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[Livre] Pirates de tous les pays : l’âge d’or de la piraterie atlantique (1716-1726)

« They were one and all resolved to stand by one another » [1]
La fête d’Halloween est passée et le dernier épisode de la série Black Sails a été diffusé au printemps 2017 ; alors pourquoi s’intéresser aujourd’hui aux pirates et à la piraterie de façon plus générale ? Parce que malgré avoir été vaincu par la classe dirigeante au début du XVIIIe siècle, les pirates continuent de fasciner ; décrier dans la presse de l’époque et l’histoire officielle comme des monstres, présentés dans les ballades et les romans comme des héros. Pour les classes populaires, le pirate est perçu comme « l’homme (et quelques femmes [2]) le plus libre de l’humanité. »
Comme le mentionne l’auteur de Pirates de tous les pays : « Aussi longtemps qu’il faudra résister aux puissants et à l’oppression, nous devrons nous souvenir d’eux. » (p.274)
De nombreux ouvrages sur la piraterie ont été édités ces dernières années. Au Québec, Lux Éditeur a fait paraître en 2009, Bastions pirates, la traduction française de Pirate Utopias : Under the Banner of King Death, du collectif de libertaires anglais Do or die. Le livre Pirates de tous les pays est tant qu’à lui la publication française de Villains of all nations parut aux éditions Libertalia. Dans cet ouvrage, le professeur d’histoire à l’université de Pittsburgh et spécialiste incontesté de la piraterie, Marcus Rediker, nous présente l’âge d’or de la piraterie atlantique (1716-1726). L’historien nous démontre au fil des chapitres que ces flibustiers ne veulent pas simplement accumuler des richesses, mais vivre dans la jouissance. Les pirates proposent un mode de vie diamétralement opposé à ce qu’offraient à l’époque le travail et la vie d’un marin à bord d’un navire marchand, et ce, même au sein d’un vaisseau de la Royal Navy. Ils redéfinissent la division du travail, le partage des ressources, la sécurité sociale, etc. « La piraterie était, avant de se connaître comme utopie praticable, le résultat d’un conflit de classes nourri d’une vision d’une vie meilleure. » (p.10) 
La piraterie ou la terreur du faible contre le fort 
Lors de la guerre de Succession d’Espagne, les flibustiers sont utilisés par les États comme mercenaires (corsaires) pour nuire aux flottes commerciales ennemies. La fin de la guerre et la signature du traité d’Utrecht en 1713 entraînent la démobilisation massive des marines de guerre. 
L’éloignement des autorités donne de la force aux pirates. On raconte qu’entre 1716 et 1726, les pirates capturent plus de navires et font plus de dégâts que les campagnes navales et les actions des corsaires réunis durant la guerre de Succession d’Espagne. La piraterie nuit grandement à la sécurité de la propriété et provoque une véritable crise du commerce et de la traite négrière pour les empires atlantiques.

L’auteur divise l’âge d’or de la piraterie en trois périodes. La première période, où 8% des actes de piraterie sont effectués, débute peu après que le traité d’Utrecht ait mis fin à la guerre de Succession d’Espagne. Un gang de pirates ayant à leur tête le capitaine Benjamin Hornigold annonce « qu’il n’a jamais donné son aval aux accords entre les Français et les Espagnols ». Les pirates continuent donc à attaquer leurs navires en affirmant : « on pillait pour les autres, on pille désormais pour soi-même. » (p.88) 
« Parias de toutes les nations »
La deuxième période, où 70% des actes de piraterie sont effectués, commence en 1717. Un équipage multiethnique démet de ses fonctions le capitaine pirate Hornigold pour avoir refusé de capturer un bateau britannique. Les flibustiers « déclarent la guerre au monde entier ». C’est à cette période que naviguent sous le Jolly Roger [3] les capitaines Barbe Noire, Vane, Rackham, Robert, etc. En contrepartie, les empires organisent une campagne internationale de terreur (pendaisons publiques des pirates et des collaborateurs, expositions des corps dans les ports, etc.) pour éradiquer la piraterie. Rediker affirme qu’à partir de 1720 « l’objectif n’est plus le pillage mais le maintien d’une vie de liberté » (p.76)
La troisième période débute en 1722 avec la défaite navale de « grand pirate Robert » [4] à Cape Coast Castle sur la côte du Ghana et la pendaison de son équipage. Des centaines de pirates sont tués dans des actions militaires. Les pirates qui continuent à voguer sont en mode survie et deviennent plus violents.   
