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On prend les mêmes et on recommence

Dans ce contexte effrayant, plus d’un an après l’« ultimatum » de Macron, les libanais ont enfin un nouveau gouvernement. Le milliardaire Najib Mikati est donc l’heureux premier ministre du Liban depuis le 26 juillet 2021 après Mustafa Adib et l’abandon de Saad Hariri.

C’est après 13 refus, que le président de la république Michel Aoun, a enfin accepté la proposition de gouvernement Mikati III. Présenté le 10 septembre, il est composé de 24 ministres issus des partis traditionnels : 5 sunnites, 5 chiites, 2 druzes, 6 maronites, 3 grecs orthodoxes, 2 grecs catholiques, 1 arménien ….. Une seule femme, mais respecter la parité en plus des quotaz religieux aurait relevé de l’exploit.

C’est donc le 3e mandat pour ce premier ministre également déjà passé par le ministère des transports et travaux publics. Rappelons que Najib Mikati faisait parti des « cibles » de la révolte d’octobre 2019 (la thawra). C’est certainement à lui que le peuple pensait quand il scandait « tous ça veut dire tous ! » sous entendant que tous les dirigeants corrompus ayant versé dans le clientélisme et l’enrichissement personnel devaient dégager. D’après le classement Forbes, les frères Mikati sont les hommes les plus riches du pays. Pour la procureur Ghada Aoun, il s’agit des hommes s’étant le plus enrichis illégalement avec des subventions d’état. Qu’importe, Mikati est soutenu par la communauté internationale, notamment, les USA et l’UE dont la France. Il a d’ailleurs déclaré dans son discours d’investiture « former un gouvernement dont les tâches principales sont de mettre en œuvre l’initiative française [1], qui est dans l’intérêt du Liban ».

carte ” Pipe line Liban

Parmi les nouveaux ministres, que du classique, mis à part peut-être à l’information, où on a nommé George Khordahi, le présentateur vedette du « Qui veut gagner des millions ? » libanais (lol).

La personnalité phare étant le nouveau ministre des finances, Youssef Khalil, directeur des opérations financières de la banque centrale du liban (BCL) donc par conséquent en parti responsable de la crise financière. Il est très proche du « Madoff libanais », le gouverneur de la BCL Riad Salamé, actuellement en procès en France et en Suisse pour transferts illicites et blanchiment d’argent. Sa nomination interroge quand on sait que le challenge principal de ce gouvernement va être de négocier les aides internationales avec le FMI. Or le FMI est actuellement en désaccord avec le chiffrage des pertes de l’établissement public. Le FMI a ainsi soumis les comptes de la BCL à un audit juricomptable soupçonnant l’effacement de 63 milliards de dollars de perte par la déclaration de profits fiduciaires.

La crise du carburant submerge tout

Suite à la banqueroute, le Liban s’est retrouvé dans l’impossibilité de se procurer du pétrole. Il n’a plus la précieuse devise dollar pour payer les barils. Dès que la pénurie a pointé le bout de son nez, tout s’est emballé. Capitalisme oblige, le pétrole des libanais s’est retrouvé sur le marché syrien ou ailleurs, en tout cas, là, où on pouvait en tirer un prix correct. D’autres spéculateurs zélés ont caché le pétrole dans l’attente de la flambée des prix. Quant aux subventions … la BCL annonce le chiffre de 800 millions d’euros de subventions distribuées rien que sur le mois de juillet. Mais à quoi ont-elles servi ? Aucune amélioration n’a été constatée, dans cette région de producteurs et importateurs de pétroles, cette denrée reste introuvable.

Le point d’orgue de la crise a été atteint le 11 août lorsque la BCL a annoncé ne plus subventionner les importations de pétrole à cause de la diminution de ses propres réserves monétaires. Passer aux taux du marché, multiplierait les prix déjà exorbitants pour les libanais par 5. S’en est suivi un ridicule ballet entre le premier ministre par intérim Hassan Diab de l’époque et le gouverneur de la BCL. Alors qu’ils gravitent dans les mêmes sphères, chacun feint d’ignorer les intentions de l’autre. Selon Diab, Riad Salameh est un « irresponsable » et il ne suivra pas ses recommandations : les stations services devront continuer à pratiquer les mêmes prix. La BCL accuse la contrebande mais surtout la gestion « irraisonnée » du gouvernement prenant « la livre libanaise en otage » en refusant de faire les réformes nécessaires. Ce spectacle pourrait faire sourire si les conséquences pour la population n’étaient pas aussi dramatiques. Matière première par excellence, sans pétrole toute l’économie est à l’arrêt :

