Avril 21, 2016
Par Paris Luttes
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Vous qui alimentez sans cesse la colère, vous osez vous indigner d’une petite affiche de la CGT. Vous êtes donc bien susceptibles. Comme je vous comprends, vous n’avez toujours vécu que dans des bureaux et sur des estrades. C’est pour cela que vous êtes plus aptes à vous émouvoir d’une image sur tweeter ou face à des caméras que dans ce qu’il vous reste de vie quotidienne. Vous ne connaissez que cela : des images. Ainsi, Monsieur Cazeneuve, vous affirmez que ce visuel met « gravement en cause la police nationale ». Mais pensez-vous réellement qu’elle avait besoin d’une petite affiche pour être gravement mise en cause ?

Si je vous écris, c’est pour répondre à vos constants appels à la haine. Ne soyez pas en colère, ce ne sont que des mots. Ils sont moins violents que vos forces de l’ordre, que les résultats de vos aveuglements idéologiques, que votre arrogance et qu’Indiana Jones IV. Ils sont moins violents que les armes vendues par Dassault dans le monde – mais après tout, c’est de la croissance donc ça doit vous ravir. Je ne prendrai donc pas l’apparence d’une fausse conciliation, ni même le soin de vous parler poliment pour ne point heurter vos âmes si sensibles.

Bande de laquais serviles du capital. Ignominie gerbante des temps modernes. Petits renégats stériles de toute idée nouvelle. Vous êtes bien de votre époque : celle du pétrole dégoulinant sur des corps déchiquetés, celle de la soumission aux mafias qui dominent avec la complicité d’une impuissante voire conciliante Interpol, celle du trafic d’êtres humains – car il semble que l’esclavage crée encore de la valeur, celle des smartphones construits grâce à des gamins qui crèvent dans des mines, celle de la surproduction ahurissante et débile pendant que des dizaines de millions de personnes meurent de faim chaque année, celle de Daesh armé par la dictature de votre cher ami Erdogan que nos impôts financent, ce qui fait de nous tous des responsables indirects du massacre du 13 novembre – sacrés salauds, celle des stigmatisations alimentées par des mass médias afin que des travailleurs croient que les responsables de leur misère quotidienne sont des gens plus pauvres qu’eux, vil renversement de la logique, celle des faux débats qui cachent la forêt de gratte-ciels, de l’hypocrisie, de la bétise et de l’émotion facebook.

Vous êtes à l’image de votre époque et c’est sûrement pour cela que vous voulez en maintenir les plus grandes injustices. Mais votre monde est vieux. Il pue la pisse, le gaz et l’eau de javel.

En novembre, dès les lendemains de l’attentat, vos têtes faisaient guise d’ « affiche de la honte ». On aurait dit que vous dansiez au milieu des morts. Vous étiez charognards et faisiez votre petit business politique en récupérant un drame pour vendre des idées de petits fascistes. C’est vraiment glauque. Vous étiez ravis des personnes appeurées qui embrassèrent des policiers pour le bon plaisir de vos médias. Que ne ferait-on pas dans l’émotion ? Enfin, on pouvait donner plus de pouvoir aux forces de l’ordre ! Enfin, on pouvait faire des lois liberticides – au nom de la liberté bien sûr – et légitimer un régime de plus en plus policier ! Enfin, le prétexte était là ! Vous étiez de toute manière déjà dans la bonne voie. Dans l’histoire, ce genre de choses nous a joué de vilains tours.

Aujourd’hui, si j’en crois les journaux, la SCSI-CFDT, syndicat majoritaire chez les officiers de police, affirme que l’affiche de la CGT est une « injure aux milliers de policiers et gendarmes tués dans l’exercice de leur fonction ». Mais qui rend sans cesse hommage à tous les policiers tout en continuant de favoriser leur impunité, se rend complice de l’assassinat de Rémy Fraisse en 2014 – cette mort que le gouvernement via l’Agence Française de Presse a tenté en vain de cacher au public. Car il s’agissait bien d’un assassinat. On ne lance pas une centaine de grenades offensives sur des gens qui ont des petits bâtons et deux-trois cailloux pour se défendre seulement pour les effrayer, mais bien pour les blesser.

