Avril 1, 2021
Par Manif Est
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À la mi-octobre, nous étions 350 militant·e·s à défiler dans les rues de Nancy, afin de réclamer la fermeture de la nouvelle librairie d’extrême droite, qui venait d’ouvrir en vieille ville.

Une belle première mobilisation, unitaire et colorée : syndicalistes (dont les SUD-Solidaires évidemment), antifas, féministes, pacifistes, gilets jaunes, politiques, etc. Un cortège dynamique, revendicatif et déterminé.

Nos objectifs étaient d’alerter les citoyen·ne·s sur le fait qu’une telle « librairie enracinée » n’est qu’un point de fixation qui va maintenant permettre aux organisations fascistes locales de s’organiser, de se réunir et de proposer des soirées aux idées dangereuses et nauséabondes, voire aussi d’être un point d’ancrage aux expéditions punitives comme cela se passe dans d’autres villes. Les fondateurs le veulent d’ailleurs comme un « lieu de vie ». Avec toutes les thématiques que l’on combat tou·te·s jour après jour : nationalisme, racisme, sexisme, homophobie, « Éloge du patriarcat », etc. Et ceci n’est pas qu’une crainte. Les militant·e·s confronté·e·s à de tels locaux (Lyon, Strasbourg, Lille…) le savent malheureusement bien. Mais les Nancéien·ne·s devraient aussi s’en souvenir. N’oublions pas que la gentille « Librairie lorraine » installée pendant plus de vingt ans de l’autre côté de la même rue et gérée par le régionaliste et candidat FN Jean-Marie Cuny (un des trois parrains de cette nouvelle librairie) avait servi en octobre 1998 à la co-organisation et à la réservation d’un concert nationaliste de Rock identitaire français (RIF), sous la houlette du FN jeunesse.

Et les ventes, rayonnages et autres commandes des deux libraires sont sans aucune ambiguïté : les revues « Terre et peuple » des païens et identitaires réunis autour de Pierre Vial, « Élément » de l’intellectuel politique d’extrême droite et chef de file du GRECE Alain de Benoist, « Réfléchir et agir » qui gravite dans les eaux troubles des identitaires et des païens, « Faits et documents » obnubilée par les lobbies (comprenez évidemment « juifs ») sous la houlette de feu Emmanuel Ratier. On y retrouve aussi bien sûr les livres des amis de l’Algérie française, d’Alain Soral, des complotistes, des islamophobes, les BD du dessinateur nationaliste et antisémite Marsault ou enfin les ouvrages de l’intégriste Monseigneur Lefebvre, du collaborationniste Pierre Drieu La Rochelle ou de l’antisémite Charles Maurras, etc.

Quelques jours après l’ouverture, la vitrine du commerce des deux fondateurs (Alain Forget et Sylvain Durain) a déjà été recouverte d’affichettes militantes, anonymes et claires : « Féministes internationalistes », « Fachos dégagez », « Les réfugié·e·s sont les bienvenu·e·s », « Non à la librairie facho ! », etc. Puis, en décembre, la Ligue des droits de l’homme (LDH) et le Syndicat des avocats de France (SAF) ont protesté auprès de la mairie de Nancy qui avait référencé, sur son site web, cette librairie qui met en avant ces idées d’extrême droite. Sous la pression, la mairie a alors fait marche arrière, a retiré cette librairie de son référencement en parlant d’« erreur ».

Depuis, début février, cette caricature de librairie a affiché son détestable soutien aux fascistes de Génération Identitaire (alors menacés de dissolution par le non moins réactionnaire Darmanin), en gros, sur sa vitrine. Le préfet, qui semble si soucieux de protéger la vieille-ville des manifestant·e·s, va-t-il attendre un gros dérapage de la clientèle de cette librairie pour intervenir ?

La riposte antifasciste nancéienne doit maintenant s’étoffer, comme elle a fortement existé dans les années 90, 2000 et 2010, avec l’important travail, pendant ces années-là, des militant·e·s du CAFAR/Ras l’front-Nancy, des No Pasaran, et de collectifs comme la East Side, la Faction Est ou encore le BAF-Nancy ! Les antifas ont su le faire, alors Nancy, ville toujours antifasciste, doit continuer à prendre cette question à bras le corps !

Article paru dans SUD éducation Lorraine Info n°43, avril 2021




Source: Manif-est.info