DĂ©cembre 4, 2021
Par Contretemps
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À l’approche du troisiĂšme et dernier rĂ©fĂ©rendum sur l’autodĂ©termination de la Kanaky Nouvelle-CalĂ©donie organisĂ© dans le cadre de l’accord de NoumĂ©a et prĂ©vu le 12 dĂ©cembre prochain, nous relayons cette lettre ouverte signĂ©e par l’ensemble des mouvements indĂ©pendantistes kanak. Nous exprimons, en outre, notre pleine solidaritĂ© avec la lutte kanak pour l’indĂ©pendance, et dĂ©nonçons, par lĂ  mĂȘme, les manƓuvres coloniales de l’État français visant Ă  Ă©touffer les aspirations politiques lĂ©gitimes des Kanak. 

À nos lecteurs·rices francilien·nes, un meeting de solidaritĂ© avec le peuple kanak se tiendra le jeudi 9 dĂ©cembre 2021, Ă  18h00, Ă  la Bourse du travail de Paris (3 rue du ChĂąteau, Paris 10Ăšme). 

***

Nouméa, le 23 novembre 2021

ChÚres Françaises, chers Français,

Vendredi 12 novembre 2021, le Haut-Commissaire de la RĂ©publique a annoncĂ© la dĂ©cision du gouvernement français de maintenir la date du 12 dĂ©cembre 2021 pour la troisiĂšme et ultime consultation rĂ©fĂ©rendaire de l’accord de NoumĂ©a sur l’avenir de la Nouvelle-CalĂ©donie.

Cette dĂ©cision a Ă©tĂ© prise par le gouvernement en toute conscience des implications et des consĂ©quences dĂ©lĂ©tĂšres qu’une telle dĂ©cision ne manquera pas d’avoir.

Cette dĂ©cision a Ă©tĂ© prise par le gouvernement alors mĂȘme que les reprĂ©sentants politiques et coutumiers du peuple kanak avaient explicitement demandĂ© son report pour cause de deuil.

Dire que nous sommes surpris serait mentir. Nous nous y attendions. Mais comme toujours nous espĂ©rions. Nous espĂ©rions que le gouvernement français malgrĂ© 168 ans de colonisation saurait pour une fois faire preuve d’humanitĂ©, de compassion, d’intelligence, de respect, de bon sens. Nous espĂ©rions que le gouvernement français agirait dans l’esprit de consensus de l’Accord de NoumĂ©a, dans l’esprit de son prĂ©ambule. Nous espĂ©rions
 et nous avions tort.

Des questions viennent Ă  l’esprit, auxquelles il va nous falloir absolument rĂ©pondre dans les prochaines semaines, mais sans nous tromper cette fois, sans nous faire d’illusions sur l’humanitĂ© de l’État français et de son gouvernement. Des questions Ă  nous-mĂȘmes, au gouvernement français, au peuple de France et Ă  ses Ă©lus. Des questions aussi Ă  tous ceux qui vivent dans ce pays, disent l’aimer et vouloir le construire.

Le gouvernement français se berce d’illusions

Jusqu’à quand le gouvernement français entend-il abuser de la patience du peuple kanak, peuple premier de ce pays, peuple victime de la colonisation française depuis plus d’un siĂšcle et demi ?

Jusqu’à quand la France pense-t-elle pouvoir bĂątir un avenir institutionnel durable pour la Nouvelle-CalĂ©donie en s’asseyant sciemment sur la culture du peuple kanak ? En feignant ostensiblement d’ignorer la place qui y occupent les cĂ©rĂ©monies du deuil et le respect qu’on y doit aux morts ? En piĂ©tinant les sentiments, la sensibilitĂ©, la dignitĂ© humaine de tout un peuple ?

