Septembre 1, 2021
Par Le Poing
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Le Poing a dĂ©cidĂ© de produire dans les jours qui viennent une sĂ©rie de discussions avec certains de ces manifestants anti-pass. De ceux qu’ont entend pas, loin des micros officiels et des tribunes, et des questions trop brĂšves du micro-trottoir journalistiques aboutissant Ă  de la caricature. 1er entretien.

Lors de la manifestation montpelliĂ©raine du samedi 28 aoĂ»t – sur laquelle Le Poing a dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© un article – un de nos journalistes est allĂ© Ă  la rencontre des personnes qui ne prennent pas la parole, loin des micros officiels et des tribunes. En essayant de se tourner vers des profils variĂ©s, et pour des discussions relativement approfondies. Un peu en deçà de l’entretien, un peu au-delĂ  du micro-trottoir. Evidemment le temps nous a Ă©tĂ© comptĂ©, nous n’avons pas pu aborder tous les sujets auxquels on aurait aimĂ© toucher avec tout le monde. Et nous ne prĂ©tendons pas avoir eu accĂšs Ă  un panel rigoureusement reprĂ©sentatif des participants Ă  cette manifestation. Nous vous proposerons dans les jours Ă  venir une sĂ©rie de discussions, publiĂ©es d’une maniĂšre relativement brute pour ne pas faire violence Ă  tout ce qui se comprend dans les non-dits, les changements de sujets etc


Avant de vous prĂ©senter le premier, petite mise au point mĂ©thodologique. On peut se dire que le journalisme a trois objets : les faits, l’expression d’opinions ou l’analyse, et l’ĂȘtre humain.

Le Poing vous a dĂ©jĂ , avec d’autres mĂ©dias indĂ©pendants, proposĂ©s des vĂ©rifications de faits. Dans le cas des manifs anti pass, souvent sur l’extrĂȘme-droite, sur certaines thĂ©ories sorties de sources non fiables, ou encore sur la nature du leadership du mouvement montpelliĂ©rain. Et nous continuerons Ă  le faire. Nous avons, comme d’autres, exprimĂ© notre point de vue de maniĂšre raisonnĂ©e et documentĂ©e, via des Ă©ditos ou des analyses. Et nous continuerons Ă  la faire.

VĂ©rifiez toujours vos sources, recoupez les pour voir si vous tombez sur la mĂȘme chose ailleurs, ne cĂ©dez pas aux rumeurs de couloirs, c’est crucial dans une pĂ©riode oĂč les vautours de toutes sortes manipulent les justes colĂšres !

Mais cette fois-ci notre dĂ©marche sera diffĂ©rente. Nous nous intĂ©resserons trĂšs directement aux gens prĂ©sents, en silence. Aussi comprenez que si tout n’est pas sourcĂ©, ça ne relĂšve pas de la nĂ©gligence. Une conviction humaine, contrairement Ă  un fait, ne se source pas : elle se constate, se discute, Ă©volue parfois. Comprenez aussi que l’absence de commentaires ne relĂšve pas d’une volontĂ© de permettre Ă  n’importe quelle thĂšse de se rĂ©pandre. Il s’agit plutĂŽt, avec nos maigres moyens, de saisir une Ă©poque.

Nous n’entretenons aucune illusions quant au fait que le mouvement anti-pass soit un mouvement entiĂšrement ouvrier ou populaire. On y trouve de tout. Y compris des gens des classes populaires. Et dont certains souhaiteraient une rĂ©volution. Aussi nous citerons Rosa Luxembourg, une allemande qui a militĂ© toute sa vie pour un communisme dĂ©mocratique, radicalement diffĂ©rent de celui qui a pu ĂȘtre mis en Ɠuvre en URSS ou ailleurs :

« Disons-le sans dĂ©tours, les erreurs commises par un mouvement ouvrier vraiment rĂ©volutionnaire sont historiquement infiniment plus fĂ©condes et plus prĂ©cieuses que l’infaillibilitĂ© du meilleur « ComitĂ© central ».

PrĂ©cisons enfin qu’aucune des personnes interrogĂ©es n’ a souhaitĂ©e ni ĂȘtre prise en photo, ni donner son nom. Preuve certainement que la question du pass est clivante dans tous les cercles sociaux, familles comprises.

Ce samedi 28, sous le soleil qui baigne la ComĂ©die, pendant que se succĂšdent soignants, gilets jaunes et organisateurs Ă  la tribune organisĂ©e sur les marches de l’OpĂ©ra, une dame, un peu Ă  l’écart, cheveux grisonnants. Je me dirige vers elle. S’engage une discussion.

Le Poing : Vous participez Ă  ces mobilisations contre le pass sanitaire ?