  • – le secteur des transports est paralysé
  • – l’électricité est rationnée car on ne peut plus alimenter les centrales électrique, les générateurs de courant et les pompes hydrauliques. Ainsi, le réseau public Electricité du Liban (EDL) ne fournit plus que 2h d’électricité par jour plongeant des quartiers entiers dans le noir car ceux qui possèdent des générateurs de secours n’ont pas le combustible pour les faire fonctionner.
  • – augmentation des prix des produit de première nécessité (médicaments inclus)
  • – pénurie de pain, car les moulins et les fours n’ont pas assez de combustibles
  • – toutes les filières productives et usines sont à l’arrêt, la plupart des restaurants, bars et autres commerces ont fermés, les employés ont été licenciés. Le taux de chômage dépasse les 40% de la population active.
  • – défaillance des hôpitaux dont les réserves de combustibles se tarissent. Le 14 août, l’hôpital américain de Beyrouth lance un appel à l’aide, leur communiqué prévoit que « des centaines de patients, adultes et enfants, […] mourront dans les semaines et mois à venir en l’absence de traitement adéquat » .
  • – l’absence de mazout compromet la distribution de l’eau et le ramassage des ordures.
  • – enfin les ruées de population sur les stations services ou les queues pour le pain ou l’accès aux citernes d’eau débouchent sur des affrontements et entraînent de nombreux blessés, des décès et l’intervention de l’armée.
mobilisations liban 2021

Des solutions géopolitiques ?

Face à la pénurie et aux 22h de black-out par jour que vivent les libanais, Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, multiplie les interventions : « Nous au Hezbollah nous sommes près à aller en Iran et à négocie avec le gouvernement iranien … nous achèterons des bateaux d’essence et de combustible domestique et nous les rapporterons au port de Beyrouth ». Compte tenue des sanctions internationales contre l’Iran, de l’embargo américain et des lois libanaises de droits de douanes, ces discours étaient restés des effets d’annonces depuis plusieurs mois. Mais, fin août, les hommes d’affaires chiites ont vu leurs initiatives commencer à se concrétiser : l’arrivée d’une première embarcation de pétrole depuis l’Iran pour approvisionner le Liban devenait chaque jours plus probable.

Les américains se sont alors inquiétés de voir l’Iran prendre le contrôle sur la région. Ils ont précipités les négociations avec l’Égypte et la Jordanie. Avec la Syrie, qui maintenant que la guerre civile touche à sa fin, cherche à reprendre une place au sein de la communauté internationale. Avec la banque mondiale également qui va financer le projet [2]. L’ambassadrice américaine au Liban, Dorothy Shea, a ainsi pu annoncer le plan : le territoire syrien servira de passage aux différentes sources d’énergie pour le Liban. Sont concernés par l’accord, le gaz naturel égyptien et l’électricité jordanienne. C’est ainsi que les USA passent outre les sanctions imposées à Bachar Al Assad et que pour la première fois depuis 2010 une délégation libanaise s’est rendue en Syrie le 4 septembre 2021. Cette coopération pour l’approvisionnement en énergie du pays a été bien accueillie par l’ensemble des partis libanais. Même le Mouvement du futur de Saad Hariri fervent opposant à la Syrie [3], s’est rendu à l’évidence : cette importation de gaz est nécessaire et va faire diminuer la facture des carburants de l’électricité entre 50 et 60 % .

En parallèle, en septembre, les premières citernes de fioul iranien arrivées au port syrien de Baniyas ont finalement traversée la frontière terrestre syro-libanaise. Les représentants du Hezbollah confirment également l’arrivée au port de Beyrouth d’un chargement de pétrole depuis l’Iran.

Enfin, le 16 septembre, une première cargaison de fioul irakien est arrivée au Liban. Il s’agit de carburant négocié entre les autorités libanaises et irakiennes et impliquant la compagnie pétrolière des émirats ENOC. L’arrangement vaut pour un an : le carburant pour les libanais et des achats de biens et services facilités pour les irakiens.

Malgré toutes ces tractations, au 17 septembre, la direction générale du pétrole a publié une nouvelle grille tarifaire : la hausse du prix du carburant atteint 350 % par rapport au début de l’année !

