Dimanche 10 mai, le local de Radio d’ici, une radio associative de Saint-Julien-Molin-Molett, a été détruit par des néonazis. 

Radio d’ici est une radio associative qui existe depuis 1996 et qui « donne la parole à tous ceux qui veulent la prendre » : ce qui n’est pas du goût de tout le monde, et ce d’autant plus que la radio avait prévu le dimanche 10 mai une programmation spéciale pour commémorer l’abolition de l’esclavage. Dans la nuit du samedi au dimanche, un ou plusieurs néonazis l’ont pris pour cible, saccageant le matériel avec un extincteur et signant leur méfait d’une croix gammée, d’un «14 » et d’un « 88 »[] qui ne laissent aucun doute sur la nature politique de cette agression. Par ailleurs, l’action a été plus ou moins revendiquée sur Telegram par NS Action qui a publié le texte laconique suivant : « NS activists destroy the premises of a left-wing radio station in France » (« Des militants nationaux-socialistes ont détruit les locaux d’une radio française de gauche »).

On ne sait pas encore s’il s’agit de l’acte d’un seul individu ou d’un groupe : mais un individu au crâne rasé, le visage dissimulé par un foulard, qui était rentré par effraction, s’est fait surprendre par l’un des habitants des lieux, ce qui a peut-être évité que l’agression vire au drame, car un liquide inflammable avait été répandu dans le local de la radio… Nous apportons tout notre soutien à cette radio que nous ne connaissions pas, et nous vous invitons à faire de même sur leur site.

Cette agression n’est visiblement pas un acte isolé dans la région. Ainsi, le site Saint-Étienne 2020 animé par le journaliste Luc Chatel, signale que ces derniers mois, des inscriptions racistes ont fleuri dans la région, récemment sur les murs de Saint-Étienne, dans le quartier Jacquard. Difficile pour le moment de savoir s’il s’agit d’un groupe organisé ou d’un individu isolé, mais dans tous les cas, la vigilance antifasciste est de mise.

Le communiqué de la radio :

Depuis 2001, le 10 mai est la journée commémorative de l’abolition de l’esclavage. Radio d’Ici l’a rappelé en diffusant dans la semaine précédente plusieurs émissions consacrées à l’accueil des étrangers en période de confinement. S’agit-il d’une coïncidence ? Le fait est qu’au petit matin un ou plusieurs individus se réclamant du nazisme ont fracturé l’accès à la radio et détruit le studio. Tous les appareils d’enregistrement et de diffusion ont été noyé sous la mousse carbonique d’un extincteur et achevés à coups de marteau. Des croix gammées et une signature se référant aux suprémacistes blancs américains ont été bombé sur les murs.

Mais ils ne nous feront pas taire.

Après un moment d’abattement devant l’ampleur des dégâts, nous avons retroussé nos manches, soutenus par les messages qui affluent de toutes parts : amis, connaissances, auditeurs anonymes, médias… Une fois le choc surmonté, nous nous retrouvons plus déterminés, plus convaincus encore de l’utilité de notre implication dans ce magnifique média de proximité qu’est la radio. En bricolant et en rafistolant nous avons repris l’antenne. Le plus gros reste à faire mais de partout on reçoit des propositions de prêt de matériel. La grande famille des radios associatives s’est manifestée à la hauteur de l’enjeu et fait bloc. Merci à tous pour vos paroles réconfortantes et vos propositions d’aides. Pour que vive la parole contre les discriminations, le racisme, les inégalités de tous ordres.


Article publié le 22 Mai 2020 sur Lahorde.samizdat.net