Le gouvernement français pense-t-il sĂ©rieusement que le scrutin qu’il entend maintenir le 12 dĂ©cembre mettra fin Ă  la revendication du peuple kanak, lui ĂŽtera toute lĂ©gitimitĂ© et lui permettra de poursuivre – un siĂšcle encore, un siĂšcle de plus, un siĂšcle de trop – son travail d’assujettissement et de domination ?

Jusqu’à quand le gouvernement français continuera-t-il Ă  se bercer et Ă  bercer ses ressortissants d’illusions ? A faire croire qu’une consultation rĂ©fĂ©rendaire d’oĂč le peuple kanak sera absent pourra ramener dans le pays toute la sĂ©rĂ©nitĂ© nĂ©cessaire Ă  la reprise et au dĂ©veloppement d’une Ă©conomie durement Ă©prouvĂ©e par la crise sanitaire ? A laisser penser qu’une consultation rĂ©fĂ©rendaire sans la participation du peuple colonisĂ© aura valeur de solution et rĂ©glera, une fois pour toutes, la question de l’indĂ©pendance du pays ?

En maintenant la tenue de la consultation rĂ©fĂ©rendaire le 12 dĂ©cembre prochain, le gouvernement français pense-t-il rĂ©ellement convaincre l’Australie et la Nouvelle-ZĂ©lande qu’il est toujours un acteur fiable de la stabilitĂ© rĂ©gionale et un maillon incontournable de l’axe Indo-Pacifique ? Et jusqu’à quand le gouvernement français pense-t-il pouvoir persuader les petits Pays du Pacifique qu’il est un alliĂ© crĂ©dible et respectueux de leur identitĂ© et de leur souverainetĂ© ? Et ce gouvernement français pense-t-il vraiment abuser les Nations Unies sur la rĂ©alitĂ© de la situation politique en Nouvelle-CalĂ©donie ? Ou encore convaincre les Nations Unies qu’il a pleinement rempli ses obligations internationales en matiĂšre de dĂ©colonisation ?

Qui peut croire possible de construire un avenir de concorde, de paix et de prospĂ©ritĂ© dans ce pays en n’entendant rien de ce que dit le peuple qui en est la racine depuis au moins 3000 ans ? Qui peut seulement croire possible de construire un avenir, quel qu’il soit, dans ce pays en oubliant l’esprit qui a prĂ©sidĂ© depuis plus de 30 annĂ©es maintenant au dialogue des communautĂ©s qui y vivent ? Qui peut prĂ©fĂ©rer le chant des sirĂšnes gouvernementales françaises plutĂŽt que de continuer Ă  bĂątir l’avenir du pays avec les Kanak ?

Ce gouvernement français croit-il sincĂšrement pouvoir ranimer les ombres de la colonisation et les faire passer pour des lumiĂšres ?

On ne peut pas faire sans les Kanak

La prochaine consultation rĂ©fĂ©rendaire n’a aucune chance de clore la sĂ©quence politique ouverte par l’Accord de NoumĂ©a. Cette sĂ©quence est bien plus ancienne. Plus ancienne que la signature de l’Accord de NoumĂ©a le 5 mai 1998. Plus ancienne mĂȘme que la double signature Ă  Paris des Accords de Matignon-Oudinot en 1988. Cette sĂ©quence s’est ouverte en juillet 1983 avec la table ronde de Nainville-les-Roches prĂ©sidĂ©e par M. Georges Lemoine. C’est en effet, au cours de cette rĂ©union qu’ont Ă©tĂ© posĂ©s les deux grands principes fondateurs du contrat moral et politique sur lesquels, nous tous qui rĂ©sidons en Kanaky-Nouvelle-CalĂ©donie, vivons encore aujourd’hui.

Ces deux grands principes doivent ĂȘtre constamment rappelĂ©s.

