Janvier 23, 2021
Par Partage Noir
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La libĂ©ration de Lecoin coĂŻncide avec plusieurs changements au sein du mouvement anarchiste : la crĂ©ation le 15 novembre de l’Union Anarchiste (UA) qui remplace la FCA, Le Libertaire passe de deux Ă  quatre pages et, surtout, les anarchistes français commencent Ă  critiquer la rĂ©volution russe. Jusqu’à cette Ă©poque les libertaires sont parmi les plus ardents dĂ©fenseurs de la rĂ©publique des Soviets mais les informations qu’ils reçoivent peu Ă  peu, leur font rĂ©aliser le fossĂ© qui existe entre les rĂ©alisations de LĂ©nine et Trotsky et l’établissement d’une sociĂ©tĂ© libertaire.

Lecoin adhĂšre immĂ©diatement Ă  l’Union Anarchiste. Comme la plupart de ses compagnons il est devenu sans illusion sur la rĂ©volution bolchĂ©vique. Et quand Pierre Monatte, syndicaliste rĂ©volutionnaire, momentanĂ©ment ralliĂ© au bolchĂ©visme, lui propose de rejoindre la IIIe Internationale, il refuse. Pendant quelques annĂ©es le Parti Communiste (PC) et l’UA font cause commune contre PoincarĂ©, mais les divergences sont trop importantes et la rupture est consommĂ©e lorsque deux militants libertaires sont assassinĂ©s au cours d’un meeting du PC le 11 janvier 1924. A partir de cette date et jusqu’à la fin de sa vie l’anticommunisme de Lecoin ne faiblira pas. Un article Ă©crit en 1952 expose les principaux griefs de Lecoin Ă  l’égard du PC : La premiĂšre guerre terminĂ©e, il eut Ă©tĂ© possible, malgrĂ© tout que sonnĂąt en France l’heure des anarchistes. C’était Ă  prĂ©voir aprĂšs la faillite des socialistes et des syndicalistes. Mais la rĂ©volution russe survint, elle, avec ses bouleversantes et funestes consĂ©quences, qui ravagea tout, pilla, saccagea les couches sociales du peuple dans lesquelles les camarades pouvaient espĂ©rer Ă  bon droit puiser le meilleur de leurs forces.

Et les anarchistes, au lieu de passer Ă  l’attaque du rĂ©gime capitaliste, durent se dĂ©fendre opiniĂątrement contre l’emprise du bolchevisme.

Ils le firent avec un rĂ©el brio et on doit aux libertaires de langue française l’échec relatif des bolchevistes dans leur entreprise pour dominer complĂštement et internationalement le monde du travail.

[…] la Russie ne reprĂ©sente plus l’espoir d’un bel avenir mais est devenue ce que nous craignions Ă  ses dĂ©buts rĂ©volutionnaires (la dictature du prolĂ©tariat aidant) une rĂ©gion d’affreuse tyrannie [1].

Lecoin est nommĂ© administrateur du Libertaire et de la librairie en dĂ©cembre 1920 [2]. Il fait appel Ă  SĂ©bastien Faure avec lequel il s’est rĂ©conciliĂ©. Leur collaboration est fructueuse et contribue Ă  relancer le mouvement anarchiste. Fin 1921 leur parvient l’annonce de la condamnation Ă  mort de Sacco et Vanzetti ; Le Libertaire rĂ©vĂšle l’affaire aux Français. En janvier 1922 Lecoin est chargĂ© de la rĂ©daction du journal [3]. Pendant cette pĂ©riode il signe trĂšs peu d’articles mais de nombreuses brĂšves semblent ĂȘtre de sa main. Il quitte ses fonctions au Libertaire six mois plus tard. Un encadrĂ© prĂ©cise : Notre camarade Lecoin aprĂšs avoir pendant de longs mois sacrifiĂ© tout son temps et le meilleur de son activitĂ© Ă  la rĂ©daction du Libertaire, de sa propre dĂ©cision, au regret de nos camarades laisse le secrĂ©tariat [4].

Plusieurs hypothĂšses Ă  ce retrait. La premiĂšre est d’ordre personnelle, en 1922 Lecoin habite avec Marie Morand [5] sa vie privĂ©e n’est plus compatible avec la charge permanente que reprĂ©sente la rĂ©daction du Libertaire. D’autre part, LECOIN, Ă  34 ans, se rend sans doute compte du manque d’efficacitĂ© de la plupart des campagnes menĂ©es par Le Libertaire. Sans renier ses idĂ©es, il se met en rĂ©serve pour pouvoir intervenir plus efficacement. Il ne quitte pas l’UA, il y milite diffĂ©remment et les critiques ne tardent pas. DĂ©sormais Lecoin n’est plus un « militant exemplaire Â».




Source: Partage-noir.fr