Avril 14, 2016
Par Indymedia Bruxsel
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Le texte qui suit : L’islamisme radical n’est pas un nouveau fascisme est une forme de réponse à notre texte “L’angle mort du 13 novembre” (http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article336 ).

Les manifs contre l’État d’urgence, d’abord l’appel de la CNT 13. Quelques jours plus tard, il y eut une autre manif. Les slogans relevaient beaucoup plus de la contestation pour la contestation, que d’une réflexion appropriée : « État policier » revenait le plus souvent chez les manifestants. Or, une manif. dans un État policier, une dictature militaire ou sous le fascisme serait immédiatement réprimée, suivie de conséquences particulièrement graves pour les manifestants. De même que : « ce n’est pas les islamistes les terroristes mais l’État », apparaît comme une provocation qui témoigne d’un manque de réflexion sur la situation présente. Il y a souvent chez les « toto », les gauchistes, les anarcho-punks, les squaters, etc. une attitude provocatrice d’une grande légèreté.

Résumons brièvement leur raisonnement : la société est pourrie, le colonialisme, le néo-colonialisme, l’exploitation des richesses du monde est le fait de l’Occident, des Blancs ; donc, d’une différence ontologique d’avec les peuples non blancs avec lesquels nous nous devons d’être solidaires ; car la violence de ces peuples est de basse intensité et elle se manifeste toujours comme une conséquence de la violence réelle et effective de l’Occident.

N’est-ce-pas là un discours typique des révoltes juvéniles issues des classes moyennes éduquées et bourges ? Notons que nous sommes ravis d’apprendre cela de Blancs qui échappent ontologiquement à leur couleur…

Revenons à la phrase : « Ce n’est pas les islamistes les terroristes mais l’État ». Dans cet énoncé bref, mais clair et concis, nous trouvons tout le discours cité précédemment chez tous les islamo-gauchistes, depuis les squatters, « totos », gauchistes, punks…etc. jusqu’aux aux intellos qui ont pignon dans les facs et les librairies. Observation intéressante, toutes et tous ou quasiment se sont ralliés aux gender studies.

C’est ici que le texte de Yves prend toute sa consistance. Au Vietnam qui a subit des tonnes massives de bombes, dont des villages et des régions entières ont été brûlés au napalm, jamais les communistes vietnamiens n’ont envoyé des commandos à New York faire des massacres sur les populations.

Il en est de même pour les Basques à Guernica, le POUM, les anarchistes en Espagne, qui, même s’ils en eussent eu un jour les moyens, ne se seraient rendus à Berlin, Rome ou Moscou. Cela témoigne de ce qui distingue luttes prolétariennes d’avec le terrorisme des mouvances fascistes et des sectes religieuses. Le massacre des populations est le produit de toutes les formations du vieux-monde, idéologiques et religieuses, des raisons d’État : démocraties bourges et libérales, staliniennes, maoïstes.

La victoire du Capital sur les luttes révolutionnaires à la fin des années 1970, le retournement conceptuel du marxisme et son laminage opérés par les libéraux dans le courant des années 1980, neutralisent ces mouvements désormais impuissants.

Mais alors qu’il conviendrait pour eux de procéder à une remise en question de ses propres positions, d’entreprendre le bilan des ces années de défaite et de conduire un état des lieux sur notre situation présente : capital, capitalisme et société capitalisée, les restructurations, les trois niveaux de la domination capitaliste, la reproduction restreinte, etc. De ce procès, élaborer des luttes, à partir de ce nouveau paradigme.

Ces groupes et ces organisations poursuivent inlassablement le même discours sur le capital alors qu’ils semblent conscients de la disparition du sujet révolutionnaire. Les luttes sur les CAF, mises à part quelques rares colères d’allocataires, sans lendemain, ne sont que le fait de militants, quel que soit l’objet des luttes. Ces courants confondent lutte de classes et lutte de classes objectivée.

