanteurs et des pervers narcissiques. Ce conformiste standardisĂ© se laisse abuser par des imposteurs qui en tirent profit, des bonimenteurs hypocrites et sournois. Ces charlatans des apparences se font passer pour des virtuoses de la magnificence, des maĂźtres de l’apparat. En absorbant les traits de caractĂšre, les opinions et les valeurs de leurs proies, ces illusionnistes les fascinent, les captivent et les neutralisent par abus de confiance, excĂšs de faux-semblants, dissimulant leur tricherie par de la grandiloquence, faisant passer leur escroquerie pour de la bienfaisance.

La compĂ©tition des apparences nĂ©cessite une performance Ă  outrance. Abusant de son autoritĂ© en exploitant les gens qui l’entourent, l’individu conforme reste un envieux insatisfait, un gagnant orgueilleux, un Ă©gocentrique mĂ©galomane, un pervers narcissique. Il donne l’impression de tout rĂ©ussir, car il n’admet jamais sa dĂ©faite. Il doit gagner Ă  tout prix, Ă©liminer tout obstacle, prendre le pouvoir par n’importe quel moyen, provoquant un climat de peur dans une mĂ©fiance gĂ©nĂ©rale. La force de sa perversion provient de la jouissance Ă  utiliser l’autre comme l’objet de son dĂ©sir de consommation.

Ce psychopathe attaque sa cible pour mieux la dĂ©truire, il la ridiculise, l’humilie par des sous-entendus, des sarcasmes, la dĂ©nigre par de la calomnie, des mensonges… C’est un leader toxique qui dĂ©molit la confiance, ruine l’entraide et la solidaritĂ© du groupe pour ses propres intĂ©rĂȘts, quitte Ă  dĂ©tĂ©riorer son efficacitĂ© jusqu’à ce que sa gestion soit complĂštement dysfonctionnelle. Toutes ses dĂ©cisions, ses solutions n’ont qu’un but Ă©gocentrique, satisfaire son narcissisme insatiable. Ses combines engendrent fatalement de nouvelles catastrophes en sĂ©rie. Les dirigeants des entreprises ou des administrations sont des pervers narcissiques qui s’arrangent toujours pour faire accuser les autres des dysfonctionnements qu’immanquablement ils dĂ©clenchent dans une confusion qu’ils ont eux-mĂȘmes produite. Les dirigeants de ce systĂšme dĂ©traquĂ©, ces gestionnaires du dĂ©sastre, s’agglutinent dans les sphĂšres dĂ©cisionnaires, parasitent tout fonctionnement, bonimentent Ă  tout va, ensorcellent, contaminent, intoxiquent. Ce sont des fous de pouvoir, des illuminĂ©s de la domination, des obsĂ©dĂ©s de la manipulation, des maniaques de la prĂ©dation. La tyrannie et l’irresponsabilitĂ© sont leur mode de fonctionnement.

Le profit personnel liĂ© Ă  la concurrence la plus brutale produit un Ă©gocentrisme qui s’impose de partout, de maniĂšre barbare, perverse et sadique, infectant par contagion cette nouvelle non-culture de son narcissisme exubĂ©rant, qui se rĂ©pand comme une pandĂ©mie agressive. C’est une sorte de fuite consumĂ©riste permanente, un Ă©puisement dĂ©pressif consĂ©quent Ă  une pression normative extrĂȘme, rĂ©pandue abondamment par les nouvelles technologies dites communicantes.

Le rĂšgne des profiteurs et des prĂ©dateurs promus par la publicitĂ© a dĂ©bridĂ© et dopĂ© les pulsions Ă©goĂŻstes et calculatrices nĂ©cessaires Ă  la dictature Ă©conomique. Un Ă©gocentrisme contemplatif surfait, composĂ© de mensonges et d’apparences a remplacĂ© les jeux expĂ©rimentaux d’une curiositĂ© inventive partagĂ©e.

Dans une compĂ©tition extrĂȘme, une guerre ouverte contre tous les autres dĂ©construit ce que l’on croit ĂȘtre. Ce conflit contre soi-mĂȘme dĂ©molit la personnalitĂ© dans un vide Ă©motionnel. L’absence d’identitĂ© authentique est un effondrement de soi dans une succession de reproductions de rĂŽles prĂ©fabriquĂ©s. La publicitĂ© a truquĂ© les interrelations humaines dans des reprĂ©sentations illusoires. Les rapports aux autres ne sont qu’apparences trompeuses montĂ©es en spectacle.

L’individu conformiste produit sa rĂ©alitĂ© avec une accumulation d’objets bien sĂ©parĂ©s, sans contexte ni histoire. C’est un schizophrĂšne obsĂ©dĂ© par son identitĂ© fragmentĂ©e, l’air qu’il peut se donner par une succession de rĂŽles qu’il doit jouer pour exister dans le spectacle des apparences. En se repliant sur lui-mĂȘme, il se nourrit de ses complexes inconscients au lieu de s’enrichir des Ă©changes relationnels avec les autres. L’altĂ©ration des capacitĂ©s associatives et coopĂ©ratives produit un isolement obsessionnel, une dissociation pathologique, une perte d’unitĂ© psychique.

L’homme objet de ses dĂ©sirs compense la perte de sa vie par l’accumulation de marchandises prometteuses qui permettent la reprĂ©sentation de son image de marque sur le marchĂ© concurrentiel du paraĂźtre et du pouvoir. DiminuĂ© par ses dĂ©sirs insatisfaits il se rĂ©duit Ă  sa reprĂ©sentation abstraite.

L’acteur de son existence est aussi un spectateur qui s’identifie aux rĂŽles des reprĂ©sentations qu’il consomme. DroguĂ© d’illusion, contemplatif de l’image de sa propre non-existence, il consomme sa propre apparition sur scĂšne, comĂ©dien de sa propre marchandisation. Il n’est plus que l’observateur de sa vie mise en spectacle et cette dĂ©rĂ©alisation le dĂ©tache de lui-mĂȘme. Sa conscience est profondĂ©ment troublĂ©e, il se sent irrĂ©el, spectateur de son existence. DĂ©personnalisĂ©, son corps lui semble Ă©tranger, dĂ©tachĂ© de lui-mĂȘme, il pense sa vie, mais ne la vit pas. La perte de contrĂŽle gĂ©nĂšre un stress chronique. AnesthĂ©siĂ©, il survit en mode automatique. La sociĂ©tĂ© ne le considĂšre pas comme un malade, mais plutĂŽt comme l’exemple rĂ©ussi d’une normalitĂ© inĂ©vitable.

Cette sĂ©paration de soi-mĂȘme crĂ©e un monde Ă  part, contemplĂ© comme objet de dĂ©sir, presque inaccessible et toujours dĂ©cevant. Dans ce monde fictionnĂ© fractionnĂ©, la mystification intĂ©grĂ©e dĂ©sintĂšgre la vie. Le spectateur produit une rĂ©alitĂ© sĂ©parĂ©e qui le possĂšde, une reprĂ©sentation sans sujet.

Cette mise en scĂšne d’un consensus imaginaire unifie le systĂšme global dans l’illusion de sa reprĂ©sentation ostentatoire, la mise en spectacle de l’existence. ExilĂ© de sa propre vie, recroquevillĂ© dans sa reprĂ©sentation, le spectateur de son existence s’éloigne des autres dans une communautĂ© factice, dans le spectacle unificateur des servitudes dĂ©libĂ©rĂ©es. Le monde des marchandises en reprĂ©sentation fait de son cinĂ©ma une promotion en solde, prolongeant pour quelque temps encore son apparence de survie.

CONFUSION NUMÉRIQUE

Il n’y a pas de fatalitĂ© technologique. Trouver du sens consiste aujourd’hui Ă  remettre en cause l’insensĂ© de nos existences programmĂ©es.

La communication des machines est une mĂ©taphore anthropomorphique mensongĂšre. La sociĂ©tĂ© de communication est un monde de solitude. Le phĂ©nomĂšne de communication ne se limite pas Ă  un simple transfert de donnĂ©es, il n’est pas dĂ©fini par ce qui est Ă©mis, mais il se compose de ce qui arrive Ă  la personne qui reçoit, comment elle rĂ©agit et ce que ça modifie dans la relation. La communication n’est pas qu’une simple « transmission d’informations Â», mais bien un systĂšme de comportements coordonnĂ©s, dĂ©clenchĂ©s mutuellement, dans une interaction relationnelle et non un assemblage de comportements formĂ©s d’élĂ©ments isolĂ©s. C’est dans ces coordinations comportementales qu’en langageant nous faisons Ă©merger un monde commun. Ce couplage linguistique mutuel nous construit dans une convivance partagĂ©e. La communication en action nous constitue dans un devenir d’oĂč Ă©merge un monde crĂ©Ă© ensemble dans une libre coexistence Ă©galitaire qui construit notre humanitĂ©.

L’ùre informatique s’impose dans une sociĂ©tĂ© numĂ©rique, au temps dĂ©vastateur des ondes Ă©lectromagnĂ©tiques. AprĂšs les compteurs communicants, les objets connectĂ©s, c’est la 5G qui sera la clĂ© de cette smart city que les marchands mettent en place sur tout le territoire. Cette dictature technologique Ă©limine l’humain visible de la prise de dĂ©cision. Seuls les fabricants et les utilisateurs de machines, accompagnĂ©s de leurs programmeurs, dĂ©tiennent l’emprise sur la pensĂ©e et le pouvoir sur les comportements. Ce pilotage centralisĂ© automatisĂ© du fonctionnement de l’entreprise-ville traite ses populations comme des marchandises Ă  gĂ©rer, des stocks en flux tendus qu’il faut rentabiliser. L’humain est une erreur qu’il faut corriger, un ensemble de donnĂ©es statistiques qui permet le contrĂŽle par la machinerie gĂ©nĂ©rale.

La ville, dite intelligente, ĂŽte la libertĂ© Ă  une population entiĂšrement soumise Ă  la machinerie gĂ©nĂ©rale, supprimant le hasard, abolissant l’imprĂ©vu, dĂ©truisant toute initiative spontanĂ©e, bannissant toute personnalitĂ© non conforme. Les habitants deviennent les passagers de leur propre existence, les spectateurs des personnages qu’ils jouent au cƓur des reprĂ©sentations mises en scĂšne par la machinerie des marchandises en spectacle. Avoir l’air d’ĂȘtre dans le coup pour se donner de grands airs dans l’air du temps. Toute communication se rĂ©duit ici Ă  la consommation d’images de marque et de jeux de rĂŽles oĂč l’individu se consume comme sa propre reprĂ©sentation. Marquer son image c’est se faire remarquer comme objet conforme, dans les Ă©tals de la concurrence des jeux d’apparence, s’afficher pour gagner Ă  se vendre aux autres.