Le premier est la reconnaissance par l’Etat français d’un « droit innĂ© et actif Ă  l’indĂ©pendance Â» pour le peuple kanak, le peuple colonisĂ© de ce pays. C’était la premiĂšre fois que l’État français nous reconnaissait ce droit, alors mĂȘme qu’il nous Ă©tait reconnu officiellement depuis plus longtemps au plan international, depuis la DĂ©claration sur l’octroi de l’indĂ©pendance aux pays et aux peuples coloniaux des Nations Unies en 1960. Vingt-trois ans aprĂšs cette dĂ©claration onusienne signĂ©e Ă  l’époque – rappelons-le – par l’Etat français, celui-ci daignait enfin nous reconnaĂźtre ce « droit innĂ© et actif Ă  l’indĂ©pendance Â» et ce n’était pas rien.

Le second grand principe Ă©tait l’acceptation par le peuple kanak d’associer au futur processus de dĂ©colonisation et d’émancipation les membres des diffĂ©rentes communautĂ©s venues s’implanter dans le pays avec la colonisation. L’expression employĂ©e Ă  l’époque Ă©taient les « victimes de l’histoire Â». Une expression pour dire que tous ceux qui s’étaient installĂ©s dans le pays depuis la prise de possession de 1853 n’étaient pas forcĂ©ment arrivĂ©s de leur plein grĂ©, avec l’intention de nuire au peuple kanak, que beaucoup parmi eux avaient connu la misĂšre et la souffrance.

Ces deux grands principes issus de Nainville-les-Roches sont liĂ©s. L’acceptation d’associer les autres communautĂ©s calĂ©doniennes au devenir du pays n’était possible, n’était pensable et ne fut acceptĂ©e par les Kanak que parce que leur Ă©tait au prĂ©alable reconnu leur « droit innĂ© et actif Ă  l’indĂ©pendance Â». C’est Ă  partir de ce lien qu’il faut lire ensuite toute l’évolution institutionnelle de notre pays jusqu’à l’Accord de NoumĂ©a ainsi que l’engagement qui a Ă©tĂ© le nĂŽtre jusqu’à aujourd’hui en faveur de cette Ă©volution.

Nous ne sommes ni naïfs, ni amnésiques

Nous ne sommes ni naĂŻfs, ni amnĂ©siques. Nous savons qu’en France les vieux dĂ©mons ont la vie dure et que nos vieux ont dĂ» se battre pour que cette Ă©volution devienne possible.

– Se battre en 1984 pour que les principes de Nainville-les-Roches trouvent en 1985 leur premiĂšre formalisation institutionnelle concrĂšte avec les RĂ©gions Fabius-Pisani. Se battre pour obtenir en 1986 la rĂ©inscription Ă  l’ONU de la Nouvelle CalĂ©donie sur la liste des pays Ă  dĂ©coloniser. – Se battre pour refuser de participer au rĂ©fĂ©rendum Pons de 1987, qui avait pour seul et unique objectif de noyer la revendication kanak dans un vote aussi massif qu’insignifiant de tous ceux qui, parce qu’ils Ă©taient venus avec la colonisation, avaient l’arrogante prĂ©tention de se croire le peuple de notre pays tout en incarnant la lĂ©gitimitĂ© de la France. On sait quel en fĂ»t le rĂ©sultat. Plus de 97,8 % pour le maintien de la Nouvelle CalĂ©donie dans la France, et une abstention du peuple kanak qui lui ĂŽta toute crĂ©dibilitĂ©, tant au plan national qu’international. Le gouvernement français entend-il sĂ©rieusement renouveler l’opĂ©ration, avec le secret espoir cette fois, de ne pas avoir Ă  en payer les frais ? – Se battre encore en 1988 pour que Michel Rocard mette fin au travail de destruction sociale et politique menĂ© par Bernard Pons et Jacques Chirac, et qu’au travers des Accords de Matignon-Oudinot puisse reprendre le processus tragiquement interrompu de dĂ©colonisation, d’émancipation et de construction de notre pays. – Se battre toujours en 1996 et jusqu’en 1998 pour que l’Etat accepte de signer le « protocole de Bercy Â» entĂ©rinant l’échange des massifs miniers entre la SLN et la SMSP. Protocole donnant aux Kanak les moyens de prendre leur part dans le dĂ©veloppement de l’économie miniĂšre du pays. Protocole permettant de reprendre les nĂ©gociations politiques qui ont menĂ© Ă  l’Accord de NoumĂ©a.

