Introduction

Cela fait plus de six mois que le maréchal Haftar continue son offensive armée contre la ville de Tripoli, sans succès, pensant la conquérir en quelques jours pour s’y installer. La situation stagne, malgré une intensification des combats, des bombardements et du nombre de morts chaque jour, les troupes de Haftar n’ont pas avancé d’un kilomètre. Le silence des pays occidentaux, celui particulier de la France, à propos de la situation libyenne, et l’inertie diplomatique apparente laissent entendre que c’est un « dossier » sensible à traiter discrètement. La France joue double jeu, comme la communauté internationale, officiellement « il n’y a pas de solution militaire en Libye » et officieusement on apporte un soutien logistique et militaire à Haftar. Le président français Macron reçoit le Premier ministre Faïez Sarraj, reconnu par les Nations Unies, en tête à tête comme s’il s’agissait d’une rencontre privée et ensuite, il s’entretient avec le Maréchal Haftar en présence du ministre Le Drian qui affiche son soutien sans faille.

L’état des lieux

L’attaque militaire sur Tripoli par l’armée du maréchal Haftar le jeudi 4 avril, a fini par devenir une véritable guerre en cours depuis plus de six mois et qui risque de durer ; elle a fait au moins 1100 morts et 5000 blessés. Selon l’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salame, sa mission aujourd’hui est d(aider, de nourrir, de loger à peu près 80 000 personnes, sur les 120 000 qui ont besoin d’aide. Et ces chiffres ne tiennent pas compte des 130 000 personnes réfugiées en Tunisie, ni celles qui ont trouvé refuge chez des membres de leur famille. En plus des victimes directes de la guerre, il y a évidemment les « dégâts collatéraux » comme le raid aérien qui a fait plus de 40 morts dans un centre de détention de travailleurs migrants près de Tripoli, centre de Tajoura, dans la nuit du 2 au 3 juillet, où au moins 150 migrants ont également été blessés dans cette attaque menée par les forces du Général. Ce centre de détention abritait environ 600 migrants, en majorité Érythréens et Soudanais. Sans parler des bombardements répétés sur l’aéroport et d’autres infrastructures civiles comme les hôpitaux ou les écoles.

Cette guerre a porté le coup de grâce au processus de négociation conduit par l’émissaire spécial des Nations unies, Ghassan Salamé. Mais l’opération a révélé également le vrai visage de la politique étrangère de la France : mensonge, hypocrisie, mépris de la population libyenne et réelle volonté politique coloniale. Même si le gouvernement français réfute officiellement son implication et désapprouve du bout des lèvres la solution militaire en affichant son soutien verbal à la médiation de l’ONU et au gouvernement de Tripoli, c’est en partie à cause de la France que Haftar a réussi à se présenter comme protagoniste crédible, « une réalité du terrain » selon le jargon militaire, faisant partie de la solution et non pas du problème dans le conflit libyen.

France – Libye

La Libye est un véritable casse-tête pour la politique française qui a toujours gardé un œil sur cet immense territoire, près de trois fois plus grand que la France, en regrettant toujours de ne pas avoir pu coloniser ce pays, tout du moins d’avoir eu l’occasion de rester dans le Fezzan, au sud. Peu de monde sait où se trouve ce pays, encore moins écrire son nom avec ou sans Y, il est souvent confondu avec le Liban. Selon les manuels scolaires français, la Libye ne fait pas partie du Maghreb alors qu’elle est située géographiquement en Afrique du Nord et si elle ne fait donc pas partie des colonies françaises, elle en jouxte quatre d’entre elles. L’intérêt de la France pour cette région n’est pas dû seulement à des circonstances ponctuelles ou seulement aux intérêts économiques sur le pétrole par exemple, puisque Total y est déjà implanté ; son projet est l’expansion de son territoire en Afrique afin de sécuriser au maximum cet espace vital et assurer son accès à l’uranium et autre matière première nécessaire aux capitalistes et fabricants d’armes. Claude Bartolone, ex-président de l’Assemblée Nationale a eu cette phrase lumineuse concernant l’arme la plus puissante au monde : « L’arme nucléaire fait partie de l’identité de la France comme le fromage » ; la route qui mène aux prés des vaches passe par le Fezzan limitrophe du Tchad, du Niger, de l’Algérie et de la Tunisie.

