Juin 13, 2022
Par Lundi matin
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Je viens de finir 19h59 de David Dufresne et j’ai dĂ©jĂ  envie dĂ©jĂ  de le relire.

Je ne sais pas si le coup Ă©tait commercial et prĂ©mĂ©ditĂ© mais cette idĂ©e de publier le livre en mĂȘme temps que la prĂ©sidentielle Ă©tait sĂ»rement, une audacieuse envie de faire la nique Ă  l’autre rĂ©volution, celle de l’info. En tout cas, c’est mon interprĂ©tation.

Le double Ă©pistolaire de David Dufresne aura bien l’occasion un jour de s’exprimer sur le plateau de Blast dans le futur « Apostrophes Reloaded Â» imaginĂ© par Denis Robert. Mais ça, c’est une autre histoire, en cours d’écriture…

En attendant, j’avoue que m’ĂȘtre fait lire par mon synthĂ©tiseur vocal 19h59, tantĂŽt Ă  vĂ©lo, tantĂŽt assis sur un banc municipal, tantĂŽt allongĂ© sur la natte me servant de lit (excellent pour conserver une colonne vertĂ©brale alerte) aprĂšs tout le monde et Ă  quelques jours d’une autre Ă©chĂ©ance Ă©lectorale n’est pas pour me dĂ©plaire.

Je dĂ©teste me prĂ©cipiter sur un film ou sur un livre lorsqu’il fait un tabac. Je n’ai toujours pas regardĂ© Titanic et ne le regarderai sans doute jamais pourtant Leonardo di Caprio est un excellent acteur. Pour les livres, c’est diffĂ©rent !

Avec celui-ci, il y avait plusieurs Ă©lĂ©ments attractifs, le sujet, le titre rondement choisi, l’Ɠil affĂ»tĂ© de l’auteur sur des sujets dramatiquement d’actualitĂ© et d’autres rĂ©pulsifs, notamment la crainte que son auteur ne soit cette Cassandre avec un quinquennat d’avance.

Il fallait donc le lire ou se le faire lire – pour pasticher M. Rex – dans un temps raisonnable. Certains livres risquent de perdre un peu de leurs arĂŽmes s’ils sont abandonnĂ©s avec trop de dĂ©sinvolture sur une Ă©tagĂšre surtout Ă  une Ă©pique Ă©poque oĂč le mĂ©canique clic bouscule le doux froissement de la page retournĂ©e (je ne parlerais mĂȘme pas du frottement Ă©touffĂ© du coupe-papier pour les extrĂ©mistes canal historique de la lecture au mini-coupe-coupe (existent-ils encore, existent-elles encore ?)

David Dufresne avait raison, cet ouvrage est un pavĂ© dans la bataille de l’hĂ©gĂ©monie culturelle. Et beaucoup d’autres attendent si l’on ne veut pas que des pavĂ©s en granit pleuvent un jour sur tous les lieux de pouvoir… ou pas.

La SĂ©nestre — la vraie — celle qui donne encore au peuple le courage de se rĂ©veiller le matin pour donner un sens Ă  sa vie a encore fort Ă  faire. Et la premiĂšre chose qu’elle a Ă  faire, c’est mettre un coup de pelle bien senti Ă  sa sinistre sƓur malĂ©fique, la SĂ©nestre de gouvernement, la SĂ©nestre petite-bourgeoise, la SĂ©nestre de toutes les trahisons, poussive avec son embonpoint acquis Ă  coup de louchĂ©es de caviar rĂ©publicain et ses poignĂ©es de dĂ©samour de hussard laĂŻcard pour les franges, les pĂ©riphĂ©ries, les ultrapĂ©riphĂ©riques, pour celles et ceux qu’elle a toujours assignĂ© sous la table du banquet rĂ©publicain, juste bons Ă  se pourlĂ©cher les babines en rĂȘvant du festin comme les premiĂšres nuits d’une grĂšve de la faim. MĂ©luche, la coqueluche de celles et ceux qui ne sont rien tente bien quelque chose avec sa NUPES. C’est un bretteur avec une langue effilĂ©e mais un proverbe algĂ©rien dit Ă  peu prĂšs ceci : « langue pendue, bras court. Â» Alors espĂ©rons que le leader du φ et maintenant du Îœ ne soit pas contraint de faire sien le proverbe hongrois : « Si ton Ă©pĂ©e est trop courte, allonge-la d’un pas. Â».

L’homme qui voulait devenir premier ministre en cohabitant avec le rĂ©sident de l’ÉlysĂ©e parti pour un second quinquennat sur les chapeaux de roues avec dĂ©jĂ  quelques scandales Ă  son actif, semble rĂ©ussir son pari qui paraissait jusque lĂ  insensĂ©. Mais l’implantation de la nouvelle union populaire n’a pas la mĂȘme densitĂ© partout dans le pays. Beaucoup d’espoir est mis dans cette initiative pour redonner au peuple sa voix.

