Décembre 28, 2020
Par Le Monde Libertaire
204 visites


02.12.2020
Demain, 3 décembre, en cette 40° Journée de la Marche de la Résistance, aura lieu la remise de la pétition adressée au Président Alberto Fernández pour exiger l’accès public à la totalité des archives de 1974 à 1983 . Cette campagne a été lancée par le collectif Rencontre Militante Cachito Fukman et a bénéficié du soutien de l’association des Madres de Plaza de Mayo [Mères de la Place de Mai], des représentant.e.s des Droits Humains (dont Adolfo Pérez Esquivel, Celeste Lepratti et Sergio Maldonado), et des personnalités comme le chanteur León Gieco. Le rendez-vous a été donné à 14h sur la Plaza de Mayo et les Madres y participeront virtuellement, elles seront présentes sur un écran géant.

Dans l’émission de radio Contrapuntos, Carlos Sueco Lordkipanidse, ancien détenu-disparu et actuellement membre du Collectif Cachito Fukman, déclare : “Nous demandons au gouvernement l’ouverture définitive des archives pour la période 1974-1983 ainsi que l’accès public à cette information. Ce sont les archives qui sont en possession de l’État. Pour donner un exemple : il y a plusieurs semaines, un dossier a été trouvé dans les bureaux de l’ex SIDE [Secretaria de Inteligencia de Argentina] et actuelle AFI [Agencia Federal de Inteligencia], il contient des photos et les casiers judiciaires de personnes recherchées pendant la dictature, beaucoup sont portées disparues, d’autres ont pu d’échapper. Alors que les forces de l’État étaient censées les avoir détruites, à la SIDE, pile en face du palais présidentiel, voilà que cette archive est retrouvée.

Il fait aussi remarquer dans le même ordre d’idées que “malgré les années écoulées, plus de 40 ans passés à réclamer l’ouverture des archives, les gouvernements successifs n’ont pas fourni toute l’information ou ne sont pas occupés de chercher à fond partout où il était possible de le faire”. Et il donne un exemple concret de cet État absent : “en 2019, nous, les survivant.e.s de l’ESMA, nous avons réussi à repérer deux Centres Clandestins de Détention ayant fonctionné dans la zone Nord de la Province de Buenos Aires. L’un des propriétaires était aussi l’un des responsables de la répression, celui de la tristement célèbre Quinta de Pacheco. Víctor Basterra, décédé il y a peu, l’a dénoncé maintes fois. Il fallait chercher. Nous avons examiné les vues aériennes de Google Earth et nous sommes arrivés par élimination à la zone recherchée, le lieu est resté tel qu’il était”.

Pour Lordkipanidse, “l’ouverture des archives va permettre d’accéder à une infinité d’informations concernant le sort des 30.000 “desaparecidos” [disparus]. Il y a un élément d’une importance capitale : à l’heure actuelle, 300 disparus sont en vie, ce sont les enfants de nos compagnes nés en captivité et qui n’ont pas encore retrouvé leur véritable identité. 175 de ces jeunes l’ont retrouvée ; mais il est historique, avéré, connu et diffusé par l’association Abuelas de Plaza de Mayo, que le nombre des enfants était de 500, si nous l’arrondissons. Il en manque 300 à sortir de cette condition de détenus-disparus qui est encore la leur aujourd’hui malgré les 45 années écoulées. Les Abuelas n’ont jamais eu la visite d’une force armée, policière, de l’ordre pour dire “Nous venons collaborer à cette cause et vous fournir le nom de ce jeune que nous connaissions sous une identité changée”. Cela n’a jamais eu lieu. Jamais l’État n’a informé les Abuelas de la localisation d’un.e seul.e des enfants qui ont été retrouvés”.

El Sueco
[Le Suédois] mentionne en outre les charniers : “Il y a des charniers, ça et là, dans les cimetières, on découvre soudain des tas de cadavres et il s’avère qu’ils sont de l’époque de la dictature. On ne peut pas enterrer comme ça des personnes assassinées en 1976 ou en 1984, en pleine démocratie. Donc il faut établir un registre. Pour cela, il faut savoir à quels endroits du cimetière se trouvent les charniers et faire intervenir l’Institut Médico-légal pour procéder aux identifications. Mais si on n’a pas l’information, on ne peut pas retourner tout le cimetière à la recherche d’ossements.
Parmi les différents pouvoirs de la dernière dictature, Lordkipanidse cite l’Église Catholique : “chacun.e de ces gosses qui ont été donnés en adoption, ont été baptisés. L’Église ne peut pas dire qu’elle ne savait pas que l’une de ses fidèles, qui n’avait jamais été vue enceinte, se présentait soudain avec un bébé. À l’époque un acte de naissance était falsifiable”. A la question du pouvoir des entreprises, il répond : “et le pouvoir politique, et le pouvoir militaire…”. Pourquoi croyez-vous qu’ils n’ouvrent pas les archives. Il y a des intérêts sales derrière tout cela. Tous les procès pour crime contre l’humanité contre les génocidaires qui se sont ouverts, depuis l’annulation des lois d’amnistie jusqu’à ce jour, ont abouti à une condamnation par Centre de Détention. Il y a eu 600 Centres de Détention. Alors quoi ? Ils fonctionnaient avec un seul type ? L’occultation des informations est déterminante dans toute cette affaire.

L’ouverture des archives est réclamée depuis 1974, soit deux ans avant le début de la dernière dictature. “Nous voulons savoir la vérité sur les milliers d’assassinats commis par la Triple A, le Comando de Organización, la Concentración Nacional Universitaria (CNU), le Comando Libertadores de América, la Jeunesse Péroniste República Argentina et toutes les organisations parapolicières et paramilitaires qui ont fonctionné sous le gouvernement d’Isabel [Peron] et de [son ministre ] Lopez Rega”, affirme Lordkipanidse qui ajoute : “le procès à la CNU est en cours et ses plus hauts responsables se promènent librement dans la rue. Ils croisent des victimes comme si de rien n’était. Il reste encore à savoir où ils ont emmené leurs victimes, à quel moment ils ont décidé de les assassiner, où est-ce qu’ils ont jeté leurs corps. Il faut encore savoir tout cela. C’est pourquoi nous demandons cette réouverture”.

Il souligne que les “ Madres et Abuelas” est en train de décéder de par leur âge. Les chances d’arriver à savoir la vérité en recoupant des témoignages au cours des procès sont en passe de s’épuiser. La seule alternative si nous voulons savoir ce qui s’est réellement passé, sera d’ouvrir les archives ”.




Source: Monde-libertaire.fr