Dès 1942, la France avec les Alliés prévoient la récupération et le partage de ce vaste territoire sous possession italienne depuis 1911. Après une série de succès et revers face à la coalition germano-italienne, la colonne « Leclerc » venue du Tchad occupe le Fezzan, puis fait sa jonction à Tripoli avec la VIIIe armée. Janvier 1943 marque le début d’une administration militaire de la Libye partagée entre l’Angleterre, les États-Unis et la France. Les Français portent immédiatement leur attention et intérêt exclusifs au Sud sur la province du Fezzan. Une des trois provinces traditionnelles de Libye, le Fezzan est une zone aride, parcourue de villages, d’oasis et de petites agglomérations, à l’époque on ignore encore les richesses du sous-sol en pétrole et en eau, sans parler des richesses archéologiques et artistiques : un véritable musée à ciel ouvert de peintures et gravures rupestres préhistoriques. Les autorités militaires françaises mettent à profit l’intérêt « défensif » que représente le contrôle de cette façade pour leur « domaine » nord-africain. De plus, le sud de cette vaste région couvre le nord du territoire tchadien ; de fait, dès 1943, des voies de communication, terrestres et aériennes, relient directement Tunis à l’Afrique française par le massif du Tibesti. Pour la France, le Fezzan ne doit en aucun cas devenir une zone de repli à la fois pour les fellaghas tunisiens et pour les rebelles algériens qui mènent l’insurrection dans les Aurès. L’occupation étant réalisée sur le terrain, il s’agit désormais pour les Français de faire entériner leur présence dans les règlements d’après-guerre. Mais le 21 novembre 1949, l’Assemblée des Nations Unies vote l’unité et l’indépendance de la Libye et le 24 décembre 1951 naît le Royaume-Uni de Libye.

Avant même la proclamation d’indépendance, la France a négocié deux accords provisoires avec la Libye : financier le 12 novembre et militaire le 24 décembre 1951. Ces accords renouvelables tous les six mois devaient aboutir à la signature d’un véritable traité d’alliance entre les deux États, ce qui n’a jamais été signé, en revanche le nouvel État a conclu avec la Grande-Bretagne un traité d’alliance et d’amitié (29 juillet 1953) et, avec les États-Unis, un accord de défense mutuelle (9 septembre 1953 mais rien pour la France.

Le Fezzan

Depuis 2011, le Fezzan est agité par des tensions économiques, communautaires, des conflits d’intérêts entre divers groupes qui cohabitent dans cette zone du pays (Toubous, Touaregs, Arabes, diverses populations immigrées, de passage vers la côte). Ils sont en concurrence pour le contrôle de villes importantes comme Ubari, Sabha, Murzuq, Al-Gatroun, (axes routiers où passent la plupart du trafic des ressources économiques), pour le contrôle des puits de pétrole et pipelines, également pour le contrôle de l’eau qui est acheminée par d’énormes pipelines vers Tripoli, Benghazi et les autres villes de la côte libyenne. Des affrontements réguliers ont eu lieu entre Toubous et communautés arabes, en février et en mai 2018, à Sebha, principale ville du Sud. Les divisions politiques après 2014 ont favorisé le développement d’organisations armées, de djihadistes radicaux et de groupes de trafiquants en tout genre : armes, pétrole, drogues, ferraille et même jusqu’aux travailleurs considérés comme des marchandises. C’est en prenant ce prétexte (la dégradation des conditions de sécurité) que les forces du gouvernement d’entente nationale de Sarraj ont lancé une offensive contre le fief de Daesh à Syrte, en mai 2016 et ont bénéficié d’un soutien aérien américain à partir du 1er août 2016. La ville de Syrte a été reprise le 7 décembre 2016 par les forces armées de Misrata qui ont rejoint les forces gouvernementales et ont payé le prix fort en pertes humaines avec des milliers de jeunes morts sous les tirs de Daesh ; des centaines de djihadistes ont fui vers le Sud avec armes et bagages, ce qui a favorisé le développement de « l’instabilité » et les conflits armés dans ces zones. Malgré la fin officielle de l’État islamique et leur défaite à Syrte, la Libye continue de faire face à la menace de groupes violents, comme en témoignent les attentats attribués à Daesh contre le siège de la Haute commission électorale, à Tripoli, au début du mois de mai 2018 et contre le Ministère des Affaires étrangères libyen le 25 décembre 2018. Ce contexte a permis au maréchal Haftar de continuer son travail de nettoyage idéologique contre le « terrorisme » qui lui sert d’alibi et de prétexte pour arriver au pouvoir, sa mission déclarée auprès de ses parrains du golfe.

