Janvier 19, 2021
Par Partage Noir
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Lecoin hĂ©site : servir le militarisme ou s’insoumettre et devoir s’exiler ? La derniĂšre Ă©ventualitĂ© l’empĂȘche de poursuivre la propagande. Il arrive donc avec deux mois de retard Ă  la caserne de Cosne, dĂ©cidĂ© Ă  refuser d’accomplir des tĂąches contraires Ă  ses idĂ©es.

A peine incorporĂ© Lecoin fait muter un capitaine pour sadisme puis rĂ©colte huit jours de prison pour refus d’obtempĂ©rer aux ordres d’un caporal alcoolique. Son service militaire se serait passĂ© sans histoire si Ă  quelques mois de sa libĂ©ration n’avait Ă©clatĂ© une grĂšve de cheminots. Le 17 octobre 1910 la compagnie de Lecoin doit intervenir contre les grĂ©vistes. Il demande une audience au capitaine et posĂ©ment lui signifie qu’il refuse d’ĂȘtre un briseur de grĂšve. Il est immĂ©diatement enfermĂ© dans les locaux militaires. Trois semaines plus tard il est Ă©crouĂ© Ă  Bourges en attendant le Conseil de Guerre !

Lecoin tient tĂȘte Ă  l’aĂ©ropage galonnĂ©, son avocat, MaĂźtre DuprĂ©, rappelant l’acquittement d’officiers clĂ©ricaux, demande la relaxe. Le Tribunal en dĂ©cide autrement et Lecoin est condamnĂ© Ă  six mois de prison. Son geste et son procĂšs font la une de tous les journaux. De l’Echo de Paris au Libertaire oĂč EugĂšne Peronnet, secrĂ©taire du ComitĂ© de DĂ©fense Sociale conclut un long article par ces mots : Si dans sa prison Louis Lecoin pense que son geste admirable peut ĂȘtre fĂ©cond, qu’il peut Ă©veiller la conscience du soldat, ah ! comme sa captivitĂ© doit lui ĂȘtre douce, et comme il doit se sentir prĂȘt Ă  refaire le mĂȘme geste.

Parce qu’il est un homme, par ce qu’il a fait ce que lui dictait sa conscience, on l’emprisonne, mais qu’importe la prison devant l’immense joie d’avoir fait son devoir, tout son devoir ? Comme il doit le trouver splendide, son cachot, le soldat Lecoin !  [1].

Quant Ă  Gustave HervĂ© dans la Guerre Sociale il Ă©crit un superbe article oĂč il imagine le dialogue entre le soldat Lecoin et l’esprit de TolstoĂŻ. Le milieu anarchiste entend ainsi parler pour la premiĂšre fois de Louis Lecoin.

Sa peine achevĂ©e, il est versĂ© en avril 1911 au 10e d’infanterie Ă  Auxonne, on ne lui demande pas cette fois d’intervenir contre les vignerons champenois ou les mineurs de Montceau en grĂšve. Il Ă©chappe de peu Ă  un nouvel emprisonnement ; il a, avec quelques camarades, recouvert la caserne de papillons antimilitaristes. On le soupçonne mais sans preuve, il est affectĂ© au 13e d’infanterie Ă  DĂ©cize oĂč il termine tranquillement son rĂ©giment.

De retour à la vie civile des compagnons le font embaucher dans le bùtiment. Définitivement acquis aux théories libertaires, il décide de militer activement au sein du mouvement anarchiste.




Source: Partage-noir.fr