L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen manifeste une gestion déficiente de la part de l’État, tant en amont qu’après la catastrophe. Mais les accidents industriels de cette ampleur ne sont pas une fatalité.

Suite à l’incendie de Lubrizol, qui fabrique des additifs pour carburants, un responsable de cette usine a affirmé aux médias que l’entreprise veut être « un bon voisin ». Et bien, c’est raté. Il ne fait pas bon vivre autour de Lubrizol et même au moins à 200 km à la ronde. Dans la nuit du 26 septembre, vers 2 heures du matin, un incendie ravage cette usine classée « Seveso seuil haut ». Une marée noire aérienne submerge l’agglomération rouennaise et sera ressentie jusqu’en Belgique. Quelle que soit l’origine de cet incendie, plusieurs constats et interrogations s’imposent. Déjà en 2013, une fuite de gaz mercaptan, un gaz toxique et malodorant, avait été senti jusqu’en Angleterre et en région parisienne, donnant lieu à une amende de… 4000€ ! Dans une métropole qui compte 25 sites classés Seveso et un département qui en accueille 75, l’inquiétude pour l’avenir est plus que légitime.

Une gestion par l’État déficiente

Une loi de 2018, au nom de la simplification administrative, a permis à Lubrizol d’étendre son stockage sans véritable contrôle. Les secours n’étaient manifestement pas préparés (nombre insuffisant, protections individuelles inexistantes ou inefficaces). Et surtout, la population a été livrée à elle-même : seules deux sirènes se sont déclenchées pour une population d’environ 500 000 habitants, et ce six heures après le début du sinistre  ; certains maires n’ont même pas été avisés par la préfecture, celle-ci a refusé d’évacuer les gens du voyage installés à proximité de l’usine… Et un seul discours en boucle : « il n’y a pas de toxicité aiguë ». La forte mobilisation de la population a permis de desserrer l’étau du non-dit. Ainsi, ce ne sont plus 4 500 tonnes de produits qui ont brûlé mais près de 10 000 tonnes, dont environ la moitié stockée dans une entreprise attenante, Normandie Logistique, non-classée Seveso ! La liste des produits stockés par Lubrizol a été enfin rendue publique mais, à ce jour, pas ceux de sa voisine.

Orage et pollution à Rouen (Frédéric Bisson)

Des analyses de dioxines ont relevé des taux quatre fois supérieurs à la norme, avec une présence massive de produits cancérigènes (benzène, amiante, dioxines, etc). Quant à l’environnement, que sols et cours d’eau soient pollués est évident, comme en témoigne l’interdiction de commercialiser ou consommer les produits issus de l’agriculture ou de son propre jardin dans 112 communes.

Mais si l’on prend un peu de recul, la sécurité au rabais mise en place par Lubrizol, et agréée par l’État, provient d’une logique de profits toujours plus exponentiels inhérente au système capitaliste. Or, il serait tout-à-fait possible de mettre en place une économie qui nous protège de ce genre de risques. Par exemple, en réduisant la consommation des produits issus de la pétrochimie, notamment par la baisse des véhicules thermiques et le développement des transports alternatifs (vélo, transports en commun, fret ferroviaire), ou bien en réduisant la production et la consommation de produits phytosanitaires, en incitant à l’agriculture biologique, ou encore en programmant la fermeture des centrales nucléaires et en développant des énergies renouvelables.

UCL Rouen


Article publié le 11 Nov 2019 sur Unioncommunistelibertaire.org