Le 2 juillet a eu lieu une nouvelle journée d’action pour défendre les Urgences et l’Hôpital Public en général. Cela fait plus de 30 ans, depuis les grèves de 1986-1987, qu’un mouvement aussi massif et suivi n’avait pas eu lieu au sein du service public hospitalier. Plus de 130 services dans toutes la France participent à la mobilisation, avec un mouvement très suivi et qui va en s’amplifiant. Cette mobilisation, historique par son ampleur, l’est aussi par sa forme puisque c’est une lutte auto-organisée, qui part de la base et n’est pas orchestrée par les centrales syndicales.

Elle a lieu dans un contexte d’épuisement des professionnels de santé, face à des conditions et une qualité de travail toujours plus dégradées par les coupes budgétaires, les fermetures de lit d’aval (obligeant à garder les patient·es parfois plusieurs jours sur des brancards dans les couloirs des urgences, ou à renvoyer chez eux des patients qui devraient rester en observation), les suppressions de postes, l’augmentation du nombre de passages (en grande partie liée à la pénurie de médecins de premier recours en ville), la maltraitance institutionnelle envers les soignant·es et les patient·es.

Les politiques d’austérité au service du grand patronat

Cette situation est la conséquence de plusieurs décennies de politique libérale qui vise à détruire le service public (universalité de l’accueil) pour un système de santé à plusieurs vitesses où l’Hôpital public se transforme progressivement en entreprise et ne vise plus que le service aux pauvres tandis que les services de pointe, les hôpitaux et cliniques privées se renforcent, au bénéfice des patient·es privilégié·es, avec tous les intermédiaires. Pour le patronat, le service public, financé sur les cotisations sociales salariales et patronales, est une « charge » dont il veut se débarrasser, au profit d’une privatisation généralisée. C’est cette politique d’austérité qui a réduit le nombre de médecins sur le territoire, au mépris des besoins croissants de santé de la population, c’est cette politique qui introduit les méthodes de management du privé au sein des hôpitaux, en renforçant la hiérarchie et la logique gestionnaire. Comme dans n’importe quelle grande entreprise, la soumission se durcit, les salariés sont pressés pour des gains de productivité jamais suffisants. C’est dans ce sens que Buzyn au lieu d’investir massivement dans l’emploi hospitalier et l’ouverture de lits, de service et d’hôpitaux, préfère faciliter les heures supplémentaires, comme réponse au mouvement des urgences.

Laquais du Capital et des grandes entreprises, Macron et Buzyn veulent imposer, en dépit de leur rhétorique hypocrite, un système de santé et une société plus violente, plus inégalitaire, au service du profit et de la destruction de l’humain et de la planète.

Cette lutte est donc vitale pour les professionnels de santé des urgences, mais aussi pour les patient·es et l’hôpital public en général. En effet, l’horizon est pour l’instant sombre, avec la désertification médicale croissante des territoires, la fermeture des hôpitaux de proximité, le vieillissement de la population et son augmentation, les besoins en santé ne vont faire que croître et les politiques actuelles ne permettront pas d’y répondre. Ce sont alors les soignant·es (à qui l’on demandera de faire toujours plus avec toujours moins) et les patient·es qui en pâtiront, en particulier les plus pauvres qui n’auront pas les moyens d’accéder à un secteur privé toujours plus cher.

Nous pensons que durant l’été, il faudra amplifier la révolte à l’ensemble des services hospitaliers et commencer à tisser des liens avec les autres secteurs mobilisés : les gilets jaunes en lutte contre le coût de la vie, les enseignant·es contre la destruction de l’école publique par Blanquer, les étudiant·es et lycéen·nes contre le tri social de Parcoursup, les postiers (du 92 depuis plus d’un an, d’Amboise, etc) contre l’aggravation de la destruction du service public postal, les jeunes contre les destructions écologiques du capitalisme, les ouvrier-e-s licencié-e-s par les multinationales (Ford, General Electrics…).

Seule la convergence de ces combats permettra de faire mettre un genou à terre à ce gouvernement, puis à le pousser à la démission, ouvrant ainsi une brèche par laquelle tout devient possible.

L’Union Communiste Libertaire 37 soutient donc la grève des personnels des Urgences et leur lutte, en particulier les revendications sur l’ouverture de lits d’aval et l’augmentation des salaires, et appelle à l’amplification du mouvement dans l’ensemble des services de l’Hôpital public, à l’unification avec les autres combats, en vue du renversement du gouvernement actuel. Et à ce stade, nous soutiendrons toute initiative de désobéissance massive aux directions d’hôpital, aux tutelles de l’État (ARS…) en reconstruisant de nous-mêmes par notre lutte le système de santé sous forme d’hôpitaux et de centre de santé ambulatoires autogérés. C’est aux soignant·es et usager·es en lutte de décider des politiques de soins !




Article publié le 08 Juil 2019 sur Larotative.info