Concernant
les logements CROUS (1/2)

À
l’adresse de la Ministre de l’Enseignement Supérieur et Recherche,
le Directeur national du CROUS, les Directeur-ice-s des CROUS locaux.


La
plupart des CROUS ont incité les étudiant-e-s en résidence à
rentrer chez leurs parents, tout en augmentant les services d’hygiène
et nettoyage dans les résidences pour celles et ceux qui n’auraient
pas les moyens de partir. Ces mesures nous semblent adéquates,
cependant plusieurs problèmes se posent à la fois pour celles et
ceux qui peuvent rentrer et celles et ceux qui restent en résidences
CROUS.


Concernant
les relogements et expulsions: 

Les CROUS ont annoncé qu’aucun-e étudiant-e ne serait contraint-e de quitter son logement et qu’ils continueraient à héberger les étudiant-e-s qui restent dans les résidences qui continueront à être ouvertes.1 Nous demandons des informations claires: quelles résidences CROUS restent ouvertes, lesquelles ferment ? Sur quelles bases sont prises les décisions de fermer ou maintenir ouverte une résidence ? Les étudiant-e-s de résidences qui ferment sont-ils bien relogé-e-s dans des résidences restant ouvertes ? Les étudiant-e-s seront-ils et elles bien logé-e-s dans des chambres avec cuisines et salles de bain individuelles, afin qu’ils et elles puissent être confiné-e-s dans leur chambre s’ils ou elles contractent le virus ?

Plusieurs
étudiant-e-s ayant été diagnostiqué-e-s avec le COVID-19 ont été
expulsé-e-s de leur résidence CROUS. Comment des décisions aussi
irresponsables et dangereuses ont-elles pu être prises ? Nous ne
savons pas si les étudiant-e-s expulsé-e-s avaient un endroit où
aller, donc ils et elles se sont peut-être retrouvé-e-s à la rue
alors qu’ils et elles ont besoin de soin, de repos et surtout d’être
isolé-e-s d’autres personnes pour ne pas transmettre le virus. Nous
exigeons que tout-e étudiant-e diagnostiqué-e avec le COVID-19
puisse rester dans sa chambre CROUS jusqu’à la fin de
la
maladie,
quitte
à ce que ceux-ci et celles-ci soient déplacé-e-s dans une chambre
avec salle de bain et cuisine individuelles si leur chambre actuelle
n’en comporte pas.
Ainsi, ils et elles pourraient rester en sécurité en intérieur et
étant confiné-e-s dans leurs chambres ne pourraient pas transmettre
le virus à d’autres personnes. Par ailleurs, il
est évidemment nécessaire qu’un suivi médical soit assuré de
façon à ce que celles et ceux-ci bénéficient des soins
,
particulièrement dans la période de la maladie causant des
problèmes respiratoires. Bien que les CROUS aient annoncé laisser
les logements à disposition des étudiant-e-s ne pouvant partir,
nous restons vigilant-e-s aux expulsions qui pourraient avoir lieu.

Concernant
les loyers:

Bien qu’il ait été annoncé nationalement2 que les étudiant-e-s quittant leurs logements n’auraient pas à payer de loyers, aucune distinction n’est faite entre les départs temporaires et définitifs. Or certains CROUS locaux faisaient la distinction dans des communications précédentes, impliquant que les étudiant-e-s quittant leur logement temporairement devaient continuer à payer leurs loyers et celles et ceux le quittant définitivement en étaient exempté-e-s à partir du mois d’avril et non du mois de mars.

Nous
portons la même revendication de moratoire des loyers que la
Confédération Nationale du Logement porte pour les habitations de
droit commun.

Beaucoup d’étudiant-e-s dépendent d’un travail pour pouvoir payer
leurs loyers, or la plupart ne peuvent pas travailler actuellement.
Leurs revenus n’étant plus assurés, il n’est pas possible de leur
demander de payer un loyer. Nous
exigeons donc un moratoire des loyers durant toute la crise
sanitaire, y compris le mois de mars, et que le ministère
de
l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation

alloue les sommes nécessaires aux CROUS pour qu’ils puissent payer
les loyers des résidences aux bailleurs sociaux sans avoir à exiger
un loyer des résident-e-s.