J’ose espĂ©rer que cette dynamique ne sera pas une n-iĂšme dĂ©ception de celles et ceux qui aspirent Ă  un retour triomphant d’une gauche assumĂ©e qui renoue avec ses principes assumĂ©s sans rougir sinon de plaisir.




Une dĂ©faite n’est plus envisageable sinon toutes les frustrations accumulĂ©es provoqueront une crue qui emportera tout sur son passage. Lorsqu’on demande aux « sans-dents Â», dĂ©jĂ  Ă  cran de serrer de nouveau la ceinture et qu’il n’y a plus de perforation oĂč coincer l’ardillon, ils n’ont plus qu’une chose Ă  faire : arracher la dent, montrer les dents – il leur reste encore quelques canines bien assĂ©rĂ©es – et se saisir de la ceinture pour fouetter avec l’énergie du dĂ©sespoir leurs oppresseurs avec la boucle bien sĂ»r pour que ces-derniers comprennent bien que trop, c’est trop et que la dignitĂ© n’a aucun prix que les nababs qui les gouvernent puissent se payer.

Dans le livre de David Dufresne, le peuple semblant jouer le rĂŽle de l’ArlĂ©sienne de la nouvelle d’Alphonse Daudet finit par prendre corps au travers des images fugaces qu’Étienne Dardel aperçoit lorsqu’il dĂ©cide de dĂ©guerpir et nous souffle le motto, la raison d’ĂȘtre d’ « Au Poste Â».

Quelques jours plus tard…

Nous sommes le lendemain, du premier tour des lĂ©gislatives. La campagne du napolĂ©onissime Emmanuel Macron s’est heurtĂ© Ă  la dĂ©termination de Jean-Luc Koutouzov MĂ©lenchon et la marche de l’Empereur autoproclamĂ© et sa Grande ArmĂ©e de clones nourris Ă  la langue des startups s’est cassĂ© le nez sur le rĂ©el. Un rĂ©el pas si tangible que ça pour la plupart des cibles des macronades car les nupesiens sont encore loins du prolo de base, le vrai, le tatouĂ© ou de la pimbĂȘche idoine. Ils sont encore trop bourgeois pour comprendre les prĂ©occupations des gens que Macron aime bien emmerder ou pour qui il se dĂ©vouerait corps et Ăąme pour leur trouver un travail en traversant la rue ou encore celles et ceux qu’il ne croisera jamais dans une gare car son projet n’est pas de rendre l’écologie great again et encore moins pour les gaulois rĂ©fractaires au changement, les fainĂ©ants, les cyniques ou les extrĂȘmes.

M’enfin, il faut bien que la nouvelle union populaire commence par un commencement et il ne faut pas trop en demander Ă  celles et ceux qui souhaitent faire le bonheur du peuple si l’on en croit leur programme commun. Il ne s’agit pas de leur faire un procĂšs d’intention surtout qu’il sera difficile de faire pire que M. Big Mac.

En attendant, les rĂ©sultats mĂȘme partiels sont sans appel. Les Ă©ditorialistes et autres publicistes bonimenteurs se sont cassĂ© les dents sur leurs indubitables certitudes. Certains ont mĂȘme tentĂ© de prĂ©senter la dĂ©faite du prĂ©sident sortant, en match nul.

Les deux points inquiĂ©tants sont la montĂ©e du Rassemblement National qui n’aura jamais autant raflĂ© de circonscriptions correspondant Ă  autant de siĂšges dans la chambre basse et l’abyssale abstention des plus jeunes et des plus humbles qui n’ont mĂȘme plus l’impression d’appartenir Ă  ce pays.

Le livre de David Dufresne est en cela dramatiquement divinatoire. Quelle sera l’évolution d’un pays dont les mandataires sont inconscients de la colĂšre qui gronde surtout aprĂšs un nouveau quinquennat jalonnĂ© de fatalitĂ©s inexorables liĂ©es aux dĂ©cisions et surtout aux non-dĂ©cisions des dĂ©cideurs qui les ont prĂ©cĂ©dĂ©s ?

L’avenir nous le dira. Et si nous ne voulons pas que cet avenir soit inexorablement sombre, il faudra inventer d’autres façons de faire de la politique sur des chemins de traverses et les mettre en musique. Car l’espoir ne viendra pas d’en haut. Cela, on en est dĂ©sormais sĂ»rs. C’est bien la seule certitude dans ce monde alĂ©atoire.




Source: Lundi.am