Le 13 janvier 2019, son armée a lancé l’opération « Enfer des Sables » dans le Fezzan, qui a permis d’éliminer plusieurs groupes supposés terroristes et de « sécuriser » le Fezzan. Cette opération « Enfer des sables » a pour but apparent de lutter contre le terrorisme et les groupes armés étrangers mais en réalité, c’est une opération commandée, plus ou moins orchestrée par la France, pour défendre ses propres intérêts dans la région et sécuriser les zones frontalières du Tchad et du Niger.

L’ingérence

Les Émirats Arabes Unis, l’Égypte, l’Arabie saoudite, la France, la Russie et d’autres pays ont, depuis 2014-2015, soutenu les exactions militaires menées par Haftar, souvent au mépris de l’embargo international sur les armes en vigueur depuis 2011. La volonté de lutter contre l’Islam radical n’est pas la principale raison de l’intervention de la plupart de ces États en Libye. Du fait de cette préoccupation sécuritaire apparente qui fait consensus, on dissimule les vraies motivations économiques, coloniales, hégémoniques et idéologiques. Les ingérences étrangères directes ou indirectes, bien que d’une ampleur inférieure à celles à l’œuvre en Syrie, Irak et au Yémen, sont la raison essentielle des crises successives. Khalifa Haftar peut se prévaloir de ses soutiens ainsi que celui de Donald Trump lui même. Certains interviennent directement dans le conflit par des bombardements ou des livraisons d’armes à son profit. La guerre déclarée par le maréchal Haftar, amalgamant l’islam politique, l’islam radical et djihadiste, rejoint en effet les objectifs de ces pays d’éliminer ce courant politique -les Frères musulmans- de la scène régionale. La France, sous couvert de lutte contre le « terrorisme » a également longtemps soutenu le maréchal. La France se contente de déclaration verbale de type « nous sommes vivement préoccupés par les affrontements se déroulant en Libye » et d’ailleurs, ils continuent à être vivement préoccupés ! La délégation de l’Union européenne pour la Libye a diffusé, un communiqué conjoint avec les ambassades des États membres exprimant leur « profonde préoccupation » et rappelant, selon la formule rituelle, qu’« il n’y a pas de solution militaire en Libye » et le massacre continue autour de Tripoli.