Dans
son allocution du lundi 16 mars 2020, Emmanuel Macron annonçait la
suspension des impôts, cotisations sociales, factures d’eaux, gaz et
loyers pour les entreprises afin d’empêcher toute faillite de
celles-ci du fait de la crise. Nous
exigeons que les mêmes mesures soient prises à l’égard de tous et
toutes les locataires, qu’ils et elles soient en résidence CROUS ou
non.

Concernant
les logements CROUS à la fin de la crise sanitaire:

Peu
d’informations ont été données aux étudiant-e-s qui quittent
leurs logements, temporairement ou définitivement. Les CROUS ont dit
qu’une réattribution des logements aurait lieu “dans la mesure
du possible”. C’est inacceptable. Tout-e étudiant-e quittant
son logement, temporairement ou définitivement, doit avoir la
possibilité de récupérer ce logement à la fin de la crise
sanitaire.
Il en revient aux CROUS de leur assurer la possibilité
de ce choix, et donc de ne réattribuer aucun logement, qui était
occupé jusqu’au mois de mars, sans que l’étudiant-e qui l’occupait
n’ait confirmé qu’il ou elle ne le reprendrait pas à la fin de la
crise.

Concernant
les conditions sanitaires actuelles dans les logements CROUS:

Les
CROUS ont annoncé que le nettoyage dans les résidences seraient
réguliers. Nous demandons des informations plus claires et
complètes, et réaffirmons la nécessité d’une hygiène et un
nettoyage accrus dans toutes les résidences hébergeant des
étudiant-e-s actuellement.

Il
est primordial que :

  • du
    savon liquide et du gel hydroalcoolique soient mis à disposition
    des étudiant-e-s, et ce jusqu’à la fin de la crise, dans les
    pièces communes et chambres individuelles ;
  • des
    outils de nettoyage (balais, serpillères, etc) et produits de
    nettoyage (dont désinfectants pour sols et surfaces) soient mis à
    disposition des étudiant-e-s pour qu’ils et elles nettoient
    régulièrement leurs chambres ;
  • les
    pièces communes (salles de bain, cuisines) soient nettoyées (dont
    sol, interrupteurs, poignées de porte etc) plusieurs fois par jour
    si elles restent ouvertes.

Concernant
les logements CROUS (2/2)

A
propos des étudiant-e-s dans des situations spécifiques en logement
CROUS

Concernant
les étudiant-e-s étranger-e-s:

D’un
point de vue administratif, nous prenons acte de la notification
d’allongement d’un grand nombre de titres de séjour, ce qui nous
semble être une mesure nécessaire et raisonnable. De plus, les
délais de recours à la Cour des droits de l’Homme sont suspendus
pour un mois. En revanche, les comparutions immédiates et la
rétention continuent, bien que les détenu-e-s ne bénéficient
souvent plus de l’accompagnement des avocats et associations
présentes en temps normal.

Nous
exigeons leur libération et la suspension des procédures à leur
encontre afin que celles et ceux-ci puissent rester chez elles et eux
le temps de la crise sanitaire.

Dans
leur communication aux résident-e-s, les CROUS invitent les
étudiant-e-s étranger-e-s à retourner dans leurs pays d’origine le
temps de la crise sanitaire. Cette recommandation nous semble tout à
fait irresponsable pour deux raisons.

D’une
part, d’un point de vue épidémiologique, c’est
être inconscient-e-s des risques encourus
d’encourager des mouvements de personnes potentiellement infectées
vers des régions du monde actuellement moins (voire non) touchées
et disposant de systèmes de santé moins performants qu’en France.
Ceci revient à favoriser la propagation du virus au niveau
international. D’autre part, le délai donné (3 jours) est très
court pour prendre ses dispositions et partir dans un pays étranger.
De plus, la plupart des étudiant-e-s concerné-e-s n’ont pas les
moyens de se payer cet aller-retour entre la France et leur pays
d’origine le temps de la crise sanitaire. Enfin, il n’y a pour
l’instant aucune communication sur les garanties pour elles et eux
d’avoir le droit de revenir sur le territoire français après la
crise sanitaire et d’avoir à nouveau accès aux logements CROUS.

