Janvier 27, 2021
Par Partage Noir
364 visites


Durant la guerre ce qui reste du mouvement libertaire Ă©clate. Certains, par anticommunisme, rejoignent la Collaboration, d’autres la RĂ©sistance. Les quelques insoumis et dĂ©serteurs se cachent ou se retrouvent en prison. Seules des ballades champĂȘtres rĂ©unissent quelques militants. Il faut attendre 1943 pour que de premiers contacts s’établissent ; une rĂ©union se tient Ă  Toulouse en juillet, suivie d’une seconde en janvier 1944 qui permet la mise au point des principes d’une nouvelle organisation. Un premier congrĂšs en octobre 1945 et une confĂ©rence nationale en dĂ©cembre donnent naissance Ă  la FĂ©dĂ©ration Anarchiste (FA). Elle regroupe des anciens « rescapĂ©s Â» des annĂ©es troubles de la seconde guerre mondiale et des nouveaux venus Ă  l’anarchisme.

Lecoin demeure en prison jusqu’en 1941. Affaibli physiquement et moralement il n’a pas de relations avec le petit noyau de militants actifs. La plupart d’entre eux, d’une autre gĂ©nĂ©ration que lui, critiquent les moyens employĂ©s pour ses diverses campagnes de l’entre-deux guerres et sa « passivitĂ© Â» durant l’Occupation. Quelques-uns avaient Ă©tĂ©, je ne dirais pas Ă©cartĂ©s, mais oubliĂ©s d’ĂȘtre conviĂ©s Ă  la reconstruction du mouvement libertaire, et parmi eux Le Meillour, Lecoin, LorĂ©al, etc. Quelques annĂ©es plus tard, Ă  ma librairie du ChĂąteau des Brouillards, beaucoup d’entre eux, qu’ils aient appartenu au mouvement syndical ou Ă  l’Union anarchiste, viendront me voir. En ai-je entendu de ces histoires douloureuses d’hommes qui avaient fait le mauvais choix, qui n’avaient Ă©tĂ© qu’imprudents ou s’étaient contentĂ©s de rester passifs dans une pĂ©riode oĂč tout le monde avait peur A Paris comme en province ce sont les militants de l’Union anarchiste qui avaient le moins tenu le coup… [1]

VoilĂ  qui explique l’absence de Louis Lecoin aux assemblĂ©es constitutives de la FA en 1945.

A cette Ă©poque il rĂ©dige sa premiĂšre autobiographie : De prison en prison [2], dont la premiĂšre Ă©dition sort en dĂ©cembre 1946. La publication du livre amĂšne Le Libertaire, organe de la FA, Ă  reparler de Lecoin, pour la premiĂšre fois depuis la fin de la guerre. Un article fait l’éloge de son action mais rappelle les critiques formulĂ©es Ă  l’égard de ses mĂ©thodes [3].

Lecoin, Ă  la retraite, s’ennuie. Il sent le besoin de s’engager Ă  nouveau, et comme trop de divergences le sĂ©parent de la FA, il dĂ©cidĂ© d’agir seul, en franc-tireur. Il rĂ©unit quelques amis et publie une revue mensuelle intitulĂ©e DĂ©fense de l’homme. Elle se donne pour but de dĂ©fendre l’individu partout oĂč sa libertĂ© est menacĂ©e. Le premier numĂ©ro paraĂźt en octobre 1948, Lecoin y affirme un anarchisme teintĂ© d’humanisme. Le Libertaire critique sĂ©vĂšrement l’initiative :

[…]Trop de vieux thĂšmes usĂ©s. Pas assez de ferveur. Cela provient peut-ĂȘtre du nombre important de copains dĂ©sabusĂ©s qui ont Ă©crit ce numĂ©ro.

La revue DĂ©fense de l’Homme semble avoir trop sacrifiĂ© au dĂ©sir de publier les Ă©crits des amis. Si Lecoin s’engage sur cette pente il n’a pas fini…  [4].

L’article commentant le second numĂ©ro est plus modĂ©rĂ© et la rĂ©daction du Libertaire rĂ©pond Ă  certains lecteurs ayant trouvĂ© la critique prĂ©cĂ©dente un peu trop vive [5]. MalgrĂ© son Ă©loignement, Lecoin semble avoir conservĂ© l’estime d’une partie du mouvement. Par la suite la revue est tout simplement ignorĂ©e par l’organe de la FA.




Source: Partage-noir.fr