Qui vante sans cesse les mérites de la police se rend aussi complice pour toutes les autres personnes tuées par la police. Et il y en a. Pas de moyens de recenser exactement les violences policières mais du côté d’Amnesty International, on avance le chiffre de dix à quinze morts par an. Quant aux blessés, c’est assez fréquent pour qu’on comprenne qu’il ne s’agit pas simplement de « bavures ». Ca n’est pas pour rien qu’en 2010, la Cour européenne des droits de l’homme a considéré la garde à vue à la française comme une zone de non-droit1. Et que se passe-t-il dans les centres de rétention ? Dans les prisons ? Comment vous êtes-vous sentis quand des bons petits soldats détruisaient des cabanes habitées par des gens qui fuyaient la guerre et la misère ? Sûrement assez bien, vu que vous semblez aimer les pauvres et la matraque. Etes-vous donc du même côté que leurs anciens oppresseurs ? C’est plus facile de s’attaquer à des cabanes qu’aux mafias qui jouent dans le même bac à sable que l’État bourgeois, j’en conviens.

Monsieur Cazeneuve, quand vous parlez de 18000 policiers blessés, vous savez bien qu’en plus de nous ficher, vous vous fichez de nous. On les voit bien ceux qui se déclarent blessés pour un petit bobo ridicule. Combien de parodies de justice ? En plus, en disant cela, vous insultez ceux qui ont réellement été blessés : c’est mesquin et petit.

Que faisaient des CRS armés de fusils le 12 avril place de la République ?! On appelle cela de l’intimidation. Vous n’êtes pas les seuls à promouvoir cela, ça se fait dans bien des pays ; mais le faire au nom de la « démocratie », c’est tout bonnement du foutage de gueule. Et c’est avec ces armes que vous voulez armer les voyous de la BAC ? Ceux qui ne sont même pas virés quand ils participent au trafic de drogue ? Ces nouveaux cowboys qui se croient au-dessus de toute loi ? Et une autre question soit dit en passant : combien de viols commis par des policiers n’ont pas été punis ?

Vos masques tombent et révèlent vos visages hideux, ceux de vos rêves autoritaires, ceux du cauchemar des peuples. Quand vous n’avez de larmes que pour l’ordre et l’or, d’autres larmes sont de sang. Vous avez choisi votre camp. Une image, vu qu’il n’y a que cela qui vous parle ? Vous êtes de ceux qui sont dans le char sur la place de Tian’anmen. Vous voulez porter plainte contre une affiche ? Savez-vous à quel point il est laborieux de porter plainte contre la police ? Savez-vous combien de plaintes ont été déposées pour violences policières ces dernières années ? Pour chercher de la « campagne calomnieuse », allumez vos télés et regardez-vous plutôt que de désigner cette affiche.

Vous dénoncez les « violences » des manifestants. Problème de sémantique ! Inertie cérébrale de la pensée bourgeoise triomphante. Pervers narcissiques qui font fermenter leur cerveaux à coup d’ondes. Larbins gluants d’un sale néo-franquisme en cravate. Vous ne pouvez vous émouvoir que pour des vitrines et des boucliers. Des objets : de la même manière que vous traitez les femmes dans vos publicités, vitraux de votre religion – comme quoi les religions se ressemblent. Vous confondez les hommes et les choses. Vous préférez la propriété aux personnes.

Vous n’êtes que des tas de chiens en rut mangeant des cataplasmes (brevitatis causa des fétichistes qui mangent leur caca). Ne vous étonnez donc pas si l’on fait des cacapultes pour affronter vos gaz et redonner à vos H&M leur vraie luxuriance.

Bref, tout cela pour dire que je vous salue pas.

Nino de nulle part – Humain à vendre : imatriculé conception code barre HP9YTYHU




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