Plus l’informatisation de la gestion et du contrĂŽle se gĂ©nĂ©ralise, plus la sociĂ©tĂ© se fragilise. Le devenir de la sociĂ©tĂ© numĂ©rique est dĂ©jĂ  menacĂ©. Ses machines sont Ă©nergivores, et dans 10 ans elles utiliseront la moitiĂ© de la consommation Ă©lectrique mondiale. Le dĂ©veloppement du tout numĂ©rique est d’ores et dĂ©jĂ  limitĂ©. Les ressources nĂ©cessaires Ă  la fabrication des machines numĂ©riques se font rares et commencent dĂ©jĂ  Ă  s’épuiser. La numĂ©risation du monde restera dangereusement inachevĂ©e, car l’énergie et les matiĂšres premiĂšres vont manquer Ă  sa rĂ©alisation.

La robotisation de la sociĂ©tĂ© l’a transformĂ©e en un systĂšme machinique, un mĂ©canisme Ă  dĂ©cerveler pour une productivitĂ© optimale et des affaires toujours plus bĂ©nĂ©fiques. Ce sont des machines Ă  gĂ©rer les gains de certains en faisant rĂ©gner l’ordre nĂ©cessaire Ă  cette rafle. Plus besoin de penser, un systĂšme dit intelligent tourne pour nous.

L’intelligence paraĂźt nous avoir Ă©tĂ© dĂ©robĂ©e. Elle n’est pourtant pas quelque chose qui se possĂšde, mais serait plutĂŽt un processus que l’on construit et qui nous construit. Elle ne cesse d’évoluer grĂące Ă  la curiositĂ© et la volontĂ© de comprendre, dĂ©veloppant ainsi des capacitĂ©s Ă  avancer par soi-mĂȘme, traçant le chemin personnalisĂ© de notre comprĂ©hension. Par le doute et l’expĂ©rimentation, c’est une recherche permanente de ce qui convient le mieux Ă  la viabilitĂ© de la situation prĂ©sente.

Les processus d’apprentissage de la connaissance s’effectuent par les expĂ©riences personnelles dans la « dĂ©rive naturelle Â» de notre propre histoire, passant par oĂč c’est le plus facile. Cette incarnation de notre histoire vĂ©cue ne reflĂšte que l’une des nombreuses voies possibles. Nous ne sommes pas entiĂšrement dĂ©terminĂ©s par le chemin que nous avons parcouru, chacun de nos pas est notre libre-choix.

Apprendre sans libertĂ© de choix, c’est dĂ©sapprendre la libertĂ© d’apprendre par soi-mĂȘme, renoncer Ă  son autonomie par la destruction de sa personne dans la structuration d’une soumission volontaire Ă  la machine qui gĂšre notre existence. C’est une Ă©ducation mortifĂšre, dĂ©pendante de machines numĂ©riques, qui se restreint Ă  la reproduction d’une suite de rĂšgles, de procĂ©dures, une intĂ©gration de savoir-faire prĂ©fabriquĂ©s, une Ă©puration de la non-conformitĂ©, une standardisation des comportements par une mĂ©canisation de l’esprit, une incorporation de rĂ©pĂ©titions machiniques normalisantes sans projets personnels ni dĂ©sirs. La connaissance se forme dans l’action personnelle et l’interaction avec les autres, la passivitĂ© et l’uniformisation dĂ©gradent et dĂ©truisent l’intelligence. Nous sommes libres de choisir des certitudes atrophiĂ©es et bien conformes, ou bien de nous construire par nous-mĂȘmes, avec nos doutes, notre incrĂ©dulitĂ© critique et combative, une intelligence situationnelle en permanente reconstruction personnelle et collective.

Le systĂšme machinique qui contrĂŽle et dirige nos existences s’est accaparĂ© l’intelligence de l’instant dans la permanence de son manque. Cette intelligence artificielle n’est qu’un artifice d’intelligence conçu pour Ă©blouir la crĂ©dibilitĂ© et glorifier la technologie. Les individus formatĂ©s Ă  suivre le programme croient religieusement en l’intelligence de la machine. Cette simulation d’une intelligence informatisĂ©e autorise la gouvernance totalitaire par la programmation inconsciente des perceptions et de la comprĂ©hension. La dictature Ă©conomique mondiale a maintenant comme instrument de sa domination une technologie informatique et robotique aliĂ©nante.

La technologie numĂ©rique imposĂ©e par le systĂšme marchand est la rĂ©ification permanente de la contrainte en tout lieu. Ce progrĂšs du contrĂŽle global se rĂ©alise dans la rĂ©gression accĂ©lĂ©rĂ©e des libertĂ©s et le conditionnement de la pensĂ©e. Les machines numĂ©riques du capitalisme ont surmultipliĂ© les profits et la rĂ©pression de la non-conformitĂ©. L’aspect spectaculaire des reprĂ©sentations numĂ©riques se rĂ©alise par la machinerie publicitaire qui martĂšle les pensĂ©es sous air conditionnĂ© pour se rendre indispensable par intoxication addictive. L’administration bureaucratique conditionne la survie par une technologie du contrĂŽle qui rend la misĂšre et la rĂ©volte invisibles. La machinisation dispense l’humain de ses responsabilitĂ©s et l’ampute de sa libertĂ©. L’État accapare la sphĂšre commune, la dĂ©politise en la rendant technique, Ă©conomique et complexe, ne pouvant plus ĂȘtre gĂ©rĂ©e que par des spĂ©cialistes Ă©clairĂ©s. Nos conditions d’existence sont restreintes Ă  des lignes comptables, Ă  des statistiques de rentabilitĂ© marchande. La libertĂ© de penser et de dĂ©cider est volĂ©e par les usurpateurs de pouvoir, l’économie se fait tyrannique.

L’amalgame homme-machine n’est plus une vue de l’esprit, mais prend forme dans la mascarade transhumaniste. Cette mystification ne concerne que quelques fous dĂ©shumanisĂ©s qui croient que l’ordinateur est plus intelligent que l’homme. Le rĂ©el danger pour la vie c’est plutĂŽt la robotisation des comportements et l’informatisation de la pensĂ©e de la plupart des individus, dĂ©personnalisĂ©s dans une normalitĂ© de la soumission.

La pensĂ©e informatisĂ©e se rĂ©ifie par respect du code, reproduction des modĂšles conçus par les directives du programmeur, soumissions aux conventions et procĂ©dures des applications. La logique binaire de la machine sĂ©pare et reproduit. Elle ne communique pas, elle transfĂšre des donnĂ©es sĂ©parĂ©es, elle ne choisit pas, elle conditionne des mises en relations selon sa programmation (computer/mettre ensemble). Ce dĂ©coupage en petits morceaux dissocie les ensembles en Ă©lĂ©ments, dissĂšque Ă  vif les relations, exclut tout ce qui relie Ă  l’ensemble, Ă©limine la comprĂ©hension gĂ©nĂ©rale, l’intelligence pertinente du moment.

Soumise Ă  une addition de vĂ©ritĂ©s prĂ©fabriquĂ©es, cloisonnĂ©es, opposĂ©es et intransigeantes, la comprĂ©hension est maintenue dans l’ignorance des sĂ©parations contradictoires, occultant le contexte et l’histoire. Ayant tout coupĂ© en parties distinctes, et sĂ©parĂ© tout ce qui Ă©tait reliĂ© structurellement, la technologie nous fait percevoir une accumulation d’images-objets figĂ©es dans la rĂ©alitĂ© immuable des affaires marchandes. Cette dĂ©formation pĂ©trifiante des apparences du monde nous sĂ©pare des mouvances incertaines du vivant, ainsi que mentalement de nous-mĂȘmes. La cohĂ©rence unitaire de notre ĂȘtre vivant est taillĂ©e en piĂšces. La nature et les autres nous sont rendus Ă©trangers comme nous sommes devenus Ă©trangers Ă  notre propre nature, expropriĂ©s de l’usage de nos vies. Notre facultĂ© Ă  vivre pleinement est mutilĂ©e par nos prothĂšses numĂ©riques.

L’informatisation du monde c’est la destruction de la communication entre personnes, cet Ă©change partagĂ© oĂč chacun accepte d’ĂȘtre modifiĂ© dans un copilotage Ă  plusieurs. De la communication, l’informatique n’utilise que l’échange de donnĂ©es figĂ©es, supprimant des rapports tout ce qu’il y a d’interactif, de vivant et d’humain.

À l’ùre informatique, ĂȘtre en contact autorise Ă  se croire rĂ©ellement en relation, utiliser ses prothĂšses communicantes permet d’imaginer rĂ©ussir Ă  apparaĂźtre comme faire-valoir de son personnage, pour mieux se faire voir. Se faire remarquer dans l’exubĂ©rance de Facebook rĂ©alise le film de son existence. Cette entreprise de reprĂ©sentation de sa vie s’expose comme une marchandise publicitaire dans les Ă©talages des promotions Ă  ne pas manquer. Mais ici le produit c’est vous. Vous ĂȘtes la marchandise de Facebook qui revend votre profil au plus offrant.

Notre monde se rĂ©trĂ©cit dans l’artificialitĂ© de relations dĂ©synchronisĂ©es. Sous le bluff du “tout va bien”, derriĂšre la mascarade gĂ©mit le “mal Ă  vivre” dans sa solitude profonde. La vie sociale se contracte et se rapetisse, elle se restreint trop souvent Ă  de simples mises Ă  jour compulsives des profils d’apparence, croyant ainsi exister vraiment dans les apparats du spectacle gĂ©nĂ©ral. C’est dans la solitude, la crainte d’ĂȘtre abandonnĂ© et rejetĂ© d’un monde merveilleux qui se mĂ©rite que se rĂ©alise le film magnifiĂ© de sa propre non-existence. Le handicap de la dĂ©corporĂ©itĂ© intĂ©grĂ©e produit un vide intĂ©rieur qui intoxique toutes nouvelles communications.

Tout y est Ă  vendre parce que chacun est le publicitaire de sa propre promotion. Il s’agit de s’y montrer haut et fort comme une marque en campagne, pour y ĂȘtre vu et s’y faire remarquer. Chacun devient le reprĂ©sentant de commerce de sa propre entreprise, et s’y vend comme une camelote de consommation rapide, noyĂ© dans une profusion Ă©phĂ©mĂšre d’apparences sans fin. Cet automarketing mis en scĂšne au quotidien n’est qu’une illusion de socialitĂ©, une escroquerie du programme.

Tout ce qui se passe sur Facebook, Google et bien d’autres n’est pas confidentiel et peut ĂȘtre utilisĂ© Ă  des fins commerciales ou policiĂšres. Plus que ça, c’est le contenu mĂȘme de votre ordinateur, par les sauvegardes automatiques sur le cloud, qui n’est plus privĂ© et qui vous est dĂ©robĂ©. Le numĂ©ro un du cloud, Amazon stocke vos donnĂ©es sur un serveur distant. Ce nuage informatique est un piĂšge, les utilisateurs perdent le contrĂŽle de leurs applications ainsi que la confidentialitĂ© de leurs donnĂ©es personnelles qui deviennent la propriĂ©tĂ© privĂ©e du trust hĂ©bergeur. Les plateformes de cloud peuvent utiliser vos donnĂ©es Ă  des fins commerciales, il n’est pas rare que les mails aussi soient consultĂ©s et exploitĂ©s…

Les compteurs Linky et bientĂŽt la 5G vont permettre Ă  des sociĂ©tĂ©s privĂ©es de rĂ©colter les informations concernant l’utilisation des objets connectĂ©s, de stocker ces donnĂ©es dans un big data, afin d’y ĂȘtre traitĂ©es, configurĂ©es et soigneusement profilĂ©es, puis revendues par petits morceaux ciblĂ©s. Quant aux commandes vocales, elles donnent la possibilitĂ© d’écouter tout ce qui se passe dans votre domicile et bientĂŽt dans votre vĂ©hicule, d’en tirer profit en violant votre intimitĂ©.

