Septembre 10, 2021
Par Indymedia Lille
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Depuis le « coup de filet dans l’ultra gauche Â» du 8 dĂ©cembre 2020, la vie de sept personnes a Ă©tĂ© mise en suspens sur de simples prĂ©somptions d’intention. La justice maintient toujours trois d’entre elleux derriĂšre les barreaux, violant gravement le principe de la prĂ©somption d’innocence.

Alors que d’annĂ©e en annĂ©e les rĂ©pressions judiciaire et carcĂ©rale deviennent en France toujours plus Ă©touffantes, l’administration pĂ©nitentiaire maintient depuis prĂšs de neuf mois l’un d’entre elleux Ă  l’isolement, allant impunĂ©ment Ă  l’encontre des nombreux arrĂȘts de la Cour EuropĂ©enne des Droits de l’Homme sur la question.

Depuis le 8 dĂ©cembre 2020, les proches des inculpĂ©.e.s vivent dans la peur et la pression constantes dues Ă  l’instruction en cours. La peur d’entrer en contact et de se soutenir mutuellement. L’angoisse de savoir son enfant ou ami enfermĂ© dans 9mÂČ de bĂ©ton insalubre. La pression omniprĂ©sente et constante de la surveillance.

Il s’agit aussi de lutter contre le poids de l’isolement au quotidien. La qualification de « malfaiteurs terroristes Â» rend beaucoup plus difficile le soutien extĂ©rieur. Qui plus est pour des personnes qui ne rentrent pas « dans le moule Â», dans un contexte d’extrĂȘme-droitisation toujours plus inquiĂ©tant.

Durant l’étĂ© le juge d’instruction a ordonnĂ© des commissions rogatoires laissant Ă  la DGSI la possibilitĂ© de poursuivre son harcĂšlement envers les proches des inculpĂ©.e.s. En thĂ©orie, tous les moyens sont permis.

En effet, profitant de la confusion autour du statut des personnes convoquĂ©es – en audition de tĂ©moin ou en audition libre en tant que suspect – et de notre manque de connaissances juridiques, plusieurs auditions ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es par la DGSI.

Des mĂ©thodes dĂ©placĂ©es et partiales ont Ă©tĂ© alors employĂ©es : insinuations, manipulations, transformation et omission dans le PV des dĂ©clarations des auditionnĂ©es qui dĂ©crĂ©dibilisaient le scĂ©nario de la DGSI.

Le contenu mĂȘme des interrogatoires, portant d’avantage sur les opinions et activitĂ©s politiques des personnes auditionnĂ©es et leur avis sur la politique actuelle du gouvernement, est complĂštement hors de propos dans le cadre d’une enquĂȘte pĂ©nale et amĂšne Ă  penser que la DGSI est en rĂ©alitĂ© une police politique, plus qu’un service d’enquĂȘte pĂ©nale.

AprĂšs avoir endurĂ© ces auditions humiliantes et traumatisantes, des membres de leurs familles et ami.e.s ont dĂ©cidĂ© collectivement de refuser d’y participer, et de collaborer avec ces pratiques, s’exposant au risque d’une amende d’un montant de 3750 euros, pour avoir entravĂ© l’exercice de la justice.

Nous observons dans les faits que c’est bien la DGSI qui entrave nos vies et celles de nos proches pour des raisons politiques.

Voici la lettre qui a été adressée au juge pour expliquer cette décision.

Un grand nombre de personnes ont Ă©tĂ© contactĂ©es par la DGSI afin d’ĂȘtre auditionnĂ©, il est possible que d’autres personnes le soient, nous seront nombreux-ses Ă  envoyer cette lettre comme rĂ©ponse commune Ă  cet harcĂšlement et nous vous invitons Ă  le faire si vous ĂȘtes contactĂ© dans le cadre de cette enquĂȘte ainsi qu’à vous rapprocher des comitĂ©s de soutien si besoin.

