Mai 4, 2016
Par Le Pressoir
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François Ruffin est venu à Montpellier pour faire la promo de son film début février. Le webzine Magmaa a publié à cette occasion un portrait acéré d’un personnage devenu la vedette des Nuits Debouts parisiennes.

Dans un climat de colère sociale, François Ruffin devient l’idole de tout un peuple. Il vient de réaliser Merci patron, un documentaire vivant et humoristique. Le film montre une famille au chômage qui redresse la tête pour s’attaquer au puissant Bernard Arnault. Le message est donc sympathique.

Mais plusieurs aspects du film restent gênants. François Ruffin se met en scène, de manière assez autoritaire et omniprésente. Il devient le centre du film et relègue la famille Klur au rang de la figuration. C’est lui le sauveur suprême. Ensuite, on ressent un certain malaise à cause du mépris de classe de la part du patron de Fakir. Dans une scène, il fait répéter au père Klur ce qu’il doit dire. On se croirait dans Le dîner de cons. Pour François Ruffin, c’est bien la petite bourgeoisie intellectuelle qui doit guider le bon peuple.

Icône de la vraie gauche

François Ruffin est un journaliste un peu connu, et qui a déjà ses fans. Certes, pas encore au niveau de Kev Adams. C’est un jeune trublion qui n’hésite pas à bousculer les puissants. Son petit conflit avec le groupe Europe 1 de Lagardère le rend encore plus sympathique. Dans ce cas, pourquoi critiquer cette figure de la gauche, la vraie, à 100% ?

Déjà, parce que critiquer François Ruffin reste intellectuellement plus stimulant que de taper sur Kev Adams. Surtout parce que François Ruffin est devenu incritiquable. Il faut voir avec quelle rage le grotesque Mélenchon exécute le moindre spectateur qui tente d’égratigner la nouvelle icône. Soutenu par Frédéric Lordon, la diva de l’intelligence radicale, François Ruffin devient carrément intouchable. C’est même grâce à ce film que l’économiste d’Etat découvre l’action politique. Il y va même de son petit prêche de chef de secte à la fin d’une projection.

Mais, derrière ces pitreries inoffensives, se cachent les vieilles manipulations marxistes-léninistes. Les intellectuels ont toujours cette prétention à vouloir guider vers l’insurrection les masses asservies. Du moins, vers le programme du CNR et la défense du modèle français en ce qui concerne nos Lénine au rabais. Mais les classes populaires n’attendent pas Ruffin ou Lordon pour se révolter. Il existe même des grèves et des occupations sans que le moindre prof de fac n’ait pointé le bout de son nez.

Avant-gardisme intellectuel

Mais Ruffin et Lordon, tout comme les espagnols de Podemos ont tendance à surestimer leur propre rôle. Ils veulent changer les consciences et même « conquérir l’hégémonie culturelle » selon l’expression de Gramsci. Ils pensent que la lutte des classes passe surtout à travers des livres, des conférences ou des films.

Dans la présentation du film à Montpellier, François Ruffin déroule tout son laïus sur l’importance de la petite bourgeoisie culturelle. « Ce film participe à une bataille politico-artistique. La bataille pour l’hégémonie pour contrer Bernard Arnault. Pas sur le terrain matériel, mais spirituel  », anone le journaliste. Il insiste également sur la disjonction entre les classes populaires et la petite bourgeoisie intellectuelle. « Entre Lordon et les Goodyear, on ne parle pas le même langage », ironise François Ruffin. Effectivement entre la grève ouvrière et l’expertise dans le confort du CNRS, ce n’est pas le même monde.

Mais le journaliste tente dangereusement de réhabiliter les vieilles avant-gardes qui doivent encadrer et guider les classes populaires. «  Il y a une fonction des intellectuels dans ce pays », affirme François Ruffin en s’accrochant à cette idée selon laquelle la petite bourgeoisie doit ouvrir la voie et montrer le chemin. « Ce sont les minorités agissantes qui font tout », assène une barbouze dans le film. Finalement cette gauche intellectuelle adopte la même vision du monde que les flics. Même si l’histoire montre que les changements proviennent de soulèvements populaires et non d’une propagande inlassablement colportée par des intellectuels confusionnistes.

En conclusion, François Ruffin avoue qu’il veut des changements, mais pas trop quand même. Seule l’oligarchie et les multinationales peuvent être égratignées. L’ordre démocratique et sa classe dirigeante ne doivent pas être trop bousculés. « Cette démocratie, il faut la faire fonctionner. Je pense que c’est le rôle qui nous est imparti », confie t-il. Un rôle de nouveau chien de garde, pour reprendre le titre d’un film de cette mouvance. Finalement, François Ruffin est un peu comme Kev Adams. Il se croit indispensable avec ses films engagés pour dénoncer la misère et la maladie.

Trouvé sur le webzine culturel Magmaa




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