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Le Mali ou le trompe-l’oeil démocratique

Issu du Soudan français, le Mali indépendant connait d’abord un régime civil avec Modibo Keita, avec un parti unique se réclamant du socialisme. Ensuite, c’est la dictature militaire de Moussa Traoré qui a renversé Modibo Keita et qui s’est maintenue jusqu’au début de la décennie 1990. En mars 1991, à la suite d’un soulèvement populaire, le régime de Moussa Traoré, relativement peu intégré au système françafricain, contrairement à d’autres dictatures africaines comme celle d’Eyadema ou de Bongo, est balayé. S’ensuit une transition vers système de démocratie électorale dominé par l’Alliance pour la démocratie au Mali (ADEMA) de Alpha Oumar Konaré. En 2002, Alpha Toumani Touré plus connu sous le surnom de ATT, un ancien militaire qui a dirigé la transition politique de 1991-92, est élu. Durant toute cette période, le Mali est vécu de l’extérieur comme l’exemple réussi de la transition démocratique en Afrique  : le pluralisme des partis politiques, l’alternance au pouvoir, l’existence d’une « société civile  »  ; tous les critères objectifs de la démocratie représentative semblent respectés.

En réalité, chez les anciens militants clandestins qui ont lutté contre la dictature, l’esprit a changé rapidement  : de la « lutte des classes  » dont se réclamaient ces derniers (comme Alpha Oumar Konaré ancien militant du Parti malien du travail) on est vite passé à la lutte pour les places en réintégrant aussi dans le jeu les anciens responsables de la dictature Moussa Traoré. Avec ATT, la corruption a atteint encore un niveau supérieur. L’exploitation de l’or devenue la première ressource du Mali à la place du coton, s’effectue dans des conditions de non-droit pour la main d’oeuvre et pour la population environnante et s’apparente à de la prédation pure, qui rappelle les premiers temps de l’époque coloniale. A cela s’ajoutent les trafics divers notamment la drogue et les armes.

Le processus de décomposition du régime a été précipité au début de l’année 2012 lorsque l’armée malienne a essuyé une déroute militaire face aux combattants touaregs. En outre, de nombreux militaires maliens ont été sommairement exécutés à Agelhok. La rébellion partie des familles des militaires s’est transformée en un putsch, dirigé par le capitaine Sanogo. Bénéficiant d’un soutien populaire, il a mis fin au régime d’ATT mais il précipité la déroute de l’armée malienne au Nord …

La question touarègue et la situation au Nord-Mali

Les révoltes des Touaregs ne datent pas d’aujourd’hui. La conquête coloniale a mis du temps à soumettre militairement les populations nomades du Sahara  ; Ensuite, lors de la décolonisation, le Sahara présentant un intérêt hautement stratégique pour la France du fait des essais nucléaires et des ressources en hydrocarbures déjà connues, on a joué sur l’antagonisme entre ces populations touarègues et les populations négro-africaines en faisant miroiter à ceux-ci la perspective d’un Etat saharien, avec la création en 1957 d’une Organisation commune des régions sahariennes (OCRS). En 1963, la première révolte touarègue contre le nouvel Etat malien a été réprimée par la force avec des exactions aussi contre des populations civiles qui se sont réfugiées alors dans les Etats voisins. Dans les années 1970-80, le Nord reste marginalisé par l’Etat malien, le bagne de Taoudenni où sont détenus les prisonniers politiques dans des conditions extrêmes symbolise cette association entre éloignement géographique et marginalisation politique. Avec la fin du régime Moussa Traoré et l’amorce d’une transition politique, la question ressurgit avec une nouvelle révolte touareg menée par le Mouvement populaire de l’Azawad qui se produit de manière concomitante au Niger. Les accords de Tamanrasset de 1991 puis l’accord national d’avril 1992 prévoient des mesures de développement pour le Nord Mali, l’intégration de combattants touaregs dans l’armée malienne. En 2006, en réaction à la non-application des accords, on assiste à un nouveau soulèvement armé. De nouveau, des accords sont signés sous l’égide de l’Algérie avec un contenu semblable aux précédents. En 2011, un nouveau mouvement se reconstitue pour revendiquer l’application des accords d’Alger de 2006  : le mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). Il se situe sur un terrain revendicatif territorial (Azawad) donc en principe ouvert à d’autres que les Touaregs même si de fait, le MNLA est un mouvement touareg. En janvier 2012, le MNLA passe à l’offensive face à une armée malienne qui bat en retraite.