Il semble pourtant que Hegel soit très clair :

« Une philosophie qui n’est pas un système ne saurait rien avoir de scientifique. Elle exprime plutôt une opinion subjective et son contenu est contingent. Un contenu n’est justifié que lorsqu’il est le moment d’un tout. Hors de ce tout, il n’est qu’une hypothèse ou une affirmation subjective (…) qui n’expriment que des opinions et des convictions » Précis de l’encyclopédie des sciences philosophiques, p.39.

Les luttes depuis les années 1980, n’ont fait qu’emprunter des voies à rebours. Le militantisme de toutes ces insurrections du désir, de l’émeute qui jamais ne vient au rendez-vous est lacunaire, n’en déplaisent aux insurectionnistes.

Fétichisent-ils la geste d’un romantisme révolutionnariste ? D’autres, se réfugient dans un type d’attitude à la marge ; une révolution du désir : anarcho-punk, « totos », squatters, etc. Brandissant le poing, ils promènent leurs révoltes vaines, lesquelles deviennent finalement un mode de vie revendiqué dont les fondements se trouvent du coté de la French théorie, plus particulièrement chez Foucault et Deleuze.

À l’occasion du printemps et des événements de Sivens, avril 2015, un collectif écrit dans une brochure publiée aux éditions des Bouilles : « L’époque est elle fasciste ? ».

Il n’est pas question de douter des agitations et des manipulations de type fasciste que les auteurs de cette publication démontrent en s’appuyant sur les recherches de l’historien R.O. Paxton, Le fascisme en action. En revanche nous constatons qu’ils donnent eux aussi dans l’islamo-gauchisme. Certes, ils ne détournent pas Paxton quant aux méthodes fascistes et pourquoi d’ailleurs le feraient-ils puisque l’historien confirme le discours qu’ils veulent entendre ? Cependant, leur propos diffèrent de celui de Paxton sur l’Islam. Ils écrivent pages 36-37 : « L’Islam réunit théoriquement tous les croyants sous l’unité du Coran qui recommande entre autre le Djihad guerrier. Cependant, il n’est pas impossible de croire que la multiplicité des sectes musulmanes, tribalisme sous-jacent et l’éthique très formelle de l’Islam préviennent dans une certaine mesure l’apparition de fascismes constitués et pérennes au sein d’une civilisation qui est restée longtemps peu assimilable à une société de masse. Il aura fallu l’intervention des puissances occidentales pour voir s’instaurer au Moyen-Orient comme ailleurs une multitude d’États totalitaires. »

Dans le texte de R. Paxton, Le fascisme en action. Seuil, 2004, relevons ceci :

« L’anticléricalisme des premiers fascismes européens dépendait des circonstances historiques ; nationalisme italien et allemand étaient tous deux dirigés contre l’Église catholique. Mussolini et Hitler avaient grandi dans des traditions anticléricales quelque peu différentes : le syndicalisme révolutionnaire dans le cas du premier, le pangermanisme dans le cas du second. Cette particularité historique des fascismes originels ne signifie pas que de futurs mouvements intégristes ne pourraient pas s’édifier sur une religion à la place de la nation, ou en tant que l’expression de l’identité nationale […] Ce qui nous empêche essentiellement de succomber à la tentation de taxer de fascistes les mouvements islamiques fondamentalistes comme Al Qaida et les Talibans, et qu’ils ne sont pas le produit d’une réaction contre les démocraties dysfonctionnelles prenant naissance dans les sociétés traditionnelles, leur unité est davantage organique que mécanique, pour prendre la célèbre définition d’Émile Durkheim. Par dessus tout, ces mouvements ne peuvent pas renoncer aux institutions libres, n’en ayant jamais eu. »

Nous pouvons donc avancer sans trop nous tromper que l’idéologie fasciste a pris une connotation extensive : ainsi, toute politique violente sera taxée de fasciste.

