Mixtapes : Un format musical au coeur du rap

Sylvain Bertot

L’auteur retrace l’évolution de ces sélections de morceaux et leur importance grandissante dans l’histoire du rap, des compilations faites maison et vendues hors marché aux mixtapes parfois mieux considérées que les albums eux-mêmes. Il propose ensuite une sélection d’enregistrements réalisés par des artistes célèbres ou des rappeurs moins connus mais prometteurs.

 

« La mixtape fut, à l’origine, ce que son nom veut dire : une compilation de morceaux (mix ), enregistrée sur la bande magnétique (tape) d’une cassette audio. Elle est l’émanation de ce format
révolutionnaire inventé en 1962 par la firme Philips, et qui allait devenir, dans les décennies soixante-dix à quatre-vingt-dix, le concurrent tout autant que le complément des supports musicaux qui ont dominé ces années-là, d’abord le disque vinyle, puis le disque compact ou CD. Le premier avantage de la cassette, c’était sa maniabilité. Elle était suffisamment petite pour être transportée au fond d’une poche, ou dans la boîte à gants d’une automobile. Grâce à elle et à ses équipements de lecture, la musique devenait plus mobile, et elle pouvait être écoutée en de nouveaux endroits : dans sa voiture, grâce aux autoradios ; et dans la rue avec, en 1979, l’invention par Sony du walkman, le premier baladeur, puis avec ces grands radiocassettes tonitruants, appelés boomboxes , ou encore ghetto blasters , qui deviendront des objets emblématiques du rap des premiers jours. Le second atout de la cassette, c’est qu’elle permettait de capter les sons, en plus de les écouter. Elle autoriserait tout un chacun à les enregistrer, pourvu qu’il dispose de la machine adéquate, magnétophone, dictaphone, ou plus tard, dans les années quatre-vingt, ces double-cassettes qui permettraient de copier une cassette sur une autre, ou ces magnétophones quatre-pistes, utilisés comme de petits studios personnels. Grâce à elle, n’importe quel individu allait pouvoir enregistrer ce qu’il souhaitait. Il avait la possibilité de copier des œuvres musicales (la cassette de 90 minutes se prêtait à la perfection à cet usage, puisqu’on pouvait y copier un album distinct sur chaque face, et il pouvait aussi y capturer ses propres créations. Les possibilités étaient multiples, en dépit des quelques limites dont souffrait l’objet, comme ce souffle désagréable qui en accompagnait la lecture, ou cette dégradation irrémédiable du son au fil des copies et des enregistrements.
Parce qu’elle était maniable, parce qu’elle était facile à enregistrer, à échanger et à envoyer par la poste, parce qu’elle a vite été très bon marché, la cassette est devenue le format favori de tous les undergrounds musicaux. Elle a, notamment, été associée de près à l’essor des labels indépendants et de l’esprit do it yourself qui a caractérisé l’un des mouvements musicaux les plus retentissants de son ère : le punk. «