Pour défendre ce système, ces mêmes élites recourent à la calomnie : n’avez vous jamais entendu dire que celui qui ne votait pas était responsable des dictatures passées, présentes et à venir ?

Choisir nos maîtres, pour qu’ils puissent à leur guise nous imposer leur manière de voir, leur conception du monde, c’est cela que nous appelons liberté.

Eux sont élus, jouissent de privilèges et nous nous subissons. Tant que la confiance règne, tant que le peuple qui les nomme ne remet pas en question leur conception de la démocratie, tout va pour le mieux pour eux et leur amis et tout va pour le pire pour tous les autres.

Mais partout dans le monde, leur démocratie est remise en question et depuis la marée révolutionnaire de 2011, cette vague de contestation ne cesse de monter. Aujourd’hui nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus faire confiance aux élites.

En Tunisie et en Égypte, le printemps arabe s’est fait laminer par les gouvernements de transition. En Syrie, la contestation a été réprimée dans le sang : groupes islamistes, armée syrienne attachée au régime, armée russe, Hezbolah, armée iranienne, tous ont volé au peuple syrien sa révolution, son aspiration à une démocratie réelle. Résultat : des centaines de milliers de morts et d’infirmes, des millions d’exilés, un pays ravagé sur lequel règne d’une main de fer un autocrate meurtrier et pire encore au lieu d’un foyer démocratique nouveau nous avons vu apparaître un groupe religieux, fanatique et sectaire, ennemi de la révolution.

Le 15 mai 2011 émerge un mouvement que les média appelleront « les indignés ». Par million en Espagne des êtres humains sortent dans les rues et exigent sans délai une démocratie réelle.

Ce mouvement a perdu depuis en amplitude. Un parti, « Podemos », créé dans la foulée a essayé de profiter électoralement de cet enthousiasme populaire, mais les gens n’ont pas été dupes. Dans le royaume d’Espagne, une poignée de gens dicte encore leur loi à la majorité.

Peu après, aux États-Unis le mouvement populaire « Occupy Wall-Street » a dénoncé la captation de la majorité des richesses par une minuscule minorité ( 1% de la population mondiale) au détriment des 99 % restant. Depuis, les écarts entre riches et pauvres ont pourtant continué à s’accroître.

A Hongkong, d’énormes foules défient le gouvernement « communiste » chinois dans la rue pour défendre leurs droits. Leur aspiration à plus de démocratie les amène à braver une des dictatures les plus féroces qui soit. L’ombre de Tian-an-men plane sur leurs manifestations.

Aujourd’hui, en France les gilets jaunes remettent en cause un système qui ne leur permet pas de vivre dignement. Beaucoup demandent la destitution du président. Ils pensent que changer les têtes au sommet de l’état suffirait à changer les choses, qu’un nouveau président, de nouveaux ministres suffiraient à rendre le monde plus juste, moins inégalitaire, moins mortifère . Pourtant les exemples ne manquent pas : depuis que la démocratie représentative existe, si le vote pouvait changer les choses, ça se saurait. Le vrai pouvoir appartient autant aux puissances financières qui sont mondialisées qu’aux pseudo-représentants du peuple qui ne sont en fait que des marionnettes. Et quand bien même ces marionnettes parviendraient, (cas extraordinaire car le pouvoir rend fou et tout élu se prend pour un génie, un nouveau Napoléon) à couper les fils qui les lient à leurs maîtres, ces derniers sauraient par la force les ramener dans le droit chemin. Et ce n’est pas l’instauration d’un R.I.C., cette possibilité pour le peuple de s’exprimer sur tout et n’importe quoi (comme s’il était possible en économie libérale et dans un pays de 67 millions d’habitants d’organiser des élections honnêtes à tout moment), qui changerait les rapports de force. Ceux qui contrôlent la finance possèdent les médias, les moyens d’information, et donc font l’opinion publique. Le manque d’enthousiasme populaire suscité par le référendum contre la privatisation des aéroports de Paris en est la démonstration.

Pour les anarchosyndicalistes, il n’existe pas de boules de cristal, pas de prophètes, les événements se produisent et s’enchaînent de par le monde, le futur n’est pas écrit, ce sont les hommes qui le feront. Leur aspiration à la démocratie, leur soif de liberté, d’égalité, de justice sera-t-elle suffisante pour leur donner la volonté et la force de renverser l’ordre du monde, pour en finir avec l’horreur capitaliste ? Nul ne le sait.

Mais ce dont nous sommes sûrs, c’est qu’il y a urgence. Non seulement ce système est injuste, inégalitaire, mais en plus il constitue un piège mortel pour l’ensemble de l’humanité. Sous prétexte d’assouvir leur soif de pouvoir et de richesses, les classes dominantes et les états à leur service, abusant de leur toute puissance, ravagent la planète et mettent en péril l’avenir des générations futures.

Pour en finir avec cette déraison, il faut sortir du système capitaliste et construire une économie qui aura pour objet non plus la recherche du profit et l’accumulation de richesses mais la mise en place des conditions matérielles permettant l’épanouissement de tous les individus. Ce n’est que parce qu’une égalité véritable aura été instaurée entre tous les êtres humains que l’on pourra mettre en place pour gérer la société un système de démocratie directe.

Cet objectif peut sembler difficile, utopique ; c’est pourtant le seul qui permettra à l’humanité de se débarrasser de ces démons. Convaincre un maximum de personnes (une révolution sociale n’est possible que parce qu’ une majorité de la population est convaincue de sa nécessité) qu’il est possible de révolutionner ce système, que c’est non seulement souhaitable mais même indispensable, c’est la tâche que nous, anarchosyndicalistes, nous nous sommes fixés.


Article publié le 09 Oct 2019 sur Cntaittoulouse.lautre.net