« La république fraternelle »
Les pirates sont majoritairement des hommes pauvres, de toutes nationalités, issus du monde maritime et en quête de justice pour les marins. C’est afin d’échapper à leur terrible condition de vie à bord des navires marchands et militaires que ces prolétaires se sont mutinés ou ont rejoint la piraterie. Rediker mentionne qu’entre 1716 et 1726, sur les 80 bateaux pirates, un sur cinq épouse le drapeau noir suite à une mutinerie, « une révolution en miniature. » (p.92)
Malgré leurs conditions modestes, ils expriment des idéaux élevés : « Exploités et souvent trompés par des capitaines marchands, ils abolissent le salariat, établissent une discipline différente, pratiquent leur propre type de démocratie et d’égalité. » (p.274) Cette situation s’explique par le fait que le marin est conscient de l’importance de l’égalité : « une juste distribution des risques augmente les chances de survie de tous ». (p.60)
Chaque vaisseau fonctionne selon les termes d’un contrat court approuvés par l’équipage (p.120). Les flibustiers sélectionnent démocratiquement leurs officiers. Une fois élus, les officiers doivent exercer le commandement par l’exemple sinon ils peuvent être démis.
Les pirates sont également animés par des valeurs collectivistes et égalitaires. Ils intègrent les soins pour les blessés dans les articles de leurs chartes, ce qui les engage à verser une partie de leur butin dans un fond commun. La répartition du butin va comme suit : « le capitaine et le quartier-maître reçoivent entre une part et demie et deux parts, les canonniers, maîtres d’équipage, seconds charpentiers et le docteur reçoivent entre une part et un quart et une demie ; tous les autres ont droit à une part chacun » (p.128)  
En terminant, l’histoire des pirates demeure pour tous et toutes les révoltéEs d’aujourd’hui une source d’inspiration. Contre l’État, la pauvreté, l’oppression et l’autoritarisme, les pirates ont élaboré un nouveau monde autonome et démocratique à bord de leurs bateaux. 
N.B. Plusieurs aspects de la piraterie sont présentés dans cet ouvrage de 274 pages. Un chapitre entier   est réservé aux femmes pirates, nous y reviendrons dans un prochain texte.
REDIKER, Marcus. Pirates de tous les pays : l’âge d’or de la piraterie atlantique (1716-1726), 2008 Éditions Libertalia, Montreuil, 274 pages.
[1] Ils ne faisaient qu’un et étaient tous résolus à compter les uns sur les autres. (p.60)
[2] Voir Daniel Defoe, Femmes Pirates, Libertalia, 2015.
[3] Le Jolly Roger est l’emblématique drapeau noir des pirates frappé du crâne et de deux fémurs. 
[4] Bartholomew Robert a capturé plus de 400 vaisseaux entre 1719 et 1722. (p.140)
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[Livre] Pirates de tous les pays : l’âge d’or de la piraterie atlantique (1716-1726)

« They were one and all resolved to stand by one another » [1]
La fête d’Halloween est passée et le dernier épisode de la série Black Sails a été diffusé au printemps 2017 ; alors pourquoi s’intéresser aujourd’hui aux pirates et à la piraterie de façon plus générale ? Parce que malgré avoir été vaincu par la classe dirigeante au début du XVIIIe siècle, les pirates continuent de fasciner ; décrier dans la presse de l’époque et l’histoire officielle comme des monstres, présentés dans les ballades et les romans comme des héros. Pour les classes populaires, le pirate est perçu comme « l’homme (et quelques femmes [2]) le plus libre de l’humanité. »
Comme le mentionne l’auteur de Pirates de tous les pays : « Aussi longtemps qu’il faudra résister aux puissants et à l’oppression, nous devrons nous souvenir d’eux. » (p.274)
De nombreux ouvrages sur la piraterie ont été édités ces dernières années. Au Québec, Lux Éditeur a fait paraître en 2009, Bastions pirates, la traduction française de Pirate Utopias : Under the Banner of King Death, du collectif de libertaires anglais Do or die. Le livre Pirates de tous les pays est tant qu’à lui la publication française de Villains of all nations parut aux éditions Libertalia. Dans cet ouvrage, le professeur d’histoire à l’université de Pittsburgh et spécialiste incontesté de la piraterie, Marcus Rediker, nous présente l’âge d’or de la piraterie atlantique (1716-1726). L’historien nous démontre au fil des chapitres que ces flibustiers ne veulent pas simplement accumuler des richesses, mais vivre dans la jouissance. Les pirates proposent un mode de vie diamétralement opposé à ce qu’offraient à l’époque le travail et la vie d’un marin à bord d’un navire marchand, et ce, même au sein d’un vaisseau de la Royal Navy. Ils redéfinissent la division du travail, le partage des ressources, la sécurité sociale, etc. « La piraterie était, avant de se connaître comme utopie praticable, le résultat d’un conflit de classes nourri d’une vision d’une vie meilleure. » (p.10) 
La piraterie ou la terreur du faible contre le fort 
Lors de la guerre de Succession d’Espagne, les flibustiers sont utilisés par les États comme mercenaires (corsaires) pour nuire aux flottes commerciales ennemies. La fin de la guerre et la signature du traité d’Utrecht en 1713 entraînent la démobilisation massive des marines de guerre. 
