Septembre 14, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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Il y a un peu plus d’un an le Liban faisait tragiquement la une de l’actualité avec l’explosion meurtrière dans le port de Beyrouth. Dans le pays la colère populaire et les tensions sociales n’en finissent plus de monter.

Le 17 octobre 2019, la tension populaire au Liban a éclaté comme jamais auparavant. Les manifestantes et manifestants se sont précipité·es pour occuper les rues et remplir les places, entonnant des chants révolutionnaires revendiquant la chute du système.

Après une série d’incendies qui venaient de ravager plusieurs régions libanaise le 14 et le 15 octobre, provoquant de graves dommages humains, matériels et environnementaux, notamment à cause de la négligence et de l’effondrement de l’État dans la lutte contre les incendies, la décision prise par le ministre de la Communication, Mohammed Shoucair, d’ajouter une taxe sur l’application gratuite Whatsapp a été la goutte qui a fait déborder le vase pour les Libanaises et les Libanais, qui ont déclaré la guerre au régime, à ses mesures et pratiques injustes et oppressives.

Système confessionnel et sectaire

Ce minuscule pays, habité par environ 6 millions de personnes, n’avait pas encore subi les effets du Printemps arabe qui a bouleversé plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord depuis le début des années 2010. Les seuls mouvements de protestation importants pendant cette séquence ont été les manifestations centralisées de la capitale, Beyrouth, en 2015, violemment réprimées à plusieurs reprises par la police et par l’armée sous les ordres de l’ancien ministre de l’Intérieur Nuhad Al Machnouk.

Le Liban a toujours souffert de l’impérialisme, à l’image du régime au pouvoir, constitué des différents chefs de la guerre civile libanaise et de leurs partis politiques, divisés en deux camps  : d’une part les partis qui constituaient l’alliance du 8-Mars, fidèle aux régimes iranien et syrien, et d’autre part les partis qui formaient l’Alliance du 14-Mars, contrôlés par les pays du Golfe arabo-persique et les États occidentaux. Malgré leurs différences, tous ces partis ont une chose en commun  : ce sont des partis réactionnaires de droite qui se nourrissent du système confessionnel et sectaire.

Au Liban les «  trois présidents   » (le président de la République, le Premier ministre, et le chef du Parlement) sont sélectionnés selon leur confession, tandis que la scène politique est corrompue par les nombreuses interventions des institutions religieuses musulmanes, chrétiennes et druzes.

Depuis le déclenchement de la révolte du 17 octobre, les différents chefs de partis se sont précipités pour exploiter la rage populaire. Certains se sont mis à répandre de fausses accusations contre les manifestant·es, d’autres prétendaient être favorables aux revendications populaires et se faisaient passer pour une opposition, alors que leurs partis ont été présents au sein du gouvernement tout au long des trente dernières années.

Cependant, sur le terrain, le régime a eu recours à tous les moyens possibles pour tenter d’écraser les manifestations décentralisées. Ils ont déployé leurs agents dans les différentes régions, et quelques partis ont même déclenché une contre-révolution en incitant leurs sympathisants à attaquer les manifestant·es. Les résultats se sont révélés catastrophiques, avec de nombreux blessés du fait des forces de l’ordre et des mercenaires des partis.

De même, avec la succession des gouvernements, la chute de la livre libanaise et l’échec de l’État dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19, à laquelle s’ajoute sa responsabilité indéniable dans l’explosion tragique au port de Beyrouth du 4 août 2020, les tensions populaires n’ont fait que monter au sein de la population. Les partis et leurs sympathisants sont en quelque sorte exclus de la société libanaise.

En revanche, le pacifisme de plus en plus présent dans les manifestations, ainsi que le vibrant discours utilisé par le chef de l’armée Joseph Aoun, ont contribué à ce que la population tolère de plus en plus les pratiques répressives exercées par l’armée envers les manifestant·es, notamment à Tripoli, qui est à la fois la ville la plus pauvre et la plus acharnée face à la tyrannie de l’État, où l’armée tire des balles réelles, faisant des centaines de blessés et plusieurs martyrs du côté des manifestant·es.

Les organisations de gauche et révolutionnaires

Aujourd’hui, le pays fait face à une pénurie de pétrole notamment causée par la monopolisation exercée par l’État, ce qui engendre la formation de bouchons devant les stations service et, avec l’absence quasi-totale des transports en commun, la circulation au niveau national devient de plus en plus inaccessible. De même, les coupures d’électricité sont de plus en plus fréquentes.

La gauche libanaise a été largement affaiblie au fil des années. Après une série d’assassinats politiques des plus grands militants de gauche, et des décennies de campagnes de dénigrement menées par les politiciens conservateurs et sectaires, la plupart des partis de gauche, y compris le Parti communiste libanais, sont passés sous le contrôle de réactionnaires de droite, notamment le Hezbollah, qui incarne l’ingérence du régime iranien dans la politique libanaise. Ces mêmes partis tendent à s’allier à d’autres entités impérialistes comme la Russie et la Chine simplement parce qu’ils sont opposés aux pays de l’Ouest, malgré le fait que ces États commettent des atrocités similaires dans les pays en voie de développement.

Parmi les nombreux partis et organisations qui ont surgis de la révolte du 17 octobre, la plupart sont des organisations centristes ayant pour but d’arriver au pouvoir. Leur soutien populaire découle de leurs vibrants discours et slogans, alors que s’ils accédaient au pouvoir, leurs revendications modérées reproduiraient le système dont on essaye de se débarrasser.


Et c’est là que notre rôle réside en tant qu’anarchistes, avec comme objectif premier des diffuser les principes et les valeurs libertaires au sein de la population, à travers la participation aux différents réseaux sociaux et en traduisant des textes anarchistes en arabe. Nous avons ainsi pu attirer de nombreux individus qui sont en phase avec nos idéaux et étendre et répandre nos idées dans les différents milieux et régions du Liban.

Diffuser les textes anarchistes en arabe

Nous essayons également de répandre le concept de l’entraide, en théorie comme en pratique. Nous avons ainsi réussi à établir une cantine communautaire à Bourj Hammoud, l’un des endroits les plus pauvres de la capitale. Sur le terrain nous sommes présents dans les manifestations dans toutes les régions, tout en affichant des emblèmes et des slogans anarchistes, que l’on peut voir partout sur les murs de Beyrouth. Et en dépit de l’emprisonnement de plusieurs de nos camarades, nous resterons actifs sur le terrain et au sein de notre communauté, jusqu’à la libération totale de notre peuple et son émancipation de toute forme d’autorité.

Kafeh (organisation anarchiste basée au Liban)




Source: Unioncommunistelibertaire.org