L’irruption des islamistes dans le jeu politico-militaire

Au début de l’année 2012, le MNLA semble avoir le dessus sur le plan militaire. Mais il va se faire doubler par des islamistes armés qui étaient déjà présents ou sont apparus lors des événements de 2012. Pour comprendre cette présence, il faut regarder du côté de l’Algérie. Depuis les années 1990, s’y est développée l’activité du Groupe islamique armé (GIA) puis le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) qui a fait allégeance à Al Qaeda pour devenir Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) en 2007. Au sein de cette mouvance on a assisté ensuite à des scissions et à des réunifications jusqu’à nos jours ce qui rend difficile la connaissance précise de ces mouvements armés. Pour certains observateurs, ces groupes islamistes armés sont plus ou moins manipulés voire créés de toute pièce par les services algériens, la Direction du renseignement et de la sécurité (DRS) (cf. le site AlgeriaWatch). En tout état de cause, AQMI s’est implanté depuis des années au delà des zones frontalières avec l’Algérie, au Nord du Mali notamment dans la région de Tombouctou. Même si l’islam radical n’est pas ce qui caractérise la pratique religieuse des populations du Nord du Mali, des relations se sont établies, sur le plan commercial, sur le plan religieux, voire même sur le plan matrimonial entre les membres d’AQMI et certaines familles influentes.

Au sein même des Touaregs, un courant islamiste est apparu notamment à l’instigation de Iyad Ag Ghali, le principal leader des révoltes des années 1990, rallié au régime malien ensuite et envoyé comme ambassadeur en Arabie Saoudite, devenu partisan d’un islam salafiste au sein d’un mouvement religieux appelé Dawa. Une partie des combattants touaregs se retrouvent alors sous la bannière du mouvement Ansar Dine qui après avoir été allié de circonstance du MNLA face à l’armée malienne va retourner ensuite les armes contre ce dernier. Le MNLA a été vaincu au cours du mois de juin 2012 dans différentes localités du Nord Mali aussi bien par Ansar Dine que par un autre groupe armé, le Mouvement pour l’unicité de Dieu et la Justice en Afrique de l’Ouest (MUJAO) à Gao, qui est composé de transfuges d’AQMI qui ont ensuite fait allégeance à l’Etat islamique. Pourquoi un tel revers pour le MNLA alors qu’il semblait avoir a priori plus de forces militaires ? Cela renvoie sans doute à des divergences internes au MNLA, manipulées sans doute par des services étrangers et aussi à une méfiance de certaines populations à la suite d’exactions qui se sont produites lors de l’arrivée du MLNA dans certaines localités. Mais au delà des circonstances particulières sur le terrain et des rapports de force conjoncturels, cet effacement d’un mouvement laïc comme le MNLA est symptomatique de la dynamique de l’islam politique dans un certain nombre de pays d’Afrique, tant sur le plan de la présence de prédicateurs que de l’existence de combattants armés se réclamant d’un ordre politique fondé sur l’islam en réaction à la corruption et à l’occidentalisation des élites locales (Boko Haram au Nigeria ou les Shebab en Somalie).

Pendant huit mois, les villes du Nord Mali (Tombouctou, Gao, Kidal etc.) ont été aux mains des islamistes de différentes factions (AQMI, Ansar Dine, MUJAO…) On observe une certaine perméabilité entre des organisations mais aussi des différences de stratégie. Ainsi AQMI aurait voulu poursuivre sa stratégie d’implantation à long term à la différence du MUJAO ou d’Ansar Dine qui a été le groupe le plus actif dans cette volonté d’imposer un ordre politico-religieux. C’est ce groupe qui a été responsable de la destruction des mausolées de Tombouctou dédiés aux « saints  » soufis. C’est aussi lui que l’on a retrouvé aussi à la tête de l’offensive menée contre la ville de Konna au centre du pays occupée le 10 Janvier 2013.

C’est suite à cette action militaire que s’est alors mise en place l’intervention française Serval alors que dans les semaines précédentes, il n’était pas officiellement d’un engagement direct au Mali pour chasser les différentes organisations jihadistes qui en avaient pris le contrôle.