Un moteur de recherche n’est jamais gratuit, c’est vous sa marchandise, sa source de profit. Nous sommes la matiĂšre premiĂšre de son exploitation numĂ©rique. Google mĂ©ga-entreprise transnationale, concentre Ă  lui tout seul 93 % des recherches en Europe. Dans le monde de la reprĂ©sentation numĂ©rique, je suis ce qu’il sait de moi, lui seul gĂšre tout ce qui compose mon identitĂ© et l’image de mon paraĂźtre. Ce maĂźtre du jeu instaure et affine ses critĂšres de sĂ©lection. La visibilitĂ© de l’existence dans le monde du spectacle dĂ©pend de ses algorithmes qui dirigent l’apparaĂźtre en reprĂ©sentation.

Ce moteur fait disparaĂźtre tout ce qui n’est pas conforme Ă  l’idĂ©ologie marchande par une manipulation algorithmique des rĂ©sultats des recherches. Il s’agit ici d’empĂȘcher la diffusion d’informations opposĂ©es au pouvoir et aux affaires. L’accĂšs autorisĂ© favorise toujours les intĂ©rĂȘts commerciaux et financiers. En dĂ©terminant Ă  notre insu notre accĂšs aux informations, il formate notre vision du monde. C’est le point de vue idyllique du spectacle des marchandises, la pub-propagande de la dictature Ă©conomique.

Ce n’est pas qu’un moteur de recherche de site web, de photos, d’images et de livres, c’est aussi une messagerie, un navigateur, un traducteur, un Ă©diteur cartographique, un chat vidĂ©o, un identificateur des visiteurs de site web, un hĂ©bergeur et contrĂŽleur de musiques et de vidĂ©os, un gestionnaire d’exploitation de smart phone avec ses applications de surveillance et de gĂ©olocalisation continues, un magasin en ligne, et aussi un entremetteur publicitaire pour affichage ciblĂ©… Cette technologie est le reflet machinique de ceux qui en sont devenus les propriĂ©taires, seuls maĂźtres Ă  bord.

Par dĂ©faut, l’algorithme rĂ©cupĂšre et croise une quantitĂ© monstrueuse de donnĂ©es. Cet espion capte un peu tout de notre vie privĂ©e, nom, photos, contenus des emails, tĂ©lĂ©phones, adresses, vidĂ©os, requĂȘtes de recherches, historiques de navigation, SMS, contacts et rĂ©seaux d’amis, identifiants, adresses IP, numĂ©ros de cartes de paiement, donnĂ©es techniques sur les appareils connectĂ©s, signaux GPS, Points d’accĂšs Wifi, localisations d’antennes relais, captations sonores et reconnaissances vocales… Il rĂ©colte nos informations intimes qu’il stocke dans un Big Data afin d’y ĂȘtre traitĂ©es, classifiĂ©es, profilĂ©es, pour, au bout du compte, ĂȘtre revendues au plus offrant. Nous sommes ses objets connectĂ©s, ses marchandises vendues Ă  ses partenaires et ses clients.

Cette machinerie numĂ©rique n’est que la machination manipulatrice de la smart city. L’intelligence prĂ©sumĂ©e de cette ville robotisĂ©e est une escroquerie qui cache la dure rĂ©alitĂ© d’une exploitation oĂč Big Brother surveille, dĂ©nonce et punit. L’intelligence artificielle est une lĂ©gende pour crĂ©dules soumis Ă  ses programmes liberticides. La ville-machine pilote en automatique, c’est une technopolice qui change la sociĂ©tĂ© des ĂȘtres humains en systĂšme numĂ©rique sous contrĂŽle. Si la dictature est informatisĂ©e, elle sert toujours les intĂ©rĂȘts d’une poignĂ©e d’hyperriches qui financent sa gestion, et programment son fonctionnement.

L’intrus viole notre intimitĂ©, surveille, collecte, classifie, cafarde et vend le reste. C’est une milice technologique qui contrĂŽle nos conditions d’existence et notre reprĂ©sentation du monde, intoxique notre mental et aliĂšne notre comprĂ©hension. Sous une dictature Ă©conomique gĂ©nĂ©ralisĂ©e, les gĂ©rants politicards ont perdu le pouvoir. Les trusts transnationaux et les milliardaires imposent les rĂ©formes nĂ©cessaires Ă  leurs affaires mafieuses et instaurent un systĂšme technologique automatisant leur domination sans partage.

L’internet s’est dĂ©veloppĂ© sur le fonctionnement du systĂšme marchand qui l’a rĂ©cupĂ©rĂ©. Pour libĂ©rer le Net de sa marchandisation et du contrĂŽle permanent de ses machines, il faudrait revenir Ă  ses origines, une plateforme d’échanges et de partages auto-organisĂ©s pour la recherche et l’information, une large bibliothĂšque autogĂ©rĂ©e, avec un fonctionnement Ă  rĂ©inventer…

La confusion se propage dans le trouble du net. La connexion numĂ©rique restreint la communication. Se brancher aux machines nous Ă©loigne un peu plus de possibles rapports rĂ©els, impliquĂ©s Ă©motionnellement et physiquement. Nos prothĂšses communicantes nous reprĂ©sentent Ă  l’écran loin de toute prĂ©sence vivante partagĂ©e. C’est un outil de l’autoritĂ© dominante qui contrĂŽle la non-communication, et inscrit ainsi l’ordinateur ordonnateur dans la dĂ©naturation humaine. Cette incorporation de la machine Ă  l’humain le mĂ©canise par son adaptation volontaire. Ce procĂ©dĂ© humanise les machines numĂ©riques en leur attribuant des propriĂ©tĂ©s propres Ă  notre espĂšce. Le stockage des donnĂ©es est pris pour de la mĂ©moire, et l’intelligence humaine se retrouve rĂ©duite Ă  de simples opĂ©rations traitĂ©es par le programme informatique, qui se retrouve ainsi lĂ©gitimĂ© par le calcul binaire.

En faisant passer l’exĂ©cution d’un programme numĂ©rique pour des processus complexes d’interactions vivantes, le systĂšme d’exploitation impose l’esclavage technologique, la soumission aux machines de contrĂŽles, effaçant le hasard de ses calculs et la libertĂ© de ses statistiques productivistes.

Le cerveau Ă©lectronique est une mystification. À chaque opĂ©ration, le cerveau humain modifie ses rĂšgles de fonctionnement. L’expĂ©rience change sa biologie interne, intĂ©grant son vĂ©cu en l’incarnant dans sa chair. Il modifie ses configurations, c’est ainsi qu’il apprend et Ă©volue. Il fonctionne toujours comme un ensemble, une totalitĂ© qui s’autoconstruit, lui permettant de comprendre le fonctionnement global d’interrelations complexes avec tous ses sens.

L’activitĂ© de l’ordinateur est programmĂ©e. Il suit toujours les directives de ses applications, exĂ©cute les procĂ©dures de son programme par petits bouts successifs, sans jamais rien changer Ă  la structure matĂ©rielle de ses composants, ni rĂ©Ă©crire librement sa propre programmation. C’est une machine qui reconstruit Ă  chaque fois les mĂȘmes certitudes immuables. C’est une machine qui numĂ©rise la vie et marchandise l’existence, c’est la technologie du capitalisme qui l’a crĂ©Ă©e pour gĂ©rer son contrĂŽle sur la sociĂ©tĂ© des ĂȘtres vivants.

Les processus complexes d’auto-organisation qu’inventent spontanĂ©ment les phĂ©nomĂšnes vivants ne se rĂ©duisent pas Ă  des calculs sur des mesures. Les machines limitĂ©es Ă  la reproduction de leurs programmes n’ont pas l’intelligence situationnelle globale pour comprendre les interactions complexes et hasardeuses du monde des vivants.

Tout ce qui est gĂ©rĂ© par ces machines Ă  certitudes, est vĂ©rifiĂ© par le calcul incontestable et pris pour une exactitude irrĂ©futable dans la situation vĂ©cue. L’outil vĂ©nĂ©rĂ© a son sujet-objet dans la pensĂ©e sĂ©parĂ©e de son vĂ©cu, produisant ainsi sa rĂ©alitĂ© objective certifiĂ©e exacte par les croyances projetĂ©es sur la machine. La foi en la technique numĂ©rique invente sa vĂ©ritĂ© crĂ©ant sa rĂ©alitĂ© divinisĂ©e. Cette vĂ©nĂ©ration dogmatique de la toute-puissance des nouvelles technologies devient elle-mĂȘme la vision du monde. À travers ce lavage numĂ©rique de cerveau, le monde apparaĂźt ainsi.

L’idĂ©ologie numĂ©rique cherche par tous les moyens Ă  nous faire croire que la machine numĂ©rique fonctionne comme notre cerveau, rĂ©duit aux simples fonctions Ă©lectriques de ses neurones. Ce tout neuronal est une approximation scientifique dĂ©passĂ©e. Le fonctionnement des neurones est influencĂ© et dĂ©pendant d’un second cerveau qui fonctionne sur le mode chimique. Plus lent que l’activitĂ© Ă©lectrique, il agit plus globalement de façon coordonnĂ©e. Essentiel pour la plasticitĂ© neuronale, il permet des restructurations de configuration qui constituent des capacitĂ©s d’apprentissage. Ainsi les capacitĂ©s de ce double cerveau Ă  rĂ©organiser ses connexions, Ă  Ă©voluer en s’auto-organisant, seraient bien plus phĂ©nomĂ©nales qu’on ne l’imaginait, il y a seulement quelque temps.

L’assimilation de l’ordinateur au cerveau est un grotesque mensonge, dont le seul but est l’asservissement de l’humain Ă  la machine informatique, et sa soumission Ă  une sociĂ©tĂ© technocratique surdĂ©veloppĂ©e en un systĂšme robotisĂ©. L’intelligence artificielle est une escroquerie de grande envergure, un artifice publicitaire inventĂ© par les marchands de machines pour faire plus de profits, une machination idĂ©ologique pour rabaisser la rĂ©flexion humaine Ă  une reproduction de procĂ©dures prĂ©fabriquĂ©es, assimilant les ĂȘtres vivants Ă  des marchandises mĂ©caniques programmĂ©es. L’informatisation prĂ©cipitĂ©e a gĂ©nĂ©rĂ© une soumission presque totale Ă  l’ordre objectif du programme d’exploitation et de conditionnement.