Mouvement sociaux

Depuis les mobilisations d’octobre 2019, des journées de grèves et de mobilisations ont régulièrement lieu dans tout le pays. Il s’agit souvent simplement de la population excédée qui descend dans la rue, comme par exemple le 12 août après les annonces de la BCL sur le pétrole, où des blocus sur tous les axes principaux du pays ont été spontanément mis en place, avec incendies de pneus et expropriation de camions de combustibles (si elle en déniche un). Notables aussi des manifestations devant des banques, certaines débouchant parfois sur des occupations. Concernant les mobilisations plus coordonnées elles sont nombreuses mais peinent à avoir un impact.

Soutien au sunnite Hariri

Sur le plan purement politique, les manifestations du 18 mars et du 16 juillet autour du premier ministre Hariri ont été des moments forts. Le 18 mars avait lieu un énième face à face sur fond d’ultimatums, entre Aoun et Hariri concernant la constitution d’un gouvernement. Saad Hariri, premier ministre à cette période intimant au président de la république d’accepter en l’état sa proposition de gouvernement ou de démissionner. Le président Michel Aoun, de son côté, demandant au premier ministre de revoir sa proposition ou de démissionner. Ce sera finalement Saad Hariri le premier ministre qui démissionnera le 16 juillet. Ces deux journées auront débouchées sur des affrontements dans les grandes villes (Beyrouth, Tripoli, Saada…) et à l’érection de nombreux barrages sur les routes de Beyrouth et les autoroutes de tout le pays.

Transport routier

Il faut dire que la mobilisation du 18 mars a été particulièrement réussie car coïncidant avec la grève des chauffeurs de camions. L’activité principale de ces derniers ayant lieu au niveau du port de Beyrouth, ils demandaient une indemnité pour les pertes subies lors l’explosion du port et les mois suivants.

Ce secteur est l’un des plus en avant dans les mobilisations, en effet, touchés de plein fouet par la pénurie d’essence et la hausse des prix du carburant, il manifeste assidûment depuis. Encore le 31 août une de leur grève massive bloquait le port de Beyrouth. Parmi les revendications, augmentation de leurs salaires, mise en place d’une indemnité de déplacement et le paiement de bourses scolaires pour leurs enfants.

Pharmacies

Un autre secteur particulièrement mobilisé est celui des pharmaciens en « grève générale et ouverte ». Les pharmacies sont ainsi soit totalement fermées soit n’ouvrent que pour les urgences médicales. Les journées de mobilisations principales (18 mars, 8 avril, 9, 15 et 23 juillet) des manifestations ont également lieu devant le ministère de la santé à Beyrouth.

L’histoire de la pénurie de médicaments au Liban est sensiblement la même que celle du pétrole. L’ordre des pharmaciens estime que des stocks de nombreux médicaments sont présents au Liban mais que les importateurs provoquent les pénuries dans l’attente de la fin du programme de subventions des produits de première nécessité [4]. Cette accusation est corroborée par les autorités ayant saisi des dizaines de tonnes de médicaments en rupture de stock dans les pharmacies.

Les pharmaciens expliquent « Cette décision a conduit les importateurs à considérer que la nouvelle tarification les amène à subir des pertes, et ils ont également cessé de livrer les médicaments subventionnés en raison du défaut d’ouverture de crédit bancaire (par la Banque centrale du Liban) ». Voilà, en toile de fond, toujours le même ballet entre BCL et gouvernement. Le conseil central de la Banque du Liban constatant que les factures des médicaments et fournitures médicales au premier semestre 2021 dépassent la facture totale de l’année 2020, a accusé le gouvernement libanais de mal gérer et a décidé de fermer le robinet. D’après le site l’orient le jour, la BCL n’aurait ainsi pas réglé 180millions de dollars, le site lebnanews, avance lui une estimation à hauteur de 445 millions de dollars. Du coté du ministère de la santé, on se justifie en invoquant la pandémie de covid 19.