Elle : Bien sĂ»r ! Pourquoi ?

LP : Je suis journaliste indĂ©pendant pour le journal local Le Poing, et j’aimerais qu’on discute de la mobilisation.

La dame accepte, sans rechigner.

LP : Qu’est-ce qui vous rattache Ă  ces manifestations, qu’est-ce qui vous fait y venir ?

Elle : Dans l’ensemble, je pense que ce covid a Ă©tĂ© intentionnellement mis. Que c’est une main mise sur le monde, et que ce vaccin n’en est pas un. J’ai Ă©tĂ© infirmiĂšre et je sais trĂšs bien que quand on a ses anticorps on a pas besoin d’ĂȘtre vaccinĂ©s. Donc je ne souhaite pas me vacciner ni prĂ©senter un pass. Je ne fais partie d’aucun mouvement, mais je me pose des questions sur le sens de ce que le monde nous fait vivre actuellement.

LP : D’une maniĂšre plus personnelle, quel impact va avoir sur vous le pass sanitaire ?

Elle : Je suis Ă  la retraite et j’ai crĂ©Ă© une association, donc je continue Ă  travailler. J’interviens tous les matins en Ă©tĂ©, ,et je ne peux plus intervenir, parce que je ne prĂ©sente pas le pass.

LP : On a des manifestations tous les samedis, mais il y a eu les gilets jaunes, et je ne sais pas si vous en ĂȘtes sympathisante ou participante, ce n’est pas la question. Simplement on a vu des dizaines de journĂ©es de manifs sans que le gouvernement plie. Comment vous pensez que le mouvement contre le pass sanitaire va pouvoir gagner ?

Elle : Y’a les manifestations du samedi, et aussi plusieurs avocats et juristes qui ont fait des recours pour que ça soit revu sur un plan juridique. Il faudrait aussi qu’on soit plus nombreux, mais le gouvernement agit beaucoup sur les peurs. Et moi je peux pas plus.

LP : Et en dehors de ce que vous pouvez personnellement, est ce que vous avez des idĂ©es sur les suites collectives que pourrait se donner ce mouvement ?

Elle : J’ai pas une boule de cristal, je sais que plus on sera nombreux plus on fera rĂ©agir. AprĂšs je vis par Ă©tapes, je fais pas de projections. Malheureusement dans le monde il y a parfois des expĂ©riences douloureuses qu’on ne peut pas Ă©viter.

LP : Sans volontĂ© de discrĂ©diter comme ça peut se faire dans d’autres mĂ©dias, qu’est-ce que vous pensez de la prĂ©sence de groupes d’extrĂȘme-droite dans ces manifs ?

Elle : Ah ça c’est dommage. Le discrĂ©dit que ça apporte !!!! Encore Ă  Montpellier on a de la chance par rapport Ă  Paris oĂč de loin ça Ă  l’air bien pire. Parce que ça n’a rien Ă  voir avec notre Ă©tat d’esprit.

LP : Est-ce que vous pensez qu’il faut les chasser des manifestations ?

Elle : Ça dĂ©pend, c’est compliquĂ©. Si ils viennent avec nous pour manifester contre la main mise sur le monde, ce serait ok. Mais malheureusement c’est pas que ça. C’est difficile Ă  distinguer.

LP : Et si des gens hĂ©sitent Ă  venir parce qu’ils ont des sexualitĂ©s diffĂ©rentes ou appartiennent Ă  des communautĂ©s stigmatisĂ©es par l’extrĂȘme droite ?

Elle : C’est trĂšs dommage. Mais bon malheureusement comment on peut trier les gens ? Montpellier encore une fois y’a pas trop de dĂ©bordements, on a de la chance, mais dĂšs qu’on va dans des villes plus grandes ça crĂ©er des tensions, la police intervient et y’a de la casse. Alors que c’est pas le but.

LP : Des groupes trĂšs violents, comme le Ligue du Midi, ont pendant les manifs, ici, Ă  Montpellier, eu des comportements graves, documentĂ©s par notre mĂ©dia : agressions d’autres manifestants, insultes racistes.

Elle : C’est terrible, pour les gens agressĂ©s et pour le mouvement car ça pourrait y ramener la police. Mais personnellement je me sens impuissante face Ă  ça. Ca rejoint ce que je te disais tout Ă  l’heure : malheureusement dans le monde il y a parfois des expĂ©riences douloureuses qu’on ne peut pas Ă©viter.

LP : LĂ  je quitte temporairement mon rĂŽle de journaliste. Je pense aussi qu’il faut continuer la mobilisation malgrĂ© ça. Mais c’est vrai que ma tendance personnelle ce serait de les virer de nos manifestations.