L’opération Serval dans la lignée du retour du militarisme français en Afrique

Officiellement réalisée à la demande du gouvernement intérimaire de Dioncounda Traoré, dans un contexte où on a fait croire que les jihadistes allaient s’ouvrir la route de Bamako, l’intervention militaire française n’attendait qu’un prétexte pour être engagée. Elle a permis aux militaires français de faire coup double  : sur le plan « technique  » elle a montré la capacité opérationnelle de l’armée française  ; sur le plan de la « com  », elle lui a permis de se poser en « libératrice  » du Nord-Mali pour tenter de faire oublier son rôle de soutien indéfectible aux dictatures africaines les plus répressives voire génocidaires (comme au Rwanda entre 1990 et 1994) . Pour l’essentiel, cette reconquête du Nord-Mali, fondée sur un appui aérien massif, s’est effectuée sans véritables combats sauf au nord de Kidal  ; l’armée française avec le renfort d’éléments tchadiens a ratissé le massif de l’Adrar où les forces d’AQMI s’étaient implantées depuis des années et ont tenté de s’y maintenir. En outre, l’opération Serval a été conduite promptement dans un black-out médiatique complet, histoire d’éviter que l’on puisse faire cas d’éventuelles exactions. Sur ce plan, on a appris par la suite que l’armée malienne s’était livré à des représailles sur certains civils dans les villes du Nord en 2013. 
 En fait, l’intervention française semble avoir eu plusieurs objectifs immédiats, si on met de côté les intérêts stratégiques de l’impérialisme français en Afrique  : mettre fin à l’implantation de groupes jihadistes au Nord Mali mais aussi remettre en place un pouvoir d’Etat à Bamako pour pouvoir négocier un accord avec des interlocuteurs touaregs, en l’occurence le MNLA réapparu sur le terrain avec l’aval des militaires français alors qu’il en avait été évincé quelques mois plus tôt. Une autre conséquence du renversement du rapport de forces militaires est la reconversion d’un certain nombre de combattants « jihadistes  », notamment d’Ansar Dine, dans des groupes considérés comme « non jihadistes  » même s’ils sont aussi des mouvements armés. Ces dissidents d’Ansar Dine ont créé le Mouvement islamique de l’Azawad (MIA) et on les retrouve ensuite dans les négociations du processus de paix, ce qui montre au passage que les termes de « terroristes  » — contre lesquels il s’agirait de mener une « guerre  » sans merci — sont des étiquettes interchangeables selon les nécessités du moment…

Des négociations confuses pour des accords de paix sur le Nord Mali

A marche forcée, des élections ont été tenues alors que l’Etat malien ne contrôlait pas effectivement tout son territoire et ont amené au pouvoir Ibrahima Boubacar Keïta, ancien proche de l’ancien président de la République Alpha Oumar Konaré, candidat malheureux à deux reprises face à ATT dans les années 2000. Il incarnait donc l’opposition au régime ATT qui incarnait la corruption et la complaisance vis-à-vis de toutes sortes de trafic (de drogue notamment). Or, en l’espace de trois ans, on peut dire que le régime d’IBK a déjà un bilan semblable en la matière tandis que les groupes armés et les attentats se sont multipliés.

Des négociations ont eu lieu d’abord à Ouagadougou en 2013 puis ensuite à Alger en 2014 . Elles ont été pilotées par le régime algérien. Elles ont abouti à une bipolarisation autour de deux entités ;D’un côté, la Coordination des mouvements de l’Azawad, a réuni le MLNA ainsi que le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA) regroupant des dissidents du MLNA et des islamistes du MIA. EN face, on a vu apparaître la Coordination des mouvements patriotiques de résistance ou encore le Mouvement des Arabes de l’Azawad qui sont des groupes qui prétendent représenter d’autres groupes « ethniques  » que les Touaregs (Sonrhai, Arabes…).

