Janvier 26, 2021
Par Partage Noir
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DĂšs le soulĂšvement du GĂ©nĂ©ral Franco, le 18 juillet 1936, Lecoin rejoint ses camarades. Les anarchistes français se sentent solidaires de la FĂ©dĂ©ration Anarchiste IbĂ©rique (FAI) et de la ConfĂ©dĂ©ration Nationale du Travail (CNT) le puissant syndicat libertaire espagnol.

Je connais parfaitement l’Espagne, je n’ai point cessĂ© de m’occuper de ce qui s’y passe depuis l’ñge de vingt ans, depuis ma participation Ă  la mĂ©morable manifestation parisienne le jour de l’assassinat de Francisco Ferrer [1].

Lecoin doit attendre prĂšs de vingt ans pour participer, de nouveau, Ă  la vie politique espagnole ; en 1927, aprĂšs une longue et difficile campagne au sein du ComitĂ© pour le Droit d’Asile, il empĂȘche l’extradition d’Ascaso, Durruti et Jover, cĂ©lĂšbres militants libertaires espagnols. Un sĂ©jour Ă  Barcelone, au lendemain de la proclamation de la RĂ©publique le 14 avril 1931, renforce sa fascination pour ce pays. il y voit 100 000 personnes dĂ©filer derriĂšre les banderoles noires et rouges de la CNTFAI. Ses comptes rendus au Libertaire sont enthousiastes [2].

Le 31 juillet 1936 le Libertaire titre sur sa premiĂšre page : La rĂ©volution espagnole, c’est la nĂŽtre ! [3]. ImmĂ©diatement les anarchistes français de toutes tendances crĂ©ent un « comitĂ© anarcho-syndicaliste pour la dĂ©fense et la libĂ©ration du prolĂ©tariat espagnol Â». En septembre 1936 une centaine de militants français forment la centurie SĂ©bastien Faure et partent en Espagne se battre au sein de la colonne Durruti. En octobre l’Union Anarchiste charge Lecoin et quelques militants de fonder le ComitĂ© pour l’Espagne Libre (CEL).

Le soutien du CEL Ă  l’Espagne ouvriĂšre est Ă  la fois politique et matĂ©riel. Le CEL multiplie les meetings et les manifestations de solidaritĂ© regroupant des personnalitĂ©s de toutes tendances. Toute cette agitation a pour but principal, d’amener le gouvernement du Front Populaire Ă  envoyer de l’équipement et des armes aux rĂ©publicains espagnols. N’étant pas entendu, le CEL expĂ©die lui-mĂȘme du matĂ©riel.

Trois et parfois cinq camions de quatre Ă  cinq tonnes sont convoyĂ©s chaque semaine par deux militants jusqu’à Barcelone. A l’intĂ©rieur, du linge, des mĂ©dicaments, de la nourriture, mais aussi, dissimulĂ©es, des armes et des munitions. Nicolas Faucier se souvient : […] Je nous revois Ă  cette Ă©poque dans l’armurerie Flobert situĂ©e vers le boulevard Saint-Michel, traitant d’achat d’armes et de munitions (achetĂ©es avec l’argent des souscriptions reçues) et des moyens de les acheminer Ă  leurs destinataires. D’autre part, nous orientions les dĂ©lĂ©guĂ©s espagnols en quĂȘte des mĂȘmes achats, et nous avions rue de Crussol [4] un dĂ©pĂŽt d’armes souvent renouvelĂ©es et transportĂ©es par nos camions aux combattants espagnols [5].

De plus, le CEL recueille 300 orphelins espagnols, évacués principalement de Barcelone et de Madrid, dans la colonie Ascaso-Durruti, située à Lima prÚs de la frontiÚre française.

En juin 1937, la CNT et l’Union GĂ©nĂ©rale des Travailleurs (UGT) la centrale syndicale socialiste, dĂ©cident de crĂ©er SolidaritĂ© Internationale Antifasciste (SIA). Par cette alliance, les anarchistes et les socialistes espagnols rĂ©agissent contre les groupes d’entraide sectaires, en particulier ceux contrĂŽlĂ©s par les communistes. DĂ©but novembre, l’UA charge Lecoin et Faucier de transformer le CEL en section française de SIA. Ils prĂ©sentent ainsi la nouvelle organisation : SolidaritĂ© Internationale Antifasciste est faite pour porter secours aux victimes du fascisme mondial, mais tant que les Ă©vĂ©nements d’Espagne seront ce qu’ils sont… SolidaritĂ© Internationale Antifasciste se consacrera exclusivement Ă  la dĂ©fense de l’Espagne OuvriĂšre [6].

