La conception de l’aide du président Trump
Voici une suggestion de lecture pour ceux et celles qui doutent qu’il existe d’autres voies que la dépendance, l’économie extractiviste et les énergies fossiles ou simplement pour les personnes qui souhaitent nourrir l’espoir « qu’un autre monde est possible » et qu’il existe déjà. Le dernier ouvrage de la journaliste canadienne Naomi Klein [1], Le choc des utopies Porto Rico contre les capitalistes du désastre, nous montre le choc à prévoir entre deux visions utopiques, soit la « souveraineté pour tous (et toutes) » et l’utopie libertarienne pour quelques-uns. 
En 2017, l’île de Porto Rico a été frappée par deux ouragans. D’abord Irma et deux semaines plus tard Maria. Ces catastrophes naturelles ont montré l’extrême dépendance de la dernière colonie américaine [2] aux importations de denrées (85 % de la nourriture) et de carburant (98 % de l’électricité est produite avec des combustibles fossiles (p.31)). L’ouragan Maria a engendré d’importants dégâts matériels, des pannes d’électricité prolongées, des interruptions dans le service d’aqueduc et une paralysie des flottes de véhicules de transport. Naomi Klein mentionne dans son livre que près de 80 % des récoltes ont été détruites (monocultures industrielles de banane et de café) soit des pertes estimées à plus de 2 milliards de dollars (p.67). 
Aucun palier de gouvernement n’a pris la peine de comptabiliser les morts de façon crédible (p.58). Officiellement, l’ouragan Maria aurait fait 64 victimes, mais selon des enquêtes du New York Times et du Center for Investigative Journalism les victimes se comptent par milliers. [3] 

L’auto-organisation à grande échelle

Devant la lenteur, voire l’incompétence des autorités gouvernementales à venir en aide aux habitants et habitantes de l’archipel, les Portoricaines et les Portoricains se sont auto-organisé.e.s à une très large échelle. Ils et elles ont mené des opérations de secours et se sont organisé.e.s pour subvenir à leurs besoins. Pratiquement sans aucune ressource, les habitants et habitantes ont mis en place des immenses cuisines collectives et ont récolté des sommes d’argent, en plus d’organiser la distribution de denrées, déblayer des rues, reconstruire des écoles et rétablir l’électricité à certains endroits (p.59). 
Si de telles opérations ont été possibles, c’est parce que en amont ces réseaux d’entraide et de partage des savoirs étaient déjà constitués. La Casa Pueblo, un centre communautaire dédié à l’écologie, est implanté sur l’île depuis 38 ans. Après la catastrophe, le bâtiment a servi d’hôpital de campagne improvisé et sa radio a pu continuer d’émettre grâce à ses panneaux solaires. La Casa Pueblo a élaboré un programme du nom de Coquí solar pour faire la promotion de l’énergie solaire. Si « certains agriculteurs récoltaient de la nourriture le lendemain du passage de l’ouragan » (p.70), c’est parce que ceux-ci emploient des méthodes d’agriculture traditionnelles plus résilientes devant les inondations et les vents. La Organización Boricuá relie ces agriculteurs et agricultrices les un.e.s aux autres. Elle défend leurs intérêts et démontre que l’agriculture biologique devrait constituer la base du système alimentaire de Porto Rico (p.71). En collaboration avec Agricultura Écologica, de la Climate Justice Alliance des États-Unis et de la Via Campesina, la Organización Boricuá a accueilli des « brigades internationales » d’agriculteurs se déplaçant de ferme en ferme pour reconstruire les poulaillers, les serres et autres infrastructures (p.69)
« Convergence des îlots de souveraineté » 
C’est lors d’une rencontre tenue à Marina que 60 groupes représentés ont fondé l’organisation politique JunteGente (peuple rassemblé). La nouvelle organisation se veut un lieu de rencontre entre des organisations opposées au capitalisme néolibéral et qui luttent pour un Porto Rico juste, solidaire et durable.
Maria a créé une « toile vierge » – Le gouverneur Rosello 
Pendant ce temps, la rapace capitaliste et ses laquais aux pouvoirs profitent du malheur et de la détresse des habitants et des habitantes pour imposer, par la « stratégie du choc », la privatisation de réseaux électriques et d’écoles comme unique solution pour Porto Rico.
De riches investisseurs désirant profiter des avantages fiscaux (un taux d’imposition de 4%) caressent le projet d’implanter des chaînes de blocs (blockchain ; une crypto-monnaie.). Cette activité économique est pourtant réputée comme étant très énergivore, un peu paradoxale dans un archipel qui peine à éclairer sa population. (p.47)
source: CNN 
Après le désastre écologique, deux des avenues possibles s’affrontent. Il y a celle d’un monde dystopique où des villes paradisiaques sont construites pour une minorité de possédant.e.s qui s’enrichissent aux dépens des futures générations et sur la misère du monde. Mais aussi des communautés résilientes qui se relèvent les manches, élaborent et mettent en place des initiatives communautaires gérées démocratiquement pour favoriser la solidarité et la souveraineté sur les plans énergétique, alimentaire, etc.
L’exemple de Porto Rico nous montre que c’est grâce aux organisations populaires et aux mouvements de résistance passés que les Portoricaines et les Portoricains ont pu s’auto-organisé.e.s à une très large échelle. Alors n’attendons pas la catastrophe pour résister aux grands projets destructeurs et leur monde. Construisons maintenant des mouvements et des communautés résilientes, solidaires et autonomes !
[1] Auteure notamment de No logo et de La stratégie du choc.
[2] Porto Rico est un territoire non incorporé des États-Unis (il n’est pas un état américain) avec un statut de Commonwealth.
[3] Depuis, des études ont revu à la hausse le nombre de victimes, allant de 3000 à 4 600 morts.
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