Novembre 24, 2020
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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David Rappe raconte la jeunesse militante de Bernard Pensiot (1948-2018), libertaire actif dans les régions parisienne puis, surtout, perpignanaise et lyonnaise. Il le fait à travers son engagement dans la lutte antifranquiste des années 1970-1975  ; le renouveau libertaire durant la mal nommée «  transition démocratique  » est aussi largement abordée. David Rappe, et Bernard Pensiot, nous rappellent que c’est l’extrême droite au pouvoir qui a organisé le rattachement de l’Espagne post-Franco au capitalisme de la fin du 20e siècle. En octobre 1977, les pactes de La Moncloa, rassemblant la quasi-totalité des organisations politiques et syndicales (hormis la CNT) en sont le point d’orgue.

Si durant ces années-là, il y eu bien un retour au premier plan des idées et mouvements libertaires, ce fut aussi le temps des «  espoirs déçus  », notamment autour de la difficile reconstruction de la CNT  : criminalisation, provocations policières, répression, mais aussi affrontements internes, ont lourdement pesé. Le décalage de la plupart des leaders historiques de 1936 avec la réalité des années 1970, mais aussi un certain folklore anar peu opérant en termes de mouvement de masse, y ont contribué.

Une des originalités du livre est de s’attarder sur la Coordination des prisonniers en lutte (Copel) à laquelle Bernard Pensiot a participé lors de sa détention dans les geôles de la «  démocratie  » du royaume d’Espagne. Né dans la prison madrilène de Carabanchel en 1976, ce qui deviendra rapidement la Coordinadora de presos en lucha, revendiquait une amnistie générale, bien au-delà de celle décidée par les partis politiques organisant le post-franquisme.

Grèves de la faim, automutilations, manifestations, délégués élus par les prisonniers, mais aussi extrême violence des forces répressives de l’État marqueront ces années de lutte anticarcérale. Fruit du rapport de force créé à un moment donné, est évoquée une, évidemment ambigüe, «  autogestion de la taule  ».

Avant, pendant et après la prison, Bernard Pensiot agit dans les milieux libertaires bien sûr ; mais on apprend aussi les contacts avec les basques d’ETA. A propos de la Copel, on pourra voir en complément le film La visite (financement participatif sur Ulule.com), dont la sortie est prévue en 2021.

Parmi ceux qui témoignent dans ce documentaire, il y a notamment Henri Melich qu’on croise au détour des pages d’Espoirs déçus, et dont les éditions Spartacus viennent de publier Guérilleros, France 1944 – Une contre-enquête. Deux livres et bientôt un film  : voilà de quoi s’occuper utilement…

Christian (Banlieue Sud Est)

  • David Rappe, Espoirs déçus, engagements antifranquistes et libertaires durant la « transition démocratique » espagnole, Atelier de création libertaire, 2020, 160 pages, 12 euros.



Source: Unioncommunistelibertaire.org