Après la Seconde Guerre mondiale, et dans les années 60-70-80, l’installation de pouvoirs autoritaires en Amérique latine par les États-Unis ne furent pas des régimes fascistes, mais des dictatures militaires — certes, les fascistes y participaient. Les raisons de placer les dictatures militaires et non le fascisme répond, d’une part, à une réalité économique, et d’autre part, à une réalité idéologique. En effet, le fascisme est une révolution nationale qui s’empare de la totalité des activités humaines : économiques, sociales, culturelles. Ce qui veut dire, entre autre, l’existence d’une éducation nationale. W. Reich, dans sa lutte contre les staliniens — lesquels lui opposaient : « Staline envoie les enfants à l’école » — leur répliquait : « Hitler aussi scolarise les enfants. ».

Or, dans une dictature militaire, la scolarité pour les enfants de prolos est non seulement restreinte, mais ne peut aller au-delà de l’école primaire. La raison essentielle pour les capitalistes réside dans le droit de regard sur la comptabilité que s’octroient les fascistes.

De même, de par ses structures, le fascisme a un coût très élevé, d’où son expansionnisme et la guerre. Enfin, il est une idéologie autonome, non pas le produit du capitalisme.

C’est par crainte de la montée des communistes au pouvoir, en Italie d’abord, en Allemagne ensuite, que les capitalistes ont cédé le pouvoir aux fascistes et aux nazis – même si les fascistes exigeaient ensuite tout le pouvoir pour eux seuls ; c’est aussi ce que montre le putsch tenté par Hitler en 1923.

En Italie, nombre de fascistes étaient dans les institutions coercitives et militaires. Les fascistes proposaient aux capitalistes de leur céder le pouvoir, car eux seuls, prétendaient-ils, étaient en mesure de mater toute insubordination et de contrôler le monde du travail.

Ian Kershaw, historien du fascisme, mais plus spécialisé dans l’histoire du nazisme, écrit dans son ouvrage Hitler : « Dans la dernière phase de la guerre, l’industrie allemande, confrontée à l’inéluctabilité de la défaite, s’efforce avant tout de sauver ce qui pouvait l’être, et de trouver un moyen de survivre dans un avenir non nazi. Néanmoins, il n’était pratiquement de grande entreprise allemande qui n’eut profité de sa participation à l’effort de guerre. Aucun grand industriel ou dirigeant d’entreprise ne rallia les cercles hétéroclites qui ourdirent la conspiration de juillet 1944 contre Hitler si heureux qu’ils eussent été à cette époque de voir la fin de Hitler et de son régime, ils n’étaient pas prêts à agir en ce sens. Selon eux, la rupture avec le nazisme quand elle surviendrait devait s’opérer avec un minimum de déstabilisation et en conservant les relations autoritaires entre patrons et ouvriers que les nazis avaient restaurées. »

Nous ne pouvons que constater combien les dictatures militaires font très bien l’affaire. Elles sont en fait une phase de transition permettant de liquider les luttes ouvrières et paysannes, et de passer le relais en douceur aux libéraux.

Avec la situation italienne de 1968-69, nous sommes dans une autre époque, un autre lieu ; lieu chargé d’une histoire récente, le fascisme. Les raisons pour lesquelles Andreotti, les services secrets et probablement d’autres conseillers de différents groupes et services n’ont pas installé le fascisme (céder le pouvoir au prince Condottiere Borghese après l’attentat à la banque agricole de Milan en 1969, dont l’accusation se porta sur les anarchistes, en fait commis par les fascistes) relève d’un astucieux calcul stratégique au regard de la situation politique et idéologique après Mai 1968, et en particulier dans le Nord de l’Italie, zone industrielle. L’installation du fascisme ou d’une dictature militaire n’aurait fait qu’enliser la situation. En revanche, consolider une démocratie consumériste et progressivement libérale — au sens des mœurs — et conjointement, entretenir une stratégie dite de la tension est autrement plus efficace pour contrer les luttes armées et se rallier une partie non négligeable des travailleurs, ainsi que le PC italien et les syndicats, etc. Sans doute faut-il ajouter l’objectif visé dès le départ : le libéralisme économique et politique.