Elle : Oui, mais comment ? Faut les reconnaitre, faudrait qu’ils soient habillĂ©s d’une maniĂšre distinctive. Et si tu Ă©coutes la premiĂšre personnes venue qui te dit « lui, il est ceci, lui, il est cela », c’est l’enfer, c’est pas possible.

LP : AprĂšs il y en a quelques-uns qu’on connaĂźt, parce qu’il y eu des histoires trĂšs violentes par le passĂ©, parce qu’ils sont au cƓur de rĂ©seaux qui n’entretiennent aucune ambiguĂŻtĂ© sur leur haine raciale. Mais sinon, pour parler d’autre chose, est ce que vous faites un lien entre la gestion du covid, le pass sanitaire, et toutes ces rĂ©formes qui dĂ©gradent les conditions de vie des gens, parfois les plongent  dans la misĂšre, comme la rĂ©forme du chĂŽmage, celle sur les retraites ? Avec les inĂ©galitĂ©s sociales ? Des choses qui durent depuis toujours en fait, mĂȘme si ça s’accĂ©lĂšre sous Macron ?

Elle : Oui bien sĂ»r. J’irais mĂȘme jusqu’à dire que Macron est arrivĂ© pour mettre en Ɠuvre toutes ces actions Ă  vitesse grand V, et qu’il ira jusqu’au bout. On est des marionnettes en fait, on peut mĂȘme penser qu’un jour on sera pucĂ©s. Tout est pensĂ© au-dessus de nous. C’est une manipulation mondiale. C’est pire qu’Hitler. Hitler lui manipulait un nombre relativement rĂ©duit de personnes. LĂ  c’est Ă  une Ă©chelle mondiale ! La sociĂ©tĂ© devient nausĂ©abonde, tout ça engendre des divisions, mĂȘme au niveau familial, au point qu’on ose plus exprimer des opinions sans mettre Ă  mal des liens affectifs prĂ©cieux. C’est dramatique !

LP : Est-ce que vous avez une hostilitĂ© envers les gens qui choisissent le vaccin ?

Elle : Non, dans le sens oĂč je me dis que c’est leur choix avec leur conscience Ă  ce moment-lĂ . Je pense diffĂ©remment donc je souhaites ĂȘtre respectĂ©e dans ce que je pense. Je ne juge pas les gens qui se vaccinent, je leur demande simplement de ne pas m’attaquer. Comme par exemple, on Ă©tait au contact d’une personne ĂągĂ©e avec des connaissances. On m’a fait des reproches dans tous les sens. Bon, on y a passĂ© 16 jours. il ne s’est rien passĂ©. Evidemment que si je m’étais sentie mal je n’y serais pas allĂ©. Je crois que dans le dĂ©bat public et les interactions sociales, surtout ces derniers temps, c’est nos propres peurs qu’on balance de maniĂšre agressive sur les autres. C’est pour ça qu’il faut du recul.

LP : Je ne suis ni mĂ©decin ni Ă©pidĂ©miologiste. MĂȘme comme journaliste j’ai trĂšs trĂšs peu travaillĂ© lĂ -dessus. De ce que j’ai pu voir, l’Islande par exemple se demande si la stratĂ©gie vaccinale rĂ©duit vraiment la circulation du virus.  Sur une Ă©chelle large, et il y a des exceptions, ça rĂ©duit les formes graves. Pas par baisse de la charge virale que l’on transmet, mais grĂące aux anticorps. Rien de confirmĂ©. A titre personnel je ne sais pas, je me pose des questions, je suis vaccinĂ© et aucun problĂšme avec ça, je le referais 14 fois si il faut. Mais si ça se confirmait, ça rĂ©duirait le choix du vaccin Ă  une responsabilitĂ© individuelle : est-ce que je suis prĂȘt Ă  prendre le risque de contracter une forme grave ? On pourrait se dire, oui, mais l’hĂŽpital public te soigne aprĂšs. Alors, plus de systĂšme de santĂ© pour les fumeurs, t’as qu’à prendre soin de toi ? Vous en dites quoi vous de tout ça ?

