Mai 15, 2020
Par Marseille Infos Autonomes
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Des ghettos de la campagne à l’époque du COVID :
l’immigration n’est pas un crime, la solidarité n’est pas un délit !



Travailler en étant exploité et sans contrat, vivre sans papiers et vivre dans des ghettos surpeuplés sans eau courante ni assistance médicale, ce n’est pas nouveau dans les campagnes italiennes. Alors pourquoi, ces jours-ci, alors que nous ne parlons que de COVID, a-t-on rallumé les feux des projecteurs sur les ghettos et les travailleurs immigrés ?

Si, d’une part, il est clair que les conditions de vie des travailleurs ruraux n’ont d’importance que lorsqu’ils peuvent être mis en danger

Pour le reste d’entre nous, en revanche, la plus grande cause d’inquiétude, pour ceux qui vont maintenant à la télévision pour improviser en sauveur des ouvriers, reste le manque de main-d’œuvre pour l’agriculture. Si l’on nous parle aujourd’hui de l’effet du COVID dans les campagnes, c’est surtout parce que le secteur agricole en Italie, comme dans de nombreux autres pays européens, risque d’être mis à genoux par le manque de main-d’œuvre disponible.

Soudain, les rayons des supermarchés restent vides et toute alternative pour résoudre cette pénurie de main-d’œuvre s’avère impossible. Ainsi, ceux qui, jusqu’à présent, sont restés silencieux et bouleversés face aux luttes de revendication de papiers pour tous, crient au miracle de l’amnistie, comme si le fait d’offrir un faible permis de séjour temporaire, sans remettre en cause la dynamique du chantage, ne représentait qu’une béquille nécessaire à la poursuite de la même exploitation. On parle de régularisation … mais seulement pour ceux qui démontrent qu’ils peuvent obtenir un contrat de travail, seulement pour ceux qui s’avèrent indispensables pour le secteur agricole. En bref, les droits d’une personne acquièrent de la valeur si et seulement si l’économie ne peut s’en passer, tandis que toutes les luttes menées ces dernières années sont oubliées, et que ceux qui y ont pris part sont écrasés et réprimés.

Ainsi, alors que le COVID met en lumière des problèmes qui sont tout sauf nouveaux, les institutions réagissent par des amnisties et autres expédients d’urgence et temporaires, une approche une fois de plus raciste et contradictoire. Elle exige le respect des règles d’hygiène, mais refuse l’accès à l’eau courante ; elle exige des mesures saisonnières pour garantir l’approvisionnement en fruits et légumes, sauf s’ils sont condamnés à une amende pour ne pas avoir respecté la distance minimale à l’intérieur de la camionnette dans laquelle ils se rendent pour travailler.

Contre la gestion violente de leur vie par les institutions, les travailleurs de la campagne mènent depuis des années, malgré l’indifférence des médias, une lutte tenace et serrée pour revendiquer leur besoin d’autodétermination et obtenir des documents, des maisons et des contrats. A cette lutte, les réponses préférées sont toujours les mêmes, miettes et répression. L’État est suivi par les associations et les syndicats, trop occupés à distribuer quelques paquets de pâtes symboliques (mais seulement s’il y a une caméra pour les filmer) pour écouter les revendications réelles de ceux qui vivent dans les ghettos.

Et à cela s’ajoutent les différentes formes de répression, de contrôle et de ségrégation auxquelles sont soumis les travailleurs, et avec eux la solidarité qui soutient leurs luttes depuis des années. Oui, car en ces temps difficiles où tant de services sont suspendus en raison de l’urgence, la police n’a aucun problème pour notifier les plaintes et les journaux de rue, les rapports, les décrets pénaux, les restrictions à la liberté de circulation.

Si, en ces temps difficiles, la paralysie et l’isolement semblent inévitables, nous ne pouvons pas nous les permettre. La solidarité a de nombreuses formes, de nombreuses façons de s’organiser. En attendant, pour ceux qui le peuvent, afin de nous aider à faire face aux énormes frais juridiques, il est possible de faire une contribution directement sur notre site web campagneinlotta.org, en cliquant sur le bouton DON. De plus, depuis des années, le Fonds de solidarité La Lima soutient (non seulement économiquement) ceux qui se battent, mais aussi ceux qui vivent en marge et sont touchés par la répression. Soutenons-nous les uns les autres à partir de maintenant. Aujourd’hui plus que jamais, les luttes des campagnes ne peuvent pas passer inaperçues, aujourd’hui plus que jamais nous ne pouvons pas tourner le dos à ceux qui souffrent en proie à la répression. Nous vivons tous dans l’urgence, pourquoi les mêmes personnes doivent-elles toujours payer ?

L’immigration n’est pas un crime, la solidarité n’est pas un délit !

Campagne in lotta




Source: Mars-infos.org