Juin 20, 2022
Par Lundi matin
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Je marche – et c’est toujours hier – dans les plaines sauvages d’un pays tout proche, rĂ©serve immense d’espace, sans route ni demeure. Les pensĂ©es vagabondent et se bousculent, le sol ne peut pas rester intact.

Les traces de pas sont des blessures d’humanitĂ©, quand j’aurais voulu la paix du dedans, mais pour maintenir la plaine immobile, quand les troubles du monde dĂ©chirent la chair, la peau de la vie grandement se fatigue


On voudrait ici que la vĂ©gĂ©tation protĂšge. Un peu partout, des sapins Ă©lĂšvent des souvenirs tendus. Un oiseau traverse un ciel vivant. L’herbe est douce et fragile. On dirait la toison secrĂšte d’une femme trop lointaine. Les couches de la mĂ©moire s’entremĂȘlent et le soleil s’éloigne, pour ne pas gĂȘner. Le vent, d’un coup devenu pĂąle, s’abandonne Ă  l’éphĂ©mĂšre brĂ»lĂ© du prĂ©sent.

Je voudrais chasser ces pensĂ©es meurtriĂšres, fuir l’horizon trop noir, et ne voir que ces petits morceaux de lumiĂšre qui bougent entre les mousses. Mais comment poursuivre, et comment vivre, quand la peau de la terre se chagrine, et devient trop rouge ?

L’éveil est cruel, la respiration poursuit le va-et-vient amoureux de l’échange, entre l’herbe verte de l’enfance, et le sang d’aujourd’hui.

Et lĂ -bas, sous le dur soleil d’étĂ©, il pleut du sang.

Christian Noorbergen




Source: Lundi.am