Janvier 18, 2021
Par Partage Noir
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Avant d’arriver Ă  Paris en 1905, Louis Lecoin ne se distingue guĂšre des autres enfants de Saint-Amand-Montrond (Cher), sa ville natale. Comme la plupart d’entre eux, Louis ne rate pas une occasion de voir dĂ©filer les rĂ©giments en transit par Saint-Amand. Il va mĂȘme Ă  l’ñge de 16 ans rĂȘver d’accomplir une carriĂšre militaire. Heureusement il lui faut patienter jusqu’à 18 ans pour s’engager. En attendant il prend une dĂ©cision qui va bouleverser sa vie : il part pour Paris…

Muni d’un certificat d’études et d’un diplĂŽme d’agriculteur lui permettant d’ĂȘtre employĂ© chez un pĂ©piniĂ©riste de la banlieue sud. Il y travaille douze heures par jour pour un salaire de misĂšre. Au contact d’ouvriers Ă©trangers, sa conscience politique s’éveille. Il dĂ©couvre Zola et divers aspects du mouvement social. La catastrophe de CourriĂšres, qui, le 1,0 mars 1906, fit plus de mille morts, accentue sa rĂ©volte contre la sociĂ©tĂ© [1].

Eclate alors une grĂšve des jardiniers. Tout naturellement Lecoin rejoint ses camarades dans l’action directe ; les serres et les chĂąssis en font les frais. La grĂšve terminĂ©e, il change d’employeur et travaille chez des horticulteurs. Le premier mai 1906, Lecoin arrive place de la RĂ©publique, plusieurs heures avant le dĂ©but de la manifestation. Mal lui en prend, Ă  dix heures du matin il est, avec quelques personnes, arrĂȘtĂ© arbitrairement et conduit Ă  la caserne du ChĂąteau-d’Eau. DĂ©tenu jusqu’au soir, il ne peut participer Ă  l’une des plus grandes Ă©meutes qu’ait connues la capitale. A ce moment il lit l’HumanitĂ© et assiste Ă  des meetings socialistes contre l’expĂ©dition marocaine. Au cours de l’un d’entre eux JaurĂšs prend la parole, Lecoin est troublĂ© par le charme et l’éloquence du grand tribun. Cultivant l’éclectisme, il se rend, quelques temps aprĂšs, Ă  une confĂ©rence anarchiste sur « l’agonie du vieux monde chrĂ©tien Â». L’orateur n’est autre que SĂ©bastien Faure, l’infatigable confĂ©rencier anarchiste. Lecoin fait ainsi connaissance avec l’un des hommes qui l’influencera le plus. Le lendemain, au cours d’une manifestation de jardiniers dans le XVI‱ arrondissement, la police charge. RĂ©sultat une arrestation : Lecoin. Comble de malheur ses poches sont bourrĂ©es de tracts et de brochures prises la veille Ă  la sortie de la rĂ©union. Il est condamnĂ© Ă  trois mois de prison pour coups Ă  agents et surtout parce que le juge le croit anarchiste. Cette injustice lui fait Ă©crire, par bravade, « Vive l’anarchie Â» sur les murs de sa cellule. Ce qui lui vaut quatre jours de cachot. LibĂ©rĂ©, il dĂ©sire adhĂ©rer au Parti Socialiste. Mais l’électoralisme des amis de JaurĂšs et la frĂ©quentation de jardiniers anarchistes l’en dissuadent. DĂšs lors il frĂ©quente assidument les rĂ©unions libertaires et lit de nombreux ouvrages anarchistes. Le 13 octobre 1909, Francisco Ferrer, pĂ©dagogue libertaire catalan, est fusillĂ© dans les fossĂ©s de Mont-juich (Espagne). La monstrueuse exĂ©cution provoque une vague de protestations Ă©normes dans toute l’Europe. A Paris, une manifestation a lieu devant l’ambassade d’Espagne. La foule dĂ©borde le service d’ordre, des barricades sont Ă©difiĂ©es et un gardien de la paix est tuĂ©. Lecoin est aux premiĂšres loges. Au cours d’une seconde manifestation, il rencontre un journaliste de l’HumanitĂ©, Robert Lazurick, originaire lui aussi de Saint-Amand-Montrond. Lazurick l’informe qu’il aurait dĂ» rejoindre le 85’ d’infanterie le 1″ octobre !




Source: Partage-noir.fr