La France, marchand d’armes

Lors d’un forum public au Burkina Faso, l’armée française et sa présence en Afrique ont été mises en question par une jeune étudiante, Macron a hystériquement répondu à l’assistance qu’ils devraient applaudir les soldats français dans les rues africaines. Macron est un personnage fasciné par l’armée et les jouets militaires, en 2017, il est monté sur un « tank » pour son investiture, ensuite il a multiplié les rencontres avec les militaires. Depuis au moins 2014, la France est impliquée fortement mais de manière discrète dans le soutien et le renforcement du maréchal Haftar, misant sur sa capacité militaire pour rétablir l’ordre en Libye, sécuriser les zones frontalières au Sud et combattre les groupes « terroristes » qui bénéficient de la crise et de la confusion générale pour contrôler le maximum de territoires. Dans le même temps, le gouvernement français soutient officiellement le processus de paix en Libye mené par l’envoyé spécial de l’Onu, Ghassan Salamé. Les autorités françaises n’ont jamais reconnu officiellement les fournitures d’armes et l’envoi de militaires, officiers et conseillers afin de soutenir les forces de Khalifa Haftar. L’implication directe et indirecte de la France qui a mis au service de Haftar ses avions de surveillance et de reconnaissance, ces officiers et experts en tout genre vient confirmer la continuité de la politique française en Libye depuis 2011. Ce n’est donc pas l’alliance forcée et de circonstance dans laquelle la France est insérée avec les pays du Golfe qui détermine sa politique en Libye, même si la France n’a pas les moyens de s’opposer à la volonté des rois de l’or noir, surtout quand ils sont soutenus par les Américains. Le président américain D. Trump a justifié récemment son soutien à l’Arabie saoudite en disant : « They have nothing but cash » -ils n’ont rien excepté du cash- et en ajoutant que ce pays a acheté pour 450 billions de dollars d’armement et autres marchandises et donc que c’est un client qu’il ne faut pas perdre ! Ce type d’argument fonctionne dans le monde entier même si les sommes sont plus modestes, surtout quand on gouverne un pays comme un chef d’entreprise. La France fait son entrée sur le podium mondial des ventes d’armes en 2017 à la troisième place. Avec 5,2 milliards de dollars de livraisons, la France n’est devancée que par les États-Unis (26,9 milliards de dollars) et la Russie (7,2 milliards). Sur les dix prochaines années, les opportunités de ventes d’armes sont estimées à 27 milliards de dollars en Arabie Saoudite, 14 milliards aux Émirats Arabes Unis. Le 18 avril, les élus du Parlement européen ont voté la création d’un fonds de 13 milliards d’euros pour financer la recherche et développement (R&D) militaire, en d’autres termes pour la fabrication de nouvelles armes avec le budget communautaire, sans aucun contrôle commun sur leur future exportation. Ce dispositif vise à soutenir la coopération entre les industries d’armements des différents États membres, officiellement pour contribuer à renforcer l’autonomie stratégique de l’Union européenne. Deux programmes pilotes sont déjà en cours avec un budget de 590 millions d’euros pour 2017-2020 et 13 milliards sont proposés pour le Fonds de défense 2021-2027 (soit plus que le budget d’aide humanitaire, doté de 11 milliards). En 2014-2018, les cinq plus grands exportateurs sont les États-Unis, la Russie, la France, l’Allemagne et la Chine. À eux seuls, ils représentent 75 % du volume total des exportations d’armement. L’Arabie saoudite est devenue le premier importateur d’armement au monde avec une augmentation de 192% par rapport à 2009-2013. Les importations d’armement de l’Égypte, troisième plus grand importateur, ont triplé (206%) entre 2009-2018. En 2017, la France a livré pour 1,4 milliard d’euros d’armes à l’Arabie Saoudite.

On comprend mieux l’influence que peut avoir un tel marché sur la politique étrangère française et cela explique pourquoi elle soutient les alliés de ces pays ; et surtout si le soutien au maréchal Haftar contribue à défendre l’espace vital de la France en Afrique et permet de peser face à l’Italie qui tente de chasser sur ce territoire réservé. Les interventions militaires françaises en Afrique constituent le meilleur moyen de faire la promotion du matériel français. Ainsi l’avion Rafale n’aurait sans doute pas pu être vendu en 2015 à l’Égypte puis à l’Inde et au Qatar sans les interventions en Libye (2011) et au Mali (depuis 2013). La France a soutenu longtemps en sous-main Haftar, considéré comme un allié solide pour défendre ses intérêts stratégiques et pour lutter contre le terrorisme. Le 20 juillet 2016, la mort de trois sous-officiers du renseignement en mission à l’Est de Benghazi, dans un « accident d’hélicoptère », a contraint la France à reconnaître pour la première fois la présence de soldats français en Libye, alors que jusqu’ici le gouvernement se bornait à expliquer que ses avions militaires survolaient le pays pour collecter du renseignement sur les djihadistes de l’organisation État islamique. Récemment, le ministère des armées a reconnu, mercredi 10 juillet 2019, que les quatre missiles antichars Javelin de fabrication américaine, découverts fin juin à Gharian, au sud-ouest de Tripoli, sur une base précipitamment désertée par les forces du maréchal Khalifa Haftar, avaient bien été « achetés par la France aux États-Unis ». L’information, révélée par le New York Times, contraint le gouvernement français, à mentir une nouvelle fois, à justifier sa politique en Libye, où sa proximité avec l’Armée nationale libyenne (ANL) de M. Haftar. Les quatre missiles Javelin –dépourvus de lanceurs –avaient été découverts par les forces loyales au GAN parmi un stock d’armes, dont des drones d’attaque de fabrication chinoise, délaissé le 26 juin par les soldats M. Haftar, qui avait dû battre en retraite à la hâte sous le feu d’une attaque surprise. On sait également que c’est le président Macron qui a offert au maréchal une reconnaissance internationale en l’invitant, sur un pied d’égalité avec le Premier ministre Serraj, à La Celle-Saint-Cloud en 2017, que Jean-Yves Le Drian s’est déplacé à plusieurs reprises, à Benghazi, pour rencontrer Haftar. Dans son entretien du 2 mai 2019, JY Le Drian déclare : « Haftar a lutté contre le terrorisme à Benghazi et dans le Sud de la Libye, et cela était de notre intérêt, celui des pays du Sahel, celui des voisins de la Libye. Je soutiens tout ce qui sert la sécurité des Français et des pays amis de la France. » La France, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, a toujours signé les déclarations de l’ONU affirmant que le gouvernement d’entente nationale de Tripoli était le seul organe légitime. Et en même temps, l’armée française envoie des forces spéciales à Benghazi pour appuyer l’opération militaire de Haftar. « Barkhane, nous coûte extrêmement cher. Le seul moyen de mettre fin à cette opération, c’est de parvenir à la stabilité de la Libye. Et, pour ça, l’exécutif a fait le choix de Haftar », révèle un ancien conseiller de Jean-Yves Le Drian.