SIA connaĂźt un important succĂšs. Son premier meeting, en dĂ©cembre 1937, rĂ©unit 10 000 personnes, un tract tirĂ© Ă  60 000 exemplaires est immĂ©diatement Ă©puisĂ©. Quelques mois aprĂšs sa fondation SIA revendique 30 000 membres rĂ©partis en 25 sections [7]. MĂȘme si ces chiffres sont artificiellement gonflĂ©s pour les besoins de la propagande (Jean Maitron parle de 15 000 membres [8]), il est indĂ©niable qu’en se transformant le mouvement de solidaritĂ© Ă  l’Espagne anti-franquiste s’est considĂ©rablement renforcĂ©. Pendant prĂšs d’un an SIA publie un bulletin de deux pages (l’une en français, l’autre en espagnol) Ă  l’intĂ©rieur du Libertaire. Lecoin, secrĂ©taire de SIA, trouve que le journal de l’U.A. n’a pas assez d’audience et lance un hebdomadaire SIA le 10 novembre 1938. Écrit en trois langues (français, espagnol, italien), le journal possĂšde 55 000 abonnĂ©s en fĂ©vrier 1939. Les responsables de I’UA, par peur de la concurrence, s’opposent Ă  la crĂ©ation de SIA. Au contraire le nouveau titre touche un public plus large et draine de nouveaux lecteurs pour le Libertaire.

Pendant la guerre d’Espagne une polĂ©mique se dĂ©veloppe au sujet du type de soutien Ă  apporter Ă  la CNTFAI. L’Union Anarchiste apporte une aide inconditionnelle aux anarchistes espagnols, par contre, d’autres groupes libertaires moins importants numĂ©riquement, critiquent certaines des attitudes de la direction de la CNTFAI. En particulier l’appui du syndicat libertaire espagnol au gouvernement rĂ©publicain. Quant Ă  l’action de solidaritĂ© de SIA Ă  l’égard des combattants espagnols, elle se situait au-dessus des querelles qui agitaient notre mouvement pour ou contre la collaboration gouvernementale. Nous considĂ©rions que, quelles que soient les erreurs commises par certaines leaders (et nous ne manquions pas de leur exprimer nos craintes, mais cela d’homme Ă  homme, soit lorsque nous les sollicitions pour participer Ă  nos meetings ou Ă  l’occasion de visites Ă  Barcelone), nous compromettrions notre effort en portant des critiques, ou des accusations publiques contre des camarades acculĂ©s Ă  la lutte contre les franquistes et poignardĂ©s dans le dos. Et cela n’était, certes pas du goĂ»t des purs de notre mouvement, assez rares malgrĂ© tout, et qui ne nous mĂ©nageaient pas leurs blĂąmes [9].

L’annĂ©e 1939 fait date dans l’histoire du mouvement libertaire. L’effondrement des anarchistes espagnols en mars et le dĂ©but de la seconde guerre mondiale en septembre anĂ©antissent le mouvement libertaire. La guerre, les anarchistes la sentent venir depuis longtemps, mais ils sont conscients que leurs faibles forces ne peuvent empĂȘcher qu’éclatent les hostilitĂ©s. En avril 1938, Ă  la demande de l’UA, Lecoin et Faucier crĂ©ent le « Centre Syndical d’Action Contre la Guerre Â». Les meetings qu’ils organisent n’ont pas le succĂšs escomptĂ©. La guerre arrive, Le Libertaire est censurĂ©, puis les locaux de I’UA sont mis sous scellĂ©s. La plupart des anarchistes français optent pour une solution individuelle ; ils s’exilent, s’insoumettent ou rejoignent le front en espĂ©rant, sans trop y croire, un sursaut rĂ©volutionnaire. Seuls, Lecoin et Faucier tentent une action pacifiste. Dix jours aprĂšs la dĂ©claration de la guerre ils diffusent Ă  100 000 exemplaires un tract intitulĂ© « Paix immĂ©diate Â». Lecoin et Faucier sont arrĂȘtĂ©s, et l’on n’entend pratiquement plus parler du mouvement anarchiste français jusqu’à la LibĂ©ration.




Source: Partage-noir.fr