Revenons à l’Islam.

Désigner les islamistes de fascistes verts ou d’islamo-fascistes est une erreur. En effet, l’expression correcte est le jihad guerrier ; de même que qualifier de fous ceux qui vont au suicide est tout aussi erroné. Ce que nous désignons suicide, l’Islam le nomme sacrifice, ou shahid, ou encore martyr. Il n’est qu’à lire les textes coraniques pour le vérifier. Mais, ici encore, sont évoquées les mauvaises traductions. Si nous ne pouvons rejeter d’un revers de manche les traductions douteuses, alors les traducteurs arabo-musulmans seraient-ils de mauvais traducteurs, ou bien serait-ce l’arabe littéraire qui serait intraduisible ? Nous n’en croyons rien. Citons parmi tant d’autres deux sourates : « Que ceux qui veulent changer la vie présente contre celle de l’au-delà combattent dans le chemin de Dieu ! Qu’ils succombent ou qu’ils soient vainqueurs, nous leur accorderons une généreuse récompense. » (4, 74) » ;

« Faites le sacrifice de vos biens et de vos personnes…Dieu vous pardonnera vos offenses, il vous introduira dans les jardins où coulent les fleuves. » (9, 90).

Comment peut-on nier que d’après le Coran — le livre, la loi — la propagation de l’Islam par les armes est un devoir religieux, un commandement de Dieu, autant que le jihad spirituel.

Au temps de Muhammad, les ceintures chargées d’explosifs n’étaient bien évidemment pas conçues. En revanche, les guerriers combattaient jusqu’à la mort, ou partaient pour des missions qu’ils savaient sans retour. Non que les combattants de l’Islam passés et présents n’aient perdu la raison. Ce ne sont pas des fous au sens clinique : le shahid ou martyr se veut le témoin de la foi en Dieu, de la parole de Dieu. Mais, n’est-ce pas là une entière contradiction avec la vie ? L’appréhension de la mort de soi est nécessaire au maintien de la vie, et si possible, l’amener sans souffrance au terme de son existence. Nous possédons un appareil psycho-physiologique avec pulsion biologique que vient doubler la pulsion érotique. Freud dit très bien « le moi nie thanatos ». Cependant, l’espèce humaine a le pouvoir de s’abstraire d’avec elle-même, de se représenter à distance. Le sujet, selon sa culture ou son histoire, peut intégrer un discours avec lequel il pourra faire don de sa vie. Il en est ainsi du Shahid, de même qu’il en fut ainsi des kamikazes japonais lors de la Seconde Guerre mondiale.

N’est-ce pas là des cultures de la mort, lorsque l’on va au sacrifice de sa vie, où la vie réelle serait celle de l’au-delà ? Hegel dirait que c’est spolier le présent pour un futur hypothétique.

La Oumma, ou société des croyants, repose sur un mode de vie communautaire : la famille, le clan, la tribu, l’ensemble fortement hiérarchisé soumis au dogme de la souveraineté d’Allah. Il n’existe pas de citoyenneté autre que celle de la foi islamique, selon laquelle les convertis, quel que soit leur provenance ethnique et sociale, sont égaux sous la bannière de Dieu. Mais, l’Islam est d’abord une religion de commerçants. La ville, selon Xavier de Planhol, est une source de prestige et de pouvoir dans l’Islam. Par ses origines et son idéal, l’Islam est une religion citadine, née dans un milieu urbain, celui des villes de Hedjaz, La Mecque et Médine. Oasis importantes à sociétés encore tribales, mais où les activités commerciales constituaient des aristocraties marchandes. Si, pour Montesquieu, le commerce est ce qui permet d’éviter les conflits armés, les guerres européennes nous ont montré le spectacle du « doux commerce ». En revanche, pour Clausewitz et Marx, le commerce et la guerre se fondent sur une même réalité. Or, l’Islam, suivant une logique binaire ami/ennemi ne reconnaît que l’existence de deux mondes : le Dar al Islam – le monde de l’Islam – et le Dar al Harb – le monde de la guerre. Cette conception conflictuelle du monde est le moteur de son expansion et de son organisation unitaire.

