Novembre 25, 2020
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Dans ce premier recueil de textes à paraitre en français, Abdullah Öcalan, fondateur du PKK, aborde avec une grande clarté le concept de confédéralisme démocratique, lié à l’indispensable révolution des femmes.

La question kurde à travers l’histoire et une solution de résolution pacifique du conflit, le concept de confédéralisme démocratique, lié à l’indispensable révolution des femmes, une autre conception de la nation qui ne s’articule pas à l’État et ne se caractérise ni par la culture ni par l’ethnie, telles ont les quatre questions principales abordées par ce premier recueil de textes à paraître en français d’Abdullah Öcalan, fondateur du PKK et inspirateur de la révolution en cours au Rojava.

Une autre conception de la nation

Il revient brièvement sur l’histoire du peuple kurde, depuis 6 000 avant J.-C. jusqu’à la division du Kurdistan par l’établissement des frontières entre l’Iran et la Turquie avec le traité de Qast-i-Chirin en 1639, puis la fin de l’Empire ottoman, lorsque l’Angleterre et la France redessinent les frontières du Moyen-Orient en plaçant le Kurdistan sous le joug de la République turque, du trône du Paon iranien, de la monarchie irakienne et du mandat franco-syrien, qui mirent fin aux efforts d’émancipation kurde. Ces puissances hégémoniques ont alors nié les Kurdes et leur existence en tant que groupe ethnique, interdisant la pratique de leur langue natale, utilisé la religion et le nationalisme pour préserver leur suprématie. Désormais, pour le PKK, fondée en 1978, le droit des peuples à l’autodétermination ne passe pas par la création d’un État-nation kurde.

Le confédéralisme démocratique est le «  modèle de coordination d’une nation démocratique non-étatique  », dans lequel minorités, communautés religieuses, groupes culturels ou spécifiques de genre, peuvent s’organiser de manière autonome. Le modèle de gouvernance fédérale peut ensuite s’étendre au-delà des frontières pour créer des structures démocratiques internationales. Considérant que la question kurde ne pourra être résolue par la violence, le PKK a proposé à la société turque que les Kurdes puissent être libres de s’organiser, sans remettre en cause le cadre de la République laïque.

L’État-nation, qui a remplacé l’ordre féodal, «  est un État centralisé, aux attributs quasi divins, qui a totalement désarmé la société et monopolise l’usage de la force  ». Il assimile toutes les cultures afin de créer une culture et une identité nationale unique, impose une citoyenneté homogène. Le confédéralisme démocratique est, au contraire, «  un acte d’autodéfense contre cette histoire  », un système flexible, multiculturel et antimonopoliste fondé sur le consensus.

Abandonner la figure du mâle dominant

De la même façon, Abdullah Öcalan rappelle comment les cinq mille ans d’histoire de la civilisation peuvent se résumer à l’histoire de l’asservissement des femmes, esclavage construit et perpétué, au niveau idéologique, par l’usage de la force puis par le contrôle de l’économie. Le «  socialisme primitif  » caractérisé par l’égalité, le partage et la liberté, qui ne permettait pas la propriété ni une répartition du travail entre les sexes fondée sur des rapports de force, existant à l’époque néolithique a été remplacé par un pourvoir hiérarchique et patriarcal, construit autour de l’idéologie de la domination masculine, grâce à une alliance entre le chaman et l’«  ancien  ».

Puis, la réduction à l’état de femme au foyer a représenté la première forme d’esclavage et la «  première rupture sexuelle majeure  ». Les religions monothéistes ont ensuite intensifié le patriarcat, accomplissant la seconde grande rupture sexuelle. Si chaque famille s’est développé comme le petit État de chaque homme, Abdullah Öcalan ne propose pourtant pas de renverser cette institution sociale mais de la transformer en abandonnant la «  revendication de propriété sur la femme et les enfants  » pour un «  compagnonnage naturel  ». L’homme doit se transformer en abandonnant «  la figure du mâle dominant  » et réaliser ainsi la troisième grande rupture sexuelle.
Ouvrage d’une grande clarté, à la portée universelle tout en éclairant un contexte local.

Ernest London (UCL Le Puy-en-Velay)

  • Abdullah Öcalan, La Révolution communaliste – Écrits de prison, Libertalia, 2020, 258 pages, 10 euros.



Source: Unioncommunistelibertaire.org