Des objets communicants envahissent notre espace vital. Tout va communiquer, surtout la dĂ©lation et l’espionnage automatisĂ©. Des paquets de donnĂ©es gigantesques sont rĂ©cupĂ©rĂ©s, centralisĂ©s et traitĂ©s dans un Big Data, puis revendus comme informations sur le marchĂ©. La sociĂ©tĂ© de profits devient elle-mĂȘme communication numĂ©rique.

Mais le numĂ©rique ne communique pas lui-mĂȘme, et la communication humaine ne se rĂ©duit pas Ă  un transfert de donnĂ©es, car c’est le modelage mutuel d’un monde commun conjuguĂ© par le langage qui engendre la vie de notre monde. L’intelligence n’est pas limitĂ©e Ă  la facultĂ© de rĂ©soudre un problĂšme prĂ©conçu, mais plutĂŽt l’aptitude Ă  s’approprier un monde partagĂ© en le rendant viable.

La logique implacable du calcul oblige Ă  rĂ©flĂ©chir comme un calculateur, utilisant l’abstraction, la dĂ©composition, une pensĂ©e de programmation respectant le code, soumise aux procĂ©dures machiniques. InĂ©luctablement la pensĂ©e s’intoxique de numĂ©rique. L’informatisation de la pensĂ©e n’est pas une rĂ©alitĂ© sociale, mais bien l’expression de son absence, l’omission de la vie commune sous air conditionnĂ©, la soumission aveugle au programme.

Les machines numĂ©riques gĂšrent la bureaucratie des affaires. L’informatique numĂ©rise, dĂ©coupe, calcule, standardise et contrĂŽle la production pour la rendre plus profitable. Le mĂ©tier et ses savoir faire ne sont plus qu’une application machinale de protocoles prĂ©dĂ©finis, de procĂ©dures Ă  reproduire, une succession de modĂšles Ă  suivre, une reproduction assistĂ©e par ordinateur, l’esclavage programmĂ© robotisĂ©, des individus comptabilisĂ©s comme marchandises Ă©phĂ©mĂšres du systĂšme d’exploitation. Les conditions de survie des populations asservies se dĂ©gradent dans la misĂšre et s’accĂ©lĂšrent par la robotisation de l’exploitation. Il s’agit d’imposer une soumission totale Ă  une machinerie mondiale, qui gĂšre sa propre reproduction, pour les profits exclusifs de quelques hyperriches qui contrĂŽlent la fabrication, la programmation et le fonctionnement des machines. Le seul but Ă  cette informatisation gĂ©nĂ©ralisĂ©e de la sociĂ©tĂ© est le dĂ©veloppement des inĂ©galitĂ©s, le contrĂŽle des populations et la concentration de tous les pouvoirs aux mains de quelques milliardaires.

Nos facultĂ©s de perception, de comprĂ©hension et de communication se sont faites, en grande partie, remplacer par un appareillage informatique et amputer de leur intelligence vivante. Ces prothĂšses affichent sur leurs Ă©crans le simulacre d’une rĂ©alitĂ© reprĂ©sentĂ©e. Les porteurs de prothĂšses numĂ©riques se rĂ©duisent Ă  des prothĂšses portĂ©es. Ils s’imaginent que s’ils ne sont pas intĂ©grĂ©s au systĂšme ils seront dĂ©sintĂ©grĂ©s. Ces appareils connectĂ©s en permanence donnent l’impression Ă  leurs utilisateurs d’avoir le monde entre les mains, alors qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils n’en ont qu’une apparence trompeuse et que le rĂ©el leur Ă©chappe totalement.

Ces prothĂšses dites communicantes ont remplacĂ© la communication interactive imprĂ©visible entre les hommes, Ă©liminant les coopĂ©rations spontanĂ©es de la vie sociale. C’est ainsi que les connexions machiniques rĂ©pandent sur leurs Ă©crans l’absence de vie en devenant elles-mĂȘmes cette sociĂ©tĂ© en reprĂ©sentation.

ACHÈVEMENT D’UN MONDE INVIVABLE

Le capitalisme marchand a produit la technologie numĂ©rique pour rentabiliser tout ce qui existe sur Terre. La marchandisation du monde est gĂ©rĂ©e par son informatisation. Tout y est calculable comme valeur marchande, l’homme y compris. Tout est profitable aux plus puissants pour produire toujours plus de bĂ©nĂ©fices. Les choix technologiques des industriels ont verrouillĂ© les progrĂšs scientifiques Ă  venir, bloquant toute Ă©volution sociĂ©tale humanisante par leur main mise mortifĂšre.

Notre sociĂ©tĂ© est un systĂšme machinique d’oppressions qui impose la dictature d’une Ă©conomie mondialisĂ©e, dissimulĂ©e comme technique incontournable de gestion. L’exploitation par le travail disparaĂźt derriĂšre la nĂ©cessitĂ© irrĂ©futable de la technologie.

Le coĂ»t de la survie a beaucoup augmentĂ© pour plus de la moitiĂ© de la population, durant ces 60 derniĂšres annĂ©es. Les prix des denrĂ©es de premiĂšre nĂ©cessitĂ© et de l’alimentation ont grimpĂ©, le pouvoir d’achat s’est progressivement effondrĂ©. Il n’y a que les nouveaux gadgets superflus qui ont vu leurs prix descendre en mĂȘme temps que leur obsolescence s’est accrues. C’est le rĂšgne du gaspillage de camelotes Ă©phĂ©mĂšres. Une grande partie de la population s’est appauvrie dans une misĂšre grandissante, pendant qu’une petite minoritĂ© d’affairistes amassait des fortunes titanesques, et ceci de plus en plus vite.

Les plus fortunĂ©s paient trĂšs cher les gens de pouvoir pour qu’ils appliquent des politiques antisociales, et ceci trĂšs secrĂštement. C’est tout un systĂšme de corruption qui s’est gĂ©nĂ©ralisĂ©. La Commission europĂ©enne, comme les ministres de chaque pays, et les Ă©lus locaux sont manipulĂ©s par les lobbies et les multinationales. La dictature Ă©conomique est bien installĂ©e et bien rodĂ©e, qu’elle soit europĂ©enne, interministĂ©rielle ou mondiale.

Avec l’informatisation des affaires mondialisĂ©es, l’accumulation automatisĂ©e des profits s’accĂ©lĂšre. L’argent produit de l’argent, et peut maintenant se multiplier automatiquement Ă  l’infini, Ă©chappant aux contraintes de la production, par des spĂ©culations financiĂšres opaques, dans des rĂ©seaux parallĂšles, en dehors de tout contrĂŽle. Plus de 80 % des richesses du monde passent par des Ă©changes immatĂ©riels entre ordinateurs qui se font sans entrave Ă  la vitesse de la lumiĂšre, dans l’ombre de rĂ©seaux obscurs.

Ceux qui gagnent vraiment beaucoup d’argent sont ceux qui investissent ce qu’ils ne possĂšdent pas, mais ce qu’ils ont empruntĂ© pour rien afin de gĂ©nĂ©rer des rendements trĂšs Ă©levĂ©s. Depuis dix ans aux États-Unis on est plus vraiment dans un systĂšme libĂ©ral, car en investissant en bourse on est sĂ»r de gagner des fortunes. Les investissements abandonnent la production trop incertaine pour les jeux spĂ©culatifs beaucoup plus lucratifs. C’est un casino oĂč l’on ne peut que gagner, sauf en cas de crack, oĂč lĂ , seuls les plus fortunĂ©s et les plus informĂ©s ramassent le pactole.

La finance impose aux banques des taux d’intĂ©rĂȘt Ă  zĂ©ro pour cent, des prĂȘts gratuits, aussitĂŽt rĂ©investis en bourse. C’est la finance de l’ombre, un enchaĂźnement sans fin de dettes spĂ©culatives gigantesques qui gonflent sans cesse en une bulle disproportionnĂ©e, bien plus importante que tout ce que l’on a dĂ©jĂ  connu. Ces richesses titanesques Ă©chappent aux statistiques, aux impĂŽts, et disparaissent dans des circuits informatisĂ©s opaques.

Suite au dĂ©sastre de la crise, les États ont feint de rĂ©gulariser l’incontrĂŽlable. Les banques centrales achĂštent de plus en plus d’actions pour tenter de contrĂŽler les bourses, mais les bourses de l’ombre ainsi que les transactions de grĂ© Ă  grĂ© leur Ă©chappent totalement. La fin du secret bancaire n’a concernĂ© que les millionnaires de la petite bourgeoisie. Les milliardaires, eux, anonymisent leurs gains en diversifiant leurs placements dans des trusts, dont les bĂ©nĂ©fices sont concentrĂ©s dans un autre trust bien planquĂ© dans un paradis fiscal, et dont les transactions Ă©chappent complĂštement aux bureaucraties officielles. Évidemment, tout le monde n’a pas accĂšs Ă  ces spĂ©culations opaques en plein essor, et encore moins aux informations nĂ©cessaires pour gagner beaucoup Ă  coup sĂ»r. Ce terrain de chasse trĂšs lucratif est rĂ©servĂ© Ă  la haute bourgeoisie.

Un investissement financier peut se multiplier par plus de 24 en 40 ans, les gains peuvent doubler tous les 2 ans. Dans les places financiĂšres de l’ombre, les bĂ©nĂ©fices gonflent encore plus vite et les profits s’accĂ©lĂšrent vertigineusement selon une courbe exponentielle, dans une misĂšre humaine grandissante, une planĂšte dĂ©vastĂ©e et un monde en ruine. L’économie est pillĂ©e et ruinĂ©e par une haute finance opulente, surexcitĂ©e par l’abondance et la rapiditĂ© d’un gain trop facile, dĂ©vorant tout ce qu’il reste d’un monde en faillite.

La crise a Ă©tĂ© inventĂ©e pour permettre Ă  une toute petite minoritĂ© de faire rapidement des affaires encore plus juteuses, et ainsi que rafler les revenus dĂ©mesurĂ©s d’une spĂ©culation sans limites. Ce qui rapporte le plus de nos jours ce sont les jeux sur les financements des dettes, des crĂ©dits et des obligations. La dette publique mondiale reprĂ©sente plus de deux fois le poids de l’économie du monde. Les dettes crĂ©ent de l’argent en quantitĂ©, et c’est beaucoup trop de liquiditĂ©s qui circulent dans les sphĂšres de la haute finance. La crise est une escroquerie, une source de profit sans limites pour des milliardaires suicidaires qui ruinent l’avenir, pour toujours plus de gains raflĂ©s Ă  des populations appauvries et asservies. Plus des trois quarts de l’argent des hyperriches servent Ă  la spĂ©culation. Ils parient sur un avenir incertain et Ă  peu prĂšs n’importe quoi, sans mĂȘme avoir les fonds nĂ©cessaires, multipliant les dettes, faisant gonfler des bulles financiĂšres qui leur rapporteront des fortunes lors de leur Ă©clatement, tout en provoquant des dĂ©sastres Ă©conomiques planĂ©taires sans prĂ©cĂ©dent. Le futur a Ă©tĂ© pillĂ©, la faillite du capitalisme s’accomplit dans l’illusion du bonheur. La gangrĂšne se propage dans ce systĂšme machinique, en roue libre, et s’emballe dans une auto-destruction qui a dĂ©jĂ  commencĂ©.