« Les dieux comme les hommes sont mus par une loi de nature. Pour les premiers, c’est une opinion, pour les seconds une certitude qui pousse les plus forts à dominer. Nous n’avons pas établi cette loi ni ne l’avons appliquée les premiers. Elle existait bien avant nous, et continuera toujours d’exister après nous. C’est simplement notre tour de l’appliquer, sachant bien que vous ou tout autre disposant de notre puissance en ferait de même. » (Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, dialogue entre les Méliens et les Athéniens, livre V, 105)1.

La brochure du collectif publiée aux éditions des Bouilles vue précédemment, nous décrit les pays islamiques comme une civilisation « non assimilée à une société de masse ». Ne faut-il pas y lire en filigrane une civilisation paisible que vient briser l’intervention occidentale ? Ces sociétés auraient muté en États totalitaires, d’où l’émergence de mouvements islamistes : le jihad guerrier. Lorsque l’on est un tant soi peu averti, on ne peut perdre de vue la logique binaire ami/ennemi au sein de l’Islam. On peut difficilement être dupe. La paix dans le monde n’existe pas, et ce depuis l’antiquité la plus reculée, et dont l’objectif se tient en peu de mots : pouvoir et richesse sont les pères et mères de l’hubris. Il en est ainsi de toutes les civilisations, ainsi que de nombreux peuples tribaux, n’en déplaise aux partisans du racialisme.

Il n’est que trop tentant de considérer le Proche-Orient comme victime de ses richesses (pétrole, gaz, minerais,..) convoitées par l’Occident. Situation paradoxale s’il en est. Mais, que cela déplaise à nos islamo-gauchistes ou racialistes, l’intervention des Occidentaux se fait le plus souvent à la demande des oligarchies et bourgeoisies locales. Le but va de soi : d’une part, percevoir la rente foncière, d’autre part, obtenir les moyens les plus efficaces pour contrer les oppositions. Comment ne pas comprendre combien les États, les seigneurs ou émirs locaux les plus faibles ont pour objectif la suprématie, celle-ci ne pouvant s’obtenir que par étapes.

En revanche, le collectif de la brochure des éditions des Bouilles reconnaît le jihad guerrier comme une réaction contre toute invasion en terres musulmanes, mais n’explique pas le fait que le jihad apparaît que parce-qu’il n’est pas aux premières loges du pouvoir.

En effet, « Dieu n’aime pas les oppresseurs » dit le Coran. Soit, mais la première mondialisation ne fut-elle pas réalisée par les guerriers de l’Islam ? L’expansion de l’Islam s’étendit de l’Espagne à l’Indus, puis de l’Afrique subsaharienne à l’Indonésie. Enfin et surtout, l’Océan Indien, sur lequel se jouaient la mondialisation des échanges commerciaux, ainsi que des activités esclavagistes, était sous la domination musulmane. Hormis l’Espagne et Israël, tous les territoires islamisés – nous pourrions dire assimilés puis convertis – le sont encore aujourd’hui.

Lors des conquêtes, de l’islamisation forcée, les guerriers n’opprimaient-ils pas celles et ceux qui n’obéissaient pas à Dieu ?

