Janvier 28, 2021
Par Partage Noir
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En 1949 l’affaire Gary Davis oppose Lecoin Ă  la FĂ©dĂ©ration Anarchiste. Gary Davis, ancien militaire, a rĂ©pudiĂ© la nationalitĂ© amĂ©ricaine et se dĂ©clare citoyen du monde. Il lance un journal et un mouvement rĂ©clamant la formation d’un gouvernement mondial afin d’éviter une nouvelle guerre. La FA apporte un soutien critique Ă  l’initiative mais trouve que Gary Davis ne va pas assez loin et considĂšre que seule la FA est pacifiste parce que seule elle est rĂ©volutionnaire [1]. A l’occasion de l’arrestation, pour dĂ©sertion, d’un jeune conscrit catholique, Gary Davis fait l’apologie de l’objection de conscience. Il multiplie les actes de protestation afin de le faire libĂ©rer. Il est emprisonnĂ© Ă  plusieurs reprises. Lecoin crĂ©e et anime le « ComitĂ© Gary Davis Â». Le 13 octobre 1949, au cours d’un meeting prĂ©sidĂ© par Lecoin, AndrĂ© Breton amenĂ© par des militants de la FA attaque Gary Davis. A tel point que Lecoin l’interrompt, ce qui entraĂźne un important chahut dans la salle. Dans le compte-rendu de la rĂ©union Lecoin dĂ©nonce l’attitude de la FA. Il s’en prend particuliĂšrement Ă  Fontaine (celui qui a critiquĂ© dans Le Libertaire, le premier numĂ©ro de DĂ©fense de l’Homme) : Je ne sais si DĂ©fense de l’Homme n’est pas particuliĂšrement anarchiste, ce que je sais, par exemple, camarade Fontaine, c’est que ton discours, particuliĂšrement, ne l’était pas du tout [2]. La polĂ©mique comme la campagne s’arrĂȘte lĂ , Gary Davis ayant Ă©tĂ© expulsĂ© de France et vite oubliĂ©.

Un mois plus tard, toujours dans sa revue, Lecoin reproche Ă  la FA de parler beaucoup contre Franco mais de ne rien opposer de concret. La FĂ©dĂ©ration lui demande d’exposer ses projets d’action. Trois rencontres ont lieu entre le secrĂ©tariat de la FA et Lecoin. Un comitĂ© de dĂ©fense sociale est crĂ©Ă©, mais n’a jamais eu d’existence rĂ©elle. Sans doute Ă  cause de la faiblesse du mouvement libertaire français.

Le congrĂšs de Bordeaux de mai-juin 1952 marque le dĂ©but de l’éclatement de la FA La tendance plateformiste menĂ©e par Fontenis prend le contrĂŽle de l’organisation et exclut un certain nombre de militants.

Lecoin exhorte les anarchistes Ă  l’unitĂ© en rappelant le temps perdu Ă  cause de querelles entre individualistes et anarcho-communistes dans les annĂ©es 1930 [3]. Il propose Ă  la FA de lancer, en commun avec DĂ©fense de l’Homme, une sĂ©rie de confĂ©rences sur l’anarchisme pour renforcer le mouvement libertaire. Il se dĂ©clare prĂȘt Ă  adhĂ©rer Ă  la FA [4]. Mais la proposition n’est pas retenue et DĂ©fense de l’Homme organise, seul, quelques rĂ©unions. Le refus de la FA vient, sans doute, de la profonde divergence entre elle et Lecoin concernant les guerres d’Indochine et du Maroc. La FA soutient les mouvements de libĂ©ration nationale des deux pays ; Lecoin fidĂšle Ă  son pacifisme critique trĂšs sĂ©vĂšrement cette attitude, contraire selon lui, Ă  l’éthique libertaire [5]. ParallĂšlement, la librairie de la FA refuse de diffuser DĂ©fense de l’Homme et De prison en prison sous prĂ©texte que Lecoin ne serait qu’un « marchand de papier Â» doublĂ© d’un ancien collaborateur. L’accusation est grave car elle n’est pas nouvelle. Certaines personnes assimilant le strict neutralisme de Lecoin pendant la guerre Ă  un soutien Ă  l’occupant. PiquĂ© au vif Lecoin rĂ©plique par ces mots : Je mets au dĂ©fi le plus malintentionnĂ© Ă  mon Ă©gard de produire une ligne, une parole dĂ©montrant ma collaboration. A la collaboration je n’ai pas donnĂ© une pensĂ©e. Du dĂ©but Ă  la fin je n’ai eu qu’un seul souci la paix [6]. A la suite de cette mise au point, Lecoin n’a plus aucun rapport avec la FA devenue FĂ©dĂ©ration Communiste Libertaire (FCL) en dĂ©cembre 1953. La FCL disparaĂźt aprĂšs une participation malheureuse aux Ă©lections du 2 janvier 1956.




Source: Partage-noir.fr