En attendant les étals sont vides et l’ordre des pharmaciens :

  • – réclame la mise en place d’une nouvelle grille tarifaire prenant en compte le taux de change réel de la livre libanaise et non pas le taux officiel.
  • – dénonce les pénuries de médicaments.
  • – demande la publication par le ministère de la santé de la liste des médicaments qui continueront à être subventionnés par la Banque du Liban.
  • – dénonce la multiplication de médicaments de contrebande (importés de l’étranger, proposés via les réseaux sociaux etc ) sur lesquels aucun suivi n’est possible et qui peuvent potentiellement être trafiqués ou périmés.
  • – dénonce les agressions dont ils font l’objet suite aux pénuries de médicaments.
  • mobilisations Liban 2021 – 2

Profs et enseignants

Chez les enseignants, c’est simple : dans le public, l’État n’a plus les moyens de payer les salaires, dans le privé, les parents n’ont plus les moyens de payer les salaires. Ce corps de métier déjà traditionnellement parmi les plus mobilisés est donc régulièrement dans la rue. Les appels aux parents à les soutenir lors de journées sans élèves n’ont par contre pas rencontré de succès et durant l’été leur mobilisation a quelque peu faibli du fait des grandes vacances.

Énergie

Le 15 juillet, des actions sur plusieurs sites ont été rapportées : notamment le blocage de la centrale électrique de Deir Ammar pour protester contre les coupures d’électricité et un sit-in devant la raffinerie de Bedawni pour dénoncer l’augmentation du prix des carburants.

Fonction publique

Les syndicats de la fonction publique appellent régulièrement à la grève. Grosse journée de rassemblement devant des lieux symboliques le 26 mai à l’appel de la CGTL (Confédération Syndicale du Travail du Liban), du syndicat des travailleurs de l’EDL, celui de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, celui de l’office des eaux. Les avocats, l’éducation, les transports publics et les hôpitaux ont également participé. D’autres journées fortes comme le 17 juin avec la participation des dockers, employés de banque, transporteurs routiers ont permis de voir des marrées humaines déferler dans les rues.

Maintenant, les syndicats appellent directement à des semaines de grève générale. Il y a déjà eu la semaine du 30 juin au 9 juillet, puis celle du 28 juillet au 6 août. Dénonçant eux aussi la diminution de leur pouvoir d’achat, dans leur communiqué de fin juillet, ils s’affirment « épuisés » de ne plus pouvoir se soigner voire manger. Dans la liste des demandes, allègement des horaires, hausse des salaires, refus de la privatisation des entreprises publiques telle EDL, mise en place d’un plan de transport public pour les fonctionnaires, versement des sommes dues par l’état à la caisse nationale de sécurité sociale.

Espérons que les syndicats ne cessent pas les mobilisations avec la mise en place du nouveau gouvernement.

Commémorations du 4 août

Autre mobilisation remarquable, celle des familles des victimes de l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020. Celles-ci ont créé un comité et manifestent les 4 de chaque mois devant le tribunal avec les photos des victimes. Les prises de paroles demandent justice, certains font des incursions au domicile des ministres qu’ils jugent responsables. Dans cette affaire, l’immobilisme est de mise, les juges nommés sont démis de leur fonction s’ils font trop de zèle et les ministres appelés à se faire auditionner ne se présentent pas. Alors que l’Observatoire des droits humains a accusé « les multiples autorités libanaises de négligence criminelles par rapport à la loi libanaise » dans la gestion du nitrate d’ammonium,… au Liban on discute encore de la possibilité d’ôter l’immunité parlementaire aux hommes politiques en vue du procès.

Le 4 août 2021 pour la commémoration tous les partis politico-religieux ont appelés à se rassembler main dans la main dans le calme et la dévotion pour commémorer les victimes. Les autorités quant à elles, craignant une colère justifiée de la population, avaient pris les devants : Beyrouth avait été blindée, les routes bloquée, les contrôles aux voies d’accès intensifiés et les manifestants perquisitionnés.

Les différents cortèges ont convergé dans le calme devant l’entrepôt n°12 du port, là les participants ont observé la traditionnelle minute de silence. Quelques manifestants se sont ensuite dirigés vers la place des martyrs et le parlement où des heurts ont éclatés : jets de pierres, barricades enflammées… cela s’est poursuivit jusqu’à la nuit tombée, quand la police anti-émeute a décidé de dégager les manifestants plus violemment (canon à eaux, flashball…). La croix rouge à dénombré 50 blessés pour la journée, certains journaux en ont annoncés plus de 80.

L’armée bientôt mobilisée ?