Elle : On m’a dit rĂ©cemment, « mais regarde les chiffres Â». Je n’y crois pas aux chiffres. On sait mĂȘme pas si ça protĂšge des formes graves. RĂ©cemment j’ai eu une personne dans ma famille qui a eu une forme grave, c’est vraiment par hasard qu’elle s’en est rendue compte, y’avait pas de symptĂŽmes spĂ©cifiques. Ca Ă  l’air diffĂ©rent pour chacun. Ca me laisse dans l’idĂ©e qu’on en sait rien de tout. Les vaccins sont prĂšs depuis tout rĂ©cemment. Concernant, les morts du covid, j’étais proche de personnes travaillant en milieu hospitalier, et les Ă©tablissements hospitaliers touchaient une prime Ă  chaque mort du covid. Alors quand quelqu’un mourrait c’était covid covid covid


Sur les statistiques j’ai eu des postes Ă  certains moments de ma vie oĂč j’ai bien vu comment on les faisait : Ă  la louche, en manipulant les catĂ©gories utilisĂ©es en fonction des besoins qu’il y a derriĂšre. AprĂšs j’ai pas trop envie de continuer lĂ -dessus, parce que je croix que tout le monde navigue Ă  vue, et qu’on affabulerait si on continuait dans cette voie.

LP : Une autre chose qui me prĂ©occupe, c’est qu’on entend des thĂšses farfelues, complotistes, et je sais bien que le terme est utilisĂ© Ă  tort et Ă  travers par le gouvernement pour discrĂ©diter tout et n’importe quoi. Mais il y en a des vrais, des thĂšses complotistes, parfois Ă©berluantes pour moi, qui s’entendent dans ce mouvement. Comment vous vous positionnez par rapport Ă  ce phĂ©nomĂšne ? Par exemple on peut entendre que c’est les Rothschild qui auraient inventĂ©s et rĂ©pandus le vaccin.

Elle : C’est Rothschild qui a formĂ© Macron.

LP : Qu’il y ait des liens entre Rothschild et Macron, c’est une chose. Que Rothschild ait crĂ©Ă© et propagĂ© le virus, s’en est une autre non ?

 Elle : C’est les français qui Ă©taient lĂ -bas dans les labos en Chine. Ca Ă  Ă©tĂ© provoquĂ©. Je ne pense pas que ce soit une thĂ©orie du complot.

LP : Alors quelque part je suis d’accord que ça a Ă©tĂ© provoquĂ©, mais est-ce que vous ne pensez pas que ça Ă©tĂ© provoquĂ© par un mode de vie, un mode de production, mondial, qui ne va pas, qui dĂ©truit l’humanitĂ© ?

Elle : Oui, je suis d’accord avec ça, on vit dans un monde de folie, d’ultra matĂ©rialisme, d’abondance Ă  gĂ©omĂ©trie variable. Et c’était Ă©vident quelque part qu’il y allait avoir des Ă©vĂšnements pour nous le faire payer, et peut ĂȘtre nous permettre de redresser ça. Mais ça n’empĂȘche que certains ont complotĂ© des choses dans notre dos. Beaucoup sur les rĂ©seaux sociaux dĂ©voilent des choses, et ils sont Ă©cartĂ©s. Raoult est mis Ă  la retraite, y’a eu le feu aux labos qui fabriquaient la chloroquine. Un autre bonhomme du coin aussi Ă  fini par ĂȘtre internĂ© ! [NDLR : le Pr Fourtillan, intervenant dans le film Hold-Up sur lequel nous avons Ă©cris un papier ]

LP : AprĂšs ma conviction concernant Raoult, c’est que si il a pu ĂȘtre Ă  la place Ă  laquelle il a Ă©tĂ© c’est qu’il Ă©tait compĂ©tent. A cĂŽtĂ© de ça je crois que la crise du covid lui a permis d’ĂȘtre sous le feu des projecteurs mĂ©diatiques, et quand on voit ses dĂ©clarations complĂštement contradictoires sur les plateaux tĂ©lĂ©, le bouquin sorti en grande pompe, on ne peut pas s’empĂȘcher de se dire que ça lui est montĂ© Ă  la tĂȘte au dĂ©triment de toutes considĂ©rations pour la vĂ©ritĂ©.

Elle : J’ai pas la prĂ©tention d’avoir raison. Juste je ne veux pas ĂȘtre vaccinĂ©. Pour le reste on en parle dans deux ou trois ans.

LP : Et est-ce que vous ĂȘtes contre tous les vaccins, ou c’est celui-ci particuliĂšrement qui vous dĂ©range ?

Elle : Alors celui-ci avec le manque de recul particuliĂšrement. Mais les autres vaccins je rĂ©flĂ©chis vraiment auxquels je fais et quand je les fais. Y’a eu une prise de conscience assez tardive chez moi sur les mĂ©faits potentiels des vaccins. Aussi parce que j’y ai vu des consĂ©quences lourdes. Quand j’étais puĂ©ricultrice, les cas d’autisme, les troubles du comportement, ça laissait les parents complĂštement dĂ©munis. Et bien sĂ»r personne ne va venir te dire que ça pourrait provenir d’un vaccin tout rĂ©cent





Source: Lepoing.net