Nous
exigeons que les incitations à retourner dans leurs pays d’origine
cessent pour les étudiant-e-s étranger-e-s.

Nous
exigeons que le traitement des étudiant-e-s face à cette crise
sanitaire soit strictement le même, quelles que soient la
nationalité ou la situation administrative des personnes concernées.

Concernant
les étudiant-e-s en situation de handicap:

Face
à ces demandes rapides de départs, nous nous inquiétons également
des dispositions prises concernant les étudiant-e-s en situation de
handicap. En effet, nous souhaitons attirer l’attention du
gouvernement et de l’administration sur les problématiques
spécifiques qu’ils et elles peuvent rencontrer, au premier rang
desquelles:

        –
la question de l’isolement pendant la période de confinement ;

        –
le manque voire l’absence d’auxiliaires de vie pour procurer les
soins et aides aux personnes dépendantes ;

        –
le manque ou l’absence de transports adaptés mis à disposition afin
de permettre aux étudiant-e-s qui le peuvent de rentrer dans leur
famille ou de ne pas rester dans les résidences CROUS le temps du
confinement ;

        –
l’attention particulière portée aux populations pouvant être
spécifiquement à risque (maladie chronique sous traitement
immunosuppresseur par exemple).

Nous
demandons le maintien des aides spécifiques pour les étudiant-e-s
en situation de handicap, notamment la visite des auxiliaires de vie
pour les personnes dépendantes.

Nous demandons également que les CROUS veillent à l’organisation de la solidarité envers les personnes ne pouvant pas se ravitailler seules. Ils pourraient par exemple recenser les étudiant-e-s présent-e-s susceptibles de faire des courses pour les autres.

Concernant
les stages et alternances

À
l’adresse de la Ministre de l’Enseignement Supérieur et Recherche
et autres Ministres concerné-e-s.

Les
conditions exceptionnelles liées au coronavirus ne nous dispensent
pas de payer nos loyers, factures, courses alimentaires et autres
nécessités.

Suites
aux fermetures des établissement dispensant des formations
d’enseignement supérieur, et aux mesures de confinement, des
étudiant-e-s en stage (ou devant débuter un stage sous peu) et en
alternance se retrouvent avec des conventions ou des contrats rompus
ou non-signés. Les dispositions prises sont, a priori, laissées à
la discrétion des entreprises, associations et administrations.

De
très nombreux-ses étudiant-e-s ont donc appris qu’ils et elle ne
seraient pas rémunéré-e-s, durant les semaines ou mois à venir,
sans qu’aucune solution n’ait été annoncée pour l’instant.

Dans
le cas des alternances (et même des stages notamment en formation
paramédicale), les temps de travail en entreprise, association,
administration etc sont décidés sans prise en compte de la
nécessité pour les étudiant-e-s de continuer à suivre des cours.
Le risque de surcharge de travail est donc particulièrement
importante et le manque d’équité entre les étudiant-e-s l’est
aussi.

Les
étudiant-e-s vacataires perçoivent habituellement leur rémunération
de nombreux mois après le travail effectué. Ici, en plus de la
perdre entièrement car empêché-es de travailler, de nombreux
établissements ont annoncé que les heures dues depuis septembre ne
seraient versées qu’à l’issue de la période de confinement.

L’impact
sur les conditions de vie touche aussi durement les intérimaires,
auto-entrepreneurs-ses, travailleurs-ses non-déclaré-e-s ; qui
constituent une énorme part du travail étudiant.

Nous
exigeons : 

  • le
    maintien des rémunérations normalement dues pour tout-e-s les
    étudiant-e-s en stage, en alternance, et salarié-e-s des
    établissements concernés et des CROUS ;
  • que ces établissements et CROUS débloquent des aides d’urgences pour les étudiant-e-s privé-e-s de leur rémunération ;
  • que celles et ceux qui percevaient des revenus d’un travail en études ou hors études aient la garantie d’un revenu minimum pour subvenir à leurs besoins ;
  • qu’aucun-e étudiant-e ne soit pénalisé-e par la situation actuelle dans la validation académique de son stage ou alternance en entreprise, association ou administration.


