Novembre 6, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Des librairies, on en connaît, on en a connu et on espère qu’on en connaîtra. Mais d’où viennent les librairies  ? Comment se sont-elles fait cette place dans le paysage commercial français  ? Comment ont-elles été influencées par le développement de nouvelles pratiques commerciales  ? C’est tout ce à quoi tente de répondre Patricia Sorel dans son ouvrage.

Pour quiquonque fréquente un peu les librairies actuelles, même les plus modestes, il est difficile de se représenter ce que pouvait être ces petites boutiques qui, avec l’essort de l’imprimerie, vont fleurir dans les villes universitaires, à la fin du Moyen-Âge. Il n’est pas rare de n’y trouver que quelques ouvrages, parfois une dizaine tout au plus, qui peuvent être achetés et même loués (sur place ou à emporter  !).

Mais déjà le droit de vendre des livres (comme celui de les imprimer) est extrêmement encadré et les libraires d’alors doivent s’organiser pour faire face à la concurrence. Ils et elles (les femmes peuvent devenir libraire en cas de veuvage) ont fort à faire sur ce plan  ; il y a les vendeurs ambulants, qui peuvent parfois proposer quelques ouvrages sur leurs étals. Et il y a la concurrence internationale  : les librairies françaises doivent faire face aux productions anglaises, hollandaises, suisses, allemandes, etc.

Patricia Sorel nous présente dans des chapitres clairs et concis l’évolution des librairies, qui vont mettre du temps à réellement se démocratiser. Jusqu’aux années 1930 (voire même au-delà) la librairie est un lieu pour les privilégiés. Le secteur va devoir évoluer. Et vite. Le développement des grandes surfaces à la fin des années 1950 et au début des années 1960, qu’elles soient spécialisées dans la culture (comme la FNAC) ou qu’elles décident d’avoir des rayons culturels conséquents, l’apparition de grands conglomérats d’éditions (Hachette ou Gallimard par exemple) vont obliger les librairies à s’adapter. Tout ça sera une nouvelle fois remis en cause par l’arrivée brutale du commerce en ligne.

La résistance s’organise ?

Alors pour survivre les librairies indépendantes s’organisent. Elles se regroupent. Se battent pour obtenir et faire respecter le prix unique du livre. Mais à quel prix  ? Cet ouvrage fait l’impasse d’une analyse sur les conditions de travail des libraires. Pourtant il y aurait à dire, d’autant plus avec la crise du Covid.

En résumé, ce livre apporte une vision panoramique de la librairie en France depuis ses débuts jusqu’à nos jours (l’autrice termine par de solides réflexions sur le livre numérique). Petite déception, il n’est que très peu évoqué les librairies militantes, si ce n’est très brièvement avec La Joie de lire de François Maspero. Dommage car il y aurait sûrement beaucoup à dire sur ces espaces d’éducation populaire que des militant·es font vivre depuis plusieurs décennies, notamment du côté des libertaires  !

Jon (UCL Angers)

  • Patricia Sorel, Petite histoire de la librairie française, La Fabrique, janvier 2021, 237 pages, 15 euros



Source: Unioncommunistelibertaire.org