L’écrivain marocain Driss Chraïbi, dans un de ses romans2, décrit la conquête musulmane au Maghreb. La mémoire opprimée des temps premiers se perd dans les temps de la loi, la soumission à Dieu. Il conclut par ces lignes, laissant la parole au patriarche du village : « Afin que nos hommes ne soient pas égorgés, nos femmes et nos filles violées, et amenées en esclavage, tournons nous vers La Mecque, agenouillons-nous, mais surtout, n’oublions jamais ! »

La mémoire oubliée des temps premiers se perd dans les temps de la loi : la soumission à Dieu. « Dieu n’aime pas les oppresseurs », mais qui aime l’oppression, sinon ceux-là même qui oppriment ?

Dans « L’État Islamique : anatomie d’une machine infernale », par Myriam Benraab, docteur en sciences politiques, Ceri-Sciencespo, Revue Internationale et Stratégique, fin 2014, on lit ceci : « Les jihadistes aiment les butins de guerre, dont le marchandage d’êtres humains. En Syrie, de nombreux enlèvements se sont produits à proximité de Raqqa […] Les femmes capturées, yésidies en particulier, ont été privées de droits et tantôt vendues, tantôt mises en esclavage sexuel dans les prisons, d’où s’échappent des témoignages concernant de jeunes adolescentes asservies par les jihadistes.

Dans l’ensemble, cette richesse financière et la perspective de revenus divers et variés constitue un aspect central du recrutement. L’État Islamique est ainsi bien plus attractif pour les aspirants au Jihad qu’un certain nombre de ses « concurrents ». Non seulement il rétribue davantage ses membres que d’autres factions armées, il laisse par ailleurs libre cours à leurs penchants meurtriers.

L’EI n’est en aucun cas un nouveau venu sur la scène du Jihad mondial, sa création remontant à la période d’occupation en Irak, 2003-2011, succédant à la branche locale d’Al Qaida. »

Les islamistes : Al Qaida, EI, Boko Haram, Talibans… se livrent à des massacres de masse au Proche-Orient, en Afrique. Nos islamo-gauchistes ne les évoquent jamais. L’apparition du Jihad n’est pour eux que le résultat de la politique du capitalisme occidental, particulièrement américain.

Comme si l’Islam ne participait pas et ne faisait pas partie de la concurrence commerciale et des intérêts de tout ordre ; comme s’il n’était pas partie prenante. Lorsque l’on joue aux échecs, on est gagnant ou perdant, mais ont reste des joueurs : les États, les factions, eux, partent gagnants. Et ils le font selon leur mise, leurs atouts ; autrement dit, d’après leurs positions de force.

Quant aux islamo-léninistes, ceux-ci – soutiennent en particulier Daesh, dont l’objectif est de reproduire un califat sur le défunt empire ottoman — prétendent que les islamistes sont en lutte contre l’impérialisme. Sans doute, faut-il remonter à Lénine, lequel en 1911 soutenait les Émirs yéménites en Arabie contre les colonialistes britanniques, plus dangereux que les féodaux. Depuis lors, les Carlos (lequel signe « léniniste et musulman »), Foucault, Garaudy, Badiou, etc., prétendent à l’existence d’un marxisme musulman, en particulier les mujahidin du peuple en Iran. Nous sommes dans la confusion : est-ce la recherche d’un sujet révolutionnaire qu’ils trouvent être dans l’Islam, qu’ils décrivent comme la religion des pauvres ? S’ajoute pour beaucoup le fétichisme de la lutte armée, même s’ils ne prennent pas les armes.

Lorsque l’on se prétend anticapitaliste, on ne peut qu’être contre les seigneurs féodaux, et contre toutes les formes d’oppression et de domination d’où qu’elles viennent. Le même Lénine, en 1907, refusait de soutenir les travailleurs tchèques qui demandaient l’aide de l’Internationale. Selon Lénine, l’aide aux travailleurs aurait renforcé le tsarisme, plus dangereux que les Habsbourg. Laissons donc à Lénine ses stratégies.

http://blog.tempscritiques.net/archives/1383 ce texte est suivi d’une série d’échanges.





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