Face à toutes ces mobilisations et prévoyant que la situation économique n’est pas prête de s’améliorer pour la population, la répression se fait de plus en plus forte sur le terrain. Mais surtout l’inquiétude grandit chez les dirigeants…

Fin août, le directeur de la sécurité publique libanaise, le général Abbas Ibrahim Askiyeh a ordonné à ses officiers de rester en alerte. Il a déclaré que « la crise que traverse le Liban risque de se prolonger » et leur a rappelé « votre devoir est de tenir ferme et d’être un barrage impénétrable pour protéger votre pays et votre peuple, car si l’État tombe, cela retombera sur tout le monde sans exception, et tout le monde sera au cœur du chaos et des tensions ». Il faut bien ce genre de discours pour galvaniser le libanais moyen qui s’est engagé dans l’armée pour avoir droit à une couverture maladie ! Mais il est à craindre pour la suite que l’armée et les forces de sécurité intérieure soient de plus en plus mobilisées pour mater les protestations sociales.

Résignation et exode

Si tous dénoncent la dégradation des conditions sociales et économiques du pays, il n’en reste pas moins que le sentiment de résignation semble l’emporter dans la population. L’une des conséquences de la crise actuelle au Liban est l’exode. Exode « organisée » pour les classes moyennes, fuite aux cotés des réfugiés syriens ou sur des embarcations de fortune pour les plus pauvres. Ainsi, les demandes de renouvellement ou d’émission de passeports sont passés de 300 à 7 000 par jours. Au mois d’août, 240 milles demandes de visa ont été déposées pour une population de 6 millions d’habitants. Parmi les professions principalement en partance, il y aurait les médecins et les enseignants. Énormément de jeunes dépités de l’échec de la thawra du 17 octobre 2019 et sans avenir quittent le pays. Pour eux, toute destination semble bonne à prendre : Europe et Amérique du Nord, mais surtout l’Afrique pour laquelle les visa sont plus faciles à obtenir.

C’est parmi les plus jeunes qu’il y avait le plus d’espoir de changer le système politique encore confessionnel. Apparemment, l’entreprise leur semble plus complexe à mettre en place qu’un départ sans retour pour un autre continent. On a l’impression que l’attachement des libanais à leurs communautés religieuses et aux partis associés ne leur permet pas d’imaginer un autre système politique.

Un régime confessionnel immuable

Rappelons qu’il existe au Liban 18 communautés officielles reconnues par l’état. L’une d’elle vous est assignée à la naissance (transmise par le père… mais les mariages mixtes sont impossibles). Votre statut juridique dépend ensuite de votre religion.

Les campagnes les plus progressistes de la thawra, ne demandaient pas l’instauration de la laïcité, que la religion rentre dans la sphère privée et que les lois soient les mêmes pour tous… non, les plus progressistes militaient pour qu’une 19e « religion » soit autorisée par l’état… une case « sans religion » à ajouter aux formulaires. Croire qu’ajouter une 19e catégorie permettra plus de vivre ensemble semble ubuesque, autant supprimer les 18 premières cases.

Mais il n’en reste pas moins que si vous êtes athées vous n’avez pas d’existence juridique et vous ne pouvez pas être représenté politiquement. En effet, pour rappel, la représentation politique dépend des accords de Taëf marquant la fin de la guerre civile et d’autres pactes politiques (certains uniquement de traditions orales). La répartition des sièges parlementaires est calculée au prorata de chaque confession, les ministères sont répartis en fonction de l’appartenance confessionnelle. Supprimer ce système confessionnel alors que le souvenir de la guerre civile (1975-1990) est encore présent est inenvisageable pour beaucoup de libanais. Il reste énormément de ressentiments entre les communautés, aucune ne peut se targuer de ne pas avoir commis d’exactions pendant la guerre civile au lourd bilan : 100 000 morts et 17 000 personnes encore disparues. Et les traumatismes ne risquent pas de passer avec l’influence des pays voisins, pour la plupart des régimes théocratiques, soutenant l’un ou l’autre camp.

A ce point assignés à leur religion, les libanais se retrouvent manipulables par leurs élites politiques et exploitables sur le plan géopolitique. Tous ces conflits drapés de religion restent comme on le voit au Liban des questions de classe dominante souhaitant défendre ses intérêts et s’accaparer les richesses de tous. Espérons que dans les mobilisations, les libanais se rendent compte que leur identité n’est pas que religieuse, mais qu’il y a les classes sociales, le genre etc. Espérons qu’ils arrivent à mettre en place des solidarités et à s’organiser face à la crise, de toute façon il n’y a rien à attendre du nouveau gouvernement.

Elsa 19/09/2021




Source: Oclibertaire.lautre.net