Nous ne sommes ni naĂŻfs, ni amnĂ©siques et, depuis Ă  plusieurs annĂ©es dĂ©jĂ  nous avons compris que les vieux dĂ©mons coloniaux ne sont pas morts et continuent de hanter la conscience des dirigeants français actuels comme ils le faisaient hier chez leurs prĂ©dĂ©cesseurs. Si nous avions seulement eu un doute, la pitoyable conclusion de la rĂ©cente crise industrielle et miniĂšre de Goro aurait suffi Ă  nous l’enlever. Tout comme le fameux document sur les consĂ©quences du « Oui Â» et du « Non Â» qui dissimulait trĂšs mal ses arriĂšre-pensĂ©es. C’est une vieille ritournelle qu’on entendait nous chanter. Alors que la France a pour obligation au plan international de discuter avec les Kanak et les autres citoyens de ce pays de tous les options imaginables permettant de faire progresser la dĂ©colonisation, alors qu’une majoritĂ© de la population calĂ©donienne, y compris kanak, souhaitent pouvoir conserver des relations privilĂ©giĂ©es avec la France, alors qu’approchait enfin le moment de concrĂ©tiser la promesse d’émancipation explicitement contenues dans l’Accord de NoumĂ©a, voilĂ  que le gouvernement Ă©tablissait un document uniquement Ă  charge sur les consĂ©quences du vote du Oui ou du Non. Ce document laissait le seul choix entre une indĂ©pendance solitaire ou un statut renouvelĂ© dans la France sans explorer les interdĂ©pendances. Ce document n’avait d’autre but que de dissuader de faire le choix de l’indĂ©pendance et d’instaurer une possible relance de la colonisation de la Nouvelle-CalĂ©donie. Oui, une vieille ritournelle. L’indĂ©pendance avec la misĂšre et l’incertitude politique. Ou la France avec la prospĂ©ritĂ© et un renoncement Ă  voir rĂ©parer enfin l’injustice dont les Kanak ont Ă©tĂ© victimes en 1853. Pas de salut hors de la France. Pas de troisiĂšme voie.

Nous ne sommes ni naĂŻfs, ni amnĂ©siques. Le PrĂ©sident Macron maudissait Ă  Tahiti ceux qui ont l’impardonnable tort d’ĂȘtre petits, comme si les grands ne devaient rien aux petits, surtout aprĂšs les avoir si longtemps colonisĂ©s. Le PrĂ©sident Macron critiquait le Vanuatu pour ses relations avec la Chine, mais oubliait que la France avait peut-ĂȘtre un rĂŽle Ă  jouer pour les Ă©viter, et ce d’autant plus qu’elle prĂ©tend aujourd’hui Ɠuvrer Ă  la crĂ©ation d’un axe de dĂ©fense Indopacifique. Le PrĂ©sident français ne semble pas ĂȘtre capable de penser que, si la France l’avait voulu, elle aurait pu ĂȘtre aujourd’hui au Vanuatu Ă  la place de la Chine, avec une vĂ©ritable ambassade et de solides accords de partenariat.

Personne ne peut nier au peuple kanak son droit Ă  l’indĂ©pendance

Le PrĂ©sident Macron qui affirmait en AlgĂ©rie que la colonisation est un crime contre l’HumanitĂ©, dĂ©clarait Ă  NoumĂ©a que la France serait moins belle sans la Nouvelle-CalĂ©donie. Avec nous ou contre nous, jamais Ă©gaux, jamais partenaires. La dĂ©pendance, pas les interdĂ©pendances. L’État français et ses vieux dĂ©mons coloniaux !