Conclusion

Le conflit actuel entre Haftar et le gouvernement de Tripoli est un conflit formel, c’est un conflit de pouvoir, de légitimité qui pourrait se régler par une banale médiation (conférence internationale, élections, …). Peu importe l’issue du conflit, mais au service de qui sera le nouveau pouvoir ? Le véritable problème c’est l’inégalité sociale, l’injustice, la corruption, l’incompétence, l’appropriation des richesses communes, le chômage, l’exploitation des femmes, des travailleurs immigrés, la destruction des services publics, la dégradation de la vie quotidienne sous tous ses aspects.

Malgré notre confiance absolue et sans faille dans la capacité des gens à se lever, se révolter et s’organiser dans des moments historiques inattendus, on observe actuellement une société libyenne à terre, battue, vaincue et soumise aux événements, qui attend que cela passe, que tous ces hommes armés cessent de s’entretuer et qu’émerge une solution. Les politiciens parlent de démocratie, justice, dignité, patriotisme … La population libyenne, elle, parle de travail, de salaire, d’eau, de médicaments, d’électricité, d’éducation, de transports, d’essence, du lait, des pâtes, de la farine, …. c’est un autre monde réel qu’il faut affronter et transformer.

Dans certains milieux intellectuels arabes, l’explication à cette situation catastrophique s’appuie sur la théorie de Max G. Manwaring, ex-officier de la CIA sur la guerre de quatrième génération -4GW- dont l’objectif n’est plus de détruire l’armée d’un pays, ni sa capacité militaire, mais de viser l’épuisement et l’érosion lente et régulière de la société, de déstabiliser les structures sociales économiques et politiques, de réduire toutes les capacités de l’État ennemi en l’assiégeant de tous côtés par des oppositions locales avec la stratégie d’activer un front et d’en calmer un autre, pour une guerre sans fin. En apparence, ce serait le scénario des « printemps » arabes et des événements actuels au Venezuela, à Hong Kong, en Iran, etc. mais cette vision, n’est qu’une construction sur mesure a posteriori qui peut correspondre à des événements qui ont déjà eu lieu. De cette façon, on explique les faits historiques par des facteurs extérieurs uniquement, les sociétés, les profits capitalistes, la corruption, les collaborations intéressées, n’en seraient pas les causes. Cette explication ne peut pas s’appliquer à la situation libyenne de par la diversité des ingérences extérieures, leur divergence d’intérêts et la complicité d’une classe libyenne. De fait, la responsabilité de cette situation incombe à la société libyenne et c’est pour cette raison qu’elle pourra s’en sortir.

Certes la vie en Libye n’est pas rose mais le ciel est bleu…, proverbe à inventer pour donner un peu d’espoir à une population asphyxiée par la violence et la fureur des armes, par les intérêts d’une élite financière qui se fiche pas mal des pauvres citoyens, par un obscurantisme ténébreux utilisant les sentiments religieux de la population pour la manipuler.

La vie n’est pas rose, mais le ciel est bleu car il reste toujours la possibilité d’un éveil, d’une révolte, de dire non d’une manière ou d’une autre, le chapitre n’est jamais clos. Si l’individu est conditionné par les lois de la biologie ordinaire, sa mort transforme obligatoirement sa vie en destin ; la société échappe à cette fin tragique, elle ne meurt jamais et son destin est entre ses mains, en perpétuel mouvement.

Saoud Salem, OCL Toulouse, 19 septembre 2019


Article publié le 22 Oct 2019 sur Oclibertaire.lautre.net