La course effrĂ©nĂ©e aux profits, la frĂ©nĂ©sie incontrĂŽlable des spĂ©culations, l’enfer du travail compĂ©titif, l’obsolescence et le gaspillage instituĂ©s, l’exploitation mortifĂšre de la nature et de l’homme dĂ©molissent une sociĂ©tĂ© fragilisĂ©e en ruinant la vie. La destruction des forĂȘts, de nombreuses espĂšces vĂ©gĂ©tales et animales, la disparition des insectes, dont une grande partie de pollinisateurs menacent les Ă©cosystĂšmes. La sociĂ©tĂ© marchande dĂ©truit peu Ă  peu tout ce qu’elle exploite, puis dissĂ©mine ses dĂ©chets. Les pollutions chimiques, nuclĂ©aires et Ă©lectromagnĂ©tiques risquent de se rĂ©pandre et de s’accentuer dangereusement menaçant notre santĂ©. La quantitĂ© d’eau potable a diminuĂ© de moitiĂ© en 50 ans. On a perdu en un demi-siĂšcle un tiers des terres arables. L’érosion des sols et la dĂ©sertification s’étendent dangereusement. L’épuisement des ressources naturelles et des mĂ©taux rares nĂ©cessaires Ă  la fabrication de batteries et du matĂ©riel informatique menace dĂ©jĂ  leur production. La nourriture et son pouvoir nutritif s’appauvrissent, la fertilitĂ© des sols se dĂ©tĂ©riore, la biodiversitĂ© chute rapidement, les dĂ©rĂšglements Ă©cologiques, l’instabilitĂ© climatique et la dĂ©gradation gĂ©nĂ©rale de la nature mettent en danger l’agriculture et l’alimentation des populations.

Les mass-medias tournent en boucle sur le rĂ©chauffement climatique. Ces dĂ©rĂšglements du climat ont des causes multiples, et ne sont pas cataclysmiques. La thĂ©orie rĂ©ductionniste du “rĂ©chauffement climatique” est une idĂ©ologie comptable du CO2 construite sur des statistiques et des moyennes gĂ©nĂ©rales, oĂč chaque effet Ă  sa seule cause attitrĂ©e, ignorant l’ensemble des Ă©quilibres instables du vivant, mais aussi les processus circulaires de l’écologie, avec ses interrelations complexes et ses interactions multiples dans un Ă©cosystĂšme planĂ©taire dĂ©pendant du systĂšme solaire.

C’est le fonctionnement normal du capitalisme qui produit les dĂ©rĂšglements Ă©cologiques et l’intoxication de la vie. Cette catastrophe annoncĂ©e par tous les mĂ©dias culpabilise les individus pour innocenter un systĂšme marchand destructeur. La prophĂ©tie apocalyptique appelle la nĂ©cessitĂ© d’une technique de gouvernement moraliste qui s’impose par la peur pour conjurer le sort du destin. La croyance en ces prĂ©dictions catastrophiques, calculĂ©es sur la probabilitĂ© du pire, est prĂ©texte Ă  de nouvelles restrictions comme des contraintes pesantes qui viennent s’additionner Ă  l’exploitation capitaliste qui nous Ă©crase. Tout repose sur des hypothĂšses scientistes parcellaires et restrictives prises pour des constats universels indiscutables.

Dans ce monde complexe et instable, les prĂ©dictions ne s’avĂšrent jamais exactes. La prĂ©diction de l’avenir est une source d’erreurs quand elle n’est pas une escroquerie. Des experts officiels avaient dĂ©jĂ  prĂ©dit des dĂ©sastres consĂ©quents au refroidissement mondial prĂ©vu dans les annĂ©es 70, la fin imminente du pĂ©trole, le trou dans la couche d’ozone… Ces experts des gouvernements, qui servent les intĂ©rĂȘts des multinationales, ont fait leurs preuves : l’amiante, le sang contaminĂ©, le nuage de Tchernobyl, les pesticides, fongicides, herbicides… Ils ne sont plus crĂ©dibles ! On perd beaucoup en libertĂ© et en intelligence collective Ă  subir l’autoritĂ© des experts de l’État.

Le climat se rĂ©chauffe, c’est un fait avĂ©rĂ©, qui est rĂ©cupĂ©rĂ©, interprĂ©tĂ© et dĂ©naturĂ©. L’effet de serre est un phĂ©nomĂšne naturel, dĂ» au CO2, mais aussi Ă  la vapeur d’eau, au mĂ©thane atmosphĂ©rique… Sans cet effet de serre, la Terre gĂšlerait littĂ©ralement, et sans CO2 il n’y aurait pas de vie sur terre. La thĂ©orie du rĂ©chauffement climatique restreint ses causes aux influences du CO2 produit par l’homme. Cette thĂ©orie dĂ©pend des rapports des experts du GIEC. Celui-ci a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en novembre 1988, Ă  la demande du G7. La dĂ©cision du G7 avait Ă©tĂ© prise sous la pression de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, afin de justifier le nuclĂ©aire et d’empĂȘcher une agence de l’ONU, soupçonnĂ©e de militantisme Ă©cologique, de mettre la main sur l’expertise climatique. Le GIEC ne fait que des hypothĂšses prĂ©dictives, qu’il prĂ©sente comme les donnĂ©es d’une rĂ©alitĂ© inĂ©vitable, et les possibilitĂ©s y deviennent trĂšs vite des certitudes scientifiquement prouvĂ©es. Les simulations passent pour une objectivitĂ© incontournable et incontestable.

Limiter les causes de l’effet de serre aux gaz et Ă  l’empreinte carbone de l’activitĂ© humaine, en ignorant l’influence prĂ©pondĂ©rante de la vapeur d’eau et des nuages, ainsi que beaucoup d’autres facteurs, est une hĂ©rĂ©sie scientifique et une absurditĂ© Ă©cologique. Les micros et nanoparticules, les pressions et dĂ©pressions, les ocĂ©ans, le bĂ©tonnage des villes, les rayonnements et les ondes, sont des phĂ©nomĂšnes parmi bien d’autres qui jouent un rĂŽle dans la formation des nuages, et donc modifient un climat en perpĂ©tuel changement.

Aucun modĂšle unique n’est capable, pour prĂ©voir le rĂ©chauffement mondial, d’intĂ©grer ou d’essayer d’intĂ©grer toutes les variables. Les modĂšles informatisĂ©s utilisĂ©s pas ces experts corrompus, basĂ©s sur des omissions et des incertitudes substantielles, ne sont pas fiables. Le climat se rĂ©chauffe effectivement, mais la mĂ©thode et les conclusions catastrophistes du GIEC sont plus que discutables. Ces devins scientistes, au service des gouvernements, ont ainsi produit avec l’aide de tous les mass mĂ©dias, un climat de peur, un Ă©cran de fumĂ©e anxiogĂšne et persistant pour masquer les rĂ©els dangers bien prĂ©sents que sont les pollutions chimiques (air, eau, nourriture), Ă©lectromagnĂ©tiques, nuclĂ©aires, particules fines, nanoparticules, mĂ©taux lourds, perturbateurs endocriniens… qui menacent effectivement la vie sur terre.

Ce qui est cachĂ© crĂ©e l’illusion, la panique et la soumission Ă  un systĂšme qu’il s’agit seulement de perfectionner en le verdissant, afin de dĂ©velopper un Ă©cocapitalisme profitable aux plus riches. L’écologie rĂ©cupĂ©rĂ©e, dĂ©naturĂ©e et falsifiĂ©e, sert maintenant de prĂ©texte aux nouvelles servitudes modernes, permettant un pillage maquillĂ© et effrĂ©nĂ© des derniers restes de vie Ă  exploiter, dĂ©truisant la biodiversitĂ©, intoxiquant tous les Ă©cosystĂšmes. Le dĂ©sastre est dĂ©jĂ  lĂ , l’extinction des espĂšces, l’intoxication chimique et la bouillie Ă©lectromagnĂ©tique gĂ©nĂ©ralisĂ©e… Reporter la catastrophe sur un futur hypothĂ©tique en la limitant au rĂ©chauffement, c’est autoriser, au prĂ©sent, son expansion mortifĂšre multiforme.

La propagande mĂ©diatique ne discute que de chiffres, de dates, de doses et de statistiques. Les caprices du climat mondial ne se modĂ©lisent pas dans leurs supercalculateurs, les alĂ©as des interrelations des processus vivants ne se rĂ©sument pas Ă  une sĂ©rie de chiffres et de moyennes, les interactions hypercomplexes d’un Ă©cosystĂšme global n’entrent pas dans leurs programmes Ă©triquĂ©s, la nature ne s’informatise pas. Le climat est une variation permanente, une instabilitĂ© en interdĂ©pendance avec son milieu, un phĂ©nomĂšne complexe et ingouvernable. Il n’y a pas de coupable, il n’y a que des interactions dans des ensembles multiples ouverts Ă  leur environnement. Il n’existe pas de systĂšme isolĂ©, car nous vivons dans un monde composĂ© de relations. Isoler une partie, dissĂ©quer en fragments sĂ©parĂ©s un systĂšme d’interactions complexes dĂ©truit la comprĂ©hension de l’ensemble. L’écologie est une maniĂšre de comprendre l’ensemble dans ses interactions, incompatibles avec la fragmentation concurrentielle du systĂšme capitaliste qui sĂ©pare, catĂ©gorise, spĂ©cialise, expertise, divise pour mieux contrĂŽler, mieux rĂ©primer et mieux profiter.

Les prĂ©dictions des experts gouvernementaux sont des suppositions scientistes, des commentaires idĂ©ologiques sur des hypothĂšses statistiques, des prĂ©jugĂ©s qui n’ont pas grand-chose Ă  voir avec la recherche scientifique. La science nĂ©cessite un questionnement et une remise en cause permanents, c’est ce qui maintient sa rĂ©futabilitĂ©, et donc la prĂ©serve du dogme. L’écologie rĂ©cupĂ©rĂ©e est fragmentĂ©e, constituĂ©e de mesures chiffrĂ©es puis extrapolĂ©es, montĂ©es en reprĂ©sentations prĂ©dictives, en projections catastrophiques, administrant la rĂ©alitĂ© spectaculaire d’un capitalisme en dĂ©crĂ©pitude.

Une prĂ©diction statistique projetĂ©e dans nos reprĂ©sentations numĂ©riques n’est plus une hypothĂšse incertaine, mais bien une vĂ©ritĂ© d’une Ă©vidence implacable, une promesse indiscutable qui s’avĂšre pourtant toujours dĂ©cevante. La normalitĂ© idĂ©ologique reprĂ©sente le futur comme le seul modĂšle possible, une rĂ©alitĂ© inĂ©vitable Ă  laquelle on doit se soumettre dĂšs aujourd’hui.

Les prophĂštes prĂ©sagent l’avenir comme un devenir inĂ©luctable, une fatalitĂ© de mauvais augure qui rend le prĂ©sent acceptable. Mais ce maintenant illusoire n’est plus que dans cet avenir en devenir, le vĂ©cu s’étant perdu dans la reprĂ©sentation projetĂ©e, dĂ©sintĂ©grĂ©e dans son transfert.