Un prĂ©sident et un gouvernement qui n’entendent rien, ne veulent rien entendre des conseils pourtant avisĂ©s que lui donnent certains de ceux qui avant lui ont eu en charge d’accompagner l’évolution de notre pays. MĂ©pris pour Michel Levallois, pour Christian Blanc, pour Jean-François Merle, malgrĂ© tout ce qu’ils ont pu et su faire pour qu’hier ce pays ne sombre pas dans l’affrontement et la dĂ©raison.

Peu importe ce que pensent ou ressentent les Kanak face Ă  l’ampleur de la pandĂ©mie et au deuil qui les frappent durement, ces ignorants s’érigent en seuls dĂ©cideurs de la date de la troisiĂšme consultation rĂ©fĂ©rendaire. Peu importe la parole donnĂ©e et la dĂ©colonisation promise en 1983, en 1988 et 1998, peu importe les vĂ©ritables consĂ©quences humaines du « Oui Â» et du « Non Â».

EncouragĂ©s par l’État français, ils sont encore nombreux ceux qui s’apprĂȘtent Ă  s’autoriser de la lĂ©gitimitĂ© que leur reconnaissent les Kanak pour nier l’exercice du droit kanak Ă  l’indĂ©pendance. Mais combien de temps ceux-lĂ  pourront-ils faire accepter aux yeux du reste du monde qu’en Nouvelle-CalĂ©donie la dĂ©mocratie confĂ©rerait aux « victimes de l’histoire Â» le droit exceptionnel et dĂ©rogatoire de priver le peuple premier occupant, le peuple colonisĂ© de son droit le plus Ă©lĂ©mentaire Ă  recouvrer sa libertĂ© et sa souverainetĂ© ?

À ceux-lĂ , vous disons clairement cette fois, faites attention Ă  ce qu’en niant une fois encore, une fois de plus, une fois de trop le droit du peuple kanak Ă  l’indĂ©pendance, vous ne preniez pas le risque que ce peuple se lasse de discuter et de nĂ©gocier avec vous.

Au PrĂ©sident Macron et Ă  son gouvernement, nous ne souhaitons pas rompre les relations avec la France, nous souhaitons seulement les changer. Mais s’il nous faut absolument choisir entre la libertĂ© et ces relations, nous choisirons la libertĂ©.

Peuple de France, nous souhaitons par la prĂ©sente lettre ouverte vous interpeller sur la situation en Kanaky-Nouvelle-CalĂ©donie afin que le plus grand nombre d’entre vous puisse ĂȘtre informĂ© de la situation dans laquelle le peuple Kanak est enfermĂ©. Le gouvernement Macron manifeste une volontĂ© dĂ©terminĂ©e de ne plus assumer la dĂ©colonisation de notre pays en maintenant une consultation rĂ©fĂ©rendaire partiale qui sera politiquement et historiquement contestĂ©e par le peuple Kanak. La France n’a rĂ©ussi aucune dĂ©colonisation. Elle pourrait sans y prendre garde clore une sĂ©quence originale ouverte en juillet 1983 avec la table de Nainville-les-Roches par laquelle les Kanak et les autres se sont engagĂ©s ensemble dans la construction du peuple calĂ©donien uni par sa citoyennetĂ© dans un destin commun.

Signataires

Front de Libération National Kanak et Socialiste (FLNKS)

Le Comité Stratégique indépendantiste de non-participation (CSINP)

Le groupe UC-FLNKS et Nationalistes

Le groupe Union Nationale pour l’indĂ©pendance (UNI)

Le Parti travailliste (PT)

La Dynamique Unitaire Sud (DUS)

La Dynamique Autochtone (DA)

Les Nationalistes

SĂ©nat coutumier

Union Syndicale des Travailleurs Kanak Exploités (USTKE)

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Illustration : Taqi Spateen, peintre palestinien. 

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Source: Contretemps.eu