Camille Halut, au mégaphone, en train de donner des conseils aux manifestants en cas de garde à vue, le 23 février 2019 à Montpellier, lors de l’acte 15 des gilets jaunes

Camille Halut, observatrice des manifestations (principalement) montpelliéraines pour la Ligue des Droits de l’Homme, subit depuis de nombreux mois pressions, intimidations, violences et poursuites judiciaires qui visent à l’empêcher de mener à bien sa mission. Après un procès fantoche en octobre dernier pour une entrave imaginaire à la circulation , pour lesquels elle avait été relaxée, Camille comparaissait de nouveau au mois de décembre 2019 pour des faits supposés de dissimulation de visage, de rébellion et de violence sur personne dépositaire de l’autorité publique (ainsi que pour avoir refusé le prélèvement de son ADN et de ses empreintes, tout comme d’être photographiée en Garde à Vue), comme nous le racontions ici.

Le verdict est tombé ce jeudi 16 janvier 2020 : Camille est relaxée de tous les chefs d’inculpation. Arrêtée pour « dissimulation de visage » alors qu’elle portait son matériel de protection autour du cou, le parquet avait lui-même fait tomber ce chef d’inculpation dès le procès. Mais alors, son refus de se plier aux prélèvements biométriques coulait de source, puisque la garde à vue reposait sur une fausse accusation. Quant à la rébellion et aux violences qui lui étaient reprochées, la justice n’a pu que reconnaître que les déclarations des policiers et notamment de Patrice Buil, commissaire divisionnaire de Montpellier qui chapeaute souvent le maintien de l’ordre en manifestations, étaient remplies de contradictions (pour ne pas dire des mensonges). Implicitement, c’est bien une volonté de faire obstacle par tous les moyens à la mission de Camille qui a été soulignée.

Une volonté de censure

Ce procès s’inscrit dans un processus de pressions et d’entraves croissants à la mission des observateurs de la LDH, comme des journalistes indépendants, par la police et la justice. C’est donc dans ce contexte que la Legal Team de Montpellier vient de publier un second rapport, spécifiquement consacré à ces diverses entraves qui constituent manifestement une « volonté de censure » de la part des autorités.

En effet, les rapports de la LDH sur le maintien de l’ordre en France documentent avec constance et précision les dérives de nos gouvernements successifs vers plus de répression et des restrictions croissantes des libertés publiques. Les images et les témoignages des observateurs et observatrices de la LDH permettent aux personnes qui ont subi des violences de la police de faire valoir leurs droits face à la justice. Récemment, la LDH de Montpellier a aussi permis, grâce à ses images, la libération de prison d’un Gilet jaune qui avait été incarcéré après une comparution immédiate sur la base de témoignages – mensongers – de policiers.

On comprend donc que ces observateurs et observatrices dérangent. Comme le dénonce ce dernier rapport, les « pressions policières exercées » à leur encontre « se sont diversifiées et renforcées au cours de l’année 2019 à Montpellier », que ce soit durant les manifestations ou en-dehors, via des procédures judiciaires montées de toutes pièces.

Violences, menaces, fichage : la police n’aime pas qu’on la regarde

Violences verbales et physiques, menaces, intimidations, fichage systématique, saisies, dégradations et destructions de matériel… Le rapport revient en détail sur toutes les manières que peut avoir la police pour empêcher le travail de celles et ceux qui documentent, au nom des plus élémentaires principes démocratiques, la façon dont elle fait usage de la force.

On retient notamment les agressions physiques à coups de bouclier contre Camille ; le braquage d’un LBD à bout portant sur deux observateurs, dont Camille, qui venaient de rappeler ses droits à un photographe violemment pris à partie par un policier qui a ensuite tourné son arme vers la LDH et tenté de s’emparer de leur caméra ; ou encore de ces policiers maîtres-chiens, devant un lycée, qui ont assoupli la bride de leurs molosses pour qu’ils se jettent sur une autre observatrice, qu’on entend crier de douleur sur sa vidéo.

Des hauts-gradés aux premières loges de ces dérives

Cette violence, loin d’être accidentelle, fait système. Le rapport documente précisément le nombre de fois où les policiers incriminés n’arborent pas leur RIO et refusent de le communiquer à la demande de la Legal Team. Plus grave, encore : nombre de ces exactions se passent sous les yeux de hauts-gradés, quand elles ne sont pas directement de leur fait. On retiendra ces propos du chef de la CDI 34, bien connu des manifestants montpelliérains, qui considère Camille comme « une extrémiste » qui, en filmant les policiers et en réclamant qu’ils affichent leur RIO (c’est une obligation légale), serait dans la pure « provocation ».

Le procès dont nous recevons le verdict aujourd’hui avait également vu Camille confrontée au Patrice Buil précédemment évoqué, un autre haut-gradé empêtré à la barre dans ses fausses déclarations et ses revirements constants, démontrant bien que toutes ces dérives ne sont pas des phénomènes isolés ou accidentels, mais une entreprise coordonnée d’entrave, par tous les moyens, à la documentation des violences policières.

Et personne n’a oublié la première interaction, filmée, entre Camille et le chef de la BAC de Montpellier, en janvier 2019, signalée à l’IGPN et qui a été l’un des déclencheurs du harcèlement policier subi par la jeune femme.

Mais la LDH rend coup pour coup – sur le terrain judiciaire, évidemment – et nombre des cas documentés dans le rapport ont donné lieu à des signalements auprès de l’IGPN et de la justice dont nous ne doutons pas une seule seconde qu’elles ne pourront que s’emparer de ces faits et les condamner avec la plus grande sévérité. Le contraire serait un terrible aveu.


Article publié le 16 Jan 2020 sur Lepoing.net