Concernant
les modalités
de
continuité
pédagogique
et
d’évaluations
d’années

A
l’adresse de la Ministre de l’Enseignement Supérieur et des
Président-e-s d’université


Nous
nous interrogeons sur les modalités de continuité pédagogique et
d’évaluations. Ces décisions reviennent aux établissements, qui
pour l’instant et pour une part importante d’entre eux, laissent les
étudiant-e-s dans une situation floue. La volonté qui se dégage de
poursuivre les enseignements “sous une forme adaptée”
comporte plusieurs enjeux à ne pas négliger. De même, la tenue
éventuelle des examens, sur laquelle nous ne disposons pas
d’informations précises à l’heure actuelle, impose un traitement
adapté afin de ne pas causer de ruptures d’égalité massives.

En
premier lieu, cette forme “adaptée” ne l’est pas forcément
pour tout le monde. Considérer cela revient à passer sous silence
différents obstacles qui constituent déjà des freins à la
réussite des études en temps normal. Ils posent d’autant plus
problèmes dans cette situation exceptionnelle où le numérique est
présenté comme solution. La fracture et la précarité numérique
(le fait de ne pas avoir accès à un ordinateur, une connexion
internet, ou de ne pas savoir s’en servir correctement) touchent une
partie non-négligeable des étudiant-e-s. En cette période de
confinement, nombre d’entre elles et eux rentrent chez leurs
parents, rendant d’autant moins garanti l’accès à un ordinateur
par personne, puisque les parents en télétravail et les
éventuel-le-s frères et soeurs en ont également besoin. Il est par
ailleurs à noter que de nombreux serveurs utilisés dans le cadre
des cours à distance ou du télétravail sont déjà surchargés.
Enfin, cette solution n’est pas accessible pour les étudiant-e-s
touché-e-s par certains handicaps. Tous ces constats ne sont pas
nouveaux et ont déjà été posés au mois de décembre, lorsque les
établissements ont décidé massivement de passer au numérique du
fait des grèves.

La
fermeture des locaux – et donc la restriction de l’accès aux
différentes ressources (laboratoires, bibliothèques, terrains
d’enquête) – n’est que partiellement palliée par les outils
informatiques. Cette situation réduit ainsi la capacité de travail
personnel et d’avancement dans les travaux de recherche, et la
solution du numérique avancée par le ministère n’est pas
entièrement satisfaisante. De même, les travaux pratiques
indispensables à la formation et à la validation des diplômes dans
certaines filières sont de fait rendus impossibles à réaliser.

Dans
les conditions actuelles, nous revendiquons :


La validation automatique du deuxième semestre, seule solution
palliant les inégalités nées de la précarité numérique ;


Un réaménagement par le ministère du calendrier universitaire dans
son ensemble en temps voulu, dans la mesure où la situation de crise
actuelle nous donne peu de visibilité sur les mois à venir ;


Le report des dates butoirs des rendus, soutenances de mémoire et
demandes de thèse, ces travaux de recherche servant de base à la
demande de thèse et d’allocations de financement de thèse ;


Le report de tous les concours prévus dans les six semaines à
venir, délai plus sûr que les trois semaines annoncées par le
Ministre de l’Éducation Nationale, en veillant à laisser un temps
suffisant de révision après la période de confinement et en tenant
compte des spécificités de chaque concours ;


L’intégration dans la continuité pédagogique à distance de tous
les aménagements d’études déjà présents, tout en tenant compte
des étudiant-e-s en situation de handicap qui n’en jouissent
actuellement pas ;


La cessation des pressions à suivre les cours et TD en ligne,
d’autant plus de manière synchrone (où étudiant-e-s et
enseignant-e-s doivent se connecter en même temps à heure fixée),
et la priorité faite à l’envoi de documents consultables au moment
où chacun-e en a la possibilité.


Article publié le 18 Mar 2020 sur Solidaires-etudiant-e-s.org