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Ce livre édité en 2015 par les éditions Libertalia présente un récit qui tisse à sa lecture une profonde proximité avec le révolutionnaire, malgré le passage du temps. Rédigé en 1883, à la fin de la vie de Jules Vallès, il est déconcertant d’actualité et de familiarité.

Revisiter les quartiers de sa jeunesse et faire le constat du changement dans une ville ne peut que rendre la nostalgie de l’auteur. La fraîcheur des mots qu’il utilise pour décrire son refus de parvenir, le respect qu’il a pour les métiers manuels et le mépris vis-à-vis du chemin tout tracé par son père dans les études de littérature laissent un fort goût de complicité. Combien d’enfants subissent la pression familiale en plus de celle sociale à la réussite scolaire  ? La scène de sa mère le suppliant de réussir l’examen, que lui impose son père, pour ensuite faire ce qu’il veut, donne le sentiment d’une éternelle répétition de la condition humaine.

Que penser de sa déception de voir l’état de la mentalité abêtissante de ses « frères de la jeunesse des Écoles » qu’il trouve à Paris  ? Entre beuverie et tapage, son esprit n’adhérait pas à l’ambiance dictée par autant de « vulgarité » chez les étudiants parisiens. Il est encore des immigré·es de l’intérieur, comme l’Auvergnat l’a été, ou de l’extérieur, fraîchement débarqué·es dans un pays à la grandeur célèbre qui, par trop de lectures idéalisantes ne ­retrouvent pas leurs projections dans la population et le territoire tant fantasmé.

Vallès nous fait aussi beaucoup rire par son humour, le récit de ses farces, de son autodérision et de la vivacité de sa rage d’éternel révolté. Seul hic qui est de taille  : la misogynie de certains propos fait tâche à la lecture. Quand plus d’un siècle et demi après, il reste tant à faire, sermonner les morts est une vaine besogne.

Comme le dit Bernard Lecache, responsable de la première édition du livre dans les années 1930  : « Son œuvre défie le temps et ne craint pas l’oubli ». Ah ! fichtre non  !

Marouane (UCL Naoned)

  • Jules Vallès, Souvenirs d’un étudiant pauvre, Libertalia, 2015, 170 pages, 10 euros.



Source: Unioncommunistelibertaire.org