Août 10, 2021
Par ACTA
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Nous sommes aujourd’hui la date anniversaire de la mort de Mahmoud Darwich. Toutes celles et ceux qui ont un jour considĂ©rĂ© la lutte du peuple palestinien, ont forcĂ©ment croisĂ© sur leur chemin, un poĂšme de lui, une citation, une revue, son visage.

Figure de la lutte du peuple palestinien depuis l’exil, il le fut sans conteste. ChassĂ© de son village avec sa famille Ă  sept ans, Darwich fait partie de cette gĂ©nĂ©ration de Palestiniens qui ont Ă  peine commencĂ© Ă  grandir sur leur terre avant d’en ĂȘtre expulsĂ©s. Il fera partie de ceux qui se regroupĂšrent au sein de l’Organisation de libĂ©ration de la Palestine, pour laver l’honneur des Palestiniens dĂ©faits, chassĂ©s mais surtout, rendus absents par un colonialisme de repeuplement. Membre du bureau exĂ©cutif de l’OLP, rĂ©dacteur de certaines de ses revues, Ă©missaire de la cause palestinienne Ă  travers le monde, il fut surtout un poĂšte capable de manier la tradition classique arabe qu’il ouvrait aux percĂ©es avant-gardistes de la poĂ©sie moderne. 

Trop souvent rĂ©duit dans l’imaginaire militant au folklore de l’exil, sa poĂ©sie reflĂšte une vision de l’identitĂ© du peuple palestinien jamais rĂ©ductible Ă  ce qui fut et auquel il s’agirait de retourner. Le retour Ă  la terre spoliĂ©e ne se confond pas avec le retour au passĂ© idĂ©alisĂ©, figĂ©. Nostalgie et exil sont constamment Ă©voquĂ©s mais comme mĂ©ditation sur le temps et sur le territoire en devenir, afin de tracer les sentiers qui donnent Ă  la Palestine le souffle d’une identitĂ© ouverte.

Lisons Mahmoud Darwich, non parce qu’il est un symbole d’une cause avec ses textes attitrĂ©s, mais pour la profondeur d’une poĂ©sie arc-boutĂ©e entre les Ăąges, une poĂ©sie de terre, de chair et de rĂ©volte, cette Ă©popĂ©e troyenne jamais trouvĂ©e/Ă©crite, dont il se disait le descendant.

Lire Mahmoud Darwich

Le puits

Je choisis un jour nuageux pour passer par

le vieux puits

Il est peut-ĂȘtre plein de ciel

Il a peut-ĂȘtre dĂ©bordĂ© le sens et la parabole

du berger

Je boirai une paume de son eau

Et je dirai aux morts qui l’entourent

Que la paix soit sur vous qui demeurez

autour du puits dans l’eau du papillon

Je dĂ©gage une pierre de l’aunaie

Que la paix soit sur toi petite pierre

Avons-nous Ă©tĂ© les deux ailes d’un oiseau qui

encore nous tourmente ?

Que la paix soit sur toi, lune gravitant autour

de son image

Et que jamais tu ne rencontreras

Et je dis aux cyprĂšs

MĂ©fiez-vous de ce que vous dira la poussiĂšre

Avons-nous Ă©tĂ© ici les deux cordes d’un

violon au banquet des gardiennes de l’azur ?

Les deux bras d’un amant ?

Je marchais tout contre moi-mĂȘme

Sois fort mon double et brandis le passé dans

Tes mains

Telles les cornes d’une chùvre

Prends place auprĂšs de ton puits

Les cerfs de la vallée se retourneront

Peut-ĂȘtre vers toi

Et la voix, ta voix, apparaĂźtra

Image de pierre du présent brisé

Je n’ai pas encore accompli ma brùve visite à

L’oubli

Je n’ai pas emportĂ© tous les instruments de

mon coeur

Ma cloche sur le vent des pins

Mon échelle adossée au ciel

Mes astres autour des toits

Et l’éraflure de ma voix brĂ»lĂ©e par le sel

Ancien

Et j’ai dit au souvenir

Que la paix soit sur vous, paroles spontanées

de la grand-mĂšre

Qui nous transportent Ă  nos jours blancs sous

sa somnolence

Mon nom rĂ©sonne du timbre de la livre d’or

ancienne Ă  la porte du puits

J’entends la solitude des aïeux entre le müm

et le waw abyssal

Telle une vallée aride

Et je cache ma tendre lassitude

Je sais que dans quelques heures, je

Reviendrai vivant du puits

Au fond duquel je n’ai trouvĂ© ni Joseph

Ni la peur que l’écho inspire Ă  ses frĂšres

Sois sur tes gardes !

Ici ta mùre t’a mis au monde, à la porte du puits

Puis elle s’est lancĂ©e dans une incantation

Fais de toi-mĂȘme ce que bon te semble

Seul, j’ai accompli ma volontĂ©

J’ai grandi de nuit dans le conte entre les

CĂŽtes du triangle

L’Egypte, la Syrie, et Babylone. Ici-mĂȘme

Seul j’ai grandi, sans la grĂące des dĂ©esses de

l’agriculture

Elles lavaient les gravats dans l’oliveraie

Elles étaient mouillée de rosée

Et j’ai vu que j’étais tombĂ© du voyage des

Caravanes sur moi-mĂȘme, auprĂšs d’un serpent

Je n’ai trouvĂ© personne Ă  accomplir que mon

fantĂŽme

La terre m’a projetĂ© au-dehors de sa terre

Et mon nom tinte sur mes pas, tel le sabot de

la jument

Viens prĂšs de moi, que je rentre de ce vide

Toi Gilgamesh, Ă©ternel en ton nom

Sois mon frĂšre !

Et accompagne-moi pour crier à l’unisson

dans ce vieux puits

Il est peut-ĂȘtre plein de ciel, telle une femelle

Il a peut-ĂȘtre dĂ©bordĂ© le sens

Et ce qui adviendra en attendant que je

naisse de mon premier puits

Nous boirons une paume de son eau

Et nous diront aux morts qui l’entourent

Que la paix soit sur vous

Ô vivants dans l’eau du papillon

Et la paix sur vous, Ô morts

Trad Elias Sanbar




Source: Acta.zone