L’éloignement des autorités donne de la force aux pirates. On raconte qu’entre 1716 et 1726, les pirates capturent plus de navires et font plus de dégâts que les campagnes navales et les actions des corsaires réunis durant la guerre de Succession d’Espagne. La piraterie nuit grandement à la sécurité de la propriété et provoque une véritable crise du commerce et de la traite négrière pour les empires atlantiques.

L’auteur divise l’âge d’or de la piraterie en trois périodes. La première période, où 8% des actes de piraterie sont effectués, débute peu après que le traité d’Utrecht ait mis fin à la guerre de Succession d’Espagne. Un gang de pirates ayant à leur tête le capitaine Benjamin Hornigold annonce « qu’il n’a jamais donné son aval aux accords entre les Français et les Espagnols ». Les pirates continuent donc à attaquer leurs navires en affirmant : « on pillait pour les autres, on pille désormais pour soi-même. » (p.88) 
« Parias de toutes les nations »
La deuxième période, où 70% des actes de piraterie sont effectués, commence en 1717. Un équipage multiethnique démet de ses fonctions le capitaine pirate Hornigold pour avoir refusé de capturer un bateau britannique. Les flibustiers « déclarent la guerre au monde entier ». C’est à cette période que naviguent sous le Jolly Roger [3] les capitaines Barbe Noire, Vane, Rackham, Robert, etc. En contrepartie, les empires organisent une campagne internationale de terreur (pendaisons publiques des pirates et des collaborateurs, expositions des corps dans les ports, etc.) pour éradiquer la piraterie. Rediker affirme qu’à partir de 1720 « l’objectif n’est plus le pillage mais le maintien d’une vie de liberté » (p.76)
La troisième période débute en 1722 avec la défaite navale de « grand pirate Robert » [4] à Cape Coast Castle sur la côte du Ghana et la pendaison de son équipage. Des centaines de pirates sont tués dans des actions militaires. Les pirates qui continuent à voguer sont en mode survie et deviennent plus violents.   
« La république fraternelle »
Les pirates sont majoritairement des hommes pauvres, de toutes nationalités, issus du monde maritime et en quête de justice pour les marins. C’est afin d’échapper à leur terrible condition de vie à bord des navires marchands et militaires que ces prolétaires se sont mutinés ou ont rejoint la piraterie. Rediker mentionne qu’entre 1716 et 1726, sur les 80 bateaux pirates, un sur cinq épouse le drapeau noir suite à une mutinerie, « une révolution en miniature. » (p.92)
Malgré leurs conditions modestes, ils expriment des idéaux élevés : « Exploités et souvent trompés par des capitaines marchands, ils abolissent le salariat, établissent une discipline différente, pratiquent leur propre type de démocratie et d’égalité. » (p.274) Cette situation s’explique par le fait que le marin est conscient de l’importance de l’égalité : « une juste distribution des risques augmente les chances de survie de tous ». (p.60)
Chaque vaisseau fonctionne selon les termes d’un contrat court approuvés par l’équipage (p.120). Les flibustiers sélectionnent démocratiquement leurs officiers. Une fois élus, les officiers doivent exercer le commandement par l’exemple sinon ils peuvent être démis.
Les pirates sont également animés par des valeurs collectivistes et égalitaires. Ils intègrent les soins pour les blessés dans les articles de leurs chartes, ce qui les engage à verser une partie de leur butin dans un fond commun. La répartition du butin va comme suit : « le capitaine et le quartier-maître reçoivent entre une part et demie et deux parts, les canonniers, maîtres d’équipage, seconds charpentiers et le docteur reçoivent entre une part et un quart et une demie ; tous les autres ont droit à une part chacun » (p.128)  
En terminant, l’histoire des pirates demeure pour tous et toutes les révoltéEs d’aujourd’hui une source d’inspiration. Contre l’État, la pauvreté, l’oppression et l’autoritarisme, les pirates ont élaboré un nouveau monde autonome et démocratique à bord de leurs bateaux. 
N.B. Plusieurs aspects de la piraterie sont présentés dans cet ouvrage de 274 pages. Un chapitre entier   est réservé aux femmes pirates, nous y reviendrons dans un prochain texte.
REDIKER, Marcus. Pirates de tous les pays : l’âge d’or de la piraterie atlantique (1716-1726), 2008 Éditions Libertalia, Montreuil, 274 pages.
[1] Ils ne faisaient qu’un et étaient tous résolus à compter les uns sur les autres. (p.60)
[2] Voir Daniel Defoe, Femmes Pirates, Libertalia, 2015.
[3] Le Jolly Roger est l’emblématique drapeau noir des pirates frappé du crâne et de deux fémurs. 
[4] Bartholomew Robert a capturé plus de 400 vaisseaux entre 1719 et 1722. (p.140)
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