L’écologie est une crĂ©ation de l’esprit, un concept dĂ©naturĂ©, rĂ©duit Ă  une idĂ©ologie intolĂ©rante oĂč le futur remplace le prĂ©sent. La nature n’existe pas, c’est une abstraction, un prĂ©texte pour sĂ©parer et ainsi maintenir une distance entre l’humain et son environnement, entre soi et sa propre nature. Étrangers au monde nous ne sommes plus nous-mĂȘmes, sĂ©parĂ©s de notre propre nature, la vie nous Ă©chappe.

Tous ceux qui ne s’incluent pas dans la nature, renient leur propre nature humaine, la rendent Ă©trangĂšre Ă  leur vie, la chosifient pour mieux l’exploiter, transformant ainsi l’humain en marchandise parasite de la vie. L’écologie unitaire est un outil de comprĂ©hension globale de tout ce qui se vit sur terre, dans le contexte d’un Ă©cosystĂšme Ă©largi Ă  la planĂšte, avec ses interactions, dans le cours de leurs Ă©volutions, de leur histoire. Les machines numĂ©riques ne peuvent pas prendre en compte les interrelations complexes souvent imprĂ©vues, au hasard d’interrelations multiples enchevĂȘtrĂ©es, d’oĂč Ă©mergent parfois des changements inattendus qui ne sont pas programmables.

Au service de leurs employeurs, les pseudo-scientifiques, experts d’État, trouvent Ă©videmment ce qu’ils sont venus chercher. Les prĂ©visions, tirĂ©es des calculs informatiques, amplifient les croyances qui protĂšgent les intĂ©rĂȘts de ceux qui les ont programmĂ©es. Dans des Ă©cosystĂšmes trĂšs complexes, les modĂšles informatiques ne sont pas trĂšs fiables et l’interprĂ©tation de leurs rĂ©sultats souvent extravagants. Les pronostics catastrophiques sur le rĂ©chauffement produisent un climat anxiogĂšne qui focalise nos rĂ©flexions et dĂ©forme nos comprĂ©hensions. Ces devins, au service des gouvernements, annoncent le dĂ©sastre pour trĂšs bientĂŽt afin de rĂ©pandre la peur et l’angoisse dans l’intention de calmer les ardeurs de quelques rebelles et administrer la soumission volontaire au programme contraignant. L’extinction finale a Ă©tĂ© dĂ©crĂ©tĂ©e scientifiquement comme notre devenir inĂ©luctable, et rabĂąchĂ©e dans tous les mĂ©dias comme une publicitĂ© tapageuse. La focalisation de toutes les attentions sur un climat futur inaccessible fait disparaĂźtre un prĂ©sent beaucoup trop dĂ©gradĂ© et dĂ©naturĂ©. La vie sur terre n’est pas menacĂ©e d’extinction par une augmentation de quelques degrĂ©s du climat, mais bien par des pĂ©nuries d’eau, la rarĂ©faction des nuages, la dĂ©forestation, la dĂ©sertification, les pollutions chimiques, Ă©lectromagnĂ©tiques et nuclĂ©aires. Par son exploitation sans limites, le capitalisme est destructeur et suicidaire, et le dĂ©sastre qu’il produit est dĂ©jĂ  là !

Tout ce qui est parcellaire et n’agit pas dans le sens d’un dĂ©passement du systĂšme capitalisme dans son ensemble, est rĂ©cupĂ©rĂ© par celui-ci. Ce systĂšme capitaliste ne se rĂ©forme pas, il dĂ©veloppe librement et sans entrave ses affaires fructueuses, par l’exploitation destructrice de tout ce qui peut rapporter gros. Il menace directement la vie sur terre, non pas par un rĂ©chauffement de quelques degrĂ©s, mais par une pollution dĂ©bridĂ©e, omise et occultĂ©e par tous les mass mĂ©dias. L’écologie spectacle orchestrĂ©e par les experts du pouvoir se fait complice, par focalisation restrictive, de l’intoxication gĂ©nĂ©ralisĂ©e de la vie par tout un systĂšme de contraintes rendu naturel.

Le dĂ©sastre est dĂ©jĂ  dans notre vie quotidienne, il a intoxiquĂ© ce qui reste de notre survie. Le monde marchand ravage une planĂšte en ruine, et dĂ©truit la vie dont il tire profit avant qu’il ne soit trop tard. L’intoxication est biologique et mentale, les nuisibles sont au pouvoir, les dĂ©cideurs sont des casseurs de vies. Pour les profits personnels de quelques hyperriches, les gens de pouvoir empoisonnent la sociĂ©tĂ© et saccagent les Ă©quilibres fragiles de la vie. Il ne s’agit pas de croissance ni de dĂ©croissance du capital, mais du capitalisme lui-mĂȘme, qui est par essence dĂ©vastateur. La nature est notre propre nature, nous ne voulons pas d’un monde qui pourrit nos vies. Il ne s’agit plus de survivre dans la misĂšre, mais de vivre pleinement.

L’effet de serre n’est pas l’écologie, c’est aujourd’hui une focalisation obsessionnelle qui cache l’emballement des pollutions et l’intoxication de la vie. Peu importe les prĂ©dictions prĂ©tentieuses, c’est la pollution qu’il faut Ă©radiquer, et le capitalisme, toxine de nos vies, qu’il faut Ă©liminer. Les devins-experts sont toujours des menteurs, l’effondrement du vivant est dĂ©jĂ  là ! Le monde survit pĂ©niblement dans l’intoxication gĂ©nĂ©rale.

Il s’agit maintenant, pour Ă©chapper aux prĂ©dictions d’un dĂ©sastre programmĂ©, de construire un monde vivant, sans chefs et sans marchands, de prendre nos vies en main par une auto-organisation Ă©galitaire, une rĂ©volution Ă©cologique, sociale et libertaire. Par dĂ©tournement et dĂ©bordement, Ă  l’abordage du vieux monde en dĂ©crĂ©pitude, notre colĂšre s’insurge contre une dictature Ă©conomique mortifĂšre, pour sauver la vie sur notre planĂšte. Notre devenir ne se construira pas sur la croyance aveugle en un futur catastrophique, mais sur l’appropriation Ă©mancipatrice de nos vies, par nos expĂ©riences personnelles et collectives de rĂ©voltes partagĂ©es, d’oĂč Ă©merge notre monde commun Ă©galitaire, sans contrainte ni entrave.

Toutes les courbes indicatrices de production ou de consommation grimpent en flĂšche alors que les ressources s’épuisent progressivement. Les spĂ©cialistes cherchent Ă  limiter le dĂ©sastre, minimiser les dommages en dissĂ©minant la misĂšre avec quelques millions de morts acceptables, sans trop savoir ce qu’ils font. Il n’est pas possible d’apprĂ©hender le changement d’un systĂšme du point de vue de son fonctionnement interne, en ses propres termes. Les dirigeants tĂątonnent Ă  l’aveugle dans un enchevĂȘtrement de doubles contraintes, prisonniers de paradoxes qu’ils ne discernent pas et qui les dĂ©passent. Ce systĂšme d’exploitation marchand n’envisage pas d’autre solution que celle de perdurer dans son auto-destruction, occultant en permanence la fin de son existence comme seule condition de survie. C’est cette omission qui crĂ©e l’illusion d’un bien-ĂȘtre d’apparence dans une intoxication mentale gĂ©nĂ©ralisĂ©e.

Nos conditions d’existence sont gĂ©rĂ©es par ordinateurs qui nous ordonnent dans leurs procĂ©dures. Dans une sociĂ©tĂ© informatisĂ©e, on rĂ©sout les problĂšmes de façon technique par une fuite en avant technologique. La raison technique passe pour un moyen de lĂ©gitimation du pouvoir dominant, l’oppression devient une nĂ©cessitĂ© technique, et tout s’accĂ©lĂšre dans une atrocitĂ© inhumaine. En s’emballant, le systĂšme engendre une dictature du dĂ©sastre qui prĂ©tend gĂ©rer la catastrophe tout en la produisant, pour en tirer les meilleurs profits jusqu’à la fin.

Le catastrophisme prĂ©figure la fin du monde, il se construit dans l’apparence permanente d’un instant immobile, l’omission de tout bouleversement, sans renversement possible ni changement de perspective. Le catastrophisme est une soumission durable Ă  l’inĂ©vitable programmĂ©. Mais il va de soi que sans prĂ©dire l’avenir, on peut percevoir qu’un vaste processus destructeur a dĂ©jĂ  commencĂ©.

Le choc sidĂšre, la perte des illusions conformistes commotionne et fige les perceptions dans un refus de comprendre le cours des Ă©vĂ©nements. Le systĂšme est en train de s’autodĂ©truire dans l’illusion bĂ©ate de son accomplissement technologique. GĂ©rer le dĂ©sastre est une soumission durable, il s’agit maintenant de le dĂ©noncer et d’attaquer le capitalisme mortifĂšre qui le gĂ©nĂšre. Nous en sommes au dĂ©but de la fin du capitalisme, Ă  l’aube obscure d’un Nouveau Monde, encore possible. Sortir d’urgence de cette sociĂ©tĂ© marchande inĂ©galitaire, injuste, invivable et suicidaire est maintenant inĂ©vitable.

COUP DE VENT SUR POLLUTION MENTALE

Notre monde et notre espĂšce sont maintenant dangereusement attaquĂ©s et menacĂ©s par la marchandisation gĂ©nĂ©ralisĂ©e, jusque dans notre maniĂšre de le rĂ©flĂ©chir. Le temps de l’exploitation et de son conditionnement est devenu irrespirable, changer d’air y est une nĂ©cessitĂ© vitale. Pour entamer un processus de libĂ©ration ouvrant de nouvelles possibilitĂ©s par recadrage sur la situation, nous avons besoin de comprendre le fonctionnement des manipulations toxiques du mental. Une dĂ©saccoutumance ne pourra commencer qu’avec une critique fondamentale des intoxications, rĂ©alisĂ©e effectivement dans un sevrage progressif. Ces pratiques peuvent avoir des formes diverses, spĂ©cifiques Ă  chacun. Il n’y a pas de guide de dĂ©sintoxication mentale, il n’y a que des expĂ©rimentations personnalisĂ©es.

Cette reconstruction volontaire Ă©volue par une dĂ©programmation du conditionnement normatif en ouvrant de nouveaux espaces de libertĂ©, et s’amĂ©liore par une dĂ©sintĂ©gration de la dissociation, dans une nouvelle cohĂ©rence unitaire construite sur une rĂ©appropriation personnelle de son vĂ©cu, Ă  travers un changement de perspective individuel et collectif.