A l’attention du Juge Jean-Marc Herbaut,

Nous, Familles et Ami.es des Inculpé.es du 8 Décembre, déclarons par la présente notre refus de nous soumettre aux auditions de la DGSI.

Nous sommes convaincu.es que la façon de procĂ©der de la DGSI n’est pas de nature Ă  vous apporter les Ă©lĂ©ments nĂ©cessaires Ă  la manifestation de la vĂ©ritĂ©, mais plutĂŽt Ă  valider un scĂ©nario prĂ©-Ă©crit depuis des annĂ©es.

Par cette lettre, nous attestons que notre refus est dĂ©finitif, au vu des mĂ©thodes malhonnĂȘtes de la DGSI auxquelles plusieurs d’entre-nous ont dĂ©jĂ  eu Ă  faire face.

Depuis plus de huit mois, nous vivons sous le poids constant de votre instruction, dont la longueur se traduit par un grand nombre de violences sur les mis.es en examen et sur nous-mĂȘmes, et fait perdurer l’acharnement carcĂ©ral sur nos proches toujours dĂ©tenus. Les commissions rogatoires que vous avez rĂ©cemment ordonnĂ©es reprĂ©sentent pour nous un Ă©niĂšme anĂ©antissement de nos vies privĂ©es.

Vous avez depuis le dĂ©but de l’enquĂȘte mis en place des dispositifs de surveillance intrusifs, violant pendant plusieurs mois l’intimitĂ© de nos familles, de nos cercles d’ami.es et de nos couples, menant Ă  l’écoute de nos moindres discussions, jusque dans nos foyers et nos vĂ©hicules.

Nous refusons que le moindre dĂ©tail de nos vies soit dissĂ©quĂ© une fois encore par la DGSI, d’autant moins si cela est fait dans le but d’alimenter une construction policiĂšre et de justifier la criminalisation de nos enfants, ami.es, frĂšres et soeurs.

Vous qualifiez nos proches de « terroristes Â», ayant l’intention de fomenter un projet violent ; la seule violence que nous percevons dans cette affaire est le sort qui leur est rĂ©servĂ©.

Depuis le dĂ©part, la DGSI a fait preuve d’une forme de partialitĂ© qu’elle n’a cessĂ© de dĂ©monter depuis, usant d’interprĂ©tations subjectives et mensongĂšres, basĂ©es sur les maigres Ă©lĂ©ments qu’elle avait en sa possession, pour criminaliser les inculpĂ©.es.

Elle a par la suite menĂ© des perquisitions violentes, humiliantes et traumatisantes, impactant les personnes les ayant vĂ©cues, ainsi que celles ayant peur de les vivre. Elle a procĂ©dĂ© Ă  des menaces d’agression sexuele pour prĂ©lever de l’ADN lors de la garde Ă  vue.

La DGSI a Ă©galement profitĂ© de notre ignorance du Droit pour effectuer des « auditions libres Â» sous la menace – notamment de gardes Ă  vue -, profĂ©rant des insinuations dĂ©placĂ©es, manipulant nos propos et omettant toutes les nuances apportĂ©es qui venaient un tant soit peu dĂ©crĂ©dibiliser leur scĂ©nario.

Nous supposons que votre démarche est de faire émerger de ces entretiens un aperçu le plus exhaustif possible de la situation de chacun.e. Néanmoins, au vu de leurs méthodes, il nous est impossible en tant que parents, ami.es, frÚres et soeurs, des inculpé.e.s du 8 décembre 2020, de nous soumettre à des auditions libres auprÚs des services de la DGSI.

Convaincu.es que leur place n’est pas derriĂšre les barreaux, nous demandons la libĂ©ration sans dĂ©lai des trois personnes toujours incarcĂ©rĂ©es.

Les Familles et Ami.es des Inculpé.es du 8 Décembre





Source: Lille.indymedia.org