Elles ont débouché sur un accord en juin 2015 qui est un compromis boiteux voire factice autour de l’idée d’une régionalisation. D’un côté, certains du côté des partisans de l’unité du Mali considèrent l’accord d’Alger comme le prélude de la partition du Mali, de l’autre, le MNLA voulait voir reconnaître l’idée d’un Etat fédéral voire de l’indépendance de l’Azawad ce qui explique les retards et les réserves qui ont émaillé le processus. Ces négociations ont aussi été affectées par la reprise des hostilités sur le terrain notamment en mai 2014 lorsque le premier ministre du Mali a voulu venir à Kidal. Il s’en est suivi des affrontements entre les forces du MLNA et l’armée malienne qui a du se replier avec de lourdes pertes. Depuis que l’accord est signé, les affrontements se poursuivent aussi au Nord. L’été dernier, c’est entre les mouvements de la CMA et les Groupes d’autodéfense touareg Imghads et alliés (GATIA) que des affrontements sanglants ont eu lieu en juillet 2016. Les éléments du GATIA qui sont issus d’une « tribu  » les Imghads opposés aux Ifoghas et qui revendiquent leur attachement à l’Etat malien. Liés à un colonel touareg de l’armée malienne, Ag Gamou, ils sont accusés d’être des supplétifs de l’armée malienne mais vu la décomposition actuelle de l’Etat malien, le GATIA est un acteur qui peut d’autonomiser.

L’extension des groupes jihadistes du Nord au Sud du Mali

Du côté des groupes armés jihadistes qui ne situent pas dans le cadre des accords d’Alger, on a assisté une reconversion dans les méthodes d’action. Ne pouvant contrôler des territoires comme en 2012, ils se sont repliés hors des frontières et se sont fondus dans la clandestinité pour mener des attaques meurtrières contre des cibles civiles ( à Sevaré en août 2015 ou à Bamako à l’Hôtel Radisson en novembre 2015) ou de cibles militaires contre des troupes de l’armée malienne ou de la Mission des Nations Unies pour la Sécurité du Mali (MINUSMA) et fait nouveau, en utilisant parfois des kamikazes. De nouveaux foyers jihadistes sont apparus dans le centre du pays en liaison avec des groupes opérant au Nord comme Ansar Dine mais qui reflètent aussi la montée de tensions locales et l’incapacité des autorités étatiques à y répondre. Dans le centre du pays, la naissance d’un Front de libération du Macina (FLM) reflèterait les revendications d’éleveurs peuls face au racket de certaines autorités administratives et aux vols de bétail. Plus au sud encore dans la région de Sikasso, près de la frontière avec le Burkina Faso, des attaques militaires ont eu lieu.

La montée en puissance du militarisme français à travers la « guerre au terrorisme  » au Sahel

L’opération Serval a pris fin en 2014 mais lui a succédé le dispositif Barkhane qui mobilise environ 3000 hommes et englobe aussi les Etats voisins (Niger, Burkina Faso, Tchad, Cameroun). Officiellement, le relais des troupes onusiennes de la MINUSMA est censé redonner un caractère multilatéral à l’intervention militaire de la France. Mais c’est un trompe-l’oeil.

D’abord sur le plan de la présence militaire française en Afrique, l’intervention Serval suivi de Barkhane s’inscrit dans une séquence qui débute en 2011 avec l’intervention en Côte d’Ivoire pour déloger le régime Gbagbo, puis l’opération Harmattan en Libye pour mettre fin au pouvoir de Kadhafi. Alors qu’il a été question durant toute une période (les années 1990-2000) de multilatéraliser et d’africaniser les questions de « sécurité  », désormais le militarisme français en Afrique renoue avec sa tradition d’intervention directe.

C’est d’ailleurs cette dernière intervention en Libye qui a, pour une part importante, déterminé la crise malienne. En effet, la plupart des cadres militaires du MNLA sont issus de l’armée de Kadhafi, En échange de leur défection en Libye, en 2011, ils auraient obtenu l’aval de l’armée française pour pouvoir se déployer de l’autre côté de la frontière, pour faire payer au régime ATT un manque de coopération et sa complaisance avec la présence d’AQMI sur son territoire. Mais la suite ne s’est pas déroulée comme prévu. De plus, depuis 2011 la situation en Libye fait que ce territoire est une base arrière des groupes islamistes armés où ils peuvent s’approvisionner en armes comme dans un supermarché…

Une autre exemple de cette situation où celui qui prétend lutter contre un problème a aussi contribué à le créer est la question des otages. C’est principalement cette activité qui, depuis 2003 a permis à AQMI d’avoir des ressources pour acquérir des armes et aussi s’implanter auprès de certaines populations. Or comme un article du New York Times l’a rapporté, la France (l’Etat ou des entreprises françaises) a été le pays qui a le plus payé de rançons à Al Qaeda : un montant de 58,1 millions de $ entre 2008 et 2014 ( http://www.nytimes.com/2014/07/30/w…)