La machinerie qui gĂšre la sociĂ©tĂ©, la dĂ©sincarne dans une abstraction automatisĂ©e. Mais ce n’est pas contre un systĂšme technologique abstrait et impersonnel que l’on peut se soulever pour le renverser. On ne s’attaque pas Ă  un outil, mais Ă  ceux qui l’utilisent pour exploiter les populations, la classe bourgeoise et ses hommes de main. Quant Ă  l’infrastructure informatisĂ©e qui contrĂŽle et administre les rapports sociaux, elle doit ĂȘtre sabotĂ©e et dĂ©truite lĂ  oĂč elle commence Ă  s’effriter. Passer par oĂč c’est le plus facile permet d’aller plus loin.

En dĂ©personnalisant la domination, la responsabilitĂ© des prĂ©dateurs disparaĂźt, elle devient inaccessible, sacralisĂ©e en une technocratie indispensable, une informatisation gĂ©nĂ©rale inĂ©vitable, qu’il s’agirait juste de rĂ©gler et de rĂ©ajuster pour que tout paraisse acceptable, occultant dĂ©finitivement l’exploitation illimitĂ©e des populations par quelques hommes. Ainsi la technologie numĂ©rique divinisĂ©e dissimule l’autoritĂ© dans son programme, qui devient lui-mĂȘme l’autoritĂ© suprĂȘme. C’est cette exploitation barbare informatisĂ©e, et l’oppression insupportable qu’elle produit qu’il faut abolir pour s’émanciper de la marchandisation et de son aliĂ©nation. Il faudra casser l’autoritĂ© qui engendre la servitude pour pouvoir se rĂ©approprier collectivement la maĂźtrise de nos conditions d’existence, par une auto-organisation libre et Ă©galitaire.

L’efficacitĂ© par l’unitĂ© est un mythe centralisateur qui cache la domination de quelques bureaucrates. Il n’y a pas de convergence unificatrice sans uniformisation et prise de pouvoir d’une minoritĂ©. Nos organisations horizontales n’ont besoin que de coordinations temporaires. La diversitĂ© des points de vue et des actions en recherche d’osmose est notre force et la vitalitĂ© de notre Ă©mancipation libĂ©ratrice. La libertĂ© ne se centralise pas, elle ne s’impose pas. La reprĂ©sentation par des dĂ©lĂ©guĂ©s, une Ă©lite bureaucratique dĂ©signĂ©e, est la porte ouverte Ă  la prise de pouvoir par une minoritĂ© de profiteurs. Un parti Ă  prĂ©tention rĂ©volutionnaire, qui se croit Ă©clairĂ© et dĂ©tenteur exclusif d’une vĂ©ritĂ© universelle, ne peut qu’imposer sa dictature Ă  un peuple qu’il considĂšre ignorant et demeurĂ©.

La dictature du prolĂ©tariat est une escroquerie qui donne les pleins pouvoirs aux dirigeants d’un parti censĂ© reprĂ©senter un prolĂ©tariat bernĂ© par ses propres dĂ©lĂ©guĂ©s. La dictature du parti permet d’anĂ©antir le mouvement rĂ©volutionnaire, au profit d’une bourgeoisie bureaucratique, en instaurant un capitalisme d’État.

Actuellement, les actions sont spĂ©cialisĂ©es et sĂ©parĂ©es les unes des autres. Ce sont des revendications par corporation, par secteur, par communautĂ©, des rĂ©actions Ă  l’humiliation, la violence dans un domaine prĂ©cis. Ce sont des critiques parcellaires qui omettent une remise en cause gĂ©nĂ©rale. En sĂ©parant et restreignant les actions Ă  des domaines particuliers, c’est le fonctionnement gĂ©nĂ©ral de la sociĂ©tĂ© qui se retrouve acceptable, car non remis en cause. Les rĂ©voltes partielles, locales et parcellaires ne peuvent se rĂ©aliser pleinement que dans un renversement de perspective global.

Les populations appauvries par un capitalisme qui se croit triomphant se sont prolĂ©tarisĂ©es en nombre sans s’en rendre compte. Le prolĂ©tariat, qui n’a aucun pouvoir sur ses conditions d’existence, est le seul Ă  avoir vraiment intĂ©rĂȘt Ă  abolir toutes les classes par la suppression de toute domination et de tout esclavage, ainsi que par sa propre dissolution dans l’auto-organisation de l’émancipation humaine. Le seul but du prolĂ©tariat est sa propre disparition en tant que classe d’esclaves et d’exploitĂ©s pour une libĂ©ration Ă©galitaire et la dĂ©saliĂ©nation de tous.

L’avant-garde rĂ©volutionnaire est un mythe dangereux. C’est un intellectualisme dominateur qui critique et manipule un peuple ignorant, un radicalisme idĂ©ologique qui, par ses actions exagĂ©rĂ©es, ses vĂ©ritĂ©s factices et ses discours grandiloquents, cherche Ă  impressionner les assemblĂ©es qu’il veut manipuler et contrĂŽler. Ces petits chefs arrivistes et nuisibles jouent de leurs simagrĂ©es pour rĂ©cupĂ©rer Ă  leur cause uniforme des mouvements polymorphes qui leur Ă©chappent.

Les mĂ©dias reprĂ©sentent et mettent en scĂšne une rĂ©alitĂ© cadrĂ©e, tronquĂ©e, occultant toute critique et toute contestation globale, rĂ©pandant l’image d’un monde compatible avec les intĂ©rĂȘts des affairistes milliardaires, propriĂ©taires de toutes les agences de presse et de communication. C’est pour cela que la rĂ©volution ne sera pas tĂ©lĂ©visĂ©e, mais plutĂŽt occultĂ©e, dĂ©formĂ©e, dĂ©nigrĂ©e, calomniĂ©e… Toute action qui cherche Ă  se faire mĂ©diatiser, croyant ainsi exister, sera rĂ©cupĂ©rĂ©e et dĂ©tournĂ©e par les pouvoirs dominants afin de servir leurs propres intĂ©rĂȘts. Tout compromis avec les usurpateurs de pouvoirs est une capitulation. La mise en reprĂ©sentation s’intĂšgre Ă  un monde qui se maintient dans l’illusion. DĂ©serter les rĂŽles et dĂ©nigrer les contrĂŽles par irrespect des rĂšgles et rejet de l’autoritĂ© permettent l’émergence du dĂ©passement de la conformitĂ©.

La forme de nos combats n’est pas une fin en soi, mais seulement un moyen parmi d’autres. Se fixer sur l’apparaĂźtre de nos actions, produit des images plus importantes que les actes de libĂ©ration. Le changement en spectacle produit la mise en scĂšne d’une rĂ©volution fantasmĂ©e qui Ă©conomise sa rĂ©alisation effective. La prĂ©caritĂ© du monde en reprĂ©sentation entraĂźne des contestations prĂ©cipitĂ©es parcellaires, des apparences de rĂ©voltes Ă©pisodiques dont le seul but est d’ĂȘtre vu, de passer Ă  la tĂ©lĂ©. La reprĂ©sentation visible de la rĂ©bellion occulte la volontĂ© de changement global qui l’habite et l’anime.

La rĂ©cupĂ©ration, par le systĂšme, de sa contestation passe par les polĂ©miques des politiques partisanes. La rĂ©cupĂ©ration des rĂ©voltes contre l’esclavage du travail passe par le rĂ©formisme syndical corporatiste. Les syndicats nĂ©gocient avec nos exploiteurs les conditions de notre exploitation, la quantitĂ© de souffrance acceptable pour survivre, alors que ces rĂ©voltes expriment la nĂ©cessitĂ© de l’abolition de l’exploitation et la volontĂ© de renverser la dictature Ă©conomique qui en gĂšre le fonctionnement. Ce systĂšme marchand totalitaire n’est pas rĂ©formable, il suit son dĂ©veloppement technologique irrĂ©versible, l’exploitation capitaliste y est sans entrave et non nĂ©gociable, on n’y discute que de dĂ©tails sans importance. Inexorablement, le capitalisme entraĂźne l’humanitĂ© dans encore plus de misĂšre et de souffrance, sauf pour quelques-uns.

Changer la vie est l’essence mĂȘme de tout mouvement rĂ©volutionnaire. La multiplication des ZAD dans un monde restant capitaliste est nĂ©cessaire Ă  l’expĂ©rimentation autonome collective, mais ne sera pas suffisante Ă  un dĂ©passement Ă©mancipateur. Il est prĂ©fĂ©rable de multiplier les horizons dans la perspective d’une sortie mondiale du capitalisme. Personne n’a Ă  imposer aux autres sa maniĂšre de faire. Il ne s’agit ici que de bricoler ensemble une organisation souple et opĂ©rante au fur et Ă  mesure des actions communes. Aucune structuration prĂ©dĂ©finie des combats et de ce qu’on en dit ne sera une garantie de la radicalitĂ© rĂ©volutionnaire de nos luttes. Seules nos pratiques vivantes de prolĂ©taires antiautoritaires et Ă©galitaires portent en elles leurs devenirs.

Dans un monde d’affaires mafieuses au bord de la faillite, oĂč l’illĂ©galitĂ© est une pratique quotidienne des privilĂ©giĂ©s, les dĂ©cideurs accompagnĂ©s de tous leurs petits chefs corrompus ne sont plus crĂ©dibles, la hiĂ©rarchie ne peut plus ĂȘtre respectĂ©e et l’autoritĂ© devient alors un abus insupportable. Il n’y a aucun principe Ă  suivre servilement, aucune ligne de conduite Ă  respecter, aucun mode de vie Ă  adopter, chacun est libre et responsable de ses choix envers les autres, tout est discutable Ă  tout moment. L’amour, le plaisir, la paresse, la passion d’apprendre et de partager, le jeu sur les rĂšgles du jeu, le dĂ©tournement, le discrĂ©dit du spectacle et la ridiculisation de la publicitĂ©, l’irrespect de l’autoritĂ© et de ses interdits, sont autant de pratiques anarchistes nĂ©cessaires Ă  un renversement de perspective, et indispensables Ă  l’irruption insurrectionnelle d’un mouvement rĂ©volutionnaire. Anarchiste n’est pas une Ă©tiquette, une organisation, une identitĂ©, un logo ou un drapeau, mais bien une pratique vivante auto-organisatrice antiautoritaire et Ă©galitaire d’une personne dans ses expĂ©rimentations individuelles et collectives, qui la rend autonome, sociable et toujours ingouvernable. L’anarchie, ou l’absence d’autoritĂ© est le mode d’organisation le plus complexe et le plus fiable, c’est la construction collective d’une recherche d’harmonie autorĂ©alisatrice la plus Ă©voluĂ©e.

La libertĂ© d’action et d’expression ne peut pas se restreindre et se diminuer dans une uniformisation unitaire contraignante sans s’étioler et disparaĂźtre. Agir et en parler est multiforme et doit le rester pour respecter la libertĂ© de chacun, et s’enrichir en se renforçant de l’abondance de la diversitĂ©, dans la profusion des diffĂ©rences, et une mouvance complexe coordonnĂ©e. Lorsque la richesse multiple des interactions franchit un certain seuil, le mouvement global engendre de nouveaux comportements d’ensemble tout Ă  fait imprĂ©visibles. Contre la soumission Ă  une uniformisation normative, notre Ă©clectisme est notre force vitale en rĂ©bellion. RĂ©inventer les incroyances d’un moment multiforme c’est libĂ©rer du possible dans le rĂ©el du vivre ensemble.

