Décembre 5, 2022
Par La Bogue
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Dans les milieux militants (comme ailleurs) il arrive quelque fois que la répression frappe à notre porte, que les keufs débarquent au petit matin pour nous surprendre au saut du lit, nous menotter, perquisitionner notre habitat et nous emmener en garde à vue. Ça peut s’arrêter là mais ça peut aussi se compliquer pour finir mis en examen, en liberté ou en préventive.

Si on n’est pas isolé, des ami.e.s, des camarades, des inconnu.e.s se mobilisent pour créer un comité de soutien et réfléchir collectivement à ce qu’il est possible de faire dans la situation. Un certain nombre de questions se posent alors. Que faire, avec qui, comment ? Et une autre question encore : pourquoi s’engage-t-on ?

Parce qu’on connaît la/les personnes mis en examen ? Parce qu’on soutien les causes soulevées par les actions (nouvelles technologies et leur monde, antinucléaire, solidarité avec les migrant.e.s, par exemple) ? Par solidarité face à la répression, au développement du contrôle (biométrie, vidéosurveillance, systèmes d’écoutes, géolocalisation), aux méthodes policières d’ici ou d’ailleurs ?

On le fait pour au moins une de ces raisons, deux ou toutes. Dans tous les cas, on n’a pas besoin d’être en accord avec les personnes et les faits/actions pour lesquelles elles sont poursuivies par la justice pour s’engager.

Du point de vue des mis en examen, le comité de soutien ne sert pas uniquement à récolter de l’argent. C’est important mais c’est loin d’être l’axe principal. Le comité de soutien est essentiel parce qu’il permet de casser l’isolement dû aux contrôles judiciaires, de tenir face à la machine judiciaire, face à l’ampleur du dossier. Casser l’isolement et le sentiment d’impuissance en reliant une affaire précise à d’autres, en faisant de la « publicité » – médiatisation des faits eux-mêmes et des questions soulevées (nouvelles technologies et leur monde, questions des déchets nucléaires, répression policière, etc.), en organisant toutes sortes de manifestations (concerts, débats publics, ateliers…). Casser l’isolement et soutenir psychologiquement les personnes, parce que le temps judiciaire n’est pas celui de la vie. Ce temps est long, on n’en a aucune maîtrise, ni du temps ni des rouages de la justice. Il y a une distorsion de ce temps qu’on ne peut qu’imaginer tant qu’on n’est pas directement concerné. De même, la réalité du contrôle judiciaire vécu, même si cela peu paraître anodin par rapport au fait de subir de la prison (préventive ou pas), est une punition en soi – avant même tout jugement – une façon de soumettre les corps et les esprits. En général il revêt plusieurs obligations : le pointage en gendarmerie (ou commissariat), la limitation de déplacement (assignation à résidence – ville, département, pays) et des interdictions diverses (ne pas voir certaines personnes, ne pas participer à des manifestations). Le fait de devoir pointer à échéance fixe encombre l’espace mental (sans compter la perte de temps, d’énergie et le coût). C’est comme si notre vie était en suspension, dans le vide et qu’on faisait du surplace.

Plus de vie plus d’envies

Cet ensemble de contraintes est là pour nous pourrir la vie. Comment avoir des projets quand on ne maîtrise pas le tempo de sa vie, quand sa liberté est restreinte ? On n’est pas entre les quatre murs d’une cellule mais c’est aussi une forme d’enfermement dont on est son propre gardien.ne. Tout est fait pour nous rappeler qui on est : une personne en attente d’un procès, d’un jugement, un jour, et en attendant il faut faire « profil bas », ne pas traverser en dehors des clous parce que sinon ça pourrait mal se passer.

Une des difficultés est de s’inscrire dans cet espace-temps que la justice nous impose ; et il en est de même pour le comité de soutien qui n’a pas non plus prise sur le temps judiciaire et doit inventer son propre rythme. Le comité de soutien et l’inculpé.e sont donc liés. Liés par l’« affaire », liés par l’espace-temps. L’un ne peut aller sans l’autre, chacun se nourrit de l’autre, de son vécu, de son expérience traumatisante. Prendre soin de ce lien est primordial pour l’un comme pour l’autre, pour la réalité de l’un comme de l’autre (supporter cette « expérience », faire face à la nécessaire solidarité). Les mis.es en examen, fragilisé.e.s, ont des besoins différents (se mettre en retrait de toute activité politique, s’engager dans le comité avec les autres, en être un membre parmi d’autres, ne pas apparaître) qu’il est important de respecter.




Source: Labogue.info