Ainsi depuis plus de 10 ans d’un côté, on prétend mener la « guerre au terrorisme  » au Sahel au moyen de drones et de forces spéciales, tandis que de l’autre, on crée objectivement les conditions pour que des groupes jihadistes se développent. Sans parler évidemment des causes plus structurelles  : les politiques de pillage des ressources par les puissances occidentales (pétrole, uranium, or …) et les comportements de prédation et de népotisme des élites africaines liées à la Françafrique qui s’observent désormais à une vitesse accélérée, puisqu’il s’agit de profiter de s’enrichir au plus vite tant qu’on est au pouvoir. La dérive accélérée du régime actuel de IBK « démocratiquement élu  » qui s’est acoquiné avec un des représentants les plus notoires de la mafia françafricaine, Michel Tomi, spécialisé dans les jeux et le BTP illustre si besoin en est qu’un tel système n’est pas prêt de prendre fin.

Les politiques lâchent la bride sur le cou des militaires en Afrique et jusqu’où  ?

Sur un autre plan, l’intervention au Mali est symptomatique d’une relation inversée au sein de la sphère gouvernementale française entre le pouvoir politique et le pouvoir militaire où le premier finit par laisser le second mener le jeu comme il l’entend. L’hypercentralisation du pouvoir présidentiel en France fait que ce « monarque élu  » a le pouvoir de décider de l’usage de la force militaire en différents points du globe, singulièrement en Afrique où des dizaines d’interventions militaires se sont produites depuis 1960. Le contrôle parlementaire ou même la collégialité des décisions gouvernementales sont inexistants. Les « bavures  » qui ont cours lors de ces interventions se situent dans une zone de non-droit et dans un quasi-silence médiatique : un ancien ambassadeur français, Laurent Bigot, a dénoncé les éliminations physiques pratiquées par les militaires français au Sahel (Le Monde 22 avril 2016) mais cela n’a pas suscité de réactions…

Avec cette multiplication des interventions militaires (Côte d’Ivoire, Libye, Mali mais aussi Centrafrique) et dans le contexte d’une crise de la représentation politique, qui a pris une dimension inédite sous la présidence actuelle de Hollande, il apparaît désormais que la haute hiérarchie militaire a pris l’ascendant sur la conduite de ces opérations militaires. Le symptôme de cette inversion de la relation d’autorité entre le civil et le militaire a été le maintien en poste d’un chef d’état-major particulier, le général Puga, nommé en 2010 par Sarkozy et qui a est resté à son poste jusqu’en 2016, ce qui lui a permis de superviser directement les opérations menées au Mali. Le profil de ce général qui a fait toute sa carrière dans le cadre du militarisme français en Afrique depuis l’intervention sur Kolwezi en 1978 pour sauver le régime de Mobutu à celle de 2008 à Ndjaména pour sauver le régime d’Idriss Deby et dont les penchants d’extrême-droite (de type catho intégriste) sont de notoriété publique, n’est pas le fait du hasard. Au sommet d’une armée qui subjectivement reste toujours dans le fond une armée coloniale qui considère les Africains coome des supplétifs comme c’est le cas pour l’armée prétorienne d’Idriss Déby et qui objectivement intervient pour maintenir les intérêts stratégiques de la métropole dans ses ex-colonies comme l’exploitation de l’uranium au Niger par AREVA ou du pétrole au Gabon par Total (et bientôt au Mali), il ne faut pas s’étonner qu’on y trouve des nostalgiques de l’OAS… qui pourtant n’ont aucun mal à bien s’entendre avec les généraux qui tirent les ficelles derrière la façade civile de l’Etat algérien actuel  !

Si quelques voix critiques s’élèvent pour lever un coin du voile sur les zones d’ombre de cet interventionnisme militaire de la Françafrique, il est clair qu’il y a encore beaucoup à faire pour faire admettre que cette « guerre au terrorisme  » au Sahel ne conduit pas à la paix faute de traiter des causes qui ont conduit à de telles situations mais qu’à l’inverse, elle aboutit à aggraver ces dernières … ce qui permet de justifier en retour de nouvelles interventions…

Pascal




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