Photo D. R

C’est un chiffon de tristesse que l’on agite d’un geste désabusé. Des colliers de sueur y perlent encore. Je les repérais à un kilomètre à la ronde ceux ou celles qui traversaient la Place Garibaldi, le nez au vent. Et je me disais : Ils sont trop libres, ces gens-là !

Un immense soupir se dégageait d’eux comme un nuage et je les imaginais grimper une montagne, celle de la liberté. Mais ils ont disparu de ma vue, ils sont passés de l’autre côté. Oh, je sais, ils sont probablement reparus devant moi masqués, quasi invisibles, tandis que je rêvais que chaque masque ait quelque chose à dire, délivre une missive… Mais la plupart du temps, le masque n’affiche rien parce qu’il n’a rien à afficher sinon son aspect utilitaire, sanitaire ou vaguement décoratif et quelque part c’est plutôt formidable que tout le monde soit à la même enseigne, jeunes, vieux, beaux, laids, riches ou pauvres.

Sans doute un jour, puisque toute histoire a une fin, une foule de gens iront jeter leurs masques à la poubelle, ce qui n’est pas du tout poétique.

J’aurais tout de même assisté à cet étrange striptease du masque qui se décolle du visage grâce à un geste devenu précieux, voire théâtral, avec juste cette excuse « Pardon, je suis en train de respirer ».

N’enjolivons pas trop nos masques de peur de trop nous y attacher. Acceptons de porter le même à des milliards d’exemplaires. A des années lumières, qui sait, quelques extra-terrestres observent le phénomène. Et si les poètes devaient se retourner dans leurs tombes, gageons qu’ils rejoindraient la foule des anonymes qui d’un hochement de tête, quelques clignements d’œil ou mouvements du corps créent un nouveau langage.

Eze, le 22 Août 2020

Evelyne Trân


Article publié le 24 Août 2020 sur Monde-libertaire.fr