Pour prendre un peut de discernement dans la confusion, il s’agit de commencer Ă  ne plus s’agripper aux normes, rĂȘver en dĂ©rive, expĂ©rimenter le hasard, poĂ©tiser l’inattendu impromptu… Les liaisons dĂ©veloppĂ©es dans les rĂȘves sont des analogies en action qui permettent de confondre des univers diffĂ©rents jusqu’alors bien sĂ©parĂ©s par une pensĂ©e intellectuelle fragmentĂ©e. ReliĂ©e par similitude, mĂ©taphore, transposition, combinaison, l’utilisation du hasard dans un ensemble de faits multidisciplinaires crĂ©e un contexte transversal. D’associations fortuites de rebondissements analogiques, Ă©mergent des processus crĂ©atifs. RĂȘver rend inventif, et perdre ses certitudes intelligent. Notre propre nature vivante est imprĂ©visible et innovante.

Il n’y a pas d’objet sans sujet observant, l’idĂ©al de l’objectivitĂ© est une chimĂšre. Les dualitĂ©s du bien et du mal, du vrai et du faux sont des concepts restrictifs contraignants qui aliĂšnent notre comprĂ©hension des phĂ©nomĂšnes. C’est en renonçant Ă  nos certitudes que l’on peut comprendre l’absence de fondement, comme le commencement d’un abandon des croyances restrictives aveuglantes, une libĂ©ration ouvrant des espaces d’émancipation par une reconstruction rĂ©ciproque des sujets agissants dans le cours de la vie d’une communautĂ© Ă©galitaire rĂ©inventĂ©e.

La curiositĂ© d’une recherche continue nous libĂšre d’une pensĂ©e restreinte Ă  des certitudes immuables, qui compartimente et mutile. Quand dans le vivant de la rĂ©flexion tout est liĂ©, interdĂ©pendant dans une Ă©volution commune, rien n’est dĂ©finitivement acquis, tout reprend vie dans une transformation crĂ©ative permanente.

Il n’y a qu’un libre jeu qui se joue des rĂšgles, la crĂ©ation temporaire d’un ailleurs Ă©phĂ©mĂšre, les dĂ©sirs les plus fous, les rĂȘves, les utopies, l’invention d’incroyances, le bricolage de l’improbable, qui puissent permettre l’ouverture sur de Nouveaux Mondes de libertĂ©s dans l’égalitĂ©, sans contrainte et sans entrave.

Nous construisons notre monde avec d’autres personnalitĂ©s qui sont diffĂ©rentes de la nĂŽtre. Si nous voulons continuer de coexister malgrĂ© les conflits, et ne pas nous exterminer, il nous faudra reconnaĂźtre que nos certitudes ne sont plus des preuves, que toute vĂ©ritĂ© est issue de notre construction mentale et ne peut ĂȘtre que relative Ă  notre point de vue et Ă  nos croyances. Si l’on ne veut pas nier l’autre dans son existence particuliĂšre, sa personnalitĂ©, sa libertĂ©, il nous faut Ă©largir notre perspective en incluant un domaine qui permette Ă  tous de s’accorder librement dans l’émergence d’un monde commun.

Une sociĂ©tĂ© humaine se compose de personnes diffĂ©rentes et similaires, toutes considĂ©rĂ©es comme nos Ă©gales. Le monde n’est plus la rĂ©alitĂ© objective des marchands d’illusions, mais une libre construction collective auto-organisĂ©e qui prend sa source dans la rĂ©bellion et l’émancipation commune.

Tout sujet actif de sa vie n’est plus contraint Ă  se faire dĂ©terminer par une restriction objective d’une rĂ©alitĂ© sans sujet. Il dĂ©ploie alors une pensĂ©e situationnelle agissante oĂč le sujet s’implique dans son monde en le transformant avec les autres.

La diffĂ©rence des points de vue nous offre la possibilitĂ© d’esquisser un processus consensuel commun, crĂ©ant de nouveaux horizons. Cette conception plus large, s’inspirant des Ă©cosystĂšmes de la nature, considĂšre chaque acteur de la sociĂ©tĂ© comme Ă©tant liĂ© et interactif Ă  l’ensemble. C’est l’émergence d’une situation dans l’angle mort du contexte, dĂ©calĂ© dans un renversement de perspective. Cette approche globale transversale prend en compte la pluralitĂ© des perspectives, les relations et les interactions entre les membres vivants d’une sociĂ©tĂ© plus humaine.

Aucune vĂ©ritĂ© qui se croit divine, parce que la seule possible, ne peut convaincre sans vaincre les “hĂ©rĂ©tiques”, et s’imposer autoritairement sans dĂ©truire la composition d’un monde commun, construit ensemble en se considĂ©rant tous Ă©gaux. Toute prĂ©tention Ă  une vĂ©ritĂ© universelle est destructrice d’humanitĂ©.

Quand le seul futur proposĂ© par un systĂšme marchand suicidaire se limite aux profits Ă  prendre sur l’autodestruction de son devenir, le pillage de son Ă©conomie, l’épuisement de ses ressources, l’intoxication de tous les organismes vivants, alors l’hĂ©rĂ©sie de son dĂ©passement devient la seule issue viable. Seules les illusions de notre aliĂ©nation mentale sont prĂ©dĂ©terminĂ© dans un immobilisme durable. Ce qui est vivant n’est pas dĂ©terminĂ©, ce qui le spĂ©cifie c’est qu’il s’autoproduit et s’auto-organise dans sa propre dynamique.

La vie bricole ses diverses possibilitĂ©s, cherchant Ă  prendre sa libertĂ© d’agir en utilisant des moments Ă©mancipateurs au hasard de ces temps incertains. L’expĂ©rimentation du hasard utilise l’imprĂ©vu, l’affine dans le doute en affirmant son autonomie. Il ne peut pas y avoir de limites Ă  la libertĂ©, son usage Ă©galitaire est toujours insuffisant. C’est un Nouveau Monde que nous faisons Ă©merger ensemble par nos actions Ă©mancipatrices.

La croyance aveugle au monde du spectacle se dĂ©sagrĂšge ici et lĂ , alors l’intoxication mentale perd prise sur une part croissante de la population. La critique en actions et l’émancipation naturelle peuvent alors se libĂ©rer dans un renversement de perspective de combat. Certains rebelles, cherchant Ă  renverser la situation qu’ils subissent, occupent un espace dans des manifs qui ne sont pas les leurs, se reconnaissent et se regroupent afin d’habiter spontanĂ©ment le mouvement, dĂ©border en ne respectant pas ses rĂšgles, et le dĂ©tourner de ses habitudes normalisĂ©es. Tout ce qui ne vise pas au dĂ©passement du systĂšme capitaliste, tant en paroles qu’en actes, le renforce dans sa domination totalitaire.

La combinaison d’actions autonomes interagit et dĂ©gage une synergie de coordinations temporaires, pouvant gĂ©nĂ©rer un effet cocktail d’agitations favorisant l’émergence de troubles imprĂ©vus. Des effets multiplicateurs qui sont toujours plus que la somme de ses composants s’enclenchent par associations fortuites. La symbiose de complexitĂ©s Ă©clectiques au cours de fortes interactions peut avoir des effets inattendus, dĂ©clenchant des rĂ©actions en chaĂźne imprĂ©dictibles. L’effervescence de la rĂ©volte et le plaisir de l’émancipation sont communicatifs, et la mutinerie gĂ©nĂ©rale qui s’ensuit rĂ©pand ses rĂ©jouissances dans ses jeux subversifs.

Le dĂ©sir de changer s’émancipe en plaisir de changer ensemble. Ce recadrage qui nous dĂ©cale dans l’invention d’un devenir dĂ©sirable, change notre interprĂ©tation de la situation. Les rĂšgles du jeu se retrouvent modifiĂ©es par le dĂ©bordement d’un dĂ©tournement. Ne respectant plus les codes de la soumission, nous augmentons le nombre de choix possibles, crĂ©ant ainsi de nouveaux espaces de libertĂ©. Les croyances rĂ©ductrices autoritaires se font alors submerger par des bricolages opĂ©ratoires, une agitation contagieuse qui renverse les situations critiques.

Le libre contenu de la rĂ©volte cassant la normalitĂ© et dĂ©sintĂ©grant la soumission dans l’action, dans sa perspective rĂ©volutionnaire en rupture avec le vieux monde, est dĂ©jĂ  sa forme en train de se rĂ©aliser. Seule une remise en cause globale sans Ă©quivoque peut permettre le dĂ©but d’un changement effectif de nos vies, par l’appropriation du pouvoir de dĂ©cision sur nos conditions d’existence et la libre auto-organisation Ă©galitaire locale, tout en renversant la dictature marchande qui nous dĂ©truit et intoxique notre monde.

La fin de ce monde est une nĂ©cessitĂ© vitale. Quand tout semble sous contrĂŽle, figĂ©, rĂ©primĂ©, il y a toujours une part Ă©mergente non assujettie, un no man’s land imprĂ©vu oĂč s’auto-organise un brin de vie qui s’est Ă©chappĂ© pour ne pas disparaĂźtre. Quand la pression des pouvoirs dominants augmente, des fuites apparaissent et se propagent, des dĂ©bordements dissimulĂ©s se rĂ©pandent lĂ  oĂč l’on ne les attendait pas, imprĂ©visibles.

La rĂ©volution n’appartient Ă  personne, sinon Ă  tous ceux qui la font, libre de son dĂ©veloppement en devenir, inventant les incroyances d’un Nouveau Monde en construction. Seule une intelligence situationnelle partagĂ©e, Ă©trangĂšre et rebelle Ă  la paralysie toxique de l’autoritĂ© peut explorer la quintessence des dissonances dans leurs radicalitĂ©s, Ă  la racine d’un vĂ©cu partagĂ©. Dans une cohĂ©rence collective en recherche d’osmose, il s’agit maintenant de prendre le temps de s’accorder dans un jeu de changement de perspective, au cours des disparitĂ©s discordantes passagĂšres, dans l’harmonie d’une polyrythmie commune, avec ses contretemps, ses syncopes, ses cassures enchevĂȘtrĂ©es, ses cafouillages rĂ©crĂ©atifs crĂ©atifs.

Lukas Stella, mai 2020

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Du mĂȘme auteur

ABORDAGES INFORMATIQUES, Croyances informatisĂ©es dans l’ordre des choses marchandes Éditions du Monde Libertaire et Alternative Libertaire, 2002

STRATAGÈMES DU CHANGEMENT, De l’illusion de l’invraisemblable à l’invention des possibles Éditions Libertaires, 2009

L’INVENTION DE LA CRISE, Escroquerie sur un futur en perdition Éditions L’Harmattan, 2012

INTOXICATION MENTALE, ReprĂ©sentation, confusion, aliĂ©nation et servitude Éditions L’Harmattan, 2018

inventin.lautre.net


Article publié le 13 AoĂ